Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, a révélé ce mardi 24 février 2026, lors d’une rencontre avec des journalistes à Genève, que Beyrouth a reçu des avertissements indirects d’Israël indiquant que des frappes pourraient viser des infrastructures civiles libanaises, y compris l’aéroport international de Beyrouth, si le Hezbollah décidait de s’impliquer dans un éventuel conflit opposant les États-Unis à l’Iran. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions régionales exacerbées par un renforcement militaire américain au Moyen-Orient, signe d’une possible campagne prolongée contre Téhéran. Rajji a insisté sur le fait que le Liban ne souhaite pas être entraîné dans cette escalade, affirmant que “cette guerre ne nous concerne pas”.
Les autorités libanaises ont multiplié les appels au Hezbollah, le puissant mouvement chiite soutenu par l’Iran, pour qu’il s’abstienne de toute réponse susceptible de provoquer des “situations dramatiques” pour les civils libanais. Selon Rajji, des efforts diplomatiques sont en cours pour obtenir des garanties que, même en cas de représailles, les infrastructures civiles libanaises soient épargnées. Ces mises en garde israéliennes soulignent la vulnérabilité persistante du Liban, déjà marqué par une guerre dévastatrice avec Israël en 2024, qui a affaibli le Hezbollah mais n’a pas éliminé les risques de reprise des hostilités.
Le renforcement américain au Moyen-Orient, incluant le déploiement de navires de guerre et de forces aériennes supplémentaires, alimente les spéculations sur une confrontation imminente avec l’Iran. Washington a ordonné lundi 23 février l’évacuation du personnel non essentiel de son ambassade à Beyrouth, une mesure préventive qui reflète l’anticipation d’un conflit potentiel. Rajji a précisé que les avertissements israéliens indiquent une frappe “plus dure” contre les infrastructures civiles que lors du précédent conflit, marquant une escalade potentielle dans la stratégie israélienne.
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Des frappes israéliennes récentes ravivent les tensions frontalières
Vendredi dernier, le 20 février 2026, Israël a mené des frappes meurtrières sur des centres de commandement présumés du Hezbollah dans l’est du Liban, ainsi que sur une cible liée au groupe palestinien Hamas dans le camp d’Ain al-Helweh, au sud du pays. Ces opérations ont entraîné la mort de huit combattants du Hezbollah, selon les déclarations du mouvement samedi 21 février. Le Hezbollah a promis une “résistance renouvelée”, sans toutefois préciser la forme que prendraient ses représailles. Ces incidents interviennent malgré le cessez-le-feu conclu en novembre 2024, qui visait à mettre fin à plus d’un an d’hostilités intenses entre Israël et le Hezbollah.
Les forces israéliennes accusent le Hezbollah de se réarmer et de violer les termes de l’accord de cessez-le-feu. Entre le 16 et le 22 février 2026, des opérations israéliennes en territoire libanais ont tué 14 personnes, dont 10 membres du Hezbollah et deux affiliés au Hamas. L’armée israélienne a ciblé des dépôts d’armes, des lance-roquettes et des sites militaires situés près de zones civiles, affirmant que ces activités constituent une menace directe pour la sécurité d’Israël. Un rapport de l’armée libanaise, daté de janvier 2026, indique que la première phase du plan de désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani a été achevée, avec le démantèlement de certaines installations et tunnels, ainsi que la confiscation d’armes. Cependant, Israël juge ces progrès insuffisants et continue ses frappes régulières.
Le 19 février, l’armée israélienne a annoncé avoir frappé des infrastructures du Hezbollah dans le sud du Liban, incluant des dépôts d’armes et des sites militaires, en réponse à des violations présumées des accords israélo-libanais. Un opérateur du Hezbollah, impliqué dans la reconstruction d’infrastructures terroristes, a été éliminé par des tirs de sniper, selon des médias libanais. Ces actions soulignent la fragilité du cessez-le-feu, avec plus de 10 000 violations signalées par Israël depuis novembre 2024. Le Hezbollah, de son côté, accuse Israël d’agression continue et d’occupation de collines libanaises, appelant à une restauration de la souveraineté nationale.
