Au cœur d’une crise économique qui ébranle le Liban depuis plus de six ans, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam persiste dans une politique fiscale controversée, marquée par des hausses de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des taxes sur l’essence. Ces mesures, adoptées en série depuis 2025, visent officiellement à financer des augmentations salariales dans le secteur public et chez les militaires, tout en tentant de stabiliser un budget étatique exsangue. Pourtant, face à une montée des critiques de l’opposition, des syndicats et d’une population épuisée par l’inflation et la pauvreté, les autorités multiplient les justifications publiques, souvent teintées d’optimisme forcé. C’est dans ce climat tendu que le chef du gouvernement s’est rendu à Tripoli en septembre 2025 pour lancer un projet économique ambitieux, tout en défendant ces ajustements fiscaux comme inévitables. De son côté, le ministre des Finances, Yassine Jaber, a tenu plusieurs conférences pour détailler ces choix, insistant sur leur nécessité pour éviter un effondrement total. Mais ces arguments peinent à convaincre, alors que les indicateurs économiques révèlent une reprise fragile et inégale, et que les récentes tragédies, comme l’effondrement d’immeubles à Tripoli en février 2026, soulignent les failles d’un État défaillant.
Ces hausses interviennent alors que l’économie libanaise, après une contraction cumulée de près de 40 % du PIB depuis 2019, montre des signes timides de redressement. Selon le dernier rapport de la Banque mondiale publié en janvier 2026, le PIB réel a progressé de 3,5 % en 2025, une estimation revue à la baisse par rapport aux prévisions initiales de 4,7 %, en raison d’un tourisme affaibli par les tensions régionales et d’investissements freinés par l’instabilité politique. L’inflation, qui avait culminé à des niveaux hyperinflationnistes en 2022-2023, a ralenti à environ 15,2 % en 2025, marquant une deuxième année de décrue consécutive. Pourtant, la dette publique reste abyssale, estimée à plus de 150 % du PIB en 2025 par S&P Global Ratings, et le pays demeure exclu des marchés internationaux de capitaux. Le gouvernement Salam, formé en février 2025, s’efforce de restaurer un équilibre budgétaire précaire, mais ses mesures fiscales, évaluées à un coût de près de 800 millions de dollars pour les seules hausses salariales en 2025, sont critiquées pour leur caractère régressif, frappant davantage les classes moyennes et populaires que les élites fortunées.
Lancement controversé d’un projet à Tripoli
C’est lors d’une cérémonie à Tripoli, en septembre 2025, que le Premier ministre Nawaf Salam a dévoilé la plaque commémorative marquant le lancement du projet de construction du campus de la zone économique spéciale (ZES). En présence de la ministre des Affaires sociales, Hanine Sayyed, du président de la Chambre de commerce de Tripoli, Toufic Dabboussi, du maire de la ville, Abdel Hamid Karameh, du gouverneur par intérim du Nord, Imane al-Rafei, du président de la ZES, Hassan Danawi, et du responsable des finances de Tripoli, Wassim Marhaba, ainsi que de nombreuses personnalités locales, M. Salam a présenté cette initiative comme un pilier de la relance du Nord. Pourtant, ce lancement arrive tardivement, près de 17 ans après la loi de 2008 autorisant la création de la ZES, et dans un contexte où les promesses de développement peinent à se concrétiser face à la bureaucratie et au manque de financements étrangers.
Le Premier ministre a commencé sa visite par un centre d’hébergement dans l’ancien hôtel de Mina, accompagné de la ministre des Affaires sociales, pour vérifier le bien-être des familles déplacées par les fissures dans les bâtiments. Ces familles, forcées de quitter leurs domiciles pour des raisons de sécurité, bénéficient théoriquement d’aides via le programme Aman, incluant un soutien financier et des soins de santé du ministère de la Santé. M. Salam a insisté sur l’urgence de réhabiliter les bâtiments réparables, affirmant que des travaux avaient débuté sur certains. Pour les structures irrécupérables, des démolitions sont prévues, suivies de centres d’hébergement temporaires. Mais ces déclarations masquent une réalité amère : des décennies de négligence ont conduit à une crise structurelle, avec plus de 100 bâtiments à risque identifiés dès 2025, sans actions décisives jusqu’aux tragédies récentes.
