Le ministre de la Justice, Adel Nassar, a donné instruction aux autorités judiciaires et sécuritaires de procéder à l’arrestation des responsables des tirs de roquettes lancés depuis le sud du Liban vers Israël. Cette décision, prise dans un contexte de tensions extrêmes à la frontière, intervient au lendemain d’un incident majeur survenu le 1er mars, où plus de 50 roquettes et des drones ont été tirés en direction d’une base militaire israélienne au sud de Haïfa. Le Hezbollah a revendiqué ces attaques, les qualifiant de riposte à l’assassinat du guide suprême iranien, Ali Khamenei, lors de frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Cette mesure judiciaire met en lumière les fractures au sein des autorités libanaises, alors que le Hezbollah, bien qu’affaibli par les conflits récents, conserve une influence significative dans le gouvernement via ses alliés et ministres nommés.
Les appareils sécuritaires ont été chargés d’agir sans délai pour appréhender les tireurs et leurs instigateurs, avant de les déférer devant le tribunal militaire. Le ministre Nassar a contacté le procureur général près la Cour de cassation et le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire pour coordonner cette opération. Cette directive s’inscrit dans une tentative de l’État libanais de réaffirmer son autorité sur les questions de sécurité nationale, au moment où le pays risque une implosion institutionnelle due à la présence du Hezbollah au sein du pouvoir exécutif. En effet, le mouvement chiite, qui dispose de deux ministres nommés directement par lui dans le cabinet de Nawaf Salam – Rakan Nasreddine à la Santé et Muhammad Haidar au Travail – pourrait percevoir cette action comme une provocation interne, accentuant les divisions au sein du gouvernement.
Les tirs de roquettes ont activé les sirènes d’alerte dans plusieurs localités du nord d’Israël, avec une partie des projectiles interceptés par le système de défense antimissile. Le Hezbollah a précisé dans son communiqué avoir visé le site de Mishmar HaCarmel avec des roquettes avancées et un essaim de drones, en représailles au « sang pur du gardien des musulmans versé injustement par l’ennemi sioniste ». Cette opération marque la première violation majeure du cessez-le-feu conclu en novembre 2024, qui avait mis fin à plus d’un an de combats intenses ayant dévasté le sud du Liban et déplacé des dizaines de milliers de civils.
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En riposte, l’armée israélienne a lancé une série de frappes aériennes sur des positions du Hezbollah à Beyrouth, dans le sud du Liban et dans la vallée de la Bekaa. Ces bombardements ont causé au moins 31 morts et 149 blessés, selon les chiffres actualisés du ministère libanais de la Santé. Les cibles incluaient des sites de lancement de roquettes, des entrepôts d’armes et des infrastructures militaires du mouvement chiite. Un porte-parole de l’armée israélienne a déclaré que ces opérations visaient à « neutraliser la menace immédiate » et que le Hezbollah portait l’entière responsabilité de l’escalade.
Une mesure judiciaire au cœur des tensions internes
L’ordre d’arrestation émis par Adel Nassar souligne les défis posés par la dualité du pouvoir au Liban, où l’État coexiste avec des milices armées comme le Hezbollah. Nommé ministre de la Justice en février 2025 au sein du cabinet de Nawaf Salam, Nassar, affilié au Parti Kataëb, représente une ligne réformiste et opposée à l’influence des groupes armés non étatiques. Sa directive, qui qualifie les tirs de violation de la loi libanaise et des engagements internationaux, pourrait précipiter une crise au sein des autorités, compte tenu de la participation du Hezbollah au gouvernement. Le mouvement chiite, via ses ministres et alliés, détient des portefeuilles clés, ce qui rend toute action contre ses membres susceptible de provoquer une implosion des institutions.
Le cabinet Salam, formé après plus de deux ans de vacance présidentielle, compte 24 ministres répartis selon le système confessionnel libanais. Parmi les cinq ministres chiites, deux – ceux de la Santé et du Travail – ont été nommés sur proposition du Hezbollah, tandis que les trois autres proviennent du Mouvement Amal, allié historique. Cette composition reflète les compromis nécessaires pour former un gouvernement, mais elle expose aussi les risques d’une explosion interne si des mesures judiciaires ciblent directement des acteurs liés au Hezbollah. Des sources au sein du parlement indiquent que des tensions ont déjà émergé lors des discussions sur la mise en œuvre de la résolution 1701 de l’ONU, qui exige le désarmement des milices au sud du Litani.
Le procureur général et le commissaire du gouvernement ont été instruits de coordonner avec les forces de sécurité intérieure et l’armée libanaise pour localiser les sites de lancement dans les villages frontaliers comme Khiam et Nabatiyeh. Des patrouilles ont été renforcées dans ces zones, où des résidents rapportent une présence accrue de la FINUL. Cependant, l’implication du Hezbollah dans le gouvernement complique l’exécution de ces ordres, car tout affrontement interne pourrait mener à une paralysie des institutions, avec un risque d’implosion des autorités face à la pression israélienne et internationale.