Le rôle du Hezbollah dans les dynamiques régionales
Le Hezbollah, fondé en 1982 avec le soutien de l’Iran, reste un acteur central dans les tensions régionales. Affaibli par la guerre de 2024, qui a entraîné la mort de son leader historique Hassan Nasrallah et de nombreux commandants, le mouvement a perdu une partie de son arsenal et de ses capacités opérationnelles. Pourtant, des rapports indiquent que l’Iran exerce des pressions sur le Hezbollah pour qu’il se joigne à un éventuel conflit contre Israël ou les États-Unis. Des officiers des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) auraient intensifié leurs activités au Liban, collaborant avec des commandants du Hezbollah pour préparer des options de guerre.
Le gouvernement libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, s’est engagé l’année dernière à désarmer le Hezbollah, confiant cette tâche à l’armée nationale malgré ses capacités limitées. Le cabinet technocratique de Salam, formé au milieu d’une crise politique et économique persistante, inclut Youssef Rajji au poste de ministre des Affaires étrangères depuis le 8 février 2025. Rajji, un diplomate expérimenté formé à l’Université de Paris, a accusé le Hezbollah de chercher à regagner du temps pour se renforcer, utilisant le conflit avec Israël comme prétexte pour conserver ses armes. Lors d’une réunion budgétaire récente, des ministres ont exprimé des préoccupations sur les pressions institutionnelles exercées sur le Hezbollah, avertissant d’un risque de confrontation interne.
Na’im Qassem, secrétaire général du Hezbollah, a critiqué les institutions libanaises pour leur inaction face à l’“agression” israélienne, affirmant que l’État a la responsabilité de restaurer la souveraineté. Il a averti que “tout a des limites” et que la situation ne peut perdurer indéfiniment, tout en soulignant que le Hezbollah a respecté le cessez-le-feu et aidé à l’élection du président et à la formation du gouvernement. Ces échanges révèlent des tensions croissantes entre le Hezbollah et le gouvernement libanais, avec des accusations mutuelles d’incitation à la guerre civile.
Les implications des résolutions onusiennes
La situation au Liban sud est régie par la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006 après la guerre entre Israël et le Hezbollah. Cette résolution appelle au désarmement des milices au sud du Litani, au déploiement de l’armée libanaise et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), ainsi qu’au retrait israélien des territoires occupés. Malgré cela, des violations persistantes de part et d’autre ont miné son efficacité. En janvier 2026, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a exprimé sa préoccupation sur les attaques continues contre la FINUL, appelant à un respect strict du cessez-le-feu.
Le 23 février, le ministre libanais des Affaires étrangères a rencontré le vice-ministre russe des Affaires étrangères à Genève, réitérant l’appel à Israël pour qu’il cesse ses attaques et se retire des collines occupées. Rajji a souligné la nécessité d’une coopération internationale pour préserver la stabilité libanaise. La FINUL, comptant plus de 10 000 Casques bleus, a rapporté plusieurs incidents récents, dont des tirs sur ses patrouilles, attribués à des éléments non identifiés mais souvent liés aux tensions frontalières. Un rapport de l’ONU daté du 12 février 2026 met en lumière les efforts libanais pour promouvoir la souveraineté, tout en notant les défis posés par le Hezbollah.
Les États-Unis, alliés d’Israël, ont renforcé leur soutien à l’armée libanaise, fournissant du matériel pour le désarmement. Lors d’une visite récente à Beyrouth, un représentant du Département d’État américain a insisté sur l’importance de l’application pleine de la résolution 1701, avertissant que toute implication du Hezbollah dans un conflit plus large pourrait entraîner des conséquences dévastatrices pour le Liban.
