Dans un Liban encore marqué par les cicatrices d’une guerre dévastatrice, le secrétaire général adjoint du Hezbollah, Cheikh Naim Qassem, a déclenché une tempête politique avec un discours télévisé incendiaire, commémorant le défunt érudit religieux Cheikh Abbas Ali al-Moussawi. Ce lundi, Qassem a balayé d’un revers de main les pressions pour désarmer son organisation, accusant le gouvernement libanais de trahir la souveraineté nationale sous influence américaine et israélienne. Ses mots, chargés de défi et de menace, résonnent comme un avertissement : le Hezbollah ne lâchera pas ses armes, pilier de la « résistance » face à l’ennemi sioniste. Ce discours survient alors que le cessez-le-feu de novembre 2024, négocié par les États-Unis, vacille sous les violations répétées. La guerre de 14 mois entre Israël et le Hezbollah, déclenchée en octobre 2023 en solidarité avec le Hamas à Gaza, a laissé le Liban-Sud en ruines : des milliers de morts, des infrastructures pulvérisées et une économie déjà exsangue encore plus fragilisée.
Malgré la trêve, Israël maintient l’occupation de cinq collines stratégiques au Liban-Sud et mène des frappes aériennes quasi quotidiennes, tuant des centaines de combattants du Hezbollah et des civils.
Qassem dégaine contre le gouvernement : « Décision inconstitutionnelle, dictée par Washington et Tel-Aviv ! »
Cheikh Naim Qassem, figure montante du Hezbollah depuis l’assassinat de Hassan Nasrallah en septembre 2024, a martelé que la reconquête de la souveraineté libanaise passe par des sessions gouvernementales urgentes. « Si nous voulons résoudre nos problèmes au Liban, le point de départ devrait être l’arrêt de l’agression, le retrait d’Israël, la reconstruction et la libération des captifs, et le gouvernement est aujourd’hui responsable de l’élaboration d’un plan pour réaliser cette souveraineté », a-t-il tonné.
Il a insisté sur le rôle complémentaire de la « résistance » : « La résistance n’est pas une alternative à l’armée, mais elle la soutient plutôt », affirmant que l’armée libanaise reste « la partie principalement responsable de la défense du pays ». Qassem a fustigé les décisions du gouvernement libanais du 5 août 2025, qui chargent l’armée de préparer un plan de désarmement des milices, y compris le Hezbollah, à présenter avant le 31 août, avec un objectif d’achèvement d’ici fin 2025. « Cette décision viole le Pacte national », a-t-il accusé, avertissant : « Si le gouvernement continue avec ce format, il ne sera pas chargé de la souveraineté du Liban. » Pour lui, ce plan est une capitulation sous pression américaine, visant à affaiblir le Liban face à Israël.
Historiquement, le Hezbollah, fondé en 1982 en réponse à l’invasion israélienne, s’est imposé comme un État dans l’État. Après le retrait israélien du Liban-Sud en 2000, le groupe a conservé son arsenal massif – estimé à plus de 150 000 missiles – en dépit de la résolution 1701 de l’ONU de 2006, qui exige le désarmement des milices au sud du Litani et le déploiement exclusif de l’armée libanaise et de la FINUL. La guerre de 2006, 34 jours de combats intenses, a renforcé l’image du Hezbollah comme rempart contre Israël, mais au prix de lourdes pertes : plus de 1 200 morts libanais et des destructions évaluées à 4 milliards de dollars.
Netanyahu jubile : « Une décision capitale, mais Israël dicte ses conditions ! »
De Tel-Aviv, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a salué la décision libanaise comme une « décision capitale ». « Si le Liban prend les mesures nécessaires pour désarmer le Hezbollah, Israël répondra par des mesures réciproques, incluant une réduction progressive de la présence militaire israélienne au Liban-Sud », a-t-il déclaré. Netanyahu a ajouté qu’Israël est « prêt à soutenir le Liban dans ses efforts pour désarmer le Hezbollah ». Cette offre conditionnelle s’inscrit dans le cadre du cessez-le-feu de novembre 2024, qui prévoyait un retrait israélien en 60 jours, prolongé à plusieurs reprises. Israël justifie son occupation des collines de Chebaa et Kfar Chouba par des impératifs sécuritaires, craignant une reconstitution des forces du Hezbollah. Les frappes aériennes persistantes, malgré la trêve, ont exacerbé les tensions, avec des centaines de victimes côté libanais.
Qassem a riposté avec virulence : « Israël pourrait occuper, tuer et détruire, mais nous le confronterons pour qu’il ne reste pas, et nous en sommes capables. Le travail de la résistance est maintenant plus important et Israël ne parviendra pas à rester au Liban. » Il conditionne tout dialogue au retrait complet d’Israël et à l’arrêt des agressions.
