Le 15 septembre 2025, l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a formulé une accusation grave contre Israël, affirmant que ses actions militaires continues au Liban visent délibérément à provoquer une guerre civile pour mettre fin aux attaques dirigées contre lui. S’exprimant lors d’un sommet arabo-islamique d’urgence à Doha, convoqué en réponse à une frappe aérienne israélienne sans précédent contre des responsables du Hamas dans la capitale qatarie, Cheikh Tamim a dénoncé les bombardements israéliens comme une menace directe à la stabilité fragile du Liban. Ces déclarations interviennent dans un contexte de tensions régionales accrues, alors que le Liban tente de naviguer dans les suites d’un cessez-le-feu conclu avec le Hezbollah et fait face à une pression croissante pour désarmer la puissante milice chiite. Les propos de l’émir soulignent une préoccupation arabe plus large concernant les intentions d’Israël et le risque d’une nouvelle déstabilisation du Liban, un pays déjà affaibli par des crises politiques, économiques et sécuritaires.
Un cessez-le-feu sous tension : les attaques continues d’Israël
Le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, négocié par les États-Unis et annoncé à la fin de l’année 2024, visait à désamorcer un conflit qui a dévasté le sud du Liban et le nord d’Israël pendant plus d’un an. L’accord, formalisé par un document proposé par les États-Unis, prévoyait l’arrêt des hostilités, le retrait des forces israéliennes du territoire libanais et le déploiement des Forces armées libanaises (FAL) pour sécuriser la région frontalière, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cependant, les remarques de Cheikh Tamim mettent en lumière une problématique cruciale : la poursuite des opérations militaires israéliennes, y compris des frappes aériennes et des assassinats ciblés, malgré l’acceptation par le Liban des termes du cessez-le-feu.
Selon les autorités libanaises, les frappes aériennes israéliennes se sont poursuivies dans le sud du Liban, ciblant des positions présumées du Hezbollah et des infrastructures. Ces attaques ont causé des pertes civiles et endommagé des zones résidentielles, exacerbant les tensions dans une région déjà marquée par la guerre récente. Le 10 septembre 2025, une frappe israélienne dans le village de Kaem El-Louz a tué trois civils, dont un enfant, provoquant une vague de condamnations de la part des responsables libanais. L’armée israélienne a justifié cette frappe comme une mesure préventive contre un dépôt d’armes du Hezbollah, sans toutefois fournir de preuves à l’appui de cette affirmation. De tels incidents alimentent les accusations selon lesquelles Israël cherche à saper le cessez-le-feu pour maintenir la pression sur le Hezbollah et, par extension, sur le gouvernement libanais.
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L’accusation de Cheikh Tamim, selon laquelle Israël cherche à « pousser le Liban dans une guerre civile », met en lumière les implications plus larges de ces actions. L’équilibre confessionnel délicat du Liban, maintenu par un système de partage du pouvoir entre ses communautés chrétienne, sunnite, chiite et druze, constitue depuis longtemps une source de fragilité. L’émir a suggéré que la stratégie d’Israël consiste à exploiter ces divisions en affaiblissant le Hezbollah, une force politique et militaire dominante, tout en pressant l’État libanais d’agir contre lui. Cela, selon lui, risque de raviver des conflits internes similaires à ceux de la guerre civile libanaise de 1975 à 1990, une période qui a laissé des cicatrices profondes dans le tissu social et politique du pays.
Le dilemme du désarmement au Liban
Au cœur de la crise actuelle se trouve la question du désarmement du Hezbollah, une condition clé du cessez-le-feu et de la résolution 1701. Sous la pression des États-Unis et face à la crainte d’une escalade des frappes israéliennes, le gouvernement libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, s’est engagé à désarmer le Hezbollah dans les zones proches de la frontière israélienne dans un délai de trois mois, avant de poursuivre ce plan dans d’autres régions du pays. Cette démarche représente un défi majeur, étant donné l’influence historique du Hezbollah, qui a longtemps dominé la politique libanaise et était considéré comme mieux armé que l’armée nationale.
