Le gouvernement libanais, sous la direction du premier ministre Nawaf Salam, a approuvé le 26 décembre 2025 un projet de loi crucial visant à combler la brèche financière accumulée dans le secteur bancaire depuis la crise de 2019. Cette décision, prise lors d’une session du conseil des ministres à Beyrouth, marque un tournant dans les efforts de réforme économique du pays. Les États-Unis, par le biais d’un communiqué diffusé par leur ambassade au Liban, ont immédiatement réagi en qualifiant cette mesure d’étape essentielle pour restaurer la confiance des institutions financières internationales, notamment la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, dans l’économie libanaise. Selon le département d’État américain, ces réformes contribuent à la reprise économique et à l’attraction d’investissements étrangers, soulignant que l’approbation de cette loi représente un progrès positif au service des intérêts à long terme du Liban.
Cette réaction américaine intervient dans un contexte où le Liban peine à émerger d’une crise financière profonde, marquée par une dépréciation massive de la livre libanaise et une restriction d’accès aux dépôts bancaires pour des millions de citoyens. Le projet de loi, souvent désigné sous le nom de « loi sur la brèche financière », vise à répartir les pertes estimées à plusieurs dizaines de milliards de dollars entre l’État, les banques et les déposants. Il prévoit notamment le remboursement progressif des dépôts jusqu’à un plafond de 100 000 dollars par compte, une mesure destinée à protéger les petits épargnants tout en imposant des restructurations aux institutions bancaires. Le vote en conseil des ministres s’est déroulé par majorité, malgré des oppositions notables de la part de représentants liés au secteur bancaire, qui craignent une faillite généralisée si la loi est appliquée sans amendements substantiels.
Le premier ministre Nawaf Salam, en poste depuis février 2025, a présenté cette approbation comme une priorité de son mandat, alignée sur les engagements pris auprès des partenaires internationaux. Lors de la session du 26 décembre, il a insisté sur la nécessité d’agir rapidement pour éviter une aggravation de la situation économique, rappelant que le Liban fait face à une dette publique dépassant les 100 milliards de dollars et à une inflation qui, bien qu’en deceleration, reste à des niveaux élevés. Des sources officielles au sein du ministère des Finances ont indiqué que le texte, une fois transmis au parlement, pourrait être débattu dès janvier 2026, avec l’espoir d’une adoption avant la fin du premier trimestre.
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Une décision gouvernementale sous haute tension
La session du conseil des ministres du 26 décembre 2025 a été marquée par des débats intenses, reflétant les divisions profondes au sein de l’élite politique libanaise. Le vice-premier ministre Tarek Mitri, chargé de coordonner les affaires intérieures, a défendu le projet en soulignant son rôle dans la stabilisation du secteur bancaire. Selon des comptes rendus officiels, plusieurs ministres, dont celui des Affaires étrangères Joe Rajji, ont exprimé leur soutien, arguant que cette loi est indispensable pour débloquer l’aide internationale promise depuis des années. En revanche, des voix discordantes, issues de factions proches des banques, ont mis en garde contre les risques d’une application précipitée, qui pourrait entraîner la fermeture de plusieurs établissements et une perte massive pour les déposants.
Le texte approuvé prévoit une évaluation détaillée des pertes bancaires, estimées par la Banque du Liban à environ 70 milliards de dollars en actifs irrécupérables, principalement dus à des investissements risqués dans des obligations d’État et des prêts non performants. Il impose aux banques une recapitalisation obligatoire, avec une contribution de l’État via des actifs publics, et limite les responsabilités des déposants à une portion minimale de leurs avoirs. Cette approche, inspirée des recommandations du Fonds monétaire international lors de sa visite en septembre 2025, vise à équilibrer la protection des citoyens ordinaires et la viabilité du système financier.
Le ministre des Finances, confirmant les détails lors d’une déclaration post-séance, a précisé que la loi inclut des mécanismes de surveillance renforcée par la Commission de contrôle des banques, afin d’éviter les abus passés. Des audits indépendants, mandatés par le gouvernement, seront conduits sur les bilans des principales banques, telles que la Banque du Liban et les institutions privées comme la Bank Audi ou la Blom Bank, pour identifier les responsabilités dans l’accumulation de la brèche.
