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Le recours controversé à l’Or de la Banque du Liban pour absorber les pertes bancaires : une critique acerbe de la stratégie libanaise

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Le 19 décembre 2025, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a présenté un projet de loi sur la répartition des pertes accumulées dans le secteur bancaire depuis la crise de 2019, un texte qui place la Banque du Liban (BdL) au cœur du mécanisme de résolution. Ce rôle central attribué à la banque centrale, chargée d’émettre des titres adossés à ses actifs pour compenser les dépôts importants et d’absorber une part substantielle des déficits, suscite de vives critiques. Des analystes et observateurs soulignent que cette approche risque de perpétuer les dysfonctionnements qui ont précipité la catastrophe financière, en utilisant une institution déjà impliquée dans la genèse de la crise pour masquer les responsabilités des banques commerciales. Alors que les pertes totales sont estimées à plus de 70 milliards de dollars – un chiffre probablement sous-évalué après six années d’inflation et de conflits –, le recours à la BdL est perçu comme une mesure palliative qui transfère le fardeau sur les réserves publiques sans résoudre les problèmes structurels. Cette stratégie, alignée sur les exigences du Fonds monétaire international (FMI) pour une restructuration viable, expose toutefois la banque centrale à un conflit d’intérêts flagrant, où elle agit à la fois comme régulateur et comme partie prenante dans la débâcle.

Dans son discours télévisé, Nawaf Salam a décrit le projet comme une « feuille de route réaliste » pour restaurer les droits des déposants, tout en reconnaissant ses imperfections. Pourtant, les détails du texte révèlent une dépendance excessive à la BdL : elle est chargée de valoriser ses actifs via un audit indépendant dans un délai d’un mois, d’émettre des obligations pour les dépôts supérieurs à 100 000 dollars, et d’absorber des pertes nettes évaluées à 177 billions de livres libanaises dans des estimations antérieures. Cette implication soulève des interrogations sur la capacité de la BdL à gérer ces opérations sans aggraver sa propre insolvabilité, héritée d’années de politiques monétaires hasardeuses. Des rapports récents, comme celui de l’Institut de finance internationale de l’Université américaine de Beyrouth (AUB) publié en octobre 2025, posent le dilemme central : sauver les banquiers ou protéger les déposants, une question que le recours à la BdL semble éluder en faveur des premiers.

Les origines conflictuelles du rôle de la BdL dans la crise

La Banque du Liban, sous la direction successive de Riad Salamé jusqu’en 2023 et de Wassim Mansouri depuis, a joué un rôle pivotal dans l’effondrement financier libanais, marqué par des pratiques de « financial engineering » toxiques. Entre 2016 et 2019, la BdL a attiré des capitaux étrangers via des taux d’intérêt élevés sur les certificats de dépôt, finançant ainsi les déficits publics chroniques de l’État. Cette stratégie, qualifiée de pyramidale par des experts, a gonflé les bilans des banques commerciales, qui ont investi massivement dans la dette publique, créant un cercle vicieux de dépendance mutuelle. Lorsque les flux de dollars se sont taris en 2019, la BdL s’est retrouvée avec des réserves nettes négatives, estimées à -3,5 milliards de dollars en septembre 2025, forçant un gel informel des dépôts et une dévaluation massive de la livre libanaise.

Des critiques abondent sur ce rôle conflictuel : la BdL agit comme juge et partie dans la crise, selon un rapport publié en décembre 2025 par des analystes indépendants. En couvrant les pertes des banques via des mécanismes comme le bail-in de leurs dépôts et certificats à la banque centrale, le projet de loi risque de diluer la responsabilité des institutions commerciales, qui ont accumulé 64 billions de livres de pertes directes. Au lieu de forcer une recapitalisation externe ou des liquidations ordonnées, la BdL est appelée à émettre des titres garantis par ses revenus futurs et ses actifs, incluant des biens immobiliers et des réserves en or. Cette approche, bien que pragmatique sur le papier, expose la banque centrale à un risque systémique accru, car ses actifs, déjà dépréciés par les conflits régionaux comme les tensions avec Israël en 2024, ne suffisent pas à couvrir l’ampleur du trou financier.

