Le palais de Baabda a accueilli, en fin d’après-midi ce 4 février 2026, une rencontre entre le président de la République libanaise, le général Joseph Aoun, et le député Mohammad Raad, chef de la Ktéla de la Fidélité à la Résistance. Accompagné du docteur Ahmad Mehna et du conseiller spécial du président, le brigadier André Rahal, le parlementaire a tenu, à l’issue de l’entretien, une déclaration soulignant la nécessité d’une approche responsable face aux défis actuels. « Lorsque la souveraineté nationale se trouve en salle de réanimation, il nous incombe à tous d’agir avec responsabilité face aux dangers de l’occupation et des tutelles étrangères », a-t-il affirmé, appelant à un dialogue réaliste et positif pour préserver la cohésion interne.
Cette discussion intervient alors que le Liban fait face à des violations répétées de sa souveraineté par Israël, notamment des survols aériens et des largages de substances chimiques sur des terres agricoles du sud, documentés ces derniers jours. Le président Aoun a condamné ces actes ce même 4 février, les qualifiant de violation flagrante de la souveraineté libanaise et de crime environnemental et sanitaire contre le peuple et ses terres. Il a ordonné aux autorités compétentes de préparer un dossier documenté pour des poursuites diplomatiques et légales, y compris auprès du Conseil de sécurité des Nations unies. Le ministère des Affaires étrangères, en coordination avec les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, a confirmé que des échantillons ont été prélevés pour analyse, révélant une concentration élevée d’herbicide glyphosate, substance hautement toxique affectant cultures et santé publique dans des villages comme Aita al-Chaab, Ramieh et Marwanieh.
Un échange franc sur les priorités nationales
L’entretien, qualifié de « franc et responsable » par Mohammad Raad, a permis un exposé détaillé des positions de chacune des parties. Représentant le Hezbollah au parlement, le député a présenté les vues et préparatifs de son parti, tout en écoutant les perspectives du chef de l’État. « Nous avons présenté les détails de notre position et de nos préparatifs, en souhaitant succès à notre peuple, à Son Excellence le président et à son mandat présidentiel pour réaliser les objectifs que nous avons indiqués », a-t-il déclaré. Les deux interlocuteurs ont convenu de maintenir des consultations régulières pour avancer sur les priorités communes, en visant une efficacité maximale, des coûts minimaux et une préservation optimale de la souveraineté et de la dignité nationale.
Le président Aoun, élu le 9 janvier 2025 après une longue vacance présidentielle, œuvre depuis son investiture à consolider un consensus interne. Ancien commandant en chef des Forces armées libanaises, il jouit d’un appui international, notamment des États-Unis, de la France et de l’Arabie saoudite, qui le perçoivent comme un pilier de stabilité. Le député Raad, figure clé de la communauté chiite et du bloc parlementaire du Hezbollah, incarne une voix influente dans les régions frontalières. Leur dialogue reflète les efforts pour coordonner face aux menaces extérieures, tout en gérant les clivages internes issus d’années de crises économique et politique.
La souveraineté au cœur des préoccupations
Les discussions ont porté sur l’occupation israélienne persistante dans des zones frontalières, avec Mohammad Raad insistant sur l’urgence de son achèvement. « Les Libanais sont aujourd’hui concernés en premier lieu par la préservation d’un climat d’unité et de cohésion entre eux, particulièrement face à la nécessité de mettre fin à l’occupation et de recouvrer la souveraineté, loin des surenchères et des querelles », a-t-il souligné. Il a réaffirmé l’engagement du Hezbollah et de la Résistance islamique pour un Liban souverain, libre de toute ingérence. « Nous confirmons depuis le palais de Baabda, après notre rencontre franche et responsable avec Son Excellence le président de la République, le général Joseph Aoun, que nous sommes soucieux de l’entente et de la coopération pour réaliser les objectifs de tous les Libanais, en commençant par la fin de l’occupation, la libération des prisonniers, le renforcement de la stabilité, le retour de nos compatriotes dans leurs maisons et villages, le lancement d’un chantier de reconstruction et la prise en charge par l’État de la responsabilité de protéger la souveraineté, en le soutenant si nécessaire, tout en refusant toutes formes d’ingérence et de tutelle ».
