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Les tensions s’exacerbent au sud du Liban avec la poussée américaine pour un cadre trilatéral excluant la France et l’Unifil

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Au cœur des tractations diplomatiques au Proche-Orient, la proposition américaine d’instaurer un cadre trilatéral pour superviser la zone frontalière sud du Liban redéfinit les équilibres sécuritaires régionaux. Cette initiative, activement défendue par Washington depuis l’été 2025, vise à consolider l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre Beyrouth et Tel-Aviv, tout en marginalisant progressivement la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Unifil) et la France, qui ont longtemps joué un rôle central dans la médiation. Ce mécanisme, impliquant directement les États-Unis, le Liban et Israël, a suscité une approbation prudente du cabinet libanais, mais il alimente des débats intenses sur la souveraineté nationale et la stabilité frontalière. Dans ce contexte, les incidents récents, tels que les frappes israéliennes du 23 janvier 2026 près de la ligne bleue – qui ont visé des positions présumées du Hezbollah et blessé deux civils selon l’armée libanaise –, soulignent l’urgence de ces négociations, alors que Washington accentue sa pression pour un cadre direct excluant explicitement Paris et l’ONU, comme l’ont rapporté des sources diplomatiques proches des discussions.

La genèse d’un virage stratégique américain

L’idée d’un mécanisme trilatéral trouve ses racines dans l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, initialement prolongé jusqu’au 18 février 2025, puis étendu par phases successives. Dévoilée en août 2025 par l’envoyé spécial américain Amos Hochstein, cette proposition esquisse un plan en plusieurs étapes pour désarmer le Hezbollah au sud du fleuve Litani et assurer un retrait complet des forces israéliennes d’ici la fin de l’année. Dans sa première phase, Beyrouth s’engage à annoncer publiquement l’accord du Hezbollah pour remettre ses armes, en contrepartie d’un retrait progressif israélien des villages occupés au sud. La deuxième phase conditionne la remise effective des armes au nord du Litani à un retrait total israélien, sous une supervision américaine exclusive.

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Des sources officielles du département d’État américain ont indiqué que ce cadre vise à « étendre et stabiliser » l’accord de cessez-le-feu, en remplaçant le mécanisme quadripartite existant – incluant les États-Unis, la France, le Liban et Israël – par une structure trilatérale plus directe. Ce tournant s’aligne sur la stratégie de l’administration Trump, renforcée après son élection en novembre 2024. En janvier 2025, la Maison Blanche a publié un communiqué affirmant que « l’arrangement entre le Liban et Israël, supervisé par les États-Unis, restera en vigueur jusqu’au 18 février 2025 », soulignant l’engagement de Washington à piloter les négociations. Le 6 janvier 2025, Amos Hochstein, à l’issue de réunions à Beyrouth, a déclaré que les retraits israéliens se poursuivraient jusqu’au départ complet des forces israéliennes du territoire libanais.

Le général américain chargé du mécanisme de mise en œuvre du cessez-le-feu a déclaré, lors d’une réunion à Naqoura le 14 février 2025 : « Nous avons réalisé des progrès significatifs ces derniers mois, et je suis confiant que l’armée libanaise contrôlera tous les centres de population dans la zone sud du Litani avant le 18 février. Cependant, les arrangements de cessez-le-feu comportent de nombreux composants, et nous continuerons à assister à leur mise en œuvre au-delà de cette date ». Ce plan a été transmis au gouvernement libanais début août 2025 et approuvé dans ses objectifs généraux par le cabinet le 7 août, sous la présidence du Premier ministre Nawaf Salam. Le ministre de l’Information, Ziad Makary, a alors déclaré : « Nous avons approuvé la fin de la présence armée sur tout le territoire libanais, y compris celle du Hezbollah, et le déploiement de l’armée libanaise dans les zones frontalières ».

Les implications pour l’Unifil et la fin programmée de son mandat

L’Unifil, déployée depuis 1978 et renforcée par la résolution 1701 du Conseil de sécurité en 2006, se retrouve au centre des controverses liées à cette proposition américaine. Son mandat a été renouvelé à l’unanimité le 28 août 2025 jusqu’au 31 décembre 2026, sur initiative française, malgré les pressions américaines et israéliennes pour une réduction progressive de ses effectifs. La résolution 2790 (2025) appelle le gouvernement libanais à « renforcer la coordination entre l’Unifil et l’armée libanaise (ALF) et à faciliter un accès prompt et complet de l’Unifil à toutes les zones pertinentes ». Pourtant, des rapports du Conseil de sécurité datés de novembre 2025 indiquent que les États-Unis et Israël poussent pour un remplacement de l’Unifil par un « mécanisme international » sous contrôle américain, potentiellement étendu jusqu’à la rivière Awali, bien au-delà du Litani.

