La journée du 18 mai 2025 est marquée par une intensification sans précédent des hostilités à Gaza. Le journal Ad Diyar (18 mai 2025) décrit cette séquence comme un « tournant majeur dans la guerre d’extermination » que mène l’armée israélienne contre l’enclave palestinienne. Plusieurs sources mentionnent des bombardements ciblés sur des quartiers résidentiels de Rafah et Khan Younès, avec des hôpitaux mis hors service et des pertes humaines considérables. L’armée israélienne, selon le journal, justifie ses attaques par la nécessité d’éliminer les dernières cellules du Hamas, tout en poursuivant des frappes massives contre des infrastructures civiles.
La gravité de la situation est renforcée par l’absence d’accès humanitaire. Des convois d’aide sont bloqués à la frontière, et des dizaines de milliers de Palestiniens sont déplacés sans abris ni ravitaillement. Le journal indique également que les réseaux de communication dans le sud de la bande de Gaza sont largement interrompus, ce qui complique l’évaluation des pertes. Les agences internationales évoquent déjà une crise humanitaire « ingérable » si le rythme des attaques se poursuit.
La position américaine : un soutien sans faille à Israël
Toujours selon Ad Diyar (18 mai 2025), l’administration Trump réaffirme son engagement total aux côtés d’Israël. Le président Donald Trump a publiquement salué « l’efficacité tactique de Tsahal » et évoqué une « opération légitime contre le terrorisme ». Dans le cadre de ce soutien, des discussions sont en cours au Congrès pour accélérer les transferts de munitions de précision et de systèmes antimissiles. Le journal précise que cette position suscite de vives critiques dans les milieux diplomatiques européens, où l’on redoute une polarisation accrue au sein du Conseil de sécurité de l’ONU.
Le Liban au cœur de la tourmente diplomatique
Parallèlement à la crise à Gaza, le Liban fait face à une pression diplomatique intense. Le même jour, les émissaires américains Tom Brak et Morgan Ortagus sont arrivés à Beyrouth pour transmettre les remarques finales sur la « feuille de route sécuritaire » discutée depuis plusieurs semaines avec les autorités libanaises. Ad Diyar (18 mai 2025) rapporte que cette feuille de route a été officiellement adoptée par le gouvernement de Nawaf Salam début mai, incluant notamment la question sensible de la centralisation des armes sous l’autorité exclusive de l’armée libanaise.
Le Président de la République, Joseph Aoun, a rappelé lors de sa rencontre avec la délégation américaine que le Liban « a rempli ses engagements », notamment en confiant à l’armée la mise en œuvre d’un plan opérationnel de désarmement. Il a également insisté sur le fait que « toute stabilité durable nécessite une réciprocité » et a demandé qu’Israël applique à son tour les résolutions internationales, en particulier en ce qui concerne le retrait des territoires occupés et la fin des survols du territoire libanais par l’aviation israélienne.
Une ligne rouge : la souveraineté libanaise
Le Premier ministre Nawaf Salam a adopté une posture semblable. D’après Ad Diyar (18 mai 2025), il a souligné que l’État libanais ne peut pas supporter une pression unilatérale. Il a rappelé que la stratégie défensive nationale reste un processus de souveraineté, fondé sur le dialogue entre toutes les composantes du pays. Cette prise de position intervient alors que le Hezbollah, via son secrétaire général Naim Kassem, a publiquement rejeté certaines clauses de la feuille de route, y voyant une tentative de « désarmer la résistance au profit d’un agenda étranger ». Cette déclaration a été interprétée comme un signal d’alerte par plusieurs chancelleries, alors que les tensions entre les différentes institutions de l’État semblent de nouveau s’exacerber.
Sur le terrain : mobilisation à la frontière sud
La tension est palpable dans les villages du sud, comme le rapportent plusieurs articles du même journal. L’armée libanaise a renforcé sa présence dans les zones limitrophes à la Ligne bleue, en coordination avec les unités de la FINUL. Des survols israéliens ont été enregistrés au-dessus de Marjayoun et Bint Jbeil, et les habitants ont signalé des explosions à proximité de la frontière. Les forces de la FINUL se sont positionnées de manière plus visible, notamment près du point de passage de Kfar Kila.
Cette mobilisation militaire vise à prévenir toute dérive vers une confrontation directe, mais elle est interprétée comme une réponse claire aux menaces israéliennes. Le journal cite une source militaire selon laquelle « l’armée libanaise ne tolérera aucune tentative de déstabilisation de la zone frontalière ». Parallèlement, des groupes affiliés au Hezbollah ont installé des tentes d’observation supplémentaires dans la région de Khiam, ce qui a été perçu comme une démonstration de force dans un contexte particulièrement fragile.
Le rôle ambivalent des Nations Unies
Un autre élément clé de cette séquence diplomatique est le renouvellement du mandat de la FINUL. Ad Diyar (18 mai 2025) rapporte que des négociations tendues sont en cours au Conseil de sécurité pour reconduire la mission sans conditions additionnelles. Les États-Unis, soutenus par Israël, souhaiteraient une révision des règles d’engagement afin de permettre à la FINUL d’intervenir plus librement dans les zones sous influence du Hezbollah. En réponse, le Liban, avec le soutien de la France et de la Chine, insiste sur le respect des règles actuelles. Le vote est attendu en fin de mois, et son issue pourrait influencer profondément la configuration militaire dans le sud du pays.
Vers une redéfinition du rôle régional du Liban ?
Enfin, certains éditorialistes libanais, cités par Ad Diyar (18 mai 2025), s’interrogent sur la place du Liban dans l’échiquier régional. Le pays semble pris en étau entre des exigences internationales contradictoires, une pression militaire croissante à ses frontières, et des divisions internes toujours vives. La conjonction de ces facteurs laisse entrevoir un risque de déséquilibre politique majeur. Les observateurs notent que toute erreur dans la gestion des négociations en cours pourrait relancer une dynamique d’instabilité durable.
