jeudi, janvier 22, 2026

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Une diplomatie libanaise sous pression américaine directe

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La visite de Morgan Ortagus, sous-secrétaire d’État adjointe des États-Unis pour le Moyen-Orient, ce week-endau Liban, a marqué une étape décisive dans les relations entre Washington et Beyrouth. Débarquée vendredisoir dans la capitale libanaise, elle a multiplié les rencontres avec les principaux dirigeants du pays : le présidentJoseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam, le président du Parlement Nabih Berri, mais aussi, fait rare etcontroversé, le gouverneur nouvellement nommé de la Banque du Liban (BDL), Karim Souaid, et le chef desForces libanaises, Samir Geagea. Ces entretiens, menés sans déclaration publique officielle, ont alimenté lesspéculations sur une ingérence américaine directe dans les affaires internes libanaises, dans un contexte decrise politique et économique persistante.

Un agenda américain centré sur le Hezbollah et les réformes

Selon Ad Diyar daté du 7 avril 2025, la délégation américaine a tenu un nombre record de réunions en un temps restreint, signe d’une volonté d’imposer un rythme soutenu aux discussions. Le principal sujet abordé aurait été le désarmement du Hezbollah, une exigence récurrente de Washington depuis des années, mais qui semble aujourd’hui prendre une tournure plus impérative. Les États-Unis, par la voix d’Ortagus, auraient insisté sur la nécessité pour le gouvernement libanais de mettre fin à l’influence militaire et politique du groupe chiite, perçu comme une menace directe à la stabilité régionale et un obstacle aux réformes promises par Beyrouth.

Al Liwa ’ (07/04/2025) ajoute que les échanges ont également porté sur des réformes internes, notamment économiques et administratives, ainsi que sur la politique étrangère du Liban. Les responsables américains auraient souligné que l’aide financière et le soutien politique de Washington dépendent d’une coopération renforcée avec les initiatives occidentales, notamment en matière de sécurité. Cette conditionnalité, bien que familière, semble désormais assortie d’un ultimatum tacite : le Liban doit clarifier ses alliances, sous peine de voir ses relations avec les États-Unis et leurs partenaires se dégrader.

L’insistance sur le Hezbollah n’est pas nouvelle, mais elle intervient dans un contexte particulier. Après la guerre dévastatrice de l’année précédente entre Israël et le groupe libanais, conclue par un cessez-le-feu fragile en novembre 2024, les États-Unis cherchent à consolider leurs gains diplomatiques dans la région. La présence persistante de troupes israéliennes sur cinq points stratégiques au sud du Liban, en violation des termes du cessez-le-feu, a également été évoquée. Ortagus aurait salué la proposition libanaise de « diplomatie de navette » pour résoudre ce différend frontalier, selon des sources proches du bureau du Premier ministre relayées par Al Sharq Al Awsat (07/04/2025).

La France : une voix complémentaire mais distincte

Parallèlement à cette offensive américaine, la France, partenaire historique du Liban, ajuste sa propre posture diplomatique. Depuis Alger, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a plaidé pour une « relation d’égal à égal » avec les pays du Sud, dont le Liban, marquant une rupture avec les approches jugées paternalistes du passé (Al Sharq Al Awsat, 07/04/2025). Cette déclaration intervient alors que Paris cherche à maintenir son influence au Levant face à l’activisme américain et aux bouleversements régionaux.

Dans ses échanges avec Beyrouth, la France a réaffirmé son soutien à la souveraineté libanaise, notamment via le renforcement de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban) dans le sud du pays. Paris partage avec Washington l’objectif d’une stabilisation régionale, mais privilégie une approche multilatérale, loin des injonctions unilatérales. Cette nuance reflète une volonté de se démarquer des États-Unis tout en restant un acteur incontournable dans la diplomatie libanaise.

Le Liban, entre multi-alignement et pressions accrues

Le Liban, fidèle à son rôle de carrefour géopolitique, continue de naviguer entre des influences contradictoires. Ad Diyar (07/04/2025) décrit une « mosaïque diplomatique » où Beyrouth entretient des relations avec les États-Unis et la France, tout en ménageant ses liens avec l’Iran – principal soutien du Hezbollah – et les monarchies du Golfe, ces dernières étant souvent alignées sur Washington. Cette stratégie de multi-alignement, qui a permis au Liban de préserver une certaine autonomie par le passé, est aujourd’hui mise à l’épreuve par un contexte international de plus en plus polarisé.

Al Liwa’ (07/04/2025) rapporte que les diplomates américains ont explicitement averti leurs homologues libanais : l’ambiguïté dans les relations avec l’Iran ou avec des pays sous sanctions, comme la Syrie, ne sera plus tolérée. Cette fermeté s’inscrit dans une logique plus large de containment de l’influence iranienne au Moyen-Orient, un objectif prioritaire de l’administration Trump depuis son retour au pouvoir en janvier 2025. Pour le Liban, cette pression pourrait signifier un choix cornélien : sacrifier des partenariats historiques ou risquer un isolement diplomatique et économique.

Une aide conditionnée et des réformes urgentes

Au-delà des questions sécuritaires, la visite d’Ortagus a mis en lumière les attentes économiques des États-Unis. La délégation a salué les premières mesures du gouvernement libanais, telles que la levée partielle du secret bancaire et la rédaction d’une loi de réforme du secteur bancaire (Al Liwa’, 07/04/2025). Cependant, ces avancées restent insuffisantes aux yeux de Washington, qui conditionne une aide substantielle à des progrès tangibles dans la lutte contre la corruption et la restructuration de l’État.

Le Liban, plongé dans une crise économique sans précédent depuis 2019, dépend cruellement de l’assistance internationale. Un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), évoqué lors des discussions avec Ortagus, apparaît comme une bouée de sauvetage, mais il exige des réformes douloureuses que les élites libanaises ont jusqu’ici peiné à mettre en œuvre. La visite de ce week-end semble ainsi avoir renforcé la perception d’un Liban sous tutelle, où chaque pas vers la reconstruction est scruté et dicté par des puissances extérieures.

Vers une redéfinition des équilibres régionaux ?

La visite de Morgan Ortagus intervient dans un moment critique pour le Liban et le Moyen-Orient. Le cessez-le-feu avec Israël, les tensions persistantes avec le Hezbollah, et l’effondrement du régime syrien en décembre 2024, qui a fragilisé les lignes d’approvisionnement du groupe chiite, redessinent les rapports de force dans la région. Les États-Unis, en tandem avec leurs alliés, semblent déterminés à saisir cette opportunité pour imposer un nouvel ordre régional, où le Liban jouerait un rôle de pion plutôt que de pont.

Pourtant, la résilience diplomatique libanaise, fruit de décennies de crises et de compromis, pourrait encore surprendre. Si Beyrouth parvient à équilibrer les exigences américaines avec les attentes de ses autres partenaires, il pourrait préserver une marge de manœuvre. Mais dans un monde où les grandes puissances tolèrent de moins en moins les zones grises, cette acrobatie s’annonce plus périlleuse que jamais.

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Newsdesk Libnanews
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