Les derniers articles

Articles liés

Réunion Berri-Aoun à Baabda : un pas vers le désarmement du Hezbollah

- Advertisement -

Le lundi 8 septembre 2025, une rencontre déterminante s’est tenue au palais de Baabda entre le président du Parlement libanais, Nabih Berri, et le président de la République, Joseph Aoun. Cette réunion intervient dans un contexte de tensions régionales persistantes et de débats internes sur le plan de l’armée libanaise visant à monopoliser les armes et à désarmer les groupes armés, y compris le Hezbollah. À l’issue de cette entrevue, Berri a déclaré aux journalistes, avec une pointe de symbolisme : « Avec la bénédiction de la Vierge Marie, tout va bien. » Ces mots, prononcés dans un Liban marqué par des fractures politiques et une crise économique sans précédent, traduisent une lueur d’optimisme prudent.

Une rencontre symbolique au cœur du pouvoir

La réunion entre Nabih Berri et Joseph Aoun au palais de Baabda, siège de la présidence libanaise, revêt une importance symbolique et politique majeure. Berri, figure emblématique de la communauté chiite et chef du mouvement Amal, est un acteur incontournable du système politique confessionnel libanais. Aoun, ancien commandant de l’armée et président depuis 2016, incarne l’autorité de l’État dans un pays où les institutions sont souvent paralysées par les rivalités sectaires. Leur rencontre, survenue trois jours après une session cruciale du Conseil des ministres, visait à consolider un consensus autour du plan de l’armée libanaise pour monopoliser les armes, une initiative qui touche directement à la question sensible de l’arsenal du Hezbollah.

En quittant le palais, Berri a choisi ses mots avec soin, invoquant la Vierge Marie, une figure unificatrice dans un pays multiconfessionnel. « Avec la bénédiction de la Vierge Marie, tout va bien », a-t-il déclaré, une formule destinée à projeter une image d’unité nationale. Cette déclaration fait écho à ses propos tenus vendredi dernier dans le journal saoudien Asharq al-Awsat, où il affirmait que « les choses sont positives » et que « les vents toxiques commencent à s’apaiser ». Ces déclarations, bien que vagues, suggèrent une volonté de désamorcer les tensions internes et de promouvoir le plan de l’armée comme un moyen de préserver la paix civile, un enjeu crucial dans un Liban marqué par des années de violences sectaires.

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

Le plan de désarmement de l’armée : un compromis fragile

Le cœur des discussions entre Berri et Aoun portait sur le plan de l’armée libanaise, approuvé par le Conseil des ministres le 5 septembre 2025, visant à monopoliser les armes et à désarmer tous les groupes armés non étatiques, y compris le Hezbollah. Ce plan s’inscrit dans le cadre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006 après la guerre entre Israël et le Hezbollah. Cette résolution exige que l’armée libanaise soit la seule force armée dans le sud du Liban, une zone où le Hezbollah maintient une présence militaire significative.

La session du Conseil des ministres de vendredi a été marquée par une vive controverse, illustrée par le départ de la salle des cinq ministres chiites, un geste qui reflète les profondes divisions autour de la question du désarmement. Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, considère son arsenal comme une composante essentielle de la « résistance » contre Israël, un argument qui trouve un écho auprès d’une partie de la population chiite. Le retrait des ministres chiites, dont certains sont proches du Hezbollah et du mouvement Amal, a mis en lumière les tensions sectaires qui continuent de fragiliser le Liban.

Malgré ce climat tendu, un communiqué qualifié de « compromis » a été publié à l’issue de la session, résultat d’un accord négocié entre Berri et Aoun, selon le journal libanais Al-Akhbar. Le Conseil des ministres a salué le plan de l’armée, soulignant son rôle dans la préservation de la « paix civile », une expression reprise par Berri dans ses déclarations. La décision de maintenir les détails du plan confidentiels, tout en demandant à l’armée de fournir des rapports mensuels sur son application, témoigne d’une approche prudente, destinée à éviter une escalade des tensions internes.

Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a apporté des précisions sur les modalités d’exécution du plan, notant que l’armée agirait « en fonction des ressources disponibles ». Il a reconnu les limites matérielles et humaines de l’institution militaire, déclarant que l’armée disposait d’une « marge de discrétion opérationnelle ». Cette flexibilité vise probablement à permettre à l’armée de naviguer dans un environnement complexe, notamment dans les régions où le Hezbollah exerce une influence significative. Morcos n’a pas précisé de calendrier pour la mise en œuvre, une omission qui reflète les défis logistiques et politiques auxquels le Liban est confronté.

Les violations israéliennes du cessez-le-feu : un obstacle majeur

La réunion Berri-Aoun et le plan de désarmement s’inscrivent dans un contexte régional marqué par les violations persistantes du cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, sous l’égide des États-Unis. Cet accord, qui réaffirmait les principes de la résolution 1701, prévoyait l’arrêt des hostilités, le retrait des forces israéliennes du territoire libanais et le déploiement de l’armée libanaise et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) pour sécuriser la frontière sud. Cependant, comme l’a souligné Morcos, Israël n’a pas respecté pleinement ses engagements.

Depuis novembre 2024, les forces israéliennes continuent d’occuper cinq collines stratégiques à l’intérieur du territoire libanais, une présence considérée par Beyrouth comme une violation de sa souveraineté. De plus, Israël effectue des frappes aériennes quasi quotidiennes dans le sud du Liban, ciblant ce qu’il présente comme des positions du Hezbollah. Ces actions ont suscité une vive condamnation de la part des autorités libanaises. « Israël, comme le Liban, a des obligations claires », a déclaré Morcos, ajoutant que « ses violations continues constituent une preuve de son reniement de ces obligations et menacent gravement la sécurité et la stabilité régionales ».

Ces violations compliquent les efforts du Liban pour mettre en œuvre le plan de désarmement. Le Hezbollah s’appuie sur la présence israélienne et les frappes aériennes pour justifier le maintien de son arsenal, arguant qu’il constitue une réponse nécessaire à l’agression israélienne. Ce narratif, qui trouve un écho auprès de nombreux Libanais chiites, risque de saper le consensus fragile autour du plan de l’armée et de renforcer la position du Hezbollah face aux pressions internes et internationales.

Le rôle de la FINUL et la communauté internationale

La FINUL, déployée dans le sud du Liban depuis 1978, joue un rôle crucial dans la surveillance du cessez-le-feu et le soutien aux efforts de l’armée libanaise. Son mandat, renforcé par la résolution 1701, inclut la garantie que la zone au sud du fleuve Litani reste exempte d’armes et de groupes armés non autorisés. Cependant, la force onusienne fait face à des défis croissants, notamment des attaques répétées contre ses positions et son personnel.

Au cours des derniers mois, la FINUL a signalé plusieurs incidents impliquant des forces israéliennes, y compris des tirs d’artillerie et des incursions près de ses positions. En août 2025, un porte-parole de la FINUL a appelé toutes les parties à respecter le cessez-le-feu et à garantir la sécurité des casques bleus, déclarant que « les attaques contre le personnel de l’ONU sont inacceptables et violent le droit international ». Ces incidents soulignent les difficultés rencontrées par la FINUL pour remplir son mandat dans un contexte de tensions régionales accrues.

La communauté internationale, en particulier les États-Unis et la France, joue un rôle clé dans le soutien aux efforts de désarmement du Liban. Les États-Unis, qui ont négocié le cessez-le-feu de novembre 2024, ont appelé le Liban et Israël à respecter leurs engagements. Le 6 septembre 2025, un porte-parole du Département d’État américain a réaffirmé le soutien de Washington au rôle de l’armée libanaise dans la mise en œuvre de la résolution 1701, tout en exhortant Israël à se retirer des territoires occupés et à cesser ses frappes aériennes. La France, forte de ses liens historiques avec le Liban, a également plaidé pour une désescalade. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a insisté sur la nécessité d’une « mise en œuvre complète du cessez-le-feu pour éviter un retour à la violence ».