Cependant, le Hezbollah s’oppose fermement à ce désarmement, arguant qu’il ne devrait pas avoir lieu tant qu’Israël n’aura pas retiré ses forces du territoire libanais et mis fin à ses attaques. Le groupe insiste également sur l’adoption d’une stratégie de sécurité nationale avant toute mesure de désarmement. Cette position reflète les tensions internes au Liban, où le Hezbollah, soutenu par une large partie de la communauté chiite, reste une force incontournable, malgré son affaiblissement par la guerre récente contre Israël. Les combats ont en effet réduit ses capacités militaires, avec des pertes significatives en hommes et en équipements, mais le groupe conserve une influence politique et sociale considérable, notamment dans le sud du pays.
Le président libanais, Joseph Aoun, a abordé cette question lors du sommet de Doha, soulignant la complexité de la situation. « Nous ne sommes pas ici uniquement pour exprimer notre solidarité avec un pays frère. Nous sommes ici, au nom du Liban, de tout le Liban, pour exprimer notre solidarité profonde avec nous-mêmes », a-t-il déclaré. Il a ajouté que l’attaque israélienne contre Doha visait non seulement des individus, mais aussi « le concept même de médiation et le principe des solutions par le dialogue ». Selon Aoun, l’objectif d’Israël n’était pas seulement d’éliminer des négociateurs, mais de « supprimer l’idée même de négociation ».
Une attaque à Doha : un coup porté à la médiation régionale
L’attaque israélienne contre des responsables du Hamas à Doha, qui a motivé la convocation du sommet arabo-islamique, a marqué un tournant dans la perception des actions d’Israël dans la région. Cette frappe, survenue le 14 septembre 2025, a visé un bâtiment dans la capitale qatarie, tuant plusieurs membres du Hamas impliqués dans des négociations indirectes avec Israël. Bien que l’armée israélienne ait revendiqué l’opération comme une action ciblée contre des « terroristes », l’attaque a été largement condamnée comme une violation de la souveraineté qatarie et une atteinte aux efforts de médiation régionale.
Le Qatar, qui joue depuis longtemps un rôle de médiateur dans les conflits du Moyen-Orient, notamment entre Israël et le Hamas, a perçu cette frappe comme une provocation directe. Cheikh Tamim a dénoncé l’attaque comme une tentative d’Israël de saboter les initiatives de dialogue, affirmant que « le véritable objectif de l’agression récente contre Doha n’était pas un groupe d’individus, mais le principe même des solutions par le dialogue ». Cette rhétorique reflète une frustration croissante parmi les pays arabes face à ce qu’ils perçoivent comme une politique israélienne intransigeante, visant à imposer ses conditions par la force plutôt que par la négociation.
Le président Aoun a également lié l’attaque de Doha à un schéma plus large de violences israéliennes, citant « le bombardement d’enfants affamés à Gaza, les frappes contre des civils sans défense en Syrie, et le ciblage d’innocents au Liban ». Il a appelé à une position unifiée lors de l’Assemblée générale des Nations unies, prévue dans les jours suivants à New York, pour poser une question centrale : « Le gouvernement israélien veut-il une paix juste et durable dans notre région ? » Cette question, selon Aoun, doit guider les discussions internationales sur le conflit, en s’appuyant sur l’Initiative de paix arabe proposée par l’Arabie saoudite en 2002 et adoptée à l’unanimité par la Ligue arabe.
Les implications régionales : une escalade redoutée
L’accusation du Qatar selon laquelle Israël cherche à provoquer une guerre civile au Liban s’inscrit dans un contexte régional marqué par une instabilité croissante. Outre les tensions au Liban, les frappes israéliennes en Syrie, visant des positions liées à l’Iran et au Hezbollah, se sont intensifiées au cours des derniers mois. En parallèle, la situation à Gaza reste explosive, avec des bombardements israéliens réguliers visant à empêcher le Hamas de se réorganiser. Ces actions, combinées à l’attaque de Doha, ont renforcé le sentiment parmi les dirigeants arabes qu’Israël adopte une stratégie agressive visant à affaiblir ses adversaires régionaux à tout prix.
Au Liban, les conséquences de cette dynamique sont particulièrement préoccupantes. La crise économique, qui a vu le PIB du pays chuter de plus de 40 % depuis 2019 selon les estimations de la Banque mondiale, limite la capacité du gouvernement à répondre aux besoins de la population. L’inflation galopante et la dévaluation de la livre libanaise ont plongé des millions de Libanais dans la pauvreté, tandis que les infrastructures, déjà fragiles, ont été ulteriormente endommagées par les récents combats. Dans ce contexte, la pression pour désarmer le Hezbollah risque d’aggraver les divisions confessionnelles, notamment entre les communautés chiite et sunnite, qui pourraient être exploitées par des acteurs externes, y compris Israël.
