Netanyahu a exprimé son soutien à la décision libanaise, prise début août, de confier à l’armée le soin d’élaborer un plan pour démanteler l’arsenal de Hezbollah. Il a promis des mesures réciproques, notamment une réduction progressive de la présence militaire israélienne dans cinq zones stratégiques du sud du Liban, si Beyrouth avance sur ce désarmement. Cependant, cette offre est assortie d’une condition claire : le désarmement effectif de Hezbollah, un objectif que le groupe chiite rejette fermement.
Pour de nombreux Libanais, cette déclaration est perçue comme une tentative d’Israël de maintenir son emprise sur le sud tout en délégitimant Hezbollah. La présence continue des forces israéliennes, malgré le cessez-le-feu de novembre 2024, et les frappes quasi quotidiennes, qui ont causé des centaines de morts et de blessés, renforcent cette méfiance. Le président Joseph Aoun a d’ailleurs souligné que le Liban attend toujours une réponse officielle d’Israël aux propositions libanaises transmises par l’envoyé américain Tom Barrack.
Hezbollah : un refus catégorique
Le Hezbollah, affaibli par 14 mois de guerre ayant causé plus de 4 000 morts et 11 milliards de dollars de dégâts, maintient que le cessez-le-feu ne concerne que la zone au sud du fleuve Litani. Le groupe refuse tout désarmement tant qu’Israël n’aura pas quitté les cinq collines occupées et cessé ses frappes. Cette position, soutenue par une partie de la population libanaise, reflète la crainte que le désarmement serve les intérêts israéliens au détriment de la souveraineté nationale.Le cabinet libanais, sous pression américaine, se retrouve dans une situation intenable. D’un côté, le désarmement de Hezbollah est présenté comme une condition pour stabiliser le sud et attirer des investissements étrangers, comme la « zone économique Trump » évoquée par Axios. De l’autre, forcer Hezbollah à rendre les armes risque d’attiser les tensions internes, voire de provoquer une crise majeure, comme l’a averti le groupe.
Le rôle de l’ONU en question
Le Conseil de sécurité des Nations unies aussi doit voter aujourd’hui sur le renouvellement du mandat de la FINUL, en place depuis 1978 pour sécuriser la frontière libano-israélienne. Une résolution française propose de prolonger la mission jusqu’au 31 août 2026, tout en préparant son retrait progressif, laissant l’armée libanaise seule responsable de la sécurité dans le sud. Cette perspective inquiète, alors que la FINUL a joué un rôle clé en soutenant le déploiement de 8 300 soldats libanais dans 120 localités.Les récentes frappes israéliennes sur des positions de la FINUL, ayant blessé des Casques bleus, compliquent encore la situation. Depuis Beyrouth, on craint qu’un retrait précipité de la FINUL ne crée un vide sécuritaire, rendant le sud vulnérable à de nouvelles escalades.
Une souveraineté sous tension
La déclaration de Netanyahu, bien que présentée comme une ouverture, est perçue au Liban comme un ultimatum. Le Liban, déjà fragilisé par une crise économique et les séquelles de la guerre, doit naviguer entre les exigences américaines et israéliennes et les réalités d’un paysage politique divisé. La proposition d’une zone économique au sud, soutenue par des fonds saoudiens et qataris, soulève des questions sur l’autonomie du pays face aux influences étrangères.En somme, la réponse de Beyrouth à l’offre de Netanyahu sera déterminante. Si le désarmement de Hezbollah pourrait apaiser les tensions avec Israël et débloquer une aide économique, il risque de fracturer davantage une société libanaise déjà polarisée. Le Liban aspire à la stabilité, mais le chemin vers cet objectif reste semé d’embûches, entre pressions extérieures et défis internes.



