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Les déclarations de l’envoyé américain Tom Barrack ravivent les tensions au Liban

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Le 21 septembre 2025, une frappe de drone israélien a tué cinq personnes, dont trois enfants, dans la ville de Bint Jbeil, au sud du Liban, exacerbant les débats autour des récentes déclarations de l’envoyé américain Tom Barrack. Cet incident, survenu dans une zone civile, a été revendiqué par l’armée israélienne comme une opération ciblée contre un membre du Hezbollah, mais il met en lumière les violations persistantes de l’accord de cessez-le-feu signé en novembre 2024. Les propos de Barrack, qualifiant la paix au Moyen-Orient d’« illusion » et accusant le gouvernement libanais d’inaction face au Hezbollah, ont provoqué une vive réaction à Beyrouth, compliquant les efforts diplomatiques pour stabiliser la région. Cet article examine en détail cette frappe, les déclarations de l’envoyé américain et leurs répercussions dans le contexte des tensions régionales, des résolutions de l’ONU et des défis internes au Liban.

Une frappe meurtrière à Bint Jbeil : des civils au cœur du conflit

L’armée israélienne a confirmé la frappe du 21 septembre à Bint Jbeil, une localité du sud du Liban proche de la frontière, affirmant qu’elle visait un opérateur du Hezbollah intégré dans une zone civile. Selon le ministère libanais de la Santé, les victimes incluent un père de famille, concessionnaire automobile, et ses trois enfants, ainsi qu’un autre membre de la famille. L’attaque a eu lieu alors que les victimes rentraient chez elles en voiture, transformant une route ordinaire en scène de tragédie. L’armée israélienne a annoncé une enquête interne sur les circonstances, reconnaissant des pertes civiles, mais insistant sur la présence d’un cible militaire.

Cette frappe s’inscrit dans une série d’opérations israéliennes depuis le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, qui mettait fin à une guerre dévastatrice entamée en septembre 2024. Ce conflit, marqué par des échanges de tirs transfrontaliers intenses, a causé plus de 4 000 morts et 17 000 blessés au Liban, selon les chiffres officiels. L’accord de cessez-le-feu prévoyait le retrait israélien des territoires occupés, la libération des captifs et le déploiement des Forces armées libanaises (FAL) aux côtés de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) pour sécuriser la zone au sud du fleuve Litani. Pourtant, Israël maintient sa présence sur cinq positions stratégiques dans les collines du sud, justifiant ses incursions par la nécessité de prévenir la reconstitution des capacités du Hezbollah.

Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a condamné cette frappe dans un communiqué marquant le premier anniversaire de la guerre, le 23 septembre 2025. « Israël continue ses violations et renie tous les engagements prévus par l’accord de cessez-le-feu, y compris le retrait des territoires occupés et la permission au déploiement des FAL avec le soutien de la FINUL jusqu’à la frontière internationale dans la région sud du Litani », a déclaré Berri. Il a réaffirmé l’engagement du Liban – via son président, son gouvernement et sa résistance – envers l’accord dès son entrée en vigueur. L’ancien général de brigade Abdul Rahman Chehaitli a qualifié l’incident de « massacre », soulignant son impact sur la confiance déjà fragile dans le processus de paix.

Les déclarations controversées de Tom Barrack : un feu diplomatique

Tom Barrack, ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial pour la Syrie, est au centre de la controverse depuis son interview du 22 septembre 2025 sur Sky News Arabia. Il a accusé le gouvernement libanais d’« inaction » dans le désarmement du Hezbollah, affirmant que le groupe reçoit 60 millions de dollars par mois de sources non identifiées pour reconstruire ses arsenaux. « Le Hezbollah n’a aucun incitatif à déposer les armes, surtout quand Israël attaque tout le monde », a-t-il déclaré, citant des frappes israéliennes au Liban, en Syrie et même une attaque présumée en Tunisie contre une flottille humanitaire vers Gaza.

Barrack a étendu ses critiques au-delà du Liban, mentionnant une frappe israélienne suspectée le 9 septembre 2025 à Doha contre des responsables du Hamas, sans notification préalable au Qatar, allié des États-Unis. Il a décrit la paix au Moyen-Orient comme une « illusion », ajoutant : « Il n’y a jamais eu de paix, il n’y en aura probablement jamais ». Ces mots ont suscité des accusations selon lesquelles les États-Unis fournissent une « couverture politique » à une agression israélienne imminente. Des sources informées, citées par le portail al-Anbaa du Parti socialiste progressiste, ont interprété les propos de Barrack comme un « feu vert » américain pour des frappes israéliennes visant à « éliminer les capacités du Hezbollah et empêcher sa reconstruction ».

