Dans un discours prononcé lors de la cérémonie commémorative en l’honneur du commandant Ali Slehab, dit Haj Malik, le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naim Qassem, a réaffirmé avec force le rôle central de la résistance dans la défense du Liban. Prononcé ce mardi 10 février 2026, ce discours intervient dans un contexte de tensions persistantes avec Israël, marqué par des frappes aériennes quasi quotidiennes et une récente opération d’enlèvement menée par les forces israéliennes en territoire libanais. Cheikh Qassem a insisté sur la nécessité de maintenir Israël dans un état d’instabilité, tout en appelant le gouvernement libanais à accélérer les réformes économiques et à organiser les élections parlementaires dans les délais impartis.
Le discours, tenu dans la région du Bekaa, berceau historique de nombreux cadres du Hezbollah, a mis en lumière les défis actuels du Liban, entre reconstruction post-conflit et pressions internationales. Cheikh Qassem a décrit la résistance comme un pilier indispensable pour la souveraineté nationale, soulignant que « personne ne peut imposer au Liban de renoncer à sa capacité défensive ». Il a averti que tout désarmement servirait les intérêts d’Israël et des États-Unis, plutôt que ceux de l’État libanais. Cette position fait écho aux débats actuels autour de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006, qui appelle au déploiement exclusif de l’armée libanaise au sud du Litani et à la fin des activités armées non étatiques dans cette zone.
Hommage à un pionnier de la résistance
Cheikh Naim Qassem a ouvert son allocution par un vibrant hommage à Ali Slehab, né à Brital dans le Bekaa, une localité connue pour son engagement historique dans la résistance. Décrit comme un « fils du Bekaa, réservoir de la résistance et symbole de l’honneur et de la dignité », Slehab a rejoint les rangs du Hezbollah dès 1983, gravissant les échelons pour occuper des postes clés. Il a servi comme adjoint au responsable des opérations dans l’unité militaire centrale en 1998, puis comme commandant des axes régionaux dans le sud, y compris à Khiam. Impliqué dans des opérations majeures avant et après la libération du sud en 2000, telles que celles d’Aramta, de Ghajar et les captures de soldats israéliens en 2000 et 2006, Slehab a également dirigé des affrontements lors de la guerre de 2006.
Le secrétaire général a rappelé le rôle de Slehab dans la confrontation contre les groupes takfiristes, notamment en 2016, où il a assumé la commandement militaire dans le Bekaa et en Syrie voisine. « Il a eu un rôle décisif et impactant dans ces batailles », a déclaré cheikh Qassem, soulignant que Slehab incarnait un modèle éducatif et moral exemplaire. Décédé après un combat contre la maladie, Slehab est présenté comme un martyr du jihad, ayant servi aux côtés de figures emblématiques comme sayyed Abbas al-Moussaoui et sayyed Hassan Nasrallah, tous deux qualifiés de martyrs. Cheikh Qassem a rapporté avoir entendu personnellement sayyed Nasrallah louer les accomplissements de Slehab, affirmant qu’il excellait dans toutes les missions qui lui étaient confiées.
Ce portrait détaillé sert non seulement à honorer un cadre défunt, mais aussi à ancrer la résistance dans une continuité historique. Le Bekaa, région chiite majoritaire, a été un foyer de mobilisation depuis les années 1980, fournissant des combattants et un soutien logistique crucial. La mort de Slehab survient alors que le Hezbollah continue de déplorer des pertes dues aux frappes israéliennes récentes, comme celles du 9 février 2026, qui ont tué quatre personnes, dont un enfant de trois ans, dans le village de Yanouh, selon le ministère libanais de la Santé.
Éloge de la Révolution islamique en Iran
Cheikh Qassem a consacré une partie significative de son discours à célébrer le 47e anniversaire de la Révolution islamique en Iran, survenu en 1979. Il a salué la République islamique comme un soutien indéfectible aux opprimés, ayant ravivé la résistance dans la région et hissé le drapeau de la libération de la Palestine. « Cette révolution a affronté 47 années de pressions de toutes parts, restant ferme, progressant et offrant de l’espoir aux opprimés », a-t-il déclaré, rendant hommage à l’imam Khomeini et à l’actuel guide suprême, l’imam Khamenei, décrit comme un leader courageux ayant élevé l’Iran au rang des nations influentes, ancrées dans la foi, le progrès scientifique et la force militaire.
Cette référence à l’Iran n’est pas anodine dans le contexte actuel. Téhéran reste un allié stratégique du Hezbollah, fournissant un soutien financier et militaire essentiel. Les tensions régionales, exacerbées par les frappes israéliennes en Syrie et au Liban, soulignent l’interconnexion des fronts. Cheikh Qassem a évoqué les victoires iraniennes face aux agressions, notamment lors des confrontations de l’année précédente, affirmant que l’Iran demeure victorieuse et inébranlable. Ces propos interviennent alors que les États-Unis et Israël exercent des pressions pour limiter l’influence iranienne au Liban, via l’application stricte de la résolution 1701.
Condamnation de l’attaque terroriste au Pakistan
Le secrétaire général a exprimé ses condoléances au peuple pakistanais suite à l’attentat du 6 février 2026 contre la mosquée et la hosseiniya Khadija al-Kubra, près d’Islamabad, revendiqué par un groupe affilié à Daesh. L’explosion a causé la mort de 31 fidèles et blessé 170 autres lors de la prière du vendredi, détruisant partiellement le lieu de culte. Cheikh Qassem a qualifié cet acte de « crime odieuse perpétrée par des déviants de Daesh, éloignés de l’obéissance à Dieu », le comparant aux crimes israéliens et à la guerre d’extermination à Gaza.
Cette condamnation met en lumière les menaces transnationales pesant sur les communautés chiites, souvent ciblées par des groupes sunnites extrémistes. Le Pakistan, avec sa population chiite significative, a connu une recrudescence d’attentats sectaires ces dernières années. Cheikh Qassem a prié pour les martyrs et le rétablissement des blessés, appelant le peuple pakistanais à faire face à ces défis. Cette solidarité renforce l’image du Hezbollah comme défenseur des opprimés au-delà des frontières libanaises, dans un axe reliant l’Iran, le Liban et d’autres pays musulmans.
Le jihad comme fondement de la résistance
Plongeant dans les fondements théologiques, cheikh Qassem a rappelé que le jihad est un pilier de la foi islamique, cité abondamment dans le Coran pour protéger la ligne de foi et l’humanité contre les oppresseurs. Il a引用 des versets tels que : « Combattez dans le sentier de Dieu ceux qui vous combattent, mais ne transgressez pas. Dieu n’aime pas les transgresseurs » (Coran 2:190), et « Permission est donnée à ceux qui sont attaqués, car ils ont été opprimés » (Coran 22:39). La résistance libanaise est ainsi présentée comme un jihad défensif, légitime et légal, visant à repousser l’agression, protéger la terre, l’honneur et la dignité.
Israël est qualifié de « tumeur cancéreuse », selon l’expression de l’imam Khomeini, et d’État occupant selon le droit international. Cheikh Qassem a lié le sort de la Palestine à celui du Liban et de la région, affirmant qu’Israël utilise la Palestine comme base pour s’étendre. « Tout ce qui touche la Palestine concerne le Liban et la région », a-t-il déclaré, soulignant que la résistance a sauvé le Liban en l’absence d’un État fort et d’une armée capable de défendre le pays seul. Sur 42 ans, la résistance a libéré des territoires et résisté aux occupations.
Rôle de la résistance dans la défense nationale
Insistant sur la complémentarité entre la résistance et l’État, cheikh Qassem a déclaré que la résistance est un atout pour renforcer le Liban, avec son expérience et sa volonté. Il a appelé les responsables étatiques à intégrer les capacités de la résistance, rejetant toute pression extérieure pour un désarmement. « Personne ne peut dicter au Liban d’affaiblir sa défense », a-t-il martelé, rappelant que l’accord de Taëf, intégré à la Constitution, prévoit la libération des terres occupées par tous les moyens. La clause J de l’accord stipule l’adoption de toutes les mesures nécessaires pour libérer les territoires du joug israélien.
Cette position contredit les exigences internationales, notamment celles des États-Unis et d’Israël, qui pressent pour l’application pleine de la résolution 1701. Le commandant de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), Aroldo Lázaro, a récemment déclaré que la FINUL coopère avec l’armée libanaise pour démanteler les infrastructures du Hezbollah au sud du Litani, avec un retrait progressif des troupes onusiennes d’ici mi-2027. Cependant, des incidents persistent : la FINUL a rapporté des tirs israéliens près de ses positions à plusieurs reprises depuis le cessez-le-feu de novembre 2024.
Israël affaibli malgré son soutien international
Cheikh Qassem a analysé la faiblesse actuelle d’Israël, malgré son arsenal et le soutien américain. « Israël est plus faible que jamais, n’ayant pas atteint ses objectifs à Gaza, au Liban, en Iran ou au Yémen malgré deux ans d’efforts », a-t-il affirmé. Il a pointé la dépendance d’Israël aux États-Unis, avec des réserves de munitions épuisées et une économie chancelante. L’opinion publique internationale, y compris aux États-Unis, se retourne contre Israël, selon lui. Les États-Unis eux-mêmes sont affaiblis, accumulant ennemis et rejets populaires sans victoires durables.
Ces affirmations s’inscrivent dans le cadre des récents développements : le 9 février 2026, des frappes israéliennes ont tué quatre personnes au Liban, dont un membre des forces de sécurité et son enfant. L’armée israélienne a revendiqué avoir ciblé un responsable d’artillerie du Hezbollah, Ahmad Salami, tout en examinant les allégations de victimes civiles. Par ailleurs, une opération commando israélienne a enlevé Atwi Atwi, cadre d’Al-Jamaa al-Islamiya, allié de Hamas, dans le village d’Al-Habbariyeh, près de la frontière. Le Hezbollah a condamné cette « agression flagrante » comme une violation de la souveraineté libanaise, marquant potentiellement une nouvelle phase d’escalade.