Ces déclarations interviennent alors qu’Israël maintient des positions sur cinq points stratégiques au sud du Litani, en contravention avec la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2006. Des sources officielles libanaises rapportent des refus de retrait israéliens, justifiés par des préoccupations sécuritaires, accompagnés de frappes aériennes quasi quotidiennes contre des cibles présumées liées au Hezbollah. Le président Aoun a réitéré, le 3 février, l’engagement de l’État à monopoliser les armes pour restaurer la confiance internationale, déclarant que « le monopole des armes par l’État est la clé pour restaurer la confiance et le soutien internationaux ».
Vers une coordination renforcée
Mohammad Raad a plaidé pour une gestion collective des affaires libanaises, évitant les divisions. « Il est requis de nous tous de traiter nos situations par la rectification, la coopération et une bonne coordination », a-t-il indiqué, notant que les positions les plus justes unissent et que les interactions sages reposent sur le réalisme, la positivité et le conseil mutuel. Cette posture vise à contrer les critiques de fragmentation, exacerbées par la crise économique et les débats sur le désarmement des groupes non étatiques.
Le gouvernement du premier ministre Nawaf Salam, formé le 8 février 2025 avec 24 ministres, s’est engagé à appliquer la résolution 1701, incluant un déploiement accru des Forces armées libanaises au sud. Des sources gouvernementales indiquent que plus de 10 000 soldats ont été mobilisés dans la zone depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. Le plan en cinq phases vise à démanteler les infrastructures militaires non étatiques. Cependant, le Hezbollah conditionne tout désarmement au retrait israélien total et à l’arrêt des violations, comme l’a affirmé son secrétaire général adjoint Naim Qassem le 4 février : « Nous affronterons Israël avec toute notre force et refusons la reddition ».
Ces positions illustrent les équilibres confessionnels du Liban, où le pacte national de 1943 répartit les pouvoirs entre maronites, sunnites et chiites. Le président Aoun, maronite, équilibre les influences, tandis que le Hezbollah, soutenu par l’Iran, défend son arsenal comme dissuasion contre Israël. Les élections municipales de mai 2025 ont révélé une polarisation, avec des avancées pour les opposants au Hezbollah dans certaines régions, mais une solidité de son bloc parlementaire.
Libération des prisonniers et retour des déplacés
Un axe central de la déclaration de Raad concerne la libération des prisonniers libanais en Israël. « Commencer par la fin de l’occupation, la libération des prisonniers, le renforcement de la stabilité », a-t-il listé comme priorités. Des rapports officiels mentionnent plusieurs Libanais détenus depuis des années, accusés d’espionnage ou de liens avec la résistance. Le gouvernement a présenté des demandes via l’ONU, mais Israël lie les libérations à des concessions sécuritaires. La coordinatrice spéciale de l’ONU pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a discuté de ces enjeux avec le président Aoun le 27 janvier, soulignant la coordination internationale.
La stabilité est fragilisée par les impacts économiques du conflit. L’inflation, estimée à plus de 100 % en 2025 par la Banque mondiale, et une dette publique dépassant 150 milliards de dollars compliquent les retours de population. Près de 100 000 personnes restent déplacées du sud, selon le ministère de l’Intérieur, en attente de sécurité pour regagner leurs villages. Raad a insisté sur « le retour de nos compatriotes dans leurs maisons et villages », liant cela à la fin des hostilités.
Chantier de reconstruction et rôle de l’État
Le lancement d’un chantier de reconstruction a été évoqué comme objectif partagé. « Lancement d’un chantier de reconstruction et prise en charge par l’État de la responsabilité de protéger la souveraineté », a précisé Raad. Les dommages des bombardements de 2024 sont chiffrés à plusieurs milliards de dollars par la Banque mondiale, impactant infrastructures, habitations et agriculture. Le cabinet, lors d’une session le 30 janvier présidée par Aoun et Salam, a validé une méthodologie de reconstruction et un protocole avec la Syrie pour le rapatriement de condamnés, signalant une normalisation régionale partielle.