Politique locale : fracture institutionnelle, débats parlementaires et pressions politiques
Hezbollah et ses alliés dénoncent un glissement institutionnel
Le journal Ad Diyar (18 mai 2025) rapporte qu’un haut cadre du Hezbollah, lors d’un rassemblement à Sarain El Fawqa, a accusé le gouvernement de Nawaf Salam d’avoir abandonné son programme ministériel au profit d’une feuille de route dictée par des acteurs étrangers. Selon ses propos, le gouvernement aurait franchi une ligne rouge en poursuivant les travaux exécutifs malgré le retrait des ministres chiites, en violation de l’équilibre confessionnel du système libanais. Il a dénoncé « un alignement sur les injonctions américaines », notamment à travers l’acceptation d’un plan sécuritaire visant implicitement le désarmement du Hezbollah. Il a aussi évoqué les déclarations récentes de l’ex-président américain Barack Obama, qui aurait averti contre une guerre civile au Liban en cas de résistance à cette feuille de route.
Ce cadre politique a affirmé que « le danger pour le Liban ne vient pas de l’intérieur, mais d’une volonté étrangère d’imposer un changement stratégique à l’équilibre national ». Il a également mis en cause le rôle de certains médias libanais, accusés de relayer des récits visant à « préparer psychologiquement le peuple libanais à l’idée d’une confrontation avec la Résistance ».
Le président Joseph Aoun et la gestion de l’équilibre national
Face à ces tensions, Ad Diyar (18 mai 2025) publie un communiqué de la présidence de la République. Le président Joseph Aoun y affirme que « le désarmement du Hezbollah est une question nationale, qui doit être réglée entre Libanais », tout en indiquant que la feuille de route sécuritaire a été « adaptée et libanisée » avant son approbation. Il appelle les forces politiques à « la retenue et au respect de l’ordre institutionnel », et rappelle que l’armée libanaise agit sous mandat étatique dans toutes les régions du pays, y compris les zones sensibles du Sud.
Joseph Aoun souligne que l’adoption de cette feuille de route n’est pas une rupture, mais une tentative de renforcer l’autorité de l’État dans un cadre de souveraineté partagée. Il affirme que « le Liban ne tolérera pas l’imposition de solutions unilatérales » et insiste sur l’urgence de maintenir l’unité politique.
Défis au Parlement : opposition, blocages et stratégies de contournement
Ad Diyar (18 mai 2025) indique également que la session parlementaire du jour a été marquée par des tensions entre blocs politiques. Plusieurs députés, notamment ceux proches du Courant patriotique libre et du mouvement Amal, ont critiqué l’exécutif pour avoir adopté la feuille de route sans consultation approfondie du Parlement. Des députés souverainistes, quant à eux, ont au contraire salué « un pas nécessaire vers l’État de droit », réclamant que le gouvernement poursuive ses efforts pour restaurer la centralité de l’armée.
Un projet de loi visant à encadrer le transfert des compétences sécuritaires à l’armée nationale a été déposé mais bloqué en commission. Le député Walid Samed, soutien du gouvernement, a appelé à une accélération du processus, soulignant que « toute vacance de souveraineté profite aux ingérences régionales ». À l’inverse, plusieurs élus du bloc de la Fidélité à la Résistance ont dénoncé « un détournement de la légitimité parlementaire à des fins sécuritaires ».
Les tensions s’étendent à la scène syndicale et sociale
D’après Ad Diyar (18 mai 2025), plusieurs syndicats, notamment ceux du secteur public, expriment leur inquiétude face à l’absence de concertation. Le président du syndicat des fonctionnaires a déclaré que « toute réforme sécuritaire sans stabilisation économique est vouée à l’échec », appelant le gouvernement à garantir les arriérés de salaires et les indemnités de départ. Des manifestations sont prévues à Beyrouth dans les prochains jours, selon les syndicats enseignants et hospitaliers.
Le ministre des Finances, Yassine Jaber, lors d’un discours à Doueir, a tenté de désamorcer ces tensions. Il a confirmé que le gouvernement a débloqué une enveloppe budgétaire de 150 milliards de livres pour les pensions de retraite et les salaires des contractuels. Il a également souligné la nécessité d’un dialogue national sur la réforme administrative. Toutefois, certains syndicats considèrent que ces annonces restent insuffisantes au regard de la détérioration du pouvoir d’achat.
Émergence de la parole religieuse dans le débat politique
Le mufti jaafarite Ahmad Qabalan a envoyé une lettre au président Joseph Aoun, citée dans Ad Diyar (18 mai 2025), dans laquelle il affirme que « l’État libanais est aujourd’hui paralysé et menacé dans ses fondements ». Il accuse l’exécutif de prendre des décisions majeures sans concertation avec les autorités spirituelles ni avec les représentants de la communauté chiite. Il exhorte Joseph Aoun à reprendre l’initiative politique et à « rétablir la confiance dans les institutions ». Le journal souligne que ce discours s’inscrit dans une volonté plus large de repositionner les figures religieuses comme contre-pouvoirs dans un paysage politique fragmenté.
Déclarations croissantes sur les risques de fracture sécuritaire
Al Akhbar (18 mai 2025) rapporte une série de prises de parole de cadres du Hezbollah exprimant des doutes sur la capacité du gouvernement à maintenir la cohésion nationale. Un article évoque une note confidentielle circulant dans les milieux diplomatiques, selon laquelle une frange du Hezbollah envisagerait de suspendre sa participation aux instances exécutives si les pressions internationales devaient s’intensifier.
Toujours selon Al Akhbar, des sources politiques affirment que le Parti socialiste progressiste et les Forces libanaises travaillent à la constitution d’un front parlementaire alternatif. Celui-ci viserait à faire pression sur le gouvernement pour accélérer l’application des résolutions de l’ONU, en particulier la 1559, et exiger un calendrier pour l’unification des forces armées.
Postures médiatrices et ambiguïtés gouvernementales
Du côté de Al Liwa’ (18 mai 2025), un article revient sur la visite de représentants américains à Beyrouth, où Nawaf Salam aurait tenté de rassurer ses interlocuteurs tout en ménageant les composantes internes. Selon des sources proches de la présidence du Conseil, le Premier ministre chercherait à temporiser les réformes pour éviter une rupture avec le Hezbollah. Il aurait même soumis à l’exécutif un document alternatif contenant des amendements à la feuille de route, bien que son contenu reste confidentiel.
Al Liwa’ indique également que Nawaf Salam a reçu un avertissement explicite de la part du Pentagone, l’invitant à ne pas ralentir la mise en œuvre du volet sécuritaire de l’accord, sous peine de suspension partielle de l’aide militaire américaine. Le gouvernement serait ainsi pris entre deux pôles de pression : l’international d’un côté, les partis alliés au Hezbollah de l’autre.
Scène politique éclatée et perspectives institutionnelles incertaines
Enfin, Al Joumhouriyat (18 mai 2025) évoque le climat général au sein des institutions comme « l’un des plus instables depuis la fin de la guerre civile ». Le journal note que plusieurs projets de loi stagnent dans les commissions en raison de la polarisation parlementaire. Le rôle du président de la République est souvent perçu comme modérateur mais peu décisif, tandis que le Premier ministre fait l’objet de critiques croissantes, aussi bien de la part des souverainistes que de ses anciens alliés.
Le Conseil constitutionnel a été saisi pour avis sur la compatibilité de certaines clauses de la feuille de route avec la Constitution libanaise. Cette démarche, initiée par un groupe de députés indépendants, vise à établir une jurisprudence sur les prérogatives du gouvernement en matière de sécurité nationale. La décision attendue dans les prochaines semaines pourrait reconfigurer l’équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif.
Citation et discours des personnalités politiques : appels à la retenue, polarisation et divergences stratégiques
Lettre d’Ahmad Qabalan : le poids du religieux dans la parole politique
Dans une lettre adressée au commandant de l’armée libanaise, le général Joseph Aoun, et relayée par Ad Diyar (18 mai 2025), le mufti jaafarite Ahmad Qabalan s’alarme de l’effondrement institutionnel du pays. Il évoque une situation de désintégration politique et morale, affirmant que « le pays est en train de se désintégrer » et que « les mensonges politiques n’ont plus aucune couverture ». Il en appelle directement à Joseph Aoun, le comparant à l’ancien président Elias Sarkis, qu’il cite en pleurs face à l’état de la nation en 1976, et le presse de « parler haut et fort, car le silence équivaut à un crime ».
Le ton de la lettre, empreint d’un pathos religieux et d’une rhétorique de crise, accuse les forces politiques dominantes de « vivre de corruption et d’accords honteux » et de trahir les intérêts nationaux au nom de puissances étrangères. Il accuse également certaines figures libanaises d’être des instruments « d’intérêts américains, israéliens, français et occidentaux », les qualifiant de « valets » au service de plans étrangers visant à « neutraliser la Résistance » et à compromettre la souveraineté du Liban.
Cette déclaration, bien qu’émanant d’une autorité religieuse, constitue un acte politique clair. Elle révèle une inquiétude croissante dans les milieux proches du Hezbollah face aux développements politiques récents, notamment l’adoption par le gouvernement d’une feuille de route sécuritaire intégrant des engagements à désarmer les groupes armés non étatiques. Le mufti affirme que le pays est confronté à un projet de désarmement forcé « au nom d’un État qui n’existe pas », ce qui constitue une critique frontale contre les institutions en place.
Joseph Aoun répond par la modération et la légitimité étatique
Dans une déclaration diffusée par Ad Diyar (18 mai 2025), le président de la République Joseph Aoun, destinataire direct de la lettre du mufti Qabalan, répond avec sobriété. Il rappelle que « la question du désarmement est un dossier national », rejetant ainsi toute ingérence étrangère explicite. Il affirme que « la feuille de route sécuritaire est libanaise » dans sa conception et son application, et insiste sur la souveraineté du processus décisionnel. Sans mentionner le mufti, il prend soin de rappeler que « l’armée est présente sur les frontières et à l’intérieur » du pays, soulignant que les institutions fonctionnent conformément aux règles constitutionnelles.
Joseph Aoun affirme également que « la stabilité ne saurait être garantie par l’intimidation, mais par le dialogue et le respect des institutions ». Cette posture vise à maintenir une forme d’équilibre entre les exigences internationales et les sensibilités internes. Il ne répond ni directement aux accusations de collusion avec des puissances étrangères, ni à l’appel à une prise de position publique musclée. Son discours reste centré sur les principes républicains, la neutralité de l’État et la légitimité de l’armée comme seule détentrice légale de la force.
Nawaf Salam : une ligne institutionnelle, entre prudence et pression
Le Premier ministre Nawaf Salam, cité dans Al Liwa’ (18 mai 2025), aurait affirmé lors d’une rencontre à huis clos avec une délégation diplomatique que « le gouvernement n’avance aucun projet contre une composante nationale », ajoutant que « l’unité nationale est une condition essentielle pour tout progrès en matière de sécurité ». Il insiste sur le fait que la feuille de route n’est pas « un mécanisme de confrontation », mais « un engagement de l’État à renforcer ses institutions et à respecter les résolutions internationales ».
