La porte-parole de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), Kandice Ardiel, a déclaré à l’Agence France-Presse que la mission prévoit de réduire et de retirer tous ou la quasi-totalité de ses éléments en uniforme d’ici la mi-2027, avec un achèvement complet d’ici la fin de l’année. Cette annonce, faite le 10 février 2026, marque la fin d’une présence onusienne de près de cinq décennies dans cette région frontalière instable. Elle s’inscrit dans un processus de retrait ordonné, visant à transférer progressivement les responsabilités sécuritaires aux forces armées libanaises, au milieu de tensions persistantes le long de la Ligne bleue.
Cette décision découle de la résolution 2790 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2025, qui a prolongé le mandat de la Finul jusqu’au 31 décembre 2026 pour une dernière fois, avant d’enclencher un retrait échelonné sur l’année suivante. La résolution appelle à une mise en œuvre complète de la résolution 1701 de 2006, incluant le respect total de la Ligne bleue et une cessation définitive des hostilités. Elle met l’accent sur le rôle de la Finul dans le soutien aux parties pour remplir leurs obligations, tout en préparant le terrain pour un renforcement des capacités des forces libanaises.
Le retrait envisagé concerne environ 7 500 casques bleus provenant de 48 pays contributeurs, selon les chiffres actualisés au 1er février 2026. Parmi eux, des contingents importants comme ceux de l’Italie, de la France, de l’Espagne et de l’Allemagne, qui ont joué un rôle clé dans les patrouilles et les opérations de déminage. La phase de réduction débutera après l’expiration du mandat, avec une emphase sur une transition sûre et coordonnée avec l’armée libanaise.
Les origines de la Finul remontent à mars 1978
Créée par les résolutions 425 et 426 du Conseil de sécurité, la Finul a été établie pour confirmer le retrait des forces israéliennes du sud du Liban après leur invasion de cette année-là, restaurer la paix et la sécurité internationales, et assister le gouvernement libanais à rétablir son autorité effective dans la région. Initialement composée de quelques milliers de soldats, la force a vu son mandat ajusté à plusieurs reprises en réponse aux évolutions du conflit.
En 1982, suite à une nouvelle incursion israélienne, la Finul a été contrainte d’adapter ses opérations face à l’occupation prolongée du sud du Liban, qui a duré jusqu’en 2000. Cette période a été marquée par des confrontations directes avec les forces d’occupation et des groupes armés locaux, entraînant des pertes parmi les casques bleus. Le retrait israélien en 2000, sous la pression de la résistance libanaise, a permis un redéploiement partiel de l’armée libanaise, mais les tensions ont persisté le long de la frontière.
Le conflit de juillet-août 2006 a conduit à un renforcement significatif de la Finul via la résolution 1701, qui a élargi son mandat pour inclure la surveillance de la cessation des hostilités, l’accompagnement des forces armées libanaises dans leur déploiement au sud, y compris le long de la Ligne bleue, et l’assistance humanitaire aux populations civiles. La force a alors été augmentée à plus de 10 000 soldats, avec une composante maritime pour sécuriser les côtes libanaises contre les transferts d’armes illicites.
Au fil des ans, la Finul a documenté des milliers de violations de la résolution 1701, incluant des survols aériens israéliens, des incursions terrestres et des activités armées au sud du Litani. Ses rapports annuels au Conseil de sécurité ont mis en lumière les défis persistants, tels que la présence d’armes non autorisées et les obstacles à la liberté de mouvement des patrouilles onusiennes.
Un mandat sous pression récente
La résolution 2790 de 2025 a marqué un tournant, en fixant la fin du mandat au 31 décembre 2026, suivi d’un retrait dans l’année suivante. Ce texte, adopté à l’unanimité, reflète les pressions exercées par Israël et les États-Unis pour mettre fin à une mission jugée inefficace dans la prévention des activités du Hezbollah au sud du Litani. Il exhorte les forces armées libanaises à assumer pleinement les responsabilités sécuritaires lors du retrait de la Finul, tout en appelant à une exploration d’options futures pour la mise en œuvre de la résolution 1701, incluant un soutien accru au déploiement libanais.
En janvier 2026, des discussions ont émergé sur la nécessité d’une présence internationale alternative après 2027, avec le Premier ministre libanais Nawaf Salam déclarant lors d’une visite à Paris que le Liban requerrait une forme de monitoring étranger pour maintenir la sécurité frontalière. Des pourparlers avec la France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne visent à sécuriser la continuité de contingents européens, potentiellement sous un nouveau cadre onusien ou bilatéral.
Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a indiqué en décembre 2025 que l’Italie maintiendrait des troupes au sud du Litani après le retrait de la Finul, dans le cadre des missions MCT4L et MIBIL. De même, le commandant de l’armée libanaise Joseph Aoun a souligné l’ouverture du Liban à toute nation souhaitant maintenir une présence au sud, tout en annonçant un renforcement des effectifs de l’armée libanaise dans les semaines à venir.
Incidents récents le long de la Ligne bleue
Les mois précédant l’annonce du retrait ont été marqués par une augmentation des agressions contre les casques bleus. Le 2 février 2026, un char Merkava des Forces de défense israéliennes (FDI) a tiré environ 30 balles de petit calibre vers une position de la Finul près de Kafer Chouba, au sud de la Ligne bleue. Bien que les balles aient touché un poste de garde et pénétré dans des quartiers d’habitation, aucun peacekeeper n’a été blessé.