Les vulnérabilités infrastructurelles du Liban
L’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth, mentionné explicitement par Rajji comme cible potentielle, représente un pilier économique vital pour le Liban. Reconstruit après la guerre civile, il a été endommagé lors d’explosions passées et reste exposé en cas de conflit. Des frappes sur cet aéroport paralyseraient les liaisons aériennes, aggravant la crise économique du pays, marquée par une inflation galopante et une dette publique dépassant 150 milliards de dollars selon les rapports du ministère des Finances libanais de janvier 2026.
D’autres infrastructures stratégiques, comme le port de Beyrouth, déjà dévasté par l’explosion d’août 2020, ou les centrales électriques, font face à des risques similaires. Le gouvernement libanais a lancé des efforts diplomatiques auprès des États-Unis et de la France pour obtenir des assurances contre de telles attaques. Le ministre omanais des Affaires étrangères, Sayyid Badr Albusaidi, a rencontré Rajji le 22 février à Beyrouth, discutant de la coopération bilatérale et des développements régionaux, soulignant l’importance de la coordination pour éviter l’escalade.
Les dynamiques confessionnelles et politiques internes
Au Liban, les tensions avec Israël et l’Iran s’entremêlent avec les divisions confessionnelles. Le Hezbollah, dominant dans les régions chiites du sud et de la Bekaa, maintient une influence significative malgré ses pertes. Des manifestations récentes à Tripoli, bastion sunnite, ont critiqué l’ingérence iranienne via le Hezbollah, reflétant des clivages internes. Le cabinet de Salam, composé de technocrates, vise à naviguer ces divisions sans favoriser une communauté, mais les accusations de “strangulation interne” du Hezbollah par des ministres comme ceux de la Justice et des Affaires étrangères persistent.
Lors d’une discussion budgétaire fin janvier 2026, le ministre des Affaires sociales a mis en garde contre une détérioration vers un conflit interne, appelant à un dialogue national. L’armée libanaise, déployée au sud du Litani avec environ 15 000 soldats, travaille à démanteler les tunnels et confiscations d’armes, mais ses ressources limitées – budget militaire à 1,5 milliard de dollars pour 2026 – entravent les progrès. Israël accuse l’armée de complaisance, justifiant ses frappes préventives.
Les pressions iraniennes et les options du Hezbollah
Des rapports indiquent que l’Iran presse le Hezbollah de se préparer à un conflit élargi. Une frappe israélienne le 21 février sur des positions du Hezbollah dans la Bekaa a ciblé des systèmes de missiles, considérée comme préventive. Le Hezbollah n’a pas exclu une intervention en soutien à l’Iran, mais ses déclarations restent mesurées, évoquant une “défense” du Liban. Rajji a exhorté Téhéran, lors d’une visite récente de son homologue iranien, à adopter une “nouvelle approche” sur le désarmement du Hezbollah.
Le 9 février, l’armée israélienne a frappé des infrastructures du Hezbollah près de zones civiles, violant selon Beyrouth les accords. Un terroriste du Hezbollah a été éliminé, posant une menace directe aux troupes israéliennes. Ces incidents prolongent l’instabilité, avec des implications immédiates pour la sécurité frontalière. Le gouvernement libanais continue ses appels à la retenue, tandis que les frappes israéliennes du 15 février sur des entrepôts d’armes soulignent les efforts pour contrer la reconstruction du Hezbollah.
Les opérations israéliennes entre le 9 et le 16 février ont mis en lumière les tensions croissantes avec le gouvernement libanais, accusé par le Hezbollah de ne pas détérer l’agression. Rajji a répondu en accusant le mouvement de prioriser ses intérêts sur ceux du Liban, prolongeant ainsi les débats sur la souveraineté et le désarmement sans résolution immédiate. Les dynamiques régionales, incluant les visites diplomatiques comme celle du ministre omanais, visent à atténuer les risques, mais les avertissements israéliens du 24 février persistent comme un rappel des vulnérabilités persistantes du Liban face aux acteurs extérieurs.