Selon des informations issues de la même source, Salam aurait souligné que « la question du désarmement ne peut être traitée que dans un cadre de confiance mutuelle », et que le gouvernement entend « procéder par étapes, avec concertation, sans imposer de mesures irréversibles ». Il aurait également exprimé ses réserves quant à une application précipitée des clauses les plus sensibles du plan sécuritaire, notamment celles relatives à la limitation de la liberté de mouvement de certains groupes armés dans les zones frontalières.
Cette prudence dans le discours contraste avec la fermeté attendue par certains de ses partenaires occidentaux. Al Liwa’ (18 mai 2025) rapporte qu’un diplomate américain aurait exprimé « son inquiétude face au retard dans l’exécution des engagements ». Nawaf Salam se trouve ainsi dans une position délicate : garantir une cohésion interne tout en préservant la crédibilité internationale du Liban.
Les cadres du Hezbollah dénoncent une stratégie de marginalisation
Plusieurs déclarations de responsables du Hezbollah publiées par Al Akhbar (18 mai 2025) reprennent le thème d’un complot visant à « désarmer la Résistance au profit d’un projet sécuritaire étranger ». L’un d’eux déclare que « certains, à l’intérieur comme à l’extérieur du gouvernement, veulent faire du Liban un pays neutre par la force, en excluant toute capacité de défense réelle ». Il accuse le gouvernement de se comporter comme « un exécuteur d’un agenda imposé par les États-Unis et Israël ».
Ce même cadre ajoute : « La Résistance ne sera ni désarmée ni marginalisée. Elle a été, est, et restera le bouclier de ce pays. » Il insiste sur le fait que « les décisions prises sans consensus national sont nulles et non avenues », rappelant que le Hezbollah ne reconnaît pas la légitimité d’un processus excluant une composante majeure du pays. Ce discours s’inscrit dans une volonté de mobilisation interne et de défense d’un équilibre politique considéré comme rompu.
Le Hezbollah reproche également au président Aoun de « se prêter à un jeu dangereux » en tentant de « donner une couverture nationale à des mesures d’inspiration étrangère ». Ces déclarations témoignent d’une escalade rhétorique, dans un contexte de crispation institutionnelle.
Les positions divergentes de l’opposition parlementaire
Dans une intervention au Parlement rapportée par Al Joumhouriyat (18 mai 2025), le député Marwan Hamadé a exprimé sa « vive inquiétude quant au double langage institutionnel » : selon lui, « le gouvernement s’engage devant les diplomates à appliquer la loi, mais tergiverse devant les Libanais ». Il accuse Nawaf Salam de « duplicité » et d’avoir « cédé à la logique des équilibres armés plutôt que de faire prévaloir la légitimité de l’État ».
En réponse, le ministre de la Défense a tenu à rappeler que « les orientations stratégiques sont déterminées par le Conseil supérieur de défense, en consultation avec le président de la République », et que « toute décision en matière militaire est précédée d’un avis juridique et constitutionnel ».
Toujours dans Al Joumhouriyat, le député Khalil Azar a pour sa part appelé à une réunion nationale pour redéfinir le pacte de sécurité libanais. Il affirme que « toute réforme sécuritaire doit s’appuyer sur une stratégie de défense nationale transparente, consensuelle, et appliquée graduellement ».
Figures religieuses et tensions confessionnelles
La lettre d’Ahmad Qabalan, bien que centrale, n’est pas isolée. D’après Ad Diyar (18 mai 2025), plusieurs imams de la banlieue sud ont prononcé des sermons condamnant « la marginalisation de la communauté chiite dans les décisions sécuritaires », tout en appelant « à l’unité nationale dans la justice ». Ces propos, bien que moins virulents que ceux du mufti, traduisent une inquiétude croissante face à la perception d’un déséquilibre dans les décisions étatiques.
À l’inverse, l’évêque maronite de Jounieh a déclaré, toujours selon Al Joumhouriyat (18 mai 2025), que « la feuille de route sécuritaire est une opportunité de restaurer la primauté de l’État », appelant le président Aoun à « aller jusqu’au bout de la logique institutionnelle ».
Ce contraste de position renforce la perception d’un clivage non seulement politique, mais aussi communautaire, dans la lecture des enjeux de souveraineté et de sécurité.
Diplomatie : réajustements régionaux, négociations sous tension et équilibres précaires autour de la feuille de route libanaise
Intenses tractations autour de la feuille de route sécuritaire
Al Liwa’ (18 mai 2025) rapporte que le gouvernement libanais poursuit ses consultations internes afin de finaliser sa réponse officielle à la « feuille de route » transmise par l’émissaire américain Amos Barak. Cette initiative diplomatique, soutenue par les Nations unies et Washington, propose une série de mesures de stabilisation dans le sud du Liban, incluant notamment le déploiement renforcé de la FINUL et le désarmement progressif des groupes armés non étatiques opérant à proximité de la frontière israélienne.
Le président Joseph Aoun aurait présidé une réunion à Baabda en présence du Premier ministre Nawaf Salam et du ministre des Affaires étrangères Fayçal Abboud. Le Liban aurait fait valoir la nécessité d’obtenir des garanties claires sur le respect de sa souveraineté, ainsi qu’une reconnaissance explicite du droit à l’autodéfense. Toujours selon Al Liwa’, la délégation libanaise aurait insisté pour que toute mise en œuvre du plan soit conditionnée à un accord préalable avec la Syrie, étant donné la sensibilité stratégique de la frontière orientale.
Le gouvernement libanais demande également à ce que toute assistance internationale soit soumise à un mandat onusien clair. Cette exigence vise à éviter que les forces étrangères opérant sous bannière internationale n’aient une latitude d’action trop large, en particulier dans les zones où la présence du Hezbollah est historiquement forte.