Des aides internationales sont conditionnées à des réformes. La France prépare une conférence le 5 mars pour appuyer l’armée libanaise, comme évoqué lors de la visite d’Aoun en Espagne les 2 et 3 février. Il y a rencontré le roi Felipe VI et le premier ministre Pedro Sánchez, discutant des liens bilatéraux et défis régionaux. Aoun a mis l’accent sur le rôle des Forces armées libanaises pour sécuriser le sud, appelant à un soutien accru en équipements.
Violations frontalières et réponses internationales
Les largages chimiques du 1er février par Israël, touchant des zones près de la Ligne bleue, ont provoqué une condamnation unanime. L’armée israélienne a informé la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) d’une opération aérienne libérant une substance décrite comme non toxique, entraînant une suspension de patrouilles sur un tiers de la ligne pendant plus de neuf heures. La Finul a qualifié cela d’inacceptable et contraire à la résolution 1701, notant que ce n’est pas la première occurrence. « Nous rappelons à l’armée israélienne que les survols au Liban violent la résolution 1701, et toute activité risquant la sécurité des casques bleus et civils est gravement préoccupante », a déclaré la mission le 2 février.
Le président Aoun a dénoncé ces actes comme « une continuation des agressions israéliennes répétées », menaçant terres agricoles, moyens de subsistance et santé publique. Des analyses de laboratoires libanais confirment la toxicité, avec des risques pour la chaîne alimentaire. Le syndicat des professionnels de la santé a présenté un mémorandum à Aoun le 3 février, appelant à renforcer les contrôles contre de telles usurpations.
Dynamiques régionales en évolution
L’influence iranienne sur le Hezbollah reste source de tensions, avec Qassem avertissant que toute attaque américaine contre l’Iran impliquerait une réponse. Salam a répliqué que le Liban ne sera pas entraîné dans des conflits régionaux, évoquant les « aventures » passées liées à Gaza. Des diplomates indiquent des pressions américaines pour accélérer le désarmement, avec une visite prévue de l’envoyée spéciale Morgan Ortagus.
Côté syrien, le renversement du gouvernement en décembre 2024 a altéré les équilibres, favorisant des accords sur les réfugiés. Le cabinet libanais a approuvé un protocole le 30 janvier, facilitant le retour de milliers. Ces flux pourraient aggraver les tensions internes à l’est.
Consultations futures et implications immédiates
Les consultations promises entre Aoun et Raad visent une méthodologie commune. « Nous avons convenu de poursuivre les rencontres et les consultations pour réaliser les objectifs et les priorités, et nous accorder sur la méthodologie menant à cela le plus rapidement possible, au moindre coût et de la manière la plus sûre pour préserver ensemble la souveraineté et la dignité nationale », a noté Raad. Ces échanges pourraient impliquer d’autres figures, comme le président du parlement Nabih Berri.
Le 3 février, Aoun a reçu une délégation du Front souverain, discutant de la restauration de la confiance internationale via la reconstruction de l’État et le monopole des armes. Il a salué les efforts de la Sûreté générale contre la corruption, assurant un suivi personnel des dossiers. Ces initiatives visent à fortifier les institutions face à la dette et l’inflation persistantes.
Impacts sanitaires et environnementaux des agressions
Les largages ont affecté vergers et cultures à Khiam et Marjayoun, avec des concentrations élevées de pesticides toxiques rapportées par le ministère de l’Environnement. Ces incidents s’ajoutent à des incursions terrestres, documentées par la Finul, qui a suspendu des patrouilles en raison de menaces. Le ministère des Affaires étrangères a déposé des plaintes à l’ONU, tandis que des médiations franco-américaines cherchent à désamorcer. Salam a affirmé le 3 février que le gouvernement empêchera tout nouveau conflit, insistant sur la primauté de l’État.