Les émissaires américains en embuscade : « Une manœuvre pour ruiner le Liban ? »
Qassem a dénoncé les efforts diplomatiques des émissaires américains Tom Barrack et Morgan Ortagus comme « des mouvements visant à ruiner le Liban et un appel à la discorde ». Arrivés à Beyrouth après une visite en Israël, accompagnés du sénateur Lindsey Graham, ils poussent pour l’application stricte de la résolution 1701.
Ortagus a affirmé que le Hezbollah sert les intérêts iraniens, non libanais, et que les États-Unis soutiendront l’armée libanaise dans le désarmement. Les États-Unis, sous l’administration Trump revenue au pouvoir, voient dans l’affaiblissement du Hezbollah un moyen d’isoler l’Iran, qui arme et finance le groupe via des routes syriennes. Qassem a vowé : « Nous ne renoncerons pas aux armes qui nous ont dignifiés et protégés contre l’agression, car ces armes sont notre âme, notre honneur et l’avenir de nos enfants. Ceux qui veulent enlever ces armes veulent enlever nos âmes. Le monde verra alors notre puissance et nous ne pouvons pas être humiliés. »
Annulation choc du rassemblement : Berri freine l’escalade interne ?
Le Hezbollah et son allié Amal, dirigé par le président du Parlement Nabih Berri, ont annulé in extremis un rassemblement massif prévu mercredi place Riad al-Solh, en protestation contre le plan de désarmement. Initialement appelé pour mobiliser les bases chiites, le rallye a été reporté suite à des pressions de Berri et d’appels de « leaders nationaux » pour préserver l’unité et ouvrir un « dialogue constructif ».
Cette reculade illustre les fractures au sein de la communauté chiite et du paysage politique libanais. Lors de la session du Cabinet du 5 août, les ministres chiites ont claqué la porte en signe de protestation. Le gouvernement, confronté à une crise économique depuis 2019 – hyperinflation, effondrement bancaire, pauvreté touchant 80 % de la population – et à une vacance présidentielle depuis octobre 2022, espère attirer des aides internationales via le désarmement.
Racines profondes du conflit : De l’invasion de 1982 à la résolution 1701 bafouée
Le débat sur les armes du Hezbollah remonte à la fin de la guerre civile libanaise en 1990. La résolution 1559 de l’ONU en 2004 appelait au désarmement de toutes les milices, mais le Hezbollah, soutenu par Téhéran, l’a ignorée, se posant en défenseur contre Israël. La résolution 1701, post-guerre 2006, visait une zone démilitarisée au sud du Litani, avec 15 000 casques bleus de la FINUL aux côtés de l’armée libanaise.
Pourtant, le groupe a reconstitué son arsenal, violant l’embargo onusien avec des livraisons iraniennes. La guerre de 2023-2024 a été cataclysmique : plus de 4 000 morts au Liban, des villages rasés, un exode massif du Sud. Le cessez-le-feu, salué par Joe Biden comme une « victoire diplomatique », prévoyait 5 000 soldats libanais au Sud, mais les violations persistent. Amnesty International a dénoncé des possibles crimes de guerre israéliens.
Enjeux régionaux : L’Iran perd son bras armé, Washington jubile
L’affaiblissement du Hezbollah porte un coup à l’axe de la résistance iranien, qui utilise le groupe pour contrer Israël et projeter sa puissance. Téhéran, via des proxies comme les Houthis au Yémen ou les milices en Irak, maintient une pression sur les intérêts américains et israéliens. Les États-Unis poussent pour un Liban souverain, voyant dans le désarmement une opportunité de stabiliser la région et d’isoler l’Iran.
Qassem a rejeté l’approche « pas à pas » : « Certains nous ont demandé de faire le premier pas, mais tout ce que nous avons fait au cours des huit derniers mois n’est-il pas un pas ? L’ennemi israélien et l’Amérique ne peuvent pas être dignes de confiance. » Il propose une feuille de route : expulsion de l’occupation, arrêt des agressions, libération des captifs, reconstruction, puis débat sur la stratégie de défense.
Vers une crise interne explosive ? Les jours décisifs à venir
Avec la présentation imminente du plan de l’armée libanaise et les tractations diplomatiques en cours, le Liban retient son souffle. Le discours de Qassem, relayé massivement sur les réseaux sociaux, mobilise les partisans du Hezbollah tout en alarmant les forces pro-souveraineté.
Le Hezbollah, affaibli mais résolu, joue son va-tout dans un pays au bord du gouffre économique et politique. Les prochains mouvements des émissaires américains et la réponse du gouvernement pourraient redessiner la carte du Levant, entre paix fragile et reprise des hostilités.