Un rapport forensique commandé par Alvarez & Marsal en 2023, mis à jour en 2025, identifie des faiblesses graves dans la gouvernance de la BdL, incluant des décisions opaques et une absence de transparence dans la gestion des réserves. Ces dysfonctionnements ont permis aux banques de reporter leurs pertes sur la banque centrale, qui a emprunté des dollars auprès d’elles pour stabiliser la monnaie et financer les importations essentielles. En 2025, avec des réserves brutes à 11 milliards de dollars sur 88,7 milliards de dépôts en devises, le recours à la BdL pour absorber les déficits – évalués à 66 billions de livres issus d’opérations passées – apparaît comme une prolongation de ces erreurs plutôt qu’une correction.

Les mécanismes du projet Salam et leurs implications critiques pour la BdL

Le projet de loi présenté le 19 décembre 2025 détaille plusieurs mécanismes impliquant la BdL, qui soulèvent des critiques sur leur viabilité et leur équité. Pour les dépôts supérieurs à 100 000 dollars, la banque centrale émet des titres adossés à des actifs, avec des maturités variant de 10 à 20 ans et un paiement annuel minimal de 2 % de la valeur. Ces titres, garantis par les actifs de la BdL, transfèrent effectively les pertes des banques commerciales vers l’institution publique, qui doit gérer un solde négatif transitoire de 14 billions de livres après ajustements. Des observateurs notent que cette stratégie masque les responsabilités des actionnaires bancaires, qui évitent un effacement total de leurs capitaux en reportant le fardeau sur la BdL.

La répartition des pertes place la BdL en position de absorber 177 billions de livres de déficits accumulés, réduits partiellement par son capital existant (6 billions) et des réévaluations d’actifs (36 billions). Pourtant, des rapports comme celui de la Banque mondiale en octobre 2025 indiquent que les actifs de la BdL, impactés par les dommages de guerre estimés à 14 milliards de dollars en 2024, sont surévalués. Utiliser ces actifs pour couvrir les pertes bancaires risque d’épuiser les réserves restantes, essentielles pour stabiliser la monnaie et financer les importations. En septembre 2025, les réserves nettes de la BdL étaient à 3,5 milliards de dollars, un niveau critique qui rend tout mécanisme d’absorption vulnérable à des chocs externes, comme les fluctuations régionales liées au Hezbollah et à Israël.

Critiques se multiplient sur l’absence de recapitalisation sérieuse pour la BdL elle-même. Le projet prévoit une Société de gestion des actifs publics (PAMC) pour générer des revenus sur 10 ans, mais sans injections externes immédiates, la banque centrale reste exposée. Un cadre du FMI, analysé en octobre 2025, avertit que de telles propositions risquent de prolonger la crise plutôt que de la résoudre, en maintenant la BdL dans un rôle hybride de prêteur de dernier recours et de bouclier pour les banques fautives. Cette dépendance excessive à la BdL ignore les leçons de la crise : ses politiques monétaires passées ont exacerbé les inégalités, avec 80 % de la population sous le seuil de pauvreté en 2025, tandis que les grands déposants attendent des remboursements dilués sur des décennies.

Les conflits d’intérêts et les critiques institutionnelles autour de la BdL

Le rôle assigné à la BdL dans le projet Salam met en lumière des conflits d’intérêts profonds, où la banque centrale, impliquée dans la crise via ses opérations de 2016-2019, est chargée de superviser sa propre restructuration. Des analystes, dans un rapport de l’Arab Center Washington DC datant d’octobre 2021 mais actualisé en 2025, décrivent ce rôle comme « conflictuel », avec la BdL ayant engineered des schémas frauduleux pour attirer des capitaux sans affronter la réalité fiscale. En couvrant les pertes des banques, la BdL perpétue ce pattern, transférant les déficits publics – estimés à 73 billions de livres – vers ses bilans, convertis en obligations négociables.