Le premier ministre libanais Nawaf Salam a exprimé sa surprise face à ces déclarations dans un message sur X le 23 septembre 2025, réaffirmant l’engagement du Liban à étendre l’autorité de l’État et à confiner les armes aux forces officielles. « Ces remarques portent atteinte au gouvernement et aux FAL », a-t-il indiqué. Berri, dans son communiqué, a appelé à une « position officielle libanaise » sur les propos de Barrack, les qualifiant de « rejetables » et contraires à ses déclarations antérieures. Il a insisté sur le rôle des FAL comme « nos fils, sur lesquels nous plaçons tous nos espoirs pour défendre notre terre et notre souveraineté face à toute agression ».

La FINUL sous pression : un mandat contesté

La Force intérimaire des Nations unies au Liban, créée en 1978 et renforcée par la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU en 2006, fait face à une remise en question accrue. Cette résolution charge la FINUL de surveiller la frontière israélo-libanaise, d’assister les FAL à maintenir une zone sans armes au sud du Litani et d’assurer le désarmement des acteurs non étatiques, principalement le Hezbollah. Cependant, l’efficacité de la mission est entravée par des contraintes politiques et l’influence persistante du Hezbollah dans les camps palestiniens et les zones rurales du sud.

Les déclarations de Barrack ont alimenté les spéculations sur les intentions américaines concernant le renouvellement du mandat de la FINUL, prévu pour août 2026. Des sources ont suggéré que Washington exerce des pressions pour affaiblir le rôle de la force, dans le cadre d’un accord de sécurité plus large avec Israël. Un tel accord, inspiré d’un pacte imminent entre la Syrie et Israël, impliquerait une zone démilitarisée sur le territoire libanais, une proposition fermement rejetée par les officiels libanais. Berri, figure clé de la communauté chiite et allié du Hezbollah, a refusé tout compromis qui minerait les FAL ou la FINUL, affirmant que la mission de l’armée est de protéger le Liban, non de servir des intérêts étrangers.

Un rapport de l’ONU de septembre 2025 a noté plusieurs incidents d’obstruction par le Hezbollah, limitant les patrouilles de la FINUL. Malgré ces défis, la force de 10 000 hommes, issus de 49 pays, continue de surveiller la frontière volatile, souvent au péril de ses membres. La frappe de Bint Jbeil, survenue dans une zone sous observation de la FINUL, interroge la capacité de la mission à dissuader les violations.

La réponse du gouvernement libanais : un équilibre précaire

Le gouvernement libanais, dirigé par le premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, navigue sous une pression intense. Le cabinet, formé après deux ans de paralysie politique atténuée par l’affaiblissement du Hezbollah lors de la guerre de 2024, s’est engagé à désarmer le groupe d’ici la fin de l’année, sous l’impulsion des États-Unis et d’Israël. Le 31 août 2025, les FAL ont présenté un plan de désarmement, qualifié par Barrack de reposant sur la persuasion plutôt que sur la force militaire. Toutefois, le nouveau leader du Hezbollah, Naim Qassem, a rejeté cette initiative, avertissant d’un risque de conflit civil en cas de poursuite agressive.

L’administration Salam affronte également des crises économiques et humanitaires aggravées par la guerre. Le conflit a déplacé plus de 1,2 million de personnes, détruit des milliers de logements et approfondi l’effondrement économique du Liban. Selon la Banque mondiale, le PIB par habitant a chuté de 36,5 % entre 2019 et 2021, reléguant le pays au statut de revenu moyen inférieur. En 2025, le PIB réel devrait croître de 4,7 %, soutenu par des réformes anticipées, une reprise du tourisme et de la consommation, mais la dette publique dépasse les 100 milliards de dollars, et l’inflation avoisine les 70 %, d’après les estimations du Fonds monétaire international. Berri a exigé une action immédiate du gouvernement pour indemniser les propriétaires de maisons endommagées ou détruites, une demande relayée par les associations civiles.

Les remarques rapportées du prince saoudien Yazid bin Farhan, conditionnant le soutien international au désarmement, ajoutent à la pression, liant l’aide économique aux réformes sécuritaires. Les FAL, commandées par le général Joseph Aoun, restent au cœur de ces débats. Barrack a loué l’armée comme « bien intentionnée » mais critiqué son manque d’équipement pour affronter le Hezbollah, déclarant : « Qui vont-ils combattre ? » Il a exclu toute intervention militaire américaine contre le Hezbollah, plaidant pour une coupure de ses financements, estimés à 60 millions de dollars mensuels. Ces commentaires ont irrité les officiels libanais, qui y voient une atteinte à la légitimité des FAL. Berri a salué l’armée comme « le pari sur lequel nous plaçons tous nos espoirs » pour la défense de la souveraineté.

