samedi, février 21, 2026

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Le Venezuela livré à Washington : comment croire à un garant de la souveraineté au Liban ?

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Un coup d’État qui ne dit pas son nom

Il n’aura fallu que quelques heures pour que la fiction devienne réalité : dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené une opération militaire éclair au cœur même de la capitale vénézuélienne. Nicolás Maduro, encore chef d’État en exercice, a été capturé par les forces spéciales américaines, exfiltré vers New York et livré aux tribunaux fédéraux pour y répondre d’accusations de narcoterrorisme. Les images de sa reddition, soigneusement orchestrées, ont fait le tour du monde, comme un rappel brutal de l’ordre que certains entendent encore imposer par la force.

Officiellement, il s’agirait d’un acte de justice. En réalité, c’est un coup d’État à ciel ouvert, exécuté sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, sans consultation régionale, sans légitimité juridique claire. Et le plus frappant n’est pas tant l’intervention elle-même que la suite immédiate : Donald Trump a annoncé, sans détour, que les États-Unis dirigeraient la transition vénézuélienne, que les grandes compagnies pétrolières américaines participeraient à la relance du pays, et que Washington resterait aux commandes tant que la stabilité ne serait pas assurée. Traduction : le Venezuela est passé sous administration étrangère.

Le pétrole comme boussole

Tout dans cette opération rappelle les grandes heures de l’interventionnisme américain du XXᵉ siècle. L’emballage a changé, les moyens sont plus technologiques, la communication mieux huilée, mais le fond reste identique : une superpuissance décide seule, agit seule et impose seule ses règles. L’objectif, au-delà des discours moralisateurs, est limpide : sécuriser l’accès aux gigantesques réserves d’hydrocarbures du pays. La géopolitique américaine, version Trump, renoue sans complexe avec la logique de captation stratégique des ressources.

Ce précédent est grave. Il ouvre la voie à une ère où les États jugés défaillants, hostiles ou simplement indociles peuvent être neutralisés militairement, au mépris du droit international. Et ce modèle, inauguré en Amérique latine, est appelé à se reproduire ailleurs. À commencer par les régions où la souveraineté des États est déjà contestée, fragilisée, ou menacée.

La leçon pour les nations vulnérables

Le signal envoyé est clair : les États faibles ne sont plus protégés par le droit, mais seulement par leur capacité à dissuader ou à se soumettre. Les équilibres régionaux peuvent être balayés du jour au lendemain si une grande puissance le décide. Le multilatéralisme devient un théâtre d’ombres ; la souveraineté, une fiction.

Dans ce contexte, des pays comme le Liban doivent tirer les conséquences du virage pris à Washington. Car si l’intervention au Venezuela marque un tournant, elle est en réalité la dernière manifestation d’une politique étrangère cohérente menée par Donald Trump depuis son retour au pouvoir. Une politique fondée sur la force, le mépris des conventions internationales et un alignement idéologique affirmé sur les intérêts israéliens.

Une alliance Trump-Netanyahu revendiquée

Le président américain et le Premier ministre israélien ne se contentent plus de coopérer : ils s’affichent comme partenaires stratégiques d’un même projet régional. Depuis sa réélection, Trump a multiplié les gestes de soutien à Israël, réaffirmant sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale exclusive, confortant l’annexion du Golan, et soutenant, sans réserve, les opérations militaires israéliennes à Gaza, en Cisjordanie et au-delà. Le langage diplomatique n’y change rien : ce soutien est sans condition, massif, idéologique.

Benjamin Netanyahu, lui, n’a jamais caché sa satisfaction d’avoir à la Maison Blanche un interlocuteur aussi perméable aux revendications israéliennes. Ensemble, ils forment un tandem politique qui transcende les alternances, les critiques internationales, et même les enquêtes de la Cour pénale internationale. Mieux : Trump a publiquement dénoncé la légitimité de la CPI, menaçant de sanctions les juges qui oseraient poursuivre des responsables israéliens. À ce niveau d’alignement, on ne parle plus de diplomatie, mais de fusion doctrinale.

Et le Liban dans tout cela ?

Le Liban, pays exsangue, fracturé, affaibli, se retrouve directement concerné. En position de faiblesse stratégique, aux prises avec une crise institutionnelle majeure, exposé à des tensions frontalières récurrentes avec Israël, il incarne le type même d’État que les puissances expansionnistes considèrent comme une variable d’ajustement. Les négociations sur la frontière maritime, les incursions régulières dans l’espace aérien libanais, les menaces implicites ou explicites de Tel-Aviv ne relèvent pas du hasard : elles s’inscrivent dans une logique d’affaiblissement progressif de la souveraineté libanaise, cela d’autant plus qu’Israël cherche à imposer un éloignement de la France et de l’ONU des mécanismes de surveillance du cessez-le-feu et de même de la FINUL et qui pourraient être des médiateurs plus impartiaux.

Et dans ce contexte, croire que Donald Trump pourrait jouer le rôle de garant, de médiateur ou même de stabilisateur régional relève de l’absurde. Le garant supposé de l’intégrité libanaise est le même homme qui, sans débat, a validé des annexions territoriales illégales. C’est le même qui a justifié l’écrasement militaire de Gaza. C’est celui qui menace, capture et exile les dirigeants qui lui déplaisent. C’est celui qui considère les ressources d’un État comme un bien négociable. Croire qu’un tel dirigeant peut se faire le défenseur de la souveraineté d’un État tiers est une illusion dangereuse.

Vers un monde sans garde-fous

Le monde qui se dessine sous Trump n’est pas seulement un monde post-multilatéral. C’est un monde post-souverain. Un monde où la frontière n’est plus une limite, mais une formalité. Où le droit est subordonné à l’intérêt. Où les institutions sont méprisées, les juges menacés, les peuples ignorés. Où les États ne se maintiennent que s’ils se rendent utiles à l’ordre dominant.

Le Liban, comme tant d’autres, est à la merci de cette doctrine. Il n’a ni la force militaire d’un Iran, ni la capacité de nuisance d’un grand bloc. Il n’a que son droit, son histoire, et sa fragilité. Or aujourd’hui, cela ne suffit plus. Et l’idée même de garantie devient suspecte lorsque le garant en question fait de l’ingérence un principe et de la force une méthode.

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