Messages diplomatiques contradictoires depuis les États-Unis
Dans le même article, Al Liwa’ indique que l’administration américaine a adressé plusieurs signaux divergents. D’un côté, l’émissaire spécial Amos Barak aurait réaffirmé la volonté de Washington de soutenir la stabilité libanaise par des mécanismes diplomatiques. Il aurait indiqué que « la mission américaine vise à renforcer les institutions légitimes libanaises sans ingérence dans les affaires internes ». D’un autre côté, le département d’État aurait transmis, par le canal de l’ambassade américaine à Beyrouth, un message plus ferme, appelant le Liban à « prendre des décisions historiques en faveur de la paix régionale ».
Ce double discours alimente une certaine confusion dans les milieux diplomatiques à Beyrouth. Selon Al Sharq Al Awsat (18 mai 2025), plusieurs chancelleries européennes ont exprimé leur préoccupation quant à l’absence de ligne unifiée entre la Maison Blanche, le département d’État et le Pentagone. L’ambassadrice de France au Liban aurait confié à des diplomates arabes que Paris souhaite « éviter une nouvelle polarisation autour du Liban », appelant à « une approche multilatérale et équilibrée ».
Médiations arabes et prudence syrienne
Al Sharq Al Awsat (18 mai 2025) revient également sur l’implication croissante de pays arabes dans les discussions. Le Qatar, fort de ses réseaux au Liban Sud, a proposé d’ouvrir un canal de dialogue indirect entre le Hezbollah et les médiateurs occidentaux. Doha, qui avait joué un rôle clé dans les négociations sur Gaza, cherche à préserver un rôle central dans les affaires régionales. Selon des sources diplomatiques citées par le journal, le Qatar serait prêt à offrir des garanties de désescalade, sous réserve que les États-Unis renoncent à tout mécanisme d’inspection unilatéral.
L’Arabie saoudite adopte une posture plus réservée. Si Riyad continue de soutenir le gouvernement libanais par des aides financières sectorielles, il conditionne tout appui politique à une clarification de la position du Liban sur les armes du Hezbollah. L’envoyé spécial du royaume aurait récemment déclaré que « le Liban doit démontrer qu’il agit en tant qu’État souverain, et non comme un terrain de confrontation entre puissances régionales ».
La Syrie, de son côté, se montre prudente. Al Sharq (18 mai 2025) rapporte que Damas aurait envoyé un message indirect à Beyrouth par le biais du ministre des Affaires étrangères jordanien, appelant le Liban à « ne pas céder aux pressions visant à altérer l’équilibre stratégique de la région ». Le gouvernement syrien craint que le désarmement du Hezbollah ne crée un précédent pouvant affecter ses propres équilibres internes, notamment dans les zones frontalières encore instables.
Coordination diplomatique entre l’Iran et ses alliés
Le journal Al Akhbar (18 mai 2025) indique que l’ambassadeur iranien à Beyrouth a intensifié ses consultations avec les dirigeants du Hezbollah et des factions proches du régime syrien. Une réunion aurait eu lieu dans la banlieue sud de Beyrouth avec plusieurs représentants des groupes armés locaux, au cours de laquelle l’ambassadeur aurait réaffirmé que « la Résistance fait partie de la stratégie de dissuasion régionale contre Israël ».
Selon le même article, Téhéran considère la feuille de route occidentale comme une tentative déguisée de modification de l’axe de résistance. L’Iran met en garde contre « toute tentative de redéploiement militaire étranger au Liban », estimant qu’un tel scénario serait une violation du compromis historique ayant permis la stabilité relative du Sud depuis 2006.
L’ambassadeur iranien aurait également sollicité des rencontres avec les diplomates russes et chinois présents à Beyrouth, dans l’objectif de coordonner une réponse commune au Conseil de sécurité en cas de vote sur la question libanaise. Il aurait déclaré que « tout plan de désarmement non validé par les populations concernées est voué à l’échec ».
Tensions autour du rôle de la FINUL et reconfiguration des alliances
La question du mandat de la FINUL fait également l’objet de négociations intenses. Al Sharq Al Awsat (18 mai 2025)révèle que les États-Unis ont proposé de réviser les règles d’engagement des forces onusiennes afin de leur permettre d’intervenir de manière plus proactive en cas de violation de la résolution 1701. Cette proposition a été soutenue par l’Allemagne et la Grande-Bretagne, mais elle rencontre l’opposition ferme de la Russie et de la Chine.
Le gouvernement libanais, selon Al Liwa’, aurait exprimé des réserves, affirmant que « toute modification du mandat de la FINUL doit être validée par les autorités souveraines libanaises ». La présidence de la République insiste sur le respect de la coordination entre l’armée libanaise et la FINUL, et rejette l’idée d’une autonomie opérationnelle élargie pour les troupes internationales.
Toujours selon Al Liwa’, une délégation de l’Union européenne s’est rendue à Naqoura pour évaluer les besoins logistiques de la mission onusienne. Le chef de cette délégation aurait affirmé que l’UE souhaite maintenir une force crédible et efficace, tout en respectant les sensibilités locales. Il a déclaré que « la sécurité du Sud Liban est un pilier de la stabilité méditerranéenne ».
Politique internationale : Gaza comme catalyseur de ruptures diplomatiques et reconfigurations stratégiques mondiales
L’épreuve de Rafah : basculement des équilibres géopolitiques
Dans son édition du 18 mai 2025, Al Sharq Al Awsat consacre plusieurs pages aux conséquences internationales des opérations militaires israéliennes à Rafah. Selon le journal, l’offensive en cours a provoqué une onde de choc dans les chancelleries occidentales et arabes. La situation humanitaire critique, aggravée par les bombardements de zones densément peuplées, place de nombreux gouvernements face à des contradictions diplomatiques.
