Le ministre de l’Intérieur, Ahmad al-Hajjar, a annoncé ce mardi 4 mars 2025 que les prochaines élections municipales au Liban se dérouleront en quatre phases, à partir du 4 mai. Cette décision marque une étape clé dans un pays encore marqué par les stigmates de la guerre de 2024 contre Israël et une crise économique persistante. Alors que le Liban cherche à renouer avec ses processus démocratiques, ce scrutin s’annonce comme un défi logistique et politique, notamment dans les zones frontalières dévastées du sud.
Un calendrier en quatre étapes
« Les préparatifs avancent à tous les niveaux et, si Dieu le veut, ils seront finalisés prochainement », a déclaré Hajjar lors d’une intervention au Parlement. Le choix d’organiser les élections en quatre phases vise à gérer la complexité d’un pays aux réalités régionales contrastées. Si le ministre n’a pas détaillé les dates exactes des phases suivantes ni les circonscriptions concernées, cette approche progressive permettra d’adapter les opérations aux capacités administratives et aux conditions sécuritaires locales.
Ces élections, initialement prévues pour 2022, ont été reportées à plusieurs reprises – en 2023 puis 2024 – en raison de contraintes financières et de l’escalade militaire entre le Hezbollah et Israël, qui a culminé avec un cessez-le-feu fragile en novembre 2024. Leur tenue en 2025 est perçue comme un test de la capacité du gouvernement à restaurer une gouvernance locale dans un contexte de crise multidimensionnelle.
Le sud en question : une étude en cours
Hajjar a révélé être en contact avec les gouverneurs des provinces du Sud et de Nabatiyé pour évaluer les modalités du scrutin dans les villages frontaliers, lourdement touchés par les combats. « Nous préparons une étude qui proposera une solution adaptée », a-t-il précisé, répondant ainsi aux inquiétudes sur la faisabilité des élections dans ces zones. Plus de 90 000 habitants ont été déplacés du sud depuis octobre 2023, et des dizaines de localités ont subi des destructions massives, rendant incertaine l’organisation logistique du vote.
Dans une interview récente au journal Asharq al-Awsat, le ministre avait souligné que « le gouvernement est déterminé à mener cet événement selon les plus hauts standards de transparence, d’intégrité et de démocratie ». Cette déclaration intervient alors que le sud reste sous tension, avec des violations sporadiques du cessez-le-feