mardi, janvier 13, 2026

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Liban : Mobilisations contre le désarmement et une session explosive du 2 septembre menacent la stabilité nationale

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À l’approche de la session cruciale du Conseil des ministres prévue le 2 septembre 2025, le Liban s’enfonce dans une crise politique d’une gravité sans précédent, alimentée par les pressions internationales pour désarmer le Hezbollah et les fractures internes au sein du gouvernement. Le plan de désarmement, élaboré par l’armée sous l’impulsion de l’émissaire américain Tom Barrack, est au cœur d’une tempête qui oppose les partisans de la souveraineté étatique aux défenseurs de la résistance, dans un pays déjà ravagé par une crise économique et une méfiance généralisée envers les institutions. Les manifestations populaires, particulièrement dans le Sud, rejettent violemment ce plan perçu comme une capitulation face à Israël, qui maintient ses positions frontalières et ses frappes en violation du cessez-le-feu de novembre 2024. Alors que le président du Parlement Nabih Berri met en garde contre un « effondrement institutionnel », le Premier ministre Nawaf Salam lutte pour maintenir une cohésion gouvernementale menacée par des boycotts ministériels. Dans un contexte où l’opacité bancaire héritée des fraudes pré-2019 et l’absence de bilans publics depuis six ans exacerbent la défiance, la session du 2 septembre pourrait déclencher des incidents violents, voire plonger le Liban dans une nouvelle spirale de chaos.

Une session gouvernementale sous haute tension

La réunion du Conseil des ministres du 2 septembre, convoquée par Nawaf Salam, doit examiner un plan militaire visant à gérer les tensions avec le Hezbollah, dans le cadre des pressions américaines pour son désarmement. Ce plan, structuré en quatre phases – décret engageant le désarmement, déploiement renforcé de l’armée au sud du fleuve Litani, élimination des arsenaux non étatiques, et retrait conditionnel d’Israël – est perçu comme un ultimatum imposé par Washington et aligné sur les exigences israéliennes. Ces dernières conditionnent tout retrait des cinq positions frontalières occupées par Tsahal et l’arrêt des 500 frappes menées depuis novembre 2024, qui ont tué 230 combattants du Hezbollah et 83 civils, dont 15 enfants, à un désarmement effectif.

Le climat au sein du gouvernement est délétère. Plusieurs ministres proches du Hezbollah et du mouvement Amal ont menacé de boycotter la session si le désarmement figure à l’ordre du jour, accusant Salam de céder aux « injonctions occidentales ». Cette fracture menace de provoquer des défections ministérielles, voire une chute du gouvernement formé en février 2025 après l’élection du président Joseph Aoun. « La session du 2 septembre est un piège. Elle risque de fracturer l’exécutif et de plonger le pays dans le chaos », avertit un député proche d’Amal. Les réunions préparatoires n’ont abouti à aucun consensus, et la perspective d’un vote controversé accentue les risques d’une crise institutionnelle majeure.

Mobilisations populaires : une poudrière prête à exploser

La colère populaire s’amplifie, particulièrement dans les régions chiites du Sud comme Khiyam, Marjayoun et Tyr, où des manifestations ont éclaté contre la médiation américaine. Les protestataires, brandissant des pancartes dénonçant la « complicité » de Tom Barrack avec Israël, ont bloqué routes et accès, forçant l’annulation de sa visite dans le Sud le 27 août. « Nous ne laisserons pas la résistance être désarmée alors qu’Israël viole notre territoire », a déclaré un manifestant à Tyr, reflétant un sentiment d’injustice face à l’absence de garanties sur un retrait israélien. Ces mobilisations, soutenues par le tandem Hezbollah-Amal, pourraient s’intensifier dès septembre, avec des appels à des mouvements étudiants, ouvriers et populaires pour défendre la « souveraineté nationale » et rejeter toute concession sur les points frontaliers, comme les fermes de Chebaa.

Le risque d’incidents violents est élevé. Les manifestations pourraient dégénérer en affrontements avec les forces de l’ordre, surtout si l’armée est déployée pour imposer le plan de désarmement. À Beyrouth, des échauffourées entre factions pro et anti-Hezbollah ont déjà eu lieu, et des tensions communautaires – notamment entre chiites et chrétiens soutenant le désarmement – menacent de s’aggraver. « Le Sud est une poudrière. Une étincelle, comme une intervention militaire contre le Hezbollah, pourrait déclencher une guerre civile », prévient un analyste politique.

Nabih Berri : une voix d’alarme contre l’effondrement

Nabih Berri, président du Parlement et leader du mouvement Amal, s’est érigé en figure centrale de l’opposition au plan américain. Il a qualifié la médiation de Barrack de « manipulation diplomatique », dénonçant l’absence de garanties sur un retrait israélien ou une trêve durable. « Toute initiative visant à désarmer la résistance sans consensus national est irresponsable et dangereuse », a-t-il déclaré, avertissant qu’une décision hostile pourrait provoquer un « effondrement institutionnel ». Berri, dont le mouvement contrôle six portefeuilles ministériels avec le Hezbollah, joue un rôle clé pour bloquer toute mesure perçue comme une capitulation.