Engagement social et économique du Hezbollah
Au-delà de la rhétorique sécuritaire, cheikh Qassem a annoncé des mesures concrètes : le Hezbollah assurera un logement pour trois mois (février, mars et avril 2026) à tous ceux dont les maisons ont été détruites ou rendues inhabitables par les conflits. « Bien que cela relève de la responsabilité de l’État, qui est incapable, nous nous considérons responsables et trouverons les moyens malgré les difficultés et le blocus », a-t-il déclaré. Cette initiative répond aux dommages estimés à 11 milliards de dollars causés par la guerre de 2024, selon des évaluations préliminaires du gouvernement libanais.
Cheikh Qassem a appelé à la tenue des élections parlementaires dans les délais, affirmant que le Hezbollah y travaille activement. « Laissez le peuple choisir qui le représente », a-t-il exhorté, soulignant l’importance de ce scrutin pour refléter la volonté populaire. Il a pressé le gouvernement, dirigé par le premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, à intensifier les efforts pour la relance économique, le traitement des salaires du secteur public et la restitution des dépôts bancaires. Le cabinet Salam, composé de 24 ministres, inclut des figures comme Yassin Jaber aux Finances (allié à Amal) et Joseph Saddi à l’Énergie (Forces libanaises), reflétant un équilibre sectaire fragile mais éloigné de l’influence directe du Hezbollah.
Perspectives immédiates sur la reconstruction
Les propos de cheikh Qassem sur l’instabilité d’Israël – « Nous veillons à ce qu’Israël reste sans frontières et sans stabilité, et notre endurance seule empêche l’ennemi d’atteindre ses buts » – soulignent une stratégie de deterrence persistante. Ils font référence aux défis posés par les événements récents, comme l’explosion des pagers en septembre 2024, les assassinats de leaders et les destructions massives qui, selon lui, n’ont pas ébranlé la résistance. « Ce qui s’est abattu sur nous ferait trembler des montagnes et tomber des États, mais nous restons la tête haute grâce à notre foi, notre unité et notre attachement à la patrie », a-t-il affirmé.
Dans le contexte économique, le Liban fait face à une dette publique dépassant 100 milliards de dollars, une inflation cumulée de plus de 200 % depuis 2019 et un taux de pauvreté touchant 80 % de la population, selon les rapports récents de la Banque mondiale. Le gouvernement Salam a priorisé les réformes financières et la reconstruction, avec une visite récente du premier ministre au sud pour inspecter les zones affectées. Le président Joseph Aoun, ancien commandant de l’armée, soutient ces efforts, tout en coordonnant avec la FINUL pour renforcer la présence étatique au sud.
Les implications immédiates de ce discours se manifestent dans les dynamiques régionales : l’armée libanaise a renforcé ses déploiements au sud, avec plus de 10 000 soldats mobilisés depuis le cessez-le-feu, selon des déclarations du commandant Rodolphe Haykal lors de sa visite à Washington début février 2026. Les États-Unis ont loué ces progrès et réaffirmé leur soutien, incluant une aide militaire de 200 millions de dollars pour 2026. Cependant, les frappes israéliennes continues – plus de 400 morts depuis novembre 2024, d’après des sources libanaises – maintiennent une pression constante, avec des violations rapportées par la FINUL, comme des tirs près de positions onusiennes à Naqoura le 5 février 2026.
La résistance, ancrée dans l’héritage de figures comme Slehab, continue d’influencer les débats internes. Le Hezbollah, malgré ses pertes – estimées à plus de 3 000 combattants depuis 2024 –, maintient une présence sociale via des aides comme l’hébergement annoncé. Le gouvernement, confronté à un budget 2026 en discussion, doit équilibrer les exigences du FMI pour un prêt de 3 milliards de dollars, conditionné à des réformes comme la restructuration bancaire et la lutte contre la corruption. Les salaires du secteur public, gelés depuis 2019, représentent un enjeu urgent, avec des augmentations partielles approuvées en janvier 2026 pour les militaires, fixées à 15 millions de livres libanaises par mois.
Les tensions frontalières persistent, avec Israël accusant le Hezbollah de réarmement, en violation de la résolution 1701. Le porte-parole de Tsahal a déclaré le 9 février 2026 que les frappes visaient à empêcher toute reconstitution des capacités du groupe. De son côté, le ministère libanais des Affaires étrangères a protesté auprès du Conseil de sécurité, citant plus de 50 violations israéliennes depuis janvier 2026. Ces faits soulignent les défis immédiats pour la stabilité, alors que l’armée libanaise et la FINUL patrouillent conjointement dans cinq zones frontalières occupées par Israël, couvrant environ 15 kilomètres carrés.

