Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a réitéré, dans une interview accordée à Bloomberg le 20 novembre 2025, la volonté de Beyrouth d’entamer des discussions directes avec Israël sur les litiges frontaliers, tout en annonçant son intention de solliciter l’aide des États-Unis pour contraindre Tel-Aviv à s’engager. Cette déclaration survient au lendemain d’une série de frappes israéliennes meurtrières dans le sud du Liban, qui ont fait au moins 13 morts parmi des civils dans un camp de réfugiés palestiniens, illustrant une fois de plus les violations flagrantes du cessez-le-feu conclu en novembre 2024. Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, a souligné que le Liban reste ouvert au dialogue, mais a accusé Israël de refuser systématiquement les offres libanaises, créant un « puzzle » diplomatique qu’il compte aborder avec Washington.
Cette position libanaise, qui fait écho à une proposition antérieure du président Joseph Aoun, met en lumière les frustrations accumulées face à l’intransigeance israélienne. « Ils demandent des négociations, et quand nous montrons notre disponibilité, ils refusent de fixer un rendez-vous », a déclaré Salam, en référence aux appels répétés d’Israël pour des pourparlers tout en ignorant les réponses positives de Beyrouth. Il a invoqué le succès des négociations maritimes de 2022, médiées par les États-Unis, comme un précédent encourageant, capable de débloquer les tensions actuelles. Pourtant, ces appels à la diplomatie interviennent dans un contexte marqué par une escalade des agressions israéliennes, qui ont causé des centaines de victimes civiles depuis la signature du cessez-le-feu, sans que le Hezbollah n’ait riposté de manière significative, démontrant un respect scrupuleux de l’accord par la partie libanaise.
Les frappes israéliennes du 19 novembre : un bilan humain accablant
Le 19 novembre 2025, l’armée israélienne a intensifié ses opérations dans le sud du Liban, menant des raids aériens sur plusieurs localités, dont Deir Kifa, Chehour, Aïnata et Tayr Felsay. Selon le ministère libanais de la Santé, ces attaques ont provoqué des destructions massives, avec des maisons effondrées et des incendies ravageant des zones agricoles. À Tiri, une frappe par drone a tué un employé municipal et blessé onze civils, dont plusieurs étudiants se trouvant dans un bus universitaire à proximité. Les blessés ont souffert de fractures multiples et de brûlures sévères, nécessitant des transferts urgents vers les hôpitaux de Beyrouth et de Saïda. Ces incidents, qualifiés par les autorités libanaises de « violations préemptives » sans justification probante, ont semé la panique parmi les populations locales, déjà traumatisées par un an de tensions.
Le point culminant de cette journée a été l’attaque sur le camp de réfugiés palestiniens d’Aïn el-Héloué, près de Saïda, où au moins 13 adolescents, âgés de 16 à 17 ans, ont été tués alors qu’ils jouaient au football près d’une mosquée. Des témoins ont décrit des scènes de chaos, avec des véhicules calcinés, des rues criblées de cratères et des familles en deuil errant au milieu des décombres. Le ministère de la Santé a confirmé que les victimes étaient des civils innocents, sans lien avec des activités militaires, et que l’attaque a également blessé des dizaines d’autres personnes, dont des femmes et des enfants. Cette frappe a provoqué une grève générale dans le camp et des manifestations spontanées à Saïda et Beyrouth, où des milliers de Libanais ont exprimé leur solidarité avec les victimes et dénoncé l’impunité israélienne.
Ces événements ne sont pas isolés. Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, Israël a perpétré des centaines de violations documentées, incluant des raids aériens quotidiens, des survols de drones et des tirs d’artillerie. Le Bureau des droits de l’homme des Nations unies a rapporté que 114 civils libanais ont été tués par ces agressions post-cessez-le-feu, un bilan qui s’alourdit quotidiennement. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a indiqué que ces strikes ont endommagé des écoles, des centres de santé et des lieux de culte, entravant la reconstruction dans un pays déjà fragilisé par la crise économique. L’armée libanaise, en réponse, a renforcé ses patrouilles dans des zones comme Beit Lif, déployant des unités supplémentaires le 19 novembre pour protéger les civils face aux menaces explicites d’évacuation émises par Israël.