Cette évolution suscite des inquiétudes chez les observateurs, car elle pourrait signifier la fin effective de la mission onusienne d’ici 2026. Un rapport de l’Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) israélien, publié en mai 2025, recommande de « promouvoir des amendements concrets, y compris une demande de rationalisation de la force » et de lancer une initiative diplomatique conjointe avec les États-Unis pour terminer le mandat de l’Unifil. Le 19 septembre 2025, l’Unifil a publié un communiqué appelant les Forces de défense israéliennes (FDI) à « s’abstenir de toute frappe supplémentaire et à se retirer complètement du territoire libanais », suite à des incursions répétées. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a réaffirmé lors d’une session du Conseil de sécurité en août 2025 que « l’Unifil reste essentielle pour restaurer la stabilité au sud du Liban », mais les propositions américaines suggèrent un transfert de responsabilités à l’armée libanaise, soutenue par des renseignements américains et potentiellement israéliens.

Le vote du Conseil de sécurité du 28 août 2025 marque un point d’inflexion : il prévoit la cessation des opérations de l’Unifil au 31 décembre 2026, suivie d’un retrait progressif sur un an, en consultation avec Beyrouth. Des diplomates européens, notamment français et italiens, ont exprimé des objections à une clôture trop hâtive, arguant qu’elle risquerait de déstabiliser la frontière. Le président libanais Joseph Aoun a réaffirmé son soutien à l’Unifil le 20 août 2025, avertissant qu’un calendrier fixe pourrait compromettre la sécurité nationale et exacerber les tensions au sud.

L’éviction de la France, un allié historique écarté

La France, contributeur majeur à l’Unifil avec plus de 700 soldats et présidente du mécanisme quadripartite depuis 2024, voit son rôle marginalisé par cette initiative américaine. Le 3 septembre 2025, suite à une attaque des FDI sur des troupes de l’Unifil près de Naqoura – où des drones ont largué quatre grenades près de casques bleus en mission de déblaiement –, le ministère français des Affaires étrangères a condamné l’incident, notant qu’il survenait « peu après le vote unanime du Conseil de sécurité le 28 août pour renouveler le mandat de l’Unifil à l’initiative de la France ». Paris a salué cette extension jusqu’à fin 2026, insistant sur la nécessité d’un « retrait des forces israéliennes du territoire libanais et la fin de leurs opérations aériennes sur ce territoire ».

Des sources diplomatiques révèlent que Washington cherche à établir un « cadre de négociation politique direct » entre le Liban et Israël, excluant explicitement la France et les Nations unies. Cette éviction s’explique par des divergences stratégiques : Paris défend un renforcement de l’Unifil et une approche multilatérale, tandis que les États-Unis privilégient un contrôle trilatéral aligné sur les intérêts israéliens. En mars 2025, un communiqué conjoint des ambassades américaine et française au Liban, ainsi que de l’Unifil, soulignait que « le mécanisme continuera à se réunir régulièrement pour assurer la pleine mise en œuvre du cessez-le-feu », mais les développements récents indiquent un basculement vers une présidence américaine exclusive.

Un rapport de l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient daté de décembre 2025 proposait un « mécanisme américano-français 2.0 », mais les négociations ont évolué vers une exclusion progressive de Paris, facilitant des discussions militaires directes entre Israël et le Liban – treize réunions ont eu lieu sous égide américaine en 2025. Le 20 août 2025, la France a circulé un projet de résolution au Conseil de sécurité pour un renouvellement de 12 mois du mandat de l’Unifil, mais les États-Unis et Israël ont poussé pour un plan de sortie sur 18 mois.

Les appréhensions grandissantes dans la classe politique libanaise

Cette proposition rebât les cartes en affaiblissant les acteurs multilatéraux traditionnels et en renforçant l’influence américaine, ce qui provoque des appréhensions au sein d’une partie de la classe politique libanaise. Le cabinet de Nawaf Salam, formé le 8 février 2025 avec 24 ministres équilibrés entre confessions chrétienne et musulmane, a approuvé les objectifs du plan le 7 août 2025, mais avec des réserves. Des responsables libanais ont indiqué à des médias locaux que la réponse adopterait une approche « étape par étape », rejetant un désarmement unilatéral du Hezbollah au profit d’un retrait israélien simultané.