Les États-Unis, tout en soutenant Israël, se retrouvent sous pression croissante au sein de l’ONU. Lors d’une réunion du Conseil de sécurité évoquée par Al Sharq Al Awsat, l’ambassadrice américaine a justifié le veto américain sur un projet de cessez-le-feu immédiat, affirmant qu’« un arrêt des hostilités sans garanties sécuritaires pour Israël renforcerait les groupes terroristes dans la région ». Ce discours est jugé insuffisant par plusieurs partenaires européens, dont la France et l’Espagne, qui plaident pour une résolution équilibrée tenant compte des droits des civils palestiniens.
Selon Al Quds (18 mai 2025), la Russie a profité de cette tension pour affirmer sa position au sein du Conseil. Le représentant russe a déclaré que « les États-Unis se comportent comme s’ils étaient les mandataires militaires d’Israël », dénonçant un système international à deux vitesses. La Chine, quant à elle, propose une initiative humanitaire pilotée par l’ONU et soutenue par la Ligue arabe.
Divisions européennes et retour de la diplomatie des blocs
Al Quds met en lumière les désaccords persistants entre les capitales européennes sur la gestion de la crise à Gaza. Si la France, l’Espagne et l’Irlande soutiennent une suspension de la coopération militaire avec Israël, l’Allemagne et plusieurs pays d’Europe centrale s’y opposent fermement. Le ministre des Affaires étrangères allemand, cité dans Al Quds, déclare que « le droit d’Israël à se défendre prime sur toute autre considération dans le cadre du droit international humanitaire ».
L’Union européenne peine ainsi à adopter une position commune. Le Haut Représentant Josep Borrell a reconnu, lors d’une conférence à Bruxelles, que « la politique étrangère européenne est paralysée par des divergences fondamentales sur les enjeux du Proche-Orient ». Cette incapacité à parler d’une seule voix affecte la crédibilité géopolitique de l’Union.
Dans le même numéro, Al Sharq Al Awsat rapporte que la Hongrie et la République tchèque ont opposé leur veto à une déclaration condamnant les frappes israéliennes, soulignant un retour de la logique des alliances traditionnelles issues de la guerre froide.
Positionnements arabes : entre solidarité et intérêts stratégiques
Les capitales arabes adoptent des positions différenciées sur la crise de Gaza, reflet d’intérêts nationaux divergents. Al Sharq Al Awsat rapporte que la Jordanie et le Koweït ont convoqué les ambassadeurs israéliens pour exprimer leur condamnation des frappes à Rafah. Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a déclaré que « ce qui se passe à Rafah est un massacre, une honte pour la communauté internationale ».
L’Égypte, directement concernée par l’afflux potentiel de réfugiés, adopte une position plus équilibrée. Selon Al Quds, le président Abdel Fattah al-Sissi a déclaré que « l’Égypte ne permettra jamais que Gaza soit vidée de ses habitants vers le Sinaï ». Il a néanmoins réaffirmé son engagement à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire via le point de passage de Rafah, tout en renforçant les contrôles de sécurité.
L’Arabie saoudite, selon Al Sharq Al Awsat, reste sur une ligne modérée. Le prince Fayçal ben Farhan a rappelé que « la stabilité régionale passe par une solution politique globale » et appelé à la relance du processus de paix. Riyad évite toute rupture diplomatique directe avec Israël, maintenant une posture d’attente.
Émergence d’un axe sino-russo-iranien sur la scène diplomatique
Al Akhbar (18 mai 2025) détaille la coordination renforcée entre Pékin, Moscou et Téhéran face à la gestion américaine du conflit. L’ambassadeur iranien à l’ONU aurait rencontré ses homologues russe et chinois pour élaborer un projet de résolution alternatif, prévoyant une trêve immédiate, l’envoi de forces d’interposition onusiennes et la mise en place d’un mécanisme d’enquête sur les violations du droit humanitaire.
Dans la même édition, Al Akhbar évoque également la tournée diplomatique du ministre des Affaires étrangères iranien en Syrie, au Liban et en Algérie. Il y aurait évoqué « la nécessité de former un front diplomatique uni contre l’arrogance américaine », insistant sur le rôle de la Résistance comme facteur d’équilibre régional.
La Russie, quant à elle, cherche à tirer parti de l’usure du leadership occidental pour renforcer sa posture de puissance de substitution. Selon Al Quds, Moscou proposerait d’accueillir une conférence internationale sur le Proche-Orient, avec la participation de tous les acteurs, y compris les groupes armés palestiniens, ce que rejettent les États-Unis.
La Turquie comme médiateur actif et critique d’Israël
Al Quds revient sur les prises de position du président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui continue de dénoncer « la barbarie israélienne » et appelle à « l’isolement diplomatique complet » d’Israël. Il propose l’instauration d’un embargo sur les ventes d’armes et la suspension de la coopération militaire avec Tel Aviv.
La Turquie, selon le journal, cherche à reprendre un rôle de médiateur régional, en s’appuyant sur ses contacts avec le Hamas et certains pays occidentaux. Erdoğan affirme que son pays est prêt à accueillir des pourparlers informels, à condition que les États-Unis ne monopolisent pas la médiation.
La diplomatie turque aurait également proposé à la Russie une coordination humanitaire sur Gaza. Al Akhbar signale qu’un convoi médical turco-russe serait en préparation, en lien avec le Croissant-Rouge palestinien.
Économie : instabilité monétaire persistante, ajustements budgétaires précaires et appels aux investissements arabes
Tensions sur la livre libanaise et rôle incertain de la Banque centrale
Al Joumhouriyat (18 mai 2025) revient sur les difficultés rencontrées par la Banque du Liban dans la stabilisation du taux de change de la livre libanaise. Selon le journal, le gouverneur Karim Souaid fait face à une pression croissante des institutions internationales pour mettre en œuvre une politique monétaire plus stricte. La récente dépréciation de la monnaie nationale, oscillant autour de 93 000 livres pour un dollar sur le marché parallèle, ravive les inquiétudes sur la capacité du Liban à contenir l’hyperinflation.