Cette approche, selon le gouvernement, s’inscrit dans une stratégie pour corriger un héritage d’abandon dans le Nord. M. Salam a reconnu une responsabilité collective, mais ses paroles sonnent creux face à l’absence de progrès tangibles. Le lancement de la ZES est censé relancer l’activité locale en favorisant les exportations et en attirant des capitaux, avec un nouveau conseil d’administration et un président confiant. Pourtant, en février 2026, le projet reste largement sur papier, freiné par l’instabilité sécuritaire et l’absence d’investisseurs majeurs, malgré les projections optimistes de 3 000 emplois directs. Le port de Tripoli, présenté comme une porte sur le monde, et la foire internationale Rachid Karami, vantée pour son potentiel culturel et commercial, attendent toujours une réactivation effective.
Perspectives incertaines pour le Nord libanais
Poursuivant sa vision, le Premier ministre a évoqué les efforts pour relancer l’aéroport René Moawad à Qoleiat, espérant des avancées rapides. Ces initiatives forment un ensemble où la ZES joue un rôle central, en générant des emplois et en renforçant les exportations. Les retombées, a-t-il affirmé, dépasseront Tripoli pour bénéficier au Nord entier. La cérémonie s’est close sur un « Mabrouk » optimiste, mais les habitants de Tripoli, marqués par la pauvreté et le chômage, restent sceptiques face à ces promesses récurrentes.
Interrogé sur le sort des résidents des bâtiments menaçants, M. Salam a détaillé des mesures d’urgence : allocations versées tous les trois mois pour une année, accélérations des rénovations pour les réparables. Il a inspecté personnellement un site de réhabilitation, exprimant l’espoir d’un retour rapide. Pourtant, ces engagements ont été mis à l’épreuve par l’effondrement du 8 février 2026 à Bab al-Tabbaneh, où 15 personnes ont péri et huit ont été sauvées des décombres. Cet incident, le troisième en quelques semaines, a révélé l’inefficacité des avertissements préalables : les autorités connaissaient les risques depuis des mois, mais n’ont agi qu’après la catastrophe, ordonnant l’évacuation de 114 bâtiments en un mois et couvrant les coûts de relogement temporaire.
M. Salam a reconnu les difficultés, affirmant ne pas souhaiter les départs forcés, mais nécessaires pour éviter des drames. Pour les démolitions, le programme Aman assure un soutien continu, avec aides financières et soins. Le centre de l’ancien hôtel n’accueille pas tous ; certains louent avec l’allocation, un choix libre. Mais ces options masquent une précarité profonde : des familles déplacées vivent dans l’incertitude, et les critiques d’Amnesty International en février 2026 pointent un État corrompu et incompétent, incapable de protéger ses citoyens malgré des avertissements répétés.
Défense laborieuse des mesures fiscales
Abordant les décisions fiscales de 2025, M. Salam les a présentées comme un volet mineur d’un paquet global. Il a insisté sur les hausses salariales méritées pour le secteur public, les militaires et les professeurs universitaires, couvrant 800 millions de dollars. Mais ces ajustements, retardés depuis des années, soulèvent des doutes : le secteur public reste paralysé par la corruption et l’inefficacité, et les hausses risquent d’alimenter l’inflation sans relancer la productivité.
Pour financer, l’exécutif mise sur une meilleure collecte des impôts et douanes, passées de 150 % en 2025 à une projection de 210 % en 2026. Des ordres de recouvrement pour les carrières et propriétés maritimes sont émis, mais leur exécution reste incertaine, freinée par des intérêts politiques. L’augmentation de 1 % de la TVA, qualifiée de modeste, cible les riches, exemptant éducation, santé et biens essentiels. Pourtant, le projet de budget 2026 restreint les déductions TVA sur l’essence, rendant la mesure régressive et frappant les classes populaires, malgré les dénégations.
