Graffiti sur l'autoroute en allant vers le centre-ville de Beyrouth. "Seuls les poissons morts suivent le courant". Crédit Photo : Marie-Josée Rizkallah
Graffiti sur l’autoroute en allant vers le centre-ville de Beyrouth. « Seuls les poissons morts suivent le courant ».
Crédit Photo : Marie-Josée Rizkallah

Ce n’est certes pas un vieux loup de mer comme le citoyen libanais qui tomberait facilement dans les filets du premier avril. Les poissons d’avril, il les collectionne au quotidien, dans son petit pays méditerranéen. Tellement bien, qu’il macère dans leurs poisons.

Pourtant, le Libanais reste muet comme une carpe en plein dans les mailles d’une situation où l’avenir de tout un peuple semble ni chair ni poisson.

Avec bientôt deux millions de réfugiés syriens sans compter les cinq cent mille palestiniens, il est conscient que cette situation finirait bien un jour en queue de poisson. Cependant, fraîche comme un gardon, il vit au jour le jour en entamant tout guilleret Qu’est-ce qu’on est serré au fond de cette boîte, chantent les sardines entre l’huile et les aromates.

Or en réalité, le vrai panier de crabes, ce sont les Libanais entre eux, avec à leurs têtes la bande d’aigrefins sans scrupules et de requins voraces de la finance, qui sont dans le vice et la corruption comme un poisson dans l’eau. Une corruption sans queue ni tête, qui a fini par transformer la totalité du territoire en une décharge, au sens propre et au sens figuré. C’est bien par la tête que le poisson commence à sentir …

Le Libanais, ce poiscaille ayant une mémoire de poisson rouge, est bien conscient qu’il y a anguille sous roche, et que la caque sentira toujours le hareng. Il sait très bien qu’il a à faire avec une classe de maquereaux et de vieilles morues qui se vendent au plus offrant, qui plient leurs gaules en trouvant des brouillons de solutions lorsqu’il n’y a plus rien à résoudre – en d’autres termes, qui se font poissonniers la veille de Pâques.

Bref, les mensonges anodins du premier avril ne feront aucunement de mal, au contraire, ils feront office de desserts, par rapport aux poissons d’avril qu’on nous force au quotidien à avaler crus en mariant la carpe et le lapin, pour faire passer les intérêts personnels aux dépends des intérêts publics. Le seul défoulement qui reste au Libanais, est d’engueuler ces barbeaux comme des poissons pourris, devant l’écran de télévision ou bien sur des murs virtuels, et de continuer à vivoter. Tout comme les poissons morts qui seuls suivent le courant …

Ainsi se termine l’histoire du peuple libanais. L’odyssée d’un peuple qui ne cesse de noyer le poisson, et que le courant finira un jour par emporter, avec son poison d’avril et de tous les mois de l’année. Ce n’est pas une histoire à dormir debout, mais plutôt l’histoire de la sardine qui bouche le port … de Beyrouth.

Par Marie-Josée Rizkallah

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/