Le journal note que la Banque centrale a injecté près de 100 millions de dollars sur les marchés au cours des deux dernières semaines afin de freiner la spéculation. Cependant, cette intervention est jugée insuffisante par plusieurs experts, qui soulignent que l’absence de réformes fiscales structurelles prive la banque d’un cadre macroéconomique cohérent. Dans une déclaration relayée par Al Joumhouriyat, le gouverneur Souaid affirme que « sans relance de la production locale ni accord politique sur la politique budgétaire, la politique monétaire reste un levier limité ».
Ad Diyar (18 mai 2025) rapporte par ailleurs que des tensions seraient apparues entre la Banque du Liban et le ministère des Finances à propos de la gestion des eurobonds arrivant à maturité. Le gouvernement souhaiterait renégocier certains engagements, tandis que la Banque centrale plaide pour le respect des échéances afin de préserver la crédibilité du Liban sur les marchés internationaux. Ce désaccord révèle les faiblesses d’un pilotage économique divisé et soumis à des intérêts politiques contradictoires.
Croissance en berne et climat d’investissement dégradé
Selon les données reprises par Al Liwa’ (18 mai 2025), la croissance libanaise devrait rester inférieure à 1,5 % en 2025, en raison du ralentissement des flux touristiques, de la faiblesse de la consommation intérieure et de la crise énergétique persistante. Le rapport de la Banque mondiale cité dans l’article confirme cette tendance, indiquant que « l’absence de réformes institutionnelles, combinée à l’instabilité régionale, empêche toute reprise durable de l’activité ».
Le secteur de la construction, autrefois moteur de l’économie libanaise, continue de s’effondrer. Les permis de construire ont chuté de 38 % par rapport à l’année précédente, et de nombreux chantiers sont suspendus faute de financement ou de matériaux importés. Le coût élevé des importations, lié à la dévaluation, pèse lourdement sur les marges des entreprises.
Toujours selon Al Liwa’, les IDE (investissements directs étrangers) ont reculé de 27 % au premier trimestre de 2025, alors qu’ils étaient déjà à un niveau historiquement bas. Le Liban, longtemps considéré comme une plateforme régionale pour les services financiers et commerciaux, voit son attractivité fortement remise en cause par l’insécurité juridique, la corruption et l’absence de vision économique de long terme.
Le pari de l’investissement arabe : discours volontariste et obstacles structurels
Dans un long entretien accordé à Ad Diyar (18 mai 2025), un haut responsable libanais affirme que le Liban doit cesser de « mendier des dons » et s’orienter vers des investissements productifs. Il appelle les pays du Golfe à voir le Liban comme « leur deuxième pays » et à investir massivement dans les secteurs stratégiques : tourisme, énergie, infrastructures et services. Il qualifie le Liban de « shurfa des Arabes » (balcon du monde arabe), soulignant son potentiel géographique et humain.
Cet appel, selon le journal, s’inscrit dans une stratégie de reconquête diplomatique et économique du monde arabe, pilotée directement par la présidence de la République. Toutefois, de nombreux analystes interrogés dans la presse rappellent que sans réformes structurelles et transparence, ces ambitions resteront lettre morte. Les fonds souverains arabes, notamment le PIF saoudien et l’Abu Dhabi Investment Authority, ont d’ailleurs conditionné tout investissement à un audit complet du secteur bancaire et à une réorganisation du cadre légal relatif à la propriété étrangère.
Banques et assurances : lente restructuration et défi de la recapitalisation
Al Akhbar (18 mai 2025) souligne la faiblesse persistante du secteur bancaire libanais, toujours privé d’un plan officiel de restructuration, plus de quatre ans après la crise de 2019. Le journal indique que seuls six établissements bancaires sur une cinquantaine respecteraient les critères minimaux de solvabilité recommandés par le FMI. Les négociations entre le gouvernement et les associations de banques (ABL) achoppent sur la répartition des pertes. La position du gouverneur Souaid, favorable à une solution mixte entre contribution des actionnaires et utilisation partielle des réserves de la Banque centrale, reste fortement contestée.
Dans le même numéro, Al Akhbar rapporte que plusieurs compagnies d’assurance envisagent de réduire leur exposition au marché libanais, voire de suspendre certaines garanties santé et habitation. Cette tendance alimente une nouvelle insécurité pour les particuliers, déjà fragilisés par la perte de valeur de leurs avoirs en banque.
Des experts cités dans l’article estiment que sans plan global de restructuration bancaire, l’économie libanaise restera bloquée dans une spirale de méfiance et de paralysie du crédit. Le taux de bancarisation a chuté sous les 45 %, contre 73 % en 2018, un recul qui traduit la rupture de confiance entre citoyens et système financier.
Petits entrepreneurs et informel : résistance à bas bruit
Selon une enquête de Al Liwa’, l’économie informelle représente désormais plus de 60 % de l’activité économique réelle au Liban. Face à la rareté du crédit, aux coupures d’électricité et à la montée des prix, de nombreux petits entrepreneurs, artisans et commerçants ont réorganisé leurs chaînes d’approvisionnement, fonctionnant en dehors des circuits officiels.
Le journal consacre un reportage à plusieurs initiatives locales dans les quartiers de Beyrouth et Saïda, où des coopératives communautaires permettent d’acheter des produits de base à prix réduits. Ces structures, souvent financées par des diasporas, pallient en partie l’effondrement des services publics.