Le jour précédent, les FDI ont informé la Finul qu’elles procéderaient à une activité aérienne larguant une substance chimique non toxique près de la frontière, forçant la suspension temporaire de patrouilles et d’activités pour neuf heures. La Finul a aidé les autorités libanaises à collecter des échantillons au nord de la Ligne bleue pour des tests de toxicité, restant en contact pour obtenir les résultats.
Le 3 février 2026, des peacekeepers en patrouille de routine près de Kafer Kela ont observé deux drones survolant agressivement au-dessus d’eux. Ces incidents s’inscrivent dans une tendance plus large : un rapport interne vu par l’Associated Press détaille une hausse dramatique des comportements agressifs des forces israéliennes, passant d’un incident en janvier 2025 à 27 en décembre, incluant des grenades larguées par drones près de patrouilles de la Finul.
En octobre 2024, des troupes israéliennes ont ouvert le feu sur trois positions de la Finul dans le sud du Liban, y compris la base principale à Naqoura. Ces attaques ont été condamnées par le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, qui a rappelé l’obligation de protéger les peacekeepers.
Le rôle de la Finul dans le déminage et l’assistance civile
Malgré les défis sécuritaires, la Finul a poursuivi ses opérations humanitaires et de déminage. Le 4 février 2026, deux champs de mines à Maroun al-Ras, couvrant plus de 4 850 mètres carrés, ont été déminés par l’unité chinoise d’ingénierie multifonctionnelle et remis à l’armée libanaise. Plus de 800 mines ont été détruites, réduisant les risques pour les civils dans cette zone agricole.
En janvier 2026, une campagne soutenue par la Finul a été lancée pour réduire les risques d’explosifs, en coordination avec le Service d’action antimines des Nations unies. Des peacekeepers népalais ont assisté les résidents de Blida à préparer un champ pour une plantation d’oliviers, favorisant la reprise économique locale.
La composante maritime de la Finul, impliquant des navires de plusieurs pays, a transféré des responsabilités accrues à la marine libanaise fin 2025, dans le cadre d’un nouveau cadre opérationnel pour la sécurité maritime.
Implications pour la sécurité libanaise
Le retrait de la Finul pose des questions sur la capacité de l’armée libanaise à maintenir la stabilité au sud du Litani. Le gouvernement libanais, sous Nawaf Salam, a engagé des discussions pour une force internationale de remplacement, soulignant que la sécurité frontalière nécessite une supervision continue. Des sources officielles indiquent que des sentiments internationaux et régionaux sont favorables au soutien de l’armée libanaise, particulièrement en vue de la conférence de Paris le 5 mars 2026.
L’armée libanaise prévoit de déployer jusqu’à 10 000 soldats au sud, avec une stratégie en cinq phases pour le nord du Litani. Des découvertes récentes de tunnels et de dépôts d’armes du Hezbollah par l’armée, agissant sur des renseignements américains, illustrent les défis persistants. Le 9 février 2026, un dépôt d’armes contenant 348 paquets de 1 000 munitions chacun a été trouvé dans la région d’Al-Halloussiyah.
Les États-Unis pressent l’armée libanaise d’accélérer le désarmement du Hezbollah, affirmant sa capacité à opérer simultanément au sud et au nord du Litani. Le plan américain, approuvé par Beyrouth en août 2025, prévoit un désarmement progressif et un retrait israélien de cinq points stratégiques occupés.
Réactions internationales et perspectives
Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Sa’ar, a salué la décision du Conseil de sécurité en août 2025 de mettre fin au mandat de la Finul, la qualifiant de reconnaissance des limites de la mission. Du côté libanais, Joseph Aoun a réitéré l’engagement à renforcer les forces nationales sans provoquer de confrontations internes, insistant sur un dialogue décisif pour implémenter le plan national.
En janvier 2026, Nicholas Blanford de l’Atlantic Council a noté que bien que la Finul se retire dans un délai de douze mois en 2027, des réflexions portent sur une alternative, comme l’Organisation des Nations unies pour la supervision de la trêve (ONUST), une mission plus petite déjà en place.
Des diplomates du Groupe international de soutien ont rassuré les officiels libanais sur l’assistance des pays donateurs, visant à stabiliser le Liban et à renforcer l’autorité de l’État. L’Italie, par Guido Crosetto, a signalé son intérêt à maintenir des forces au sud du Litani post-Finul, partagé par d’autres États européens.
Les dynamiques régionales avec Israël et le Hezbollah
Les violations continues de la résolution 1701 incluent des survols israéliens et des activités armées. En février 2026, la Finul a suspendu des patrouilles le long de parties de la Ligne bleue après que les FDI ont largué une substance chimique, soulevant des préoccupations sur l’impact sur les civils et les terres agricoles. Le président libanais Michel Aoun a qualifié cette action d’agression représentant un crime environnemental et une violation de la souveraineté.
Des laboratoires de la Finul et libanais ont rapporté des traces élevées d’herbicide à certains sites, qualifiant les incidents de risques graves pour la santé et la sécurité. Ces événements ont forcé l’annulation de plus d’une douzaine d’activités, perturbant le monitoring quotidien.
Le cessez-le-feu de novembre 2024 a pavé la voie pour un déploiement de 10 000 soldats libanais au sud, soutenu par la Finul, qui a rapporté la découverte de tunnels et caches d’armes clandestins.
