Le Département d’État américain a levé un gel de près de 90 jours sur une aide militaire de 95 millions de dollars destinée à l’armée libanaise, selon deux responsables américains rapportés par Axios ce 4 mars 2025. Cette décision, prise sous l’administration Trump, intervient dans un contexte de cessez-le-feu fragile avec Israël et vise à renforcer les forces armées libanaises ainsi que le nouveau gouvernement en place depuis janvier. Alors que le sud du Liban se remet des combats de 2024, cette aide s’inscrit dans une stratégie plus large pour consolider l’État face à un Hezbollah en perte d’influence.
Une dérogation pour soutenir l’armée
« Le Département a approuvé une exception pour débloquer ces 95 millions récemment reprogrammés pour le Liban. Nous collaborons avec le Département de la Défense pour mettre en œuvre ces fonds », a indiqué un porte-parole du Département d’État. L’aide, initialement bloquée dans une révision générale de l’assistance étrangère par l’administration Trump, a été dégelée pour professionnaliser l’armée libanaise, considérée comme un pilier clé pour stabiliser le pays et maintenir la trêve signée le 27 novembre 2024 avec Israël.
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Le conflit de 2024, qui a opposé Israël au Hezbollah pendant un an avec une phase intense de deux mois, a laissé le groupe chiite affaibli, avec la perte de son chef Hassan Nasrallah et d’une partie de son arsenal. Dans ce vide, l’armée libanaise a gagné du terrain, notamment dans des zones du sud autrefois sous contrôle exclusif du Hezbollah.
Un test de force à l’aéroport
Un événement récent illustre cette dynamique. En février 2025, les forces de sécurité de l’aéroport international de Beyrouth ont interdit l’atterrissage de plusieurs vols commerciaux en provenance d’Iran, soupçonnés de transporter des millions de dollars en liquide pour le Hezbollah. En réponse, des partisans du groupe ont bloqué les routes menant à l’aéroport, mais l’armée libanaise est intervenue, dispersant les manifestants avec des gaz lacrymogènes pour rouvrir l’accès. « C’était un test majeur pour l’armée », a commenté un responsable américain, soulignant son rôle croissant face aux pressions du Hezbollah.
Cette confrontation marque un tournant, alors que le programme du nouveau gouvernement, dirigé par le président Joseph Aoun depuis janvier 2025, proclame pour la première fois en des années que seules les forces étatiques doivent défendre le pays. Cette rupture avec les gouvernements précédents, qui incluaient « la résistance » – un euphémisme pour le Hezbollah – dans cette responsabilité, reflète un changement d’approche soutenu par les États-Unis.
Joseph Aoun : un allié stratégique
Ancien commandant de l’armée libanaise, Joseph Aoun est perçu comme un partenaire clé par Washington. « Sa présidence offre une opportunité historique de transformer la réalité libanaise », a déclaré un responsable américain. L’aide de 95 millions vise à renforcer cette armée qu’il a dirigée, dans le but de réduire l’influence du Hezbollah et d’assurer la stabilité du cessez-le-feu. Depuis novembre 2024, lesForces armées libanaises se sont déployées dans le sud, occupant des zones autrefois tenues par le Hezbollah, détruisant des infrastructures militaires et saisissant des caches de munitions abandonnées par le groupe.
Le retrait quasi total des Forces de défense israéliennes (FDI) du sud du Liban, hormis cinq positions stratégiques à quelques centaines de mètres de la frontière, a facilité ce déploiement. Bien que le gouvernement libanais s’oppose officiellement à cette présence résiduelle, des responsables américains et israéliens évoquent un accord tacite entre les trois pays : les FDI resteront temporairement, le temps que l’armée libanaise sécurise la région et neutralise toute menace résiduelle du Hezbollah.
Un mécanisme de trêve qui tient
Le mécanisme de suivi du cessez-le-feu, piloté par les États-Unis, fonctionne efficacement, selon des responsables américains et israéliens. « Il y a un an, personne n’aurait cru cela possible. C’est un progrès majeur », a noté un officiel américain. Pour la première fois en des décennies, l’armée libanaise a pénétré des bastions du Hezbollah dans le sud, marquant une avancée dans le contrôle territorial de l’État. Cependant, la présence israélienne dans cinq points frontaliers reste un point de friction, même si elle est tolérée dans l’immédiat pour éviter une reprise des hostilités.
Une stratégie à long terme
Cette aide de 95 millions s’inscrit dans un plan plus large de l’administration Trump pour affaiblir durablement le Hezbollah, dont l’influence semble décliner depuis des semaines. Le renforcement de l’armée libanaise, couplé au soutien au président Aoun, vise à consolider un gouvernement moins dépendant des milices et plus aligné sur les intérêts régionaux des États-Unis et de leurs alliés. Alors que le Liban peine à se relever d’une guerre dévastatrice et d’une crise économique, ce financement pourrait poser les bases d’une nouvelle dynamique, à condition que la stabilité perdure et que les tensions avec Israël ne s’enveniment pas à nouveau.



