Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, s’est rendu dimanche 8 février 2026 à Marjayoun, dans le sud du Liban, où il a prononcé un discours soulignant la nécessité de restaurer la présence de l’État dans cette région marquée par des décennies d’instabilité. Accompagné d’une délégation officielle, il a visité le serail de Marjayoun avant de se diriger vers Kfarshouba, une localité frontalière symbolique des tensions persistantes avec Israël. Cette visite, qui s’inscrit dans une tournée plus large entamée la veille dans d’autres villages du sud, intervient alors que le Liban fait face à des violations récurrentes du cessez-le-feu de novembre 2024 par les forces israéliennes, avec des frappes aériennes et des incursions qui ont atteint leur plus haut niveau depuis l’accord. Salam a insisté sur le rôle intégral de l’armée libanaise, tout en appelant à une extension de la souveraineté par le biais des institutions et des services publics, marquant un moment clé dans les efforts du gouvernement pour réaffirmer son autorité dans une zone historiquement influencée par des dynamiques régionales complexes.
Une tournée au cœur des villages frontaliers dévastés
La visite de Nawaf Salam à Marjayoun fait suite à une première journée de tournée samedi 7 février, où il a été accueilli chaleureusement dans des localités comme Yaroun et Bint Jbeil, avec des jets de riz et de pétales de roses par les habitants. Dimanche matin, le convoi du Premier ministre a débuté par Kfar Kila, un village ravagé par les bombardements israéliens lors du conflit de 2024-2025, avant d’atteindre le serail de Marjayoun vers 9h30. Là, entouré de députés locaux et de figures militaires, Salam a tenu une réunion avec des officiers supérieurs de l’armée libanaise, saluant leur rôle dans le maintien de la stabilité. La délégation a ensuite poursuivi vers Kfarshouba, où une réception massive l’attendait, avec des résidents exprimant leur soutien à travers des chants traditionnels et des pancartes appelant à la reconstruction. Cette étape à Kfarshouba n’est pas anodine : le village, situé à moins de cinq kilomètres de la ligne de démarcation, a été le théâtre d’incursions israéliennes récentes, notamment en janvier 2026, lorsque des forces israéliennes ont avancé avec des chars Merkava vers les abords de Kfarhamam, jetant des bombes fumigènes sur des civils tentant d’approcher la frontière.
Les détails de cette tournée révèlent une stratégie gouvernementale axée sur la proximité avec les populations locales. À Kfar Kila, Salam a inspecté les ruines d’un bâtiment de 13 étages effondré par une frappe israélienne en décembre 2025, soulignant les défis de la reconstruction dans un contexte où plus de 300 personnes, dont une centaine de civils, ont été tuées par des frappes israéliennes depuis le cessez-le-feu. À Marjayoun, il a annoncé des projets immédiats de réhabilitation des routes, d’amélioration des réseaux d’électricité et d’eau, affirmant que ces initiatives incluront le district de Marjayoun dans leur phase initiale et ne prendront pas des mois à se concrétiser. Ces engagements s’appuient sur des fonds sécurisés à hauteur de 360 millions de dollars pour la reconstruction du sud, comme l’a déclaré le gouvernement en février 2026, bien que des sources officielles comme la Banque mondiale estiment les besoins totaux à plus de 11 milliards de dollars pour réparer les dommages causés par la guerre.
Les déclarations du Premier ministre : un appel à la souveraineté intégrale
Au serail de Marjayoun, Nawaf Salam a livré un message clair et structuré. « Nous voulons relancer le district de Marjayoun à travers des projets, et nous espérons que tout le Liban devienne à l’image de cette localité », a-t-il déclaré, évoquant l’absence historique de l’État dans le sud depuis l’indépendance en 1943 jusqu’au début de la guerre civile en 1975. Il a ajouté : « La souveraineté ne s’exerce pas seulement par l’armée, mais par la loi, les institutions et ce que l’État offre aux gens en matière de protection sociale et de services. » Salam a réaffirmé le soutien à l’armée libanaise pour qu’elle assume pleinement ses responsabilités dans le sud, tout en insistant sur des « pistes intégrées » : poursuite de l’aide humanitaire, hébergement des déplacés et reconstruction commençant par les infrastructures de base. « Il est essentiel de confirmer la sérieux du retour de l’État », a-t-il conclu, en écho à des déclarations antérieures lors de sa tournée à Tyr et Nabatiyeh en février 2025, où il avait salué les « héros » de l’armée et promis une reconstruction prioritaire.
Ces paroles résonnent dans un contexte où le Liban cherche à imposer le respect de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006 pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah. Cette résolution appelle à un cessez-le-feu total, au retrait des forces israéliennes du sud du Liban, au désarmement des groupes armés au sud du Litani et au déploiement conjoint de l’armée libanaise et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Or, en février 2026, les violations israéliennes persistent : des frappes aériennes ont atteint leur pic depuis le cessez-le-feu, avec des attaques sur des villages comme Ain Qana le 2 février, où un missile a frappé un bâtiment, et des pulvérisations de produits chimiques inconnus sur des terres agricoles frontalières, comme rapporté par des sources onusiennes. Le gouvernement libanais, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, a multiplié les appels à la communauté internationale pour forcer Israël au retrait complet, affirmant que la sécurité ne peut être assurée tant que les agressions continuent.