Le ministre des Affaires étrangères a déclaré en septembre 2025 : « Nous ne pouvons accepter un plan qui compromet notre souveraineté ; tout désarmement doit être lié à un retrait complet des forces occupantes ». Les craintes se concentrent sur la perte de souveraineté et l’exclusion de l’Unifil, perçue comme un bouclier contre les incursions israéliennes. Des figures sunnites et chrétiennes, dans les coalitions opposées au Hezbollah, redoutent un vide sécuritaire qui pourrait favoriser l’escalade. En juin 2025, des officiels ont rapporté que le plan américain incluait des perquisitions étendues, y compris dans la vallée de la Bekaa, sous supervision d’une force internationale remplaçant l’Unifil.

Le Hezbollah, par la voix de son secrétaire général adjoint Naim Qassem, a affirmé en août 2025 que « toute tentative de désarmement forcé sera considérée comme une agression contre la résistance nationale ». Des sources proches du gouvernement notent que l’armée libanaise a exprimé des réserves sur sa capacité à gérer un désarmement à grande échelle sans soutien international équilibré. Avec les élections législatives prévues en 2026, des craintes émergent quant à une polarisation accrue, certains craignant que l’éviction de la France – vue comme un médiateur neutre – ne favorise un alignement trop prononcé sur les intérêts israéliens.

Les dynamiques régionales sous tension

Les tensions ont culminé en janvier 2026, avec Washington et Israël cherchant à imposer un panel trilatéral au niveau ministériel pour superviser le sud. Des rapports du 22 janvier 2026 indiquent que cette pression vise à remplacer le comité libanais existant par une structure directe, excluant la France et l’ONU, et exigeant des mesures plus fermes contre le Hezbollah. Le 23 janvier 2026, des commentaires de l’envoyé américain Amos Hochstein sur la fin du rôle des Forces démocratiques syriennes en Syrie évoquent un modèle similaire pour le Liban : une intégration forcée sous contrôle étatique aligné sur les intérêts américains.

Au sud, des tours de surveillance britanniques le long de la frontière syro-libanaise opèrent déjà comme postes avancés, et le plan américain propose de céder des portions de territoire frontalier libanais à un contrôle américain, évacuant plusieurs villages de Naqoura à Marjayoun. Ces développements s’accompagnent de propositions économiques, comme la création d’une zone économique spéciale au sud du Liban, visant à inciter au désarmement du Hezbollah via des investissements du Golfe. Le cabinet libanais, lors d’une session le 5 septembre 2025, a accueilli un plan de l’armée pour désarmer le Hezbollah de manière graduelle, tenant compte des contraintes capacitaires.

Le ministre de la Défense a souligné que ce processus requerrait un renforcement de l’armée, avec une assistance américaine de plus de 117 millions de dollars annoncée en janvier 2025. Des réunions à Paris en décembre 2025, impliquant des officiels saoudiens, français et américains, ont fixé trois priorités pour l’armée libanaise : renforcement logistique, formation et coordination internationale, sans exclure les pressions pour un cadre trilatéral.

Les répercussions immédiates des escalades frontalières de janvier 2026

Les attaques israéliennes du 23 janvier 2026, incluant des frappes de drones et de tanks près de la ligne bleue, ont visé des positions dans l’est et le sud du Liban, endommageant des infrastructures et blessant des civils selon l’armée libanaise. Ces incidents, documentés par l’Unifil comme plus de 10 000 violations du cessez-le-feu depuis novembre 2024 – dont 7 500 survols aériens israéliens –, ont provoqué une « grave préoccupation » du secrétaire général de l’ONU. Des rapports onusiens précisent que les FDI ont ciblé une patrouille conjointe avec l’armée libanaise, invoquant une menace du Hezbollah.

Cette action a suscité des protestations diplomatiques, la France réitérant son appel à un retrait israélien total. Au Liban, des parlementaires ont dénoncé ces frappes comme une tentative d’affaiblir la présence internationale, renforçant les appels à maintenir l’Unifil. Des sources au ministère des Affaires étrangères indiquent que des discussions trilatérales ont repris le 10 janvier 2026, axées sur la sécurisation de la ligne bleue, mais avec des tensions persistantes sur l’exclusion des médiateurs multilatéraux. L’armée libanaise a déployé des unités supplémentaires au sud du Litani suite à ces incidents, coordonnant avec des observateurs américains pour vérifier les retraits israéliens partiels dans le secteur ouest, tandis que des sources militaires rapportent plus de 500 frappes israéliennes depuis le cessez-le-feu, tuant 230 operatives du Hezbollah et détruisant des dizaines de sites.

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