L’occupation persistante des positions frontalières par Israël
Au cœur de ces tensions persiste l’occupation israélienne de cinq collines stratégiques le long de la frontière sud libanaise, situées près de villages comme Kfar Kila, Aïta al-Chaab et Maroun al-Ras. Ces positions, saisies lors des hostilités de 2024 et maintenues malgré le cessez-le-feu, violent directement la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exige un retrait complet des forces étrangères du territoire libanais et la démilitarisation au sud du fleuve Litani. Le Premier ministre Salam a qualifié ces occupations d’« outil de pression sur les Libanais », arguant qu’elles n’offrent aucune valeur militaire significative à l’époque des drones et satellites avancés. Des rapports de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) confirment que ces sites servent de bases pour des opérations de surveillance et des incursions, exacerbant les craintes locales d’une escalade.
Le 16 novembre 2025, un incident impliquant la FINUL a illustré la dangerosité de cette occupation : un char Merkava israélien a tiré sur une patrouille à pied de casques bleus près d’une position occupée en territoire libanais, forçant les soldats à se cacher pendant plus de trente minutes. Bien qu’aucun blessé n’ait été rapporté, la FINUL a qualifié cet acte de « violation grave » de la résolution 1701. Depuis le début de 2025, la FINUL a documenté des dizaines d’agressions similaires, incluant des tirs d’artillerie près de ses bases et des survols hostiles de drones israéliens. Le secrétaire général des Nations unies, dans son rapport du 20 février 2025, a déploré ces actes, notant qu’ils mettent en péril la mission de la FINUL, qui compte plus de 10 000 soldats de 48 pays et vise à soutenir l’armée libanaise dans l’extension de son autorité sur le sud.
Ces violations contre la FINUL soulignent l’attitude d’Israël face aux institutions internationales, tandis que le Liban coopère étroitement avec les casques bleus. Des patrouilles conjointes ont été multipliées dans des régions sensibles, et les résidents de villages frontaliers comme Beit Lif rapportent des nuits agitées, marquées par le bourdonnement constant de drones israéliens survolant illégalement l’espace aérien libanais. La FINUL a enregistré plus de 7 300 violations de l’espace aérien libanais par Israël depuis novembre 2024, ainsi que plus de 2 400 activités militaires au nord de la Ligne bleue, une démarcation établie par l’ONU mais non reconnue comme frontière internationale par Beyrouth. En octobre 2025, une enquête de la FINUL a confirmé que la construction d’un mur en béton par les forces israéliennes au sud-ouest de Yaroun franchit la Ligne bleue, constituant une nouvelle infraction à la résolution 1701.
Le respect exemplaire du cessez-le-feu par le Hezbollah
Face à ces provocations répétées, le Hezbollah a maintenu une retenue, respectant scrupuleusement les termes du cessez-le-feu depuis sa signature en novembre 2024. Des porte-parole du mouvement ont affirmé que leurs armes restent purement défensives, et qu’aucune riposte armée n’a été lancée malgré les centaines de violations israéliennes. Cette position a été corroborée par des observateurs internationaux, qui notent l’absence de tirs de roquettes ou d’incursions de la part du Hezbollah, contrastant avec les actions unilatérales d’Israël. Le gouvernement libanais, par la voix de Salam, a insisté sur l’absence de preuves d’un réarmement du Hezbollah, et l’armée nationale a renforcé ses contrôles sur les routes de contrebande à la frontière syrienne pour prévenir toute escalade.
Le Hezbollah a qualifié le plan gouvernemental de démilitarisation de « péché grave », accusant Beyrouth de céder aux pressions israéliennes, mais n’a pas entravé son déploiement. Des saisies d’armes par l’armée libanaise depuis le début de l’année – environ 10 000 roquettes et 400 missiles – concernent divers groupes armés, et non exclusivement le Hezbollah. Cette coopération tacite reflète la détermination du mouvement à préserver la paix fragile, ancrée dans une logique de défense nationale face à l’agression persistante. Le leader du Hezbollah, Naim Qassem, a déclaré que le groupe conservera ses armes pour défendre le Liban, comme il l’a fait pendant 42 ans contre les violations israéliennes.
Le plan de démilitarisation et les défis logistiques
En août 2025, le gouvernement libanais a mandaté l’armée pour élaborer un plan phasé de démilitarisation des groupes armés, commençant par le sud du pays. Salam a indiqué que cette première phase avance, avec une finalisation prévue d’ici la fin du mois et un déploiement accru près de la frontière. L’armée, forte d’environ 80 000 hommes, a déjà renforcé sa présence dans des villages comme Beit Lif, multipliant les patrouilles suite aux menaces israéliennes du 19 novembre. Ce plan, aligné sur la résolution 1701, vise à étendre le contrôle étatique et à dissoudre les milices, mais il se heurte à des contraintes budgétaires sévères dues à la crise économique.