Les enjeux internationaux de la réforme
Les États-Unis n’ont pas été les seuls à réagir positivement à cette approbation. La France, par l’intermédiaire de son ministère des Affaires étrangères, a salué le 27 décembre 2025 cette avancée, la qualifiant de « pas décisif vers la restructuration économique ». Dans un communiqué officiel, Paris a réaffirmé son engagement à soutenir le Liban, notamment via la conférence d’aide internationale prévue pour 2026, conditionnée à l’adoption de réformes structurelles. Le porte-parole du Quai d’Orsay a déclaré que cette loi « contribue à restaurer la crédibilité du Liban auprès des investisseurs européens et internationaux, en adressant enfin les pertes accumulées depuis 2019 ».
De son côté, le Fonds monétaire international, lors de sa mission à Beyrouth en septembre 2025, avait insisté sur la nécessité d’une telle mesure pour débloquer un programme d’assistance financière évalué à plusieurs milliards de dollars. Le chef de mission, Ernesto Ramirez Rigo, a souligné dans un rapport publié le 26 septembre que les autorités libanaises devaient amender les lois existantes pour protéger les petits déposants et assurer la durabilité de la dette publique. La Banque mondiale, dans son rapport économique sur le Liban publié en juin 2025, projetait une croissance du PIB réel de 4,7 % pour 2025, conditionnée à des réformes comme celle-ci, bien que révisée à la baisse à 3,5 % en octobre en raison des tensions régionales.
Ces réactions internationales soulignent l’importance de la loi dans le cadre plus large des négociations avec les créanciers. Le Liban, en défaut de paiement sur sa dette souveraine depuis mars 2020, cherche à restructurer environ 30 milliards de dollars d’eurobonds, un processus bloqué par l’absence de réformes bancaires. Des officiels du département du Trésor américain ont indiqué que l’approbation de cette loi pourrait faciliter l’accès à des prêts concessionnels, essentiels pour relancer l’économie.
Les critiques internes et le rôle controversé des banques
Malgré ces éloges internationaux, la loi sur la brèche financière suscite un débat virulent au Liban. L’Association des banques du Liban (ABL) a exprimé son opposition dès le 18 décembre 2025, arguant que le texte risque de provoquer la faillite de nombreuses institutions et d’effacer les avoirs des déposants. Dans un communiqué, l’ABL a déclaré que « cette loi ignore les réalités du secteur et impose des charges insoutenables, menaçant la stabilité financière du pays ». Des experts économiques, comme ceux consultés lors des discussions à Washington en octobre 2025, ont critiqué le manque de transparence dans l’évaluation des pertes, estimant que les banques pourraient être forcées à absorber jusqu’à 50 milliards de dollars sans recours adéquat.
Ce débat ravive les accusations portées contre les banques libanaises, tenues pour responsables principales de la crise financière. Depuis 2019, les institutions bancaires sont accusées d’avoir opéré un système proche d’un schéma de Ponzi, en attirant des dépôts à des taux d’intérêt élevés pour financer la dette publique, sans diversification adéquate des actifs. La Banque du Liban, sous la direction de l’ancien gouverneur Riad Salamé, a été pointée du doigt pour avoir maintenu un taux de change artificiel, menant à une dévaluation brutale de la livre qui a perdu plus de 95 % de sa valeur face au dollar.
Des rapports officiels, issus d’audits commandés par le gouvernement en 2023, révèlent que les banques ont investi massivement dans des obligations d’État à haut rendement, ignorant les risques de défaut. Cette pratique, qualifiée de cupidité par des porte-parole du ministère des Finances, a conduit à une accumulation de pertes non provisionnées, estimées à 75 milliards de dollars par la Banque mondiale en 2025. Les propriétaires de banques, souvent liés à des familles influentes et à des réseaux politiques, sont critiqués pour avoir transféré des fonds à l’étranger avant la crise, privant le pays de liquidités essentielles. Par exemple, des enquêtes judiciaires en cours examinent des transferts suspects de plusieurs milliards de dollars vers des comptes offshore entre 2018 et 2019.
Les déposants, organisés en associations comme les « Déposants du Liban », ont manifesté à plusieurs reprises contre les restrictions imposées depuis octobre 2019, qui limitent les retraits à quelques centaines de dollars par mois. Ils accusent les banques d’avoir profité d’un système corrompu, où les prêts accordés à des entités liées politiquement n’ont jamais été remboursés, aggravant la brèche. Un rapport du FMI datant de 2023 confirme que les banques libanaises ont accordé plus de 20 milliards de dollars en prêts non performants à des secteurs comme l’immobilier et l’énergie, sans garanties suffisantes.