M. Salam a réfuté les impacts sur les vulnérables, citant le soutien à Aman via un prêt de la Banque mondiale. Sur l’essence, il a admis la difficulté, annulant une hausse sur le diesel pour protéger les régions froides et industriels. Mais en février 2026, une nouvelle proposition de taxe sur l’essence pour financer les salaires militaires suscite l’alarme : elle pourrait déclencher une vague d’inflation, affectant transports et électricité privée, comme l’a averti le ministère de l’Économie en juin 2025.
Les éclaircissements du ministre des Finances
Lors d’une conférence en septembre 2025, Yassine Jaber a décrit une crise paralysant le secteur public, nécessitant des négociations avec les militaires. Il a invoqué les recommandations du FMI pour l’équilibre financier, affirmant que la trésorerie ne peut absorber 800 millions sans compensations. Plus de 50 % du budget va aux salaires, rendant les mesures impératives. Les fonctionnaires reçoivent des allocations essence, et 30 % des importations sont exemptées de TVA.
Les décisions généreraient 620 millions, avec application immédiate sur l’essence pour éviter le marché noir. La TVA nécessite une loi, et les bas revenus restent exemptés. M. Jaber a démenti un équilibre nul, citant les avantages essence. Il a souligné les recouvrements, avec 200 entreprises poursuivies pour évasion et hausses douanières via la loi 44 sur le blanchiment.
Mais ces efforts paraissent insuffisants : le budget 2026, approuvé en février 2026 par le Parlement, prévoit des recettes à 6,018 milliards de dollars, en hausse de 1 milliard, mais repose à 86 % sur des taxes indirectes régressives. Les critiques, comme celles de The Policy Initiative en octobre 2025, pointent un manque de progressivité, avec des exemptions pour propriétés maritimes et carrières, perpétuant les inégalités.
Contexte économique et défis persistants
La dette publique, à plus de sept fois le PIB en 2025 selon la Banque mondiale, reste un fardeau, malgré une projection de déclin du ratio en 2026 grâce à une croissance de 4 %. L’inflation, à 14,8 % en 2025, devrait tomber sous 10 % en 2026, aidée par la dollarisation. Mais le Liban, en défaut sélectif, avance lentement vers un accord FMI, comme l’a noté M. Salam en février 2026.
Le budget 2026, équilibré sur papier avec un surplus de 1 milliard en 2025, prévoit des recettes à 5,974 milliards, axées sur impôts sur revenus, propriétés et consommation. Les dépenses courantes montent à 5,340 milliards, dont 1,481 milliard pour salaires. Pourtant, sans réformes structurelles, ces chiffres masquent une vulnérabilité persistante.
Impacts sur le secteur public et les forces armées
Les hausses visent à corriger des retards, offrant des revenus décents. Les militaires, salués pour leur rôle, bénéficient d’ajustements. L’université titularise des contractuels. Mais sans lutte contre la corruption, ces mesures risquent de s’évaporer en inefficacités.
Efforts de recouvrement et réformes en cours
Au-delà des taxes, l’accent est sur la jauge fiscale : douanes en hausse, poursuites contre évadés. Mais l’absence de taxes sectorielles sur carrières ou biens de luxe souligne des lacunes.
Implications immédiates des mesures fiscales
Appliquées progressivement, ces hausses ont provoqué des réactions. La taxe essence, effective pour contrer la spéculation, et la TVA en attente législative, protègent théoriquement les vulnérables. Mais les critiques persistent sur l’impact global, amplifié par la proposition de février 2026.
Dans le Nord, ces fonds pourraient accélérer la ZES, mais les débats budgétaires en janvier 2026, liant effondrements à Tripoli et reconstruction au Sud, révèlent des priorités contestées. Le gouvernement suit les effets, ajustant au besoin, tandis que les discussions avec l’ONU et institutions internationales se poursuivent, avec prêts conditionnés à des réformes. Les dynamiques entre Israël, Hezbollah et Liban compliquent la stabilité, comme vu dans les tensions de 2025-2026.