Les réactions des députés : un front uni pour la confiance et la résilience
Les députés présents à Marjayoun ont apporté leur soutien aux propos du Premier ministre, chacun soulignant des aspects complémentaires. Ali Hassan Khalil, député du district de Marjayoun-Hasbaya et figure du mouvement Amal, a déclaré : « Nous confirmons l’importance du rôle de l’État et de sa prise en charge pour le retour des habitants des villages frontaliers, malgré les tentatives israéliennes de tuer la volonté de vivre dans ces localités avancées. » Khalil, avocat de formation et ancien ministre des Finances de 2014 à 2019, a insisté sur la coopération « main dans la main » avec le gouvernement pour reconstruire les zones dévastées, comme Khiam, où des routes ont été endommagées par des bulldozers israéliens en janvier 2026.
Elias Jarade, député indépendant grec-orthodoxe élu en 2022 et médecin de profession, a quant à lui mis l’accent sur la restauration de la confiance : « Le gouvernement doit regagner la confiance des sudistes et de tous les Libanais. Cela passe par un État qui embrasse son peuple, le défend et élève la sainteté des 10 452 kilomètres carrés de territoire dans toute sa géographie. » Jarade, connu pour son engagement dans les mouvements de réforme post-2019 et son expérience en zones de conflit, a évoqué les nuits passées dans les salles d’urgence lors de la guerre, où le pays semblait s’effondrer à l’intérieur des hôpitaux. Son appel reflète les dynamiques confessionnelles du sud, où les communautés chiites, druzes et chrétiennes coexistent dans une mosaïque fragile, influencée par les coalitions politiques évolutives.
Enfin, Firas Hamdan, autre député indépendant druze, blessé par une balle en plomb lors des manifestations d’août 2020 devant le Parlement, a salué l’engagement personnel de Salam : « Votre visite confirme votre souci de la relation avec les sudistes. Vous êtes le plus soucieux des droits des gens du sud et du retour du sud à l’État, et vous nous représentez politiquement. » Hamdan, avocat et activiste pro-révolution, incarne le virage vers une représentation plus inclusive dans le sud, où les élections de 2022 ont vu l’émergence de voix indépendantes face aux blocs traditionnels.
Le contexte géopolitique du sud Liban : entre violations et efforts de reconstruction
Le sud du Liban reste une zone de haute tension, marquée par l’occupation israélienne persistante de cinq positions territoriales, comme rapporté par des analyses de l’ONU en janvier 2026. La résolution 1701, qui vise à créer une zone tampon au sud du Litani exempte d’armes non étatiques et à assurer le retrait israélien, n’a pas été pleinement appliquée. Des sources officielles onusiennes indiquent que la FINUL, forte de 10 000 casques bleus, a suspendu temporairement certaines patrouilles le long de la Ligne bleue en février 2026 suite à des comportements agressifs des forces israéliennes, incluant des avertissements d’évacuation pour des bâtiments au sud, suivis de frappes sur des dépôts d’armes présumés du Hezbollah.
En parallèle, le Hezbollah a procédé à un remaniement de son leadership en janvier 2026, face à des frappes israéliennes ciblant ses operatives, ce qui a accentué les pressions internes pour un désarmement, comme exigé par la résolution. Le gouvernement libanais, formé sous Nawaf Salam en février 2025 après un vote de confiance au Parlement, s’efforce de déployer 15 000 soldats supplémentaires dans le sud, conformément aux engagements de 2006, mais les incursions israéliennes, telles que celles à Dhayra où des mosquées ont été détruites hors contexte de combat, compliquent ce processus. Des rapports de la FINUL font état de destructions étendues de biens civils et de terres agricoles, avec des bulldozers israéliens nivelant des oliviers et des habitations dans des villages comme Kfar Kila, effaçant littéralement des quartiers entiers.
Les implications immédiates des engagements gouvernementaux
Les promesses de reconstruction annoncées par Salam à Marjayoun s’inscrivent dans un plan plus large, avec des pistes parallèles pour l’aide humanitaire et la réhabilitation. En février 2026, le Liban a sécurisé des fonds internationaux pour réparer les infrastructures endommagées, mais les conditions posées par des donateurs comme les États-Unis – liant l’aide au désarmement du Hezbollah – posent des défis. Des villages comme Kfarshouba, où Salam a conclu sa visite, illustrent ces enjeux : les résidents, majoritairement druzes et chiites, font face à des déplacements prolongés, avec plus de 100 000 personnes encore déplacées un an après le cessez-le-feu. Des incidents récents, comme l’attaque de drone israélien à Bint Jbeil en septembre 2025 tuant cinq civils dont trois enfants, ou les tirs de chars sur les abords de Kfarchouba en novembre 2025, soulignent la fragilité de la situation.
Le gouvernement poursuit ses pressions diplomatiques, comme lors de la visite de Salam en Jordanie en août 2025, où le Premier ministre jordanien Jaafar Hassan a réaffirmé le soutien à l’armée libanaise. Au niveau onusien, des appels répétés au retrait israélien total ont été lancés, avec des rapports de la FINUL documentant plus de 40 violations en janvier 2026 seul. À Kfarshouba, où des bergers comme ceux de la famille Tamimi ont vu leurs terres pulvérisées de produits chimiques inconnus, les habitants expriment une colère contenue, exigeant un État protecteur. Les efforts de reconstruction, débutant par les routes et les réseaux essentiels, visent à encourager le retour des déplacés, mais les frappes persistantes, telles que celles sur Nuseirat en novembre 2025 blessant des journalistes, maintiennent une atmosphère d’insécurité. Le déploiement accru de l’armée, salué par Salam, reste un pilier, avec des rencontres régulières entre officiers libanais et la FINUL pour coordonner les patrouilles, bien que suspendues partiellement en zones critiques. Ces dynamiques immédiates, ancrées dans les violations récentes et les besoins humanitaires, définissent les défis actuels du sud Liban.