« Pourquoi ne pouvons-nous pas avancer plus vite ? Nous devons recruter plus de personnel, mieux équiper l’armée et augmenter les salaires des soldats », a expliqué Salam, soulignant l’érosion des salaires par l’inflation. Malgré ces obstacles, l’armée a intensifié sa vigilance sur les frontières syriennes, saisissant des cargaisons suspectes et empêchant des infiltrations qui pourraient servir de prétexte à Israël. Cette proactivité libanaise contraste avec l’intransigeance israélienne, qui refuse de retirer ses troupes et maintient son occupation.
Les implications régionales des violations israéliennes
Les tensions au sud du Liban s’inscrivent dans un cadre régional plus large, où l’Iran, allié du Hezbollah, a condamné les frappes israéliennes comme des « brèches répétées » au cessez-le-feu, accusant les garants internationaux de complaisance. Téhéran a plaidé pour une application symétrique de la résolution 1701, pointant les occupations israéliennes comme obstacle principal. De son côté, le Liban mobilise les États-Unis, médiateurs clés, pour forcer Israël à négocier. Salam a réaffirmé que Beyrouth ne manquera pas l’opportunité de changement régional.
La France et l’Arabie saoudite soutiennent Beyrouth dans l’organisation d’une conférence des donateurs pour la reconstruction, prévue début 2026. Le président français Emmanuel Macron, lors d’un appel avec les autorités libanaises le 15 novembre 2025, a réaffirmé son engagement pour un Liban souverain, critiquant les violations israéliennes. Ces efforts diplomatiques visent à contrer l’isolement imposé par les agressions, permettant au Liban de se concentrer sur sa reprise.
Les enjeux économiques face aux destructions continues
Le Liban, confronté à un déficit financier de 80 milliards de dollars, voit ses réformes entravées par les violations constantes. Salam a annoncé des progrès sur un projet de loi pour combler ce déficit, espérant débloquer des fonds du FMI. Une mission du FMI en septembre 2025 a salué les réformes fiscales, incluant une meilleure collecte des impôts et la récupération d’actifs, mais a insisté sur la restructuration du secteur public. Le budget soumis le 29 juillet 2025 prévoit un rééquilibrage via des mesures ciblant les segments aisés et l’e-gouvernance pour accroître la transparence.
La Banque mondiale, dans son rapport d’octobre 2025, prévoit une croissance de 4,7 % pour 2025, mais reste fragile face aux destructions post-2024, estimées à 11 milliards de dollars. Une conférence d’investisseurs à Beyrouth les 18 et 19 novembre 2025 a attiré des engagements malgré les menaces israéliennes, démontrant la résilience libanaise. Le gouvernement Salam, formé en février 2025 avec 24 ministres équilibrés confessionnellement, supervise ces initiatives : le ministre des Finances, selon les communiqués du Conseil des ministres, gère les négociations avec le FMI, tandis que le ministre de la Défense coordonne les déploiements militaires. Le ministre de la Santé, confirmant les bilans des attaques, a détaillé les besoins en équipements médicaux pour traiter les blessés des frappes récentes.
Les dynamiques internes et les appels à la protection civile
Les frappes du 19 novembre ont intensifié les appels des civils pour une protection accrue, particulièrement dans les villages frontaliers comme Beit Lif, où l’armée libanaise a renforcé ses positions le jour même. Des résidents rapportent des perturbations quotidiennes, avec des écoles fermées et des économies locales paralysées par les survols de drones. La FINUL documente ces intrusions quotidiennes, notant un risque accru d’escalade accidentelle.
Parallèlement, des débats internes en Israël, rapportés par les médias, évoquent des préparatifs pour des opérations prolongées, anticipant des ripostes potentielles. Ces dynamiques maintiennent le Liban en alerte, avec l’armée nationale sécurisant les frontières syriennes et empêchant des provocations. Les saisies récentes d’armes soulignent l’engagement libanais au cessez-le-feu, contrastant avec les occupations et tirs israéliens qui perpétuent la souffrance des populations du sud. Les villages touchés, comme ceux visés le 19 novembre, voient leurs infrastructures dévastées, avec des oliveraies incendiées et des routes impraticables, aggravant la précarité des communautés locales.
Les factions palestiniennes, du Hamas au Fatah, ont appelé à l’unité face à ces agressions, tandis que le Hezbollah, dans une réaction mesurée, a dénoncé les « massacres » sans initier de représailles. Ces événements récents, incluant les attaques sur Aïn el-Héloué, illustrent les implications immédiates sur la stabilité interne, avec des manifestations croissantes et une pression accrue sur le gouvernement pour renforcer la souveraineté face aux incursions persistantes.