Le contexte économique libanais en 2025
L’année 2025 a été marquée par une stabilisation fragile de l’économie libanaise, après des années de chaos. Le PIB réel a enregistré une croissance de 4,7 % selon les estimations initiales de la Banque mondiale, portée par une reprise modeste du tourisme et des transferts de la diaspora. Cependant, l’inflation, bien que descendue à 70 % en moyenne annuelle contre 200 % en 2023, reste un fardeau pour les ménages. Le taux de pauvreté a atteint 80 % de la population, avec plus de 2 millions de personnes dépendant de l’aide humanitaire, selon des données de l’ONU.
Le budget de l’État pour 2025, approuvé par le cabinet le 7 mars 2025 et transmis au parlement, prévoit des dépenses de 4,779 milliards de dollars, en hausse de 38 % par rapport à 2024. Ce budget, préparé sous l’ancien cabinet intérimaire mais adopté par le gouvernement Salam, inclut des mesures fiscales comme l’augmentation des taxes sur les importations et les services, visant à réduire le déficit budgétaire à 10 % du PIB. Le ministre des Finances a détaillé lors de la présentation que 20 % des recettes seraient alloués à la restructuration bancaire, en ligne avec la loi sur la brèche.
Les tensions régionales, notamment les affrontements sporadiques à la frontière sud avec Israël, ont impacté la croissance, avec une baisse de 20 % des arrivées touristiques au second semestre 2025. Malgré cela, les remises des expatriés libanais ont atteint 7 milliards de dollars, constituant un pilier de l’économie. La Banque du Liban, sous un nouveau gouverneur intérimaire depuis 2023, a introduit des réformes monétaires, comme l’unification progressive des taux de change, passant de 89 000 livres pour un dollar en janvier à 95 000 en décembre 2025.
Les réformes structurelles en marche
Outre la loi sur la brèche, le gouvernement Salam a avancé sur d’autres fronts en 2025. En septembre, le cabinet a approuvé un plan de contrôle des armes par l’armée, renforçant la sécurité intérieure et facilitant les négociations avec les partenaires internationaux. Le ministre de l’Intérieur a annoncé des mesures pour lutter contre la corruption, avec la création d’une commission indépendante chargée d’enquêter sur les malversations bancaires.
En octobre 2025, lors des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Washington, les délégués libanais ont présenté un cadre de réforme incluant la privatisation partielle d’actifs publics, comme le port de Beyrouth et la compagnie d’électricité. Ces propositions ont reçu un accueil prudent, avec le FMI insistant sur des amendements à la loi bancaire pour protéger les déposants modestes. Un porte-parole du FMI a déclaré que « les progrès réalisés en 2025 ouvrent la voie à un accord préliminaire en 2026, à condition que les réformes soient implémentées sans délai ».
Le secteur énergétique, paralysé par des coupures quotidiennes de plus de 20 heures, a vu des avancées avec l’importation de gaz égyptien via la Syrie, un accord signé en juillet 2025. Cela a permis une augmentation de la production électrique de 30 %, réduisant les coûts pour les entreprises et les ménages. Le ministre de l’Énergie a détaillé que ces importations, financées par un prêt de la Banque mondiale de 200 millions de dollars, contribuent à stabiliser l’économie.
Les implications immédiates pour le secteur bancaire
Au début de 2026, les banques libanaises font face à une pression accrue pour se conformer aux nouvelles régulations. Plusieurs institutions, comme la Fransabank, ont annoncé des plans de recapitalisation impliquant la vente d’actifs à l’étranger, évalués à 5 milliards de dollars. Des négociations avec des investisseurs qataris et saoudiens sont en cours pour injecter des capitaux frais, conditionnés à l’adoption de la loi sur la brèche.
Les déposants, quant à eux, attendent les premiers remboursements promis, avec des listes prioritaires pour les comptes inférieurs à 100 000 dollars. Le gouvernement a alloué 2 milliards de dollars du budget 2026 à ce fonds de restitution, supervisé par une entité mixte État-banques. Des incidents isolés, comme des manifestations devant les sièges bancaires à Beyrouth en janvier 2026, illustrent les tensions persistantes, avec des citoyens exigeant un accès immédiat à leurs fonds.
Les autorités monétaires ont renforcé les contrôles sur les transferts internationaux, limitant les sorties de capitaux à 10 000 dollars par mois par entité, pour prévenir une fuite supplémentaire. La Commission de contrôle des banques a publié un rapport intermédiaire en décembre 2025, identifiant 15 milliards de dollars en prêts irrécouvrables liés à des entreprises publiques, aggravant la brèche financière. Ces développements immédiats soulignent les défis opérationnels posés par la loi, avec des ajustements en cours pour équilibrer la protection des déposants et la survie des banques.