Les autorités reconnaissent ce phénomène, sans pour autant proposer une intégration formelle de ces activités dans l’économie nationale. Le ministre de l’Économie, cité dans Al Liwa’, admet que « l’économie informelle constitue un filet de sécurité pour des millions de Libanais, mais elle échappe à toute régulation et ne contribue pas au financement public ».
Justice : paralysie judiciaire, manipulation des dossiers sensibles et impunité persistante dans les affaires de corruption
Blocage des réformes judiciaires et pressions politiques
Selon Al Liwa’ (18 mai 2025), les efforts pour réformer le système judiciaire au Liban sont de nouveau entravés par des interférences politiques flagrantes. Le journal rapporte que plusieurs initiatives législatives, visant à renforcer l’indépendance des magistrats et à limiter les interventions du pouvoir exécutif dans la nomination des juges, sont restées lettre morte. Un député de l’opposition, cité anonymement, affirme que « le pouvoir judiciaire est otage des équilibres confessionnels et de la volonté des partis dominants ». Ce blocage institutionnel alimente la défiance généralisée envers l’appareil judiciaire, perçu comme un outil aux mains des puissants.
Toujours selon Al Liwa’, plusieurs juges engagés dans des dossiers sensibles auraient subi des pressions pour ralentir, voire suspendre leurs enquêtes. Une source judiciaire confie que « des ordres sont transmis verbalement pour éviter la mise en cause de certaines figures politiques ». Cette pratique, bien que difficile à documenter formellement, est régulièrement dénoncée par les associations de magistrats, qui réclament une loi garantissant l’autonomie financière et administrative du Conseil supérieur de la magistrature.
Dans un autre article de la même édition, Al Liwa’ évoque la paralysie du Conseil de discipline des magistrats, censé juger les juges impliqués dans des actes de corruption ou de négligence grave. Le Conseil n’a émis aucune décision publique depuis plus de douze mois, malgré la réception de plusieurs plaintes documentées par l’Inspection centrale.
Récupération des fonds détournés : obstacle majeur à la justice financière
La question des fonds détournés durant la crise de 2019 reste au cœur des préoccupations publiques. Toujours selon Al Liwa’ (18 mai 2025), l’opinion réclame la mise en œuvre de mécanismes de traçabilité des capitaux sortis illégalement du pays. Plusieurs partis politiques et mouvements de la société civile ont relancé l’appel à une levée totale du secret bancaire, mais cette mesure est bloquée par la commission parlementaire des finances, dominée par les anciens partis au pouvoir.
Le journal rapporte que le projet de loi présenté en 2022 pour créer une commission indépendante d’enquête financière est toujours en attente d’un vote. Cette commission aurait pour mandat de coopérer avec les juridictions étrangères et les institutions financières internationales afin de geler et de rapatrier les fonds suspectés d’origine illicite. Un haut responsable bancaire, interrogé par Al Liwa’, estime que « sans cadre légal clair et protecteur pour les dénonciateurs internes, aucun audit crédible ne pourra être mené à bien ».
Toujours selon le même article, certains pays européens, dont la Suisse et la France, ont transmis des listes de comptes bancaires suspects liés à des responsables libanais. Toutefois, aucune suite judiciaire concrète n’a été donnée à ce jour. La justice libanaise invoque l’absence de coopération administrative suffisante, tandis que des ONG locales dénoncent un « blocage volontaire » orchestré par certains juges proches du pouvoir.
Affaires sensibles étouffées : le cas des détournements dans le secteur de l’énergie
Dans un autre volet de ses investigations, Al Liwa’ (18 mai 2025) révèle que plusieurs plaintes déposées contre des anciens ministres de l’Énergie, relatives à des contrats opaques passés avec des sociétés étrangères entre 2010 et 2020, n’ont donné lieu à aucune inculpation. Le journal souligne que ces contrats, portant sur la location de barges de production électrique, auraient occasionné un surcoût de plus de 1,2 milliard de dollars selon un rapport de la Cour des comptes.
Des sources judiciaires affirment que les dossiers ont été transférés à la chambre pénale de la Cour de cassation, mais qu’aucun juge d’instruction n’a été désigné à ce jour. Des ONG comme Legal Agenda dénoncent « une stratégie de dilution des responsabilités », rendue possible par la complexité des procédures et l’absence de volonté politique de sanctionner les anciens ministres.
Dans le même article, un magistrat sous couvert d’anonymat souligne que « les affaires impliquant des ministres ou des députés sont traitées avec une extrême lenteur, car elles nécessitent des autorisations spéciales souvent refusées ou retardées par le Parlement ». Cette architecture institutionnelle contribue à une forme d’impunité de fait, qui alimente le sentiment d’injustice au sein de la population.
Manipulations judiciaires et documents falsifiés : le scandale des archives disparues
Al Liwa’ (18 mai 2025) consacre également une page au scandale des documents judiciaires disparus dans plusieurs tribunaux de Beyrouth et du Mont-Liban. Des pièces à conviction, notamment dans des affaires de corruption et de détournement de biens publics, auraient été égarées ou falsifiées. Un juge d’instruction aurait adressé un rapport confidentiel au Conseil supérieur de la magistrature, faisant état de « manipulations systématiques des archives numériques et physiques ».
Le journal révèle que dans au moins trois affaires sensibles, les disques durs contenant les copies numériques des auditions ont été endommagés ou réinitialisés sans justification technique. Le ministère de la Justice a ouvert une enquête interne, mais celle-ci reste sans suites publiques. Les syndicats du barreau dénoncent une « crise de gouvernance documentaire » et appellent à la numérisation sécurisée des procédures.
Le Conseil des avocats a de son côté réclamé un audit complet des systèmes d’information judiciaire. Son président a déclaré que « le Liban est devenu un État de non-droit judiciaire, où les preuves disparaissent aussi facilement que les responsabilités politiques ».