Les dynamiques régionales : Israël, Syrie et le Moyen-Orient élargi

Les déclarations de Barrack s’inscrivent dans un contexte d’instabilité régionale. Les frappes israéliennes en Syrie, visant à empêcher les transferts d’armes après la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, font écho à celles au Liban. L’envoyé a évoqué une frappe présumée en Tunisie contre la flottille Global Sumud, renforçant le narratif de résistance du Hezbollah. La frappe du 9 septembre à Doha complique la diplomatie américaine, Barrack notant que le Qatar n’avait pas été informé.

Les États-Unis tentent de médiatiser entre Israël et le Liban, succédant à Amos Hochstein dans le cessez-le-feu de 2024. L’approche plus frontale de Barrack, avec son scepticisme sur la paix, tend les relations. Son affirmation que les intérêts américains ne s’alignent pleinement sur aucun acteur régional, y compris Israël, reflète une réévaluation de la position de Washington. L’approbation récente par le Pentagone d’un retrait de 14,2 millions de dollars pour « dégrader le Hezbollah » alimente les perceptions de partialité américaine à Beyrouth.

La France, partenaire traditionnel du Liban, fournit une aide humanitaire et plaide pour la stabilité politique. Ses initiatives, soutenant la FINUL et la reconstruction, contrastent avec les pressions américaines sur le désarmement, illustrant les divergences entre alliés occidentaux. Le roi Abdallah II de Jordanie a accusé Israël de violer la souveraineté régionale, écho aux frustrations au Liban et dans le monde arabe.

Le backlash domestique et le parcours de Barrack

Les remarques de Barrack ne sont pas sa première controverse au Liban. En août 2025, il a provoqué l’indignation en demandant à des journalistes à Beyrouth d’agir de manière « civilisée », entraînant des accusations d’arrogance. Le syndicat des éditeurs de presse libanais a exigé des excuses, et des manifestations à Khiam et Tyr ont forcé l’annulation de visites au sud. Des graffitis comme « Barak est un animal » sont apparus à Khiam, reflétant la colère publique. Le bureau de l’envoyé n’a pas répondu aux demandes de commentaires, et le département d’État américain est resté silencieux.

Les officiels libanais contre-attaquent le narratif de Barrack. Le président Joseph Aoun, élu en 2025 après l’affaiblissement du Hezbollah qui a débloqué l’impasse politique, met l’accent sur le rôle des FAL dans la défense nationale. Lors d’une réunion du cabinet le 23 septembre, Salam a réitéré l’engagement à appliquer la résolution 1701 et à étendre l’autorité de l’État. Cependant, la résilience du Hezbollah, ancrée dans son soutien dans les communautés chiites, complique ces efforts. Les opérations du groupe au sud, incluant des obstructions présumées aux patrouilles de la FINUL, défient l’autorité gouvernementale.

Un statu quo fragile : les implications immédiates

La frappe de Bint Jbeil et les déclarations de Barrack projettent une ombre sur la stabilité précaire du Liban. Le refus israélien de se retirer des cinq positions occupées, combiné à ses frappes régulières, approfondit la méfiance. Le rejet du désarmement par le Hezbollah, soutenu par son affirmation de défendre le Liban contre l’agression israélienne, complique les initiatives gouvernementales. L’insistance de Barrack sur le fait que les États-Unis n’interviendront pas militairement mais attendent une action libanaise place la responsabilité sur un gouvernement déjà affaibli par les divisions internes et l’effondrement économique.

Le rôle de la FINUL reste essentiel mais de plus en plus précaire. Son mandat, ancré dans la résolution 1701, nécessite la coopération du Liban et d’Israël, pourtant aucun des deux n’a pleinement respecté ses termes. Le déploiement des FAL au sud, appuyé par la FINUL, est un pilier du cessez-le-feu, mais l’influence du Hezbollah et les violations israéliennes entravent les avancées. Le plan gouvernemental pour indemniser les familles touchées par la guerre, estimé à 2 milliards de dollars, demeure non financé, les donateurs internationaux attendant des mesures concrètes sur le désarmement.

Alors que le Liban se prépare à un automne décrit par des sources comme « chaud et rude » sur tous les plans, l’interaction des pressions domestiques, régionales et internationales façonne sa trajectoire. Les remarques de Barrack, bien que controversées, reflètent les réalités complexes d’une région où les accords de cessez-le-feu sont fragiles, et où les intérêts concurrents – préoccupations sécuritaires israéliennes, narratif de résistance du Hezbollah et souveraineté libanaise – continuent de s’entrechoquer. La frappe de Bint Jbeil, avec son bilan tragique, rappelle le coût humain de ces tensions non résolues.

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