Une réponse internationale en attente
Alors que l’Assemblée générale des Nations unies approche, les déclarations des dirigeants libanais et qatari mettent en lumière l’urgence d’une réponse internationale coordonnée. La résolution 1701, adoptée en 2006 pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah, reste le cadre de référence pour la stabilisation de la frontière libano-israélienne. Cependant, son application, confiée à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), a été entravée par des violations répétées de part et d’autre. En août 2025, la FINUL a rapporté une augmentation des incidents, y compris des tirs transfrontaliers et des survols de drones israéliens, qui compromettent la sécurité des casques bleus et des civils.
Le président Aoun a appelé à une mobilisation internationale pour faire respecter les engagements pris dans le cadre du cessez-le-feu et de la résolution 1701. « Si la réponse d’Israël est oui, nous sommes prêts à discuter immédiatement sous l’égide des Nations unies et de tous ceux qui recherchent la paix », a-t-il déclaré. Cependant, il a également averti que si Israël refuse ou élude la question d’une paix durable, « nous comprendrons la réalité de la situation et agirons en conséquence, afin de mettre fin à la chaîne des déceptions ».
Les défis internes du Liban face aux pressions externes
Au Liban, la mise en œuvre du plan de désarmement du Hezbollah reste un défi majeur pour le gouvernement de Nawaf Salam. Le cabinet, formé en février 2025, est confronté à des pressions internes et externes pour stabiliser le pays tout en répondant aux exigences du cessez-le-feu. Le ministre de la Défense, Maurice Sleem, a confirmé que les Forces armées libanaises sont prêtes à se déployer dans le sud, mais il a souligné la nécessité d’un soutien international pour renforcer leurs capacités. Selon des rapports récents, l’effectif de l’armée libanaise, estimé à environ 80 000 hommes, reste sous-équipé face aux besoins d’une mission aussi complexe.
Par ailleurs, les tensions politiques internes compliquent la situation. Le Hezbollah, bien qu’affaibli, conserve un soutien important parmi la communauté chiite, qui représente environ un tiers de la population libanaise. Toute tentative de désarmement forcé pourrait provoquer des affrontements internes, un scénario que le gouvernement cherche à éviter à tout prix. Dans le même temps, les factions sunnites et chrétiennes, notamment à Tripoli et dans les régions orientales, appellent à une application stricte de la résolution 1701, ce qui accentue les divergences au sein de la classe politique.
Le 12 septembre 2025, le ministre des Finances, Nasser Yassin, a présenté un projet de budget pour 2026, qui inclut des fonds pour renforcer l’armée et reconstruire les zones touchées par la guerre. Ce budget, soumis au Parlement le 29 juillet 2025, reflète les priorités du gouvernement, mais son adoption reste incertaine en raison des divisions politiques. Les données économiques récentes, publiées par le ministère des Finances, indiquent que la dette publique du Liban dépasse les 100 milliards de dollars, soit plus de 150 % du PIB, ce qui limite les marges de manœuvre budgétaires.
Une région sous haute tension
Les accusations portées par le Qatar et les appels du président libanais à une action internationale reflètent l’urgence de la situation au Liban et dans la région. L’attaque de Doha, les frappes continues au Liban et les tensions croissantes en Syrie et à Gaza soulignent le risque d’une escalade régionale. Alors que les Nations unies se préparent à accueillir les dirigeants mondiaux à New York, la question posée par Aoun – celle de la volonté d’Israël de s’engager pour une paix durable – restera au centre des débats. Les événements des derniers jours, marqués par l’attaque contre Doha et les tensions autour du désarmement du Hezbollah, indiquent que le chemin vers la stabilité reste semé d’embûches.
Dans ce contexte, le Liban continue de naviguer entre des pressions internes et externes, cherchant à préserver son unité tout en répondant aux exigences d’un cessez-le-feu fragile. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si les efforts diplomatiques, soutenus par des acteurs comme le Qatar et les Nations unies, pourront empêcher une nouvelle escalade et répondre aux accusations selon lesquelles Israël cherche à plonger le Liban dans le chaos.