Le président Aoun face à la souveraineté menacée
Le président Joseph Aoun, élu en janvier 2025, a rapidement réagi aux tirs en condamnant un acte qui « cible tous les efforts déployés par l’État libanais pour éloigner le Liban des confrontations militaires régionales ». Dans un communiqué officiel, il a insisté sur le fait que « le Liban ne sera pas utilisé dans des guerres par procuration », soulignant les risques pour la stabilité nationale. Ancien commandant de l’armée, Aoun a fait de la souveraineté une priorité, supervisant la mise en œuvre partielle de la résolution 1701. Les actions du Hezbollah, qui dispose de ministres dans son propre gouvernement, posent un défi direct à cette autorité, augmentant le risque d’une crise institutionnelle.
Des contacts diplomatiques ont été établis avec Washington et Paris pour éviter une extension du conflit, mais la présence du Hezbollah au sein du cabinet – avec des portefeuilles comme la Santé, gérant un budget élevé – pourrait compliquer ces efforts. Le président a ordonné un renforcement de la présence militaire à la frontière, avec des patrouilles conjointes dans des villages comme Maroun al-Ras. L’armée libanaise, comptant environ 80 000 hommes, dépend cependant de l’aide internationale, et toute division interne liée à l’arrestation de membres du Hezbollah risquerait de l’affaiblir davantage.
Lors d’une réunion du Conseil de défense à Baabda, Aoun a réaffirmé que la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l’État. Cette position met en évidence les tensions avec le Hezbollah, dont les ministres pourraient s’opposer à des mesures judiciaires contre leurs alliés, menaçant ainsi d’une implosion des autorités libanaises.
Le Premier ministre Salam condamne un acte irresponsable
Nawaf Salam a qualifié les tirs de « irresponsables et suspects », affirmant qu’ils ne servent pas les intérêts libanais et offrent à Israël des prétextes pour des attaques. « Nous ne permettrons pas que le Liban soit entraîné dans de nouvelles aventures », a-t-il déclaré, appelant à placer les intérêts du peuple au-dessus de toute considération. Ancien juge à la Cour internationale de justice, Salam dirige un cabinet réformiste, mais la présence de ministres nommés par le Hezbollah expose le gouvernement à un risque de division interne.
Le vice-Premier ministre Tarek Mitri a contacté des homologues pour une désescalade, tandis que le ministre des Affaires étrangères Youssef Raggi a exprimé des craintes sur les infrastructures civiles. « Cette guerre ne nous concerne pas », a-t-il dit, espérant que le Hezbollah s’abstienne d’actions supplémentaires. Le gouvernement insiste sur la résolution 1559, appelant au désarmement des milices, mais les alliés parlementaires du Hezbollah soutiennent les tirs, creusant une fracture qui pourrait mener à une explosion des autorités.
Salam a évoqué les conséquences économiques : une dette dépassant 150 milliards de dollars, une inflation cumulée de plus de 200 % en 2025 selon le FMI. Les frappes ont perturbé l’aéroport et les marchés, avec des queues devant les stations-service.
Fractures parlementaires et risque d’implosion
Gebran Bassil a averti que toute guerre en soutien à l’Iran entraînerait la destruction du Liban. « Le Liban n’est pas une plateforme de missiles au service de quiconque », a-t-il déclaré. Le parlement, prorogé jusqu’en mai 2026, compte une majorité fragile soutenant Salam, mais les alliés du Hezbollah défendent les tirs, augmentant le risque d’une crise interne.
Les sunnites appuient la neutralité, tandis que les chiites sont divisés. Des manifestations à Tripoli expriment la frustration. Le cheikh Ahmad Qabalan a critiqué le ministère des Affaires étrangères, et le député Ihab Hamadeh a qualifié les déclarations gouvernementales de moquerie. Cette polarisation, amplifiée par la participation du Hezbollah au gouvernement, pose un risque d’implosion des autorités libanaises.
L’élimination de Mohammad Raad accentue les tensions
Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah, a été tué dans les frappes sur Dahiyeh. Figure clé, sa mort porte un coup au mouvement et pourrait accentuer les divisions chiites, où des critiques émergent contre l’alignement sur l’Iran. L’armée israélienne a visé des cibles de haut niveau, avec spéculations sur d’autres figures comme Naim Qassem.
Cette perte, dans un contexte où le Hezbollah détient des postes ministériels, renforce le risque d’une réaction interne violente, menaçant la cohésion du gouvernement.
Conséquences immédiates sur la population
Les frappes ont endommagé des immeubles à Dahiyeh, avec au moins deux blessés. Des villages comme Khiam ont été ciblés, et Israël a averti 50 localités d’évacuation. Des milliers ont fui, la Croix-Rouge rapportant des cas d’anxiété.
La FINUL a renforcé ses patrouilles, l’ONU appelant à la retenue. Des explosions secondaires indiquent des munitions stockées. Le port de Beyrouth opère à capacité réduite, l’électricité risque des coupures. L’UNICEF prépare des aides pour les déplacés.
Des échanges sporadiques continuent, avec élimination de combattants du Hezbollah. Les hôpitaux sont en alerte. La présidence a annoncé des centres d’hébergement, le ministre de l’Économie inspectant les stations-service. Des sources diplomatiques notent que les assurances américaines sur une non-escalade israélienne sont contrecarrées par les événements, accentuant le risque d’implosion interne dû à la position du Hezbollah dans le gouvernement.