Cette position reflète la fracture confessionnelle qui paralyse le Liban. Les partis chrétiens, comme les Kataëb et les Forces libanaises, soutiennent le désarmement comme un moyen de restaurer la souveraineté de l’État, conformément à l’accord de Taëf de 1989, jamais pleinement appliqué. En revanche, le Hezbollah et Amal, représentant la communauté chiite, y voient une menace existentielle, arguant que la résistance est indispensable face aux violations israéliennes. « Sans le Hezbollah, qui protégera le Sud des agressions d’Israël ? », interroge un député d’Amal, soulignant les 500 frappes israéliennes depuis le cessez-le-feu.

Une armée libanaise dans une position intenable

L’armée libanaise, chargée d’élaborer le plan de désarmement, est au cœur de la tempête, mais manque cruellement de moyens. Avec un budget de 1,5 milliard de dollars, amputé par la crise économique, et un arsenal obsolète, elle est incapable de supplanter le Hezbollah, dont les missiles, drones et armes légères surpassent ceux de l’État. Le président Joseph Aoun, commandant en chef avant son élection, adopte une réserve stratégique, évitant toute déclaration publique. Cette prudence vise à préserver la neutralité de l’armée, perçue comme une institution unificatrice dans un pays divisé par le confessionnalisme. Cependant, un rôle de « tampon » entre le Hezbollah et les forces pro-désarmement pourrait fracturer l’armée elle-même, certains officiers chiites risquant de refuser d’agir contre le mouvement.

« Si l’armée est poussée à confronter le Hezbollah, elle pourrait se désintégrer ou déclencher des violences incontrôlables », avertit un officier supérieur. Les tensions internes à l’armée sont exacerbées par la crise économique, qui a réduit les salaires des soldats à des niveaux dérisoires, et par l’absence de soutien international concret pour moderniser ses capacités.

Une crise économique et bancaire qui aggrave l’instabilité

La crise politique s’inscrit dans un contexte économique désastreux. La livre libanaise a perdu 98 % de sa valeur, l’inflation a dépassé 200 % à son pic, et 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les pertes bancaires, estimées entre 70 et 100 milliards de dollars, héritées des fraudes massives pré-2019, restent irrésolues. Les audits frauduleux, validés par des firmes internationales comme Deloitte ou EY, ont permis aux banques de masquer leur insolvabilité, et l’absence de bilans publics depuis 2019 a détruit la confiance populaire. La loi de restructuration bancaire, adoptée le 31 juillet 2025, est suspendue à une législation complémentaire, laissant les déposants dans l’incertitude. « L’État demande à l’armée de désarmer le Hezbollah, mais il n’a même pas les moyens de payer ses fonctionnaires », ironise un économiste, soulignant l’impuissance des institutions.

Cette opacité bancaire alimente la méfiance envers le gouvernement, perçu comme incapable de gérer les crises internes ou de résister aux pressions externes. Les manifestations contre le désarmement s’accompagnent souvent de slogans dénonçant la corruption, accusant les élites d’avoir « vendu le pays » aux intérêts étrangers.

Les risques d’incidents violents

La session du 2 septembre pourrait être le détonateur d’une crise majeure. Si le gouvernement adopte le plan de désarmement, les ministres du Hezbollah et d’Amal pourraient démissionner, provoquant une chute du cabinet et une paralysie institutionnelle. À l’inverse, un rejet du plan risquerait de renforcer les pressions américaines et israéliennes, avec un possible durcissement des frappes de Tsahal. Les manifestations prévues dans le Sud et à Beyrouth pourraient dégénérer en affrontements armés, surtout si l’armée intervient pour disperser les foules ou si des milices rivales – comme celles affiliées aux Forces libanaises ou à des groupes sunnites – s’en mêlent.

Le spectre d’une guerre civile plane, ravivé par les divisions confessionnelles et la mémoire des violences des années 1975-1990. Les régions chiites, où le Hezbollah mobilise ses partisans, pourraient devenir des foyers de conflit. À Beyrouth, des heurts entre groupes pro et anti-Hezbollah ont déjà éclaté, et une escalade lors de la session pourrait transformer la capitale en champ de bataille. « Le Liban est un baril de poudre. Une décision mal calibrée pourrait tout faire exploser », prévient un analyste.

Une impasse aux répercussions régionales

La crise du désarmement met à nu les fractures du Liban : un État faible, une économie ravagée par la corruption, et une société divisée par des loyautés confessionnelles. Les pressions américaines, alignées sur les intérêts israéliens, ignorent les violations du cessez-le-feu par Tsahal, alimentant un sentiment d’injustice qui renforce le Hezbollah. Le soutien iranien, bien qu’affaibli par la chute du régime Assad, reste un facteur clé, avec des déclarations ambiguës de Téhéran laissant planer la menace d’un regain de tensions.

Sans un consensus national et des garanties internationales pour un retrait israélien, le désarmement du Hezbollah est irréalisable. La session du 2 septembre pourrait soit ouvrir la voie à une stabilisation fragile, soit précipiter le Liban dans un cycle de violence. Les risques d’incidents armés, de fractures institutionnelles et d’escalade régionale font de cette crise un moment décisif pour l’avenir du pays. Dans un Liban au bord du précipice, chaque pas est un pari sur la survie de la nation.

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Newsdesk Libnanews
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