La levée partielle du secret bancaire en juillet 2025, adoptée après trois tentatives parlementaires, a permis des audits qui révèlent des transferts suspects facilités par la BdL avant 2019. Pourtant, le projet de loi n’impose pas de sanctions immédiates, préférant un clawback sur trois mois pour les fonds évadés, une mesure que la BdL doit implémenter. Cette auto-régulation est critiquée pour son inefficacité : des rapports forensiques identifient des points faibles dans la prise de décision de la BdL, incluant une absence de conformité aux normes internationales de résolution bancaire. En décembre 2025, avec le cabinet examinant le texte, des sources gouvernementales indiquent que des amendements pourraient atténuer le rôle de la BdL, mais sous pression des lobbies bancaires.

Les implications sociales de ce recours à la BdL sont sévères : en absorbant les pertes, la banque centrale prive potentiellement l’État de ressources pour les filets sociaux, essentiels dans un pays où l’inflation a dépassé 100 % en 2024. Des études comme celle du Peterson Institute for International Economics en 2023, révisée en 2025, qualifient le meltdown de la BdL de « cautionary tale » sur l’ingénierie financière, avertissant que son utilisation pour couvrir les pertes bancaires risque d’aggraver la displacement économique, forçant les citoyens à une économie parallèle basée sur les espèces.

Les défis opérationnels et les critiques récentes sur la gestion de la BdL

En fin d’année 2025, la BdL fait face à des défis opérationnels accrus, amplifiés par son rôle dans le projet de loi. Ses pertes nettes, après effacement de 66 billions de livres d’opérations passées, laissent un bilan fragile, avec des actifs étrangers et immobiliers réévalués à la baisse en raison des conflits. Utiliser ces actifs pour émettre des titres pour les déposants expose la BdL à une volatilité accrue, particulièrement avec la livre libanaise à 90 000 pour un dollar au marché noir en décembre 2025. Des critiques, relayées dans un rapport du Middle East Institute en octobre 2025, soulignent que la crise monétaire persistante de la BdL rend tout plan de couverture insoutenable sans réformes profondes de sa gouvernance.

Le projet prévoit un audit indépendant des actifs de la BdL dans un mois, mais des observateurs doutent de sa neutralité, compte tenu des liens historiques entre la banque centrale et les institutions commerciales. En novembre 2025, un rapport de l’AUB a posé le dilemme : en couvrant les pertes bancaires, la BdL priorise la stabilité à court terme au détriment d’une justice distributive, laissant les petits déposants – 85 % avec moins de 100 000 dollars – dépendants de versements échelonnés sur quatre ans. Cette approche, critiquée pour son manque de transparence, prolonge l’incertitude pour les 4 millions de déposants, tandis que la BdL gère des prêts non performants transférés des banques.

Les intersections politiques ajoutent à la critique : la BdL, souvent influencée par des réseaux confessionnels, risque de favoriser certaines banques liées à des factions sunnites ou chiites. En 2025, des ministres du cabinet Salam ont exprimé des réserves sur le rôle élargi de la BdL, influencés par des lobbies. Des audits en cours, accélérés par la réforme du secret bancaire, ont identifié des irrégularités dans les opérations de la BdL, renforçant les appels à une supervision externe plutôt qu’à une auto-correction. En décembre 2025, avec le texte au cabinet, des discussions révèlent des tensions sur l’absorption des déficits publics par la BdL, estimés à 73 billions de livres, une mesure qui transfère le fardeau fiscal sans accountability accrue.

Les détails des bilans de la BdL en 2025 illustrent la précarité : réserves brutes à 11 milliards de dollars, avec seulement 3,5 milliards nets après obligations. Couvrir les pertes bancaires via des write-offs et des clawbacks expose la banque centrale à des risques légaux, particulièrement avec des poursuites internationales de déposants depuis 2023. Un rapport du CIDOB en 2025 décrit la BdL comme un agent coercitif dans la displacement économique, utilisant ses politiques pour aggraver la crise plutôt que la mitiger. Cette critique s’intensifie avec les récents conflits, qui ont endommagé des actifs au sud, rendant tout mécanisme de couverture vulnérable à des escalades futures.

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