La position du Hezbollah et les dynamiques internes

La réaction du Hezbollah au plan de désarmement reste un facteur déterminant pour son succès. Bien que le groupe n’ait pas publié de déclaration officielle sur la décision du Conseil des ministres, ses actions et son discours suggèrent une approche prudente. Le Hezbollah considère ses armes comme un élément non négociable de sa stratégie de « résistance » contre Israël, un argument qui résonne fortement dans la communauté chiite. Cependant, sa participation au gouvernement, par le biais de ses alliés ministériels, indique une volonté de dialoguer, même à contrecœur.

Le rôle de Nabih Berri comme médiateur entre le Hezbollah et le gouvernement est crucial. En tant qu’allié proche du groupe, il cherche à concilier ses intérêts avec la nécessité de préserver la stabilité nationale. Ses déclarations optimistes sur l’apaisement des « vents toxiques » suggèrent qu’il croit en la possibilité d’un compromis. Cependant, le retrait des ministres chiites lors de la session du Conseil des ministres montre que des obstacles importants subsistent. La « discrétion opérationnelle » accordée à l’armée pourrait rassurer le Hezbollah en évitant une approche trop agressive ou ciblée.

Le contexte économique et social

Les efforts du Liban pour mettre en œuvre le plan de désarmement se déroulent dans un contexte de crise économique dévastatrice. Depuis 2019, le pays est confronté à une hyperinflation, une dévaluation monétaire et une pauvreté généralisée, avec plus de 80 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté, selon les estimations de l’ONU. Cette crise limite les ressources de l’État, rendant difficile pour l’armée de mener des opérations d’envergure.

Les implications sociales du plan de désarmement sont tout aussi significatives. Le Hezbollah bénéficie d’un soutien solide dans la communauté chiite, et toute tentative de désarmement pourrait provoquer des troubles. L’approche prudente de l’armée, comme l’a souligné Morcos, reflète une prise de conscience de ces risques. En mettant l’accent sur la « paix civile », le gouvernement cherche à éviter une répétition des violences sectaires qui ont marqué le Liban par le passé, comme les affrontements de 2008 entre le Hezbollah et des factions sunnites.

Les défis et perspectives immédiates

La réunion du 8 septembre 2025 entre Berri et Aoun marque un pas vers un consensus autour du plan de désarmement. L’alignement entre le président du Parlement et le président de la République, combiné à l’approbation du plan par le Conseil des ministres, témoigne d’une volonté de renforcer l’autorité de l’État. Cependant, les défis restent nombreux, qu’il s’agisse de la résistance du Hezbollah, des violations israéliennes du cessez-le-feu ou des contraintes économiques du Liban.

La capacité de l’armée à mettre en œuvre le plan dépendra de ses ressources logistiques et du soutien international. Les rapports mensuels demandés par le Conseil des ministres offriront un mécanisme de suivi, mais l’absence d’un calendrier clair soulève des questions sur la faisabilité du projet. Par ailleurs, la présence continue d’Israël sur le territoire libanais et ses frappes aériennes soulignent l’urgence d’une action diplomatique pour faire respecter le cessez-le-feu.

Le rôle de la communauté internationale sera décisif dans les mois à venir. Les États-Unis et la France doivent maintenir la pression sur le Liban et Israël pour qu’ils respectent leurs engagements. La FINUL, malgré ses défis, reste un acteur clé pour surveiller la situation et prévenir une nouvelle escalade. Le 8 septembre 2025, la rencontre entre Berri et Aoun a offert un espoir ténu dans un pays marqué par des décennies de divisions et de conflits. Les semaines à venir montreront si cet élan peut se traduire en progrès concrets, dans un contexte où les dynamiques internes et régionales continuent de façonner l’avenir du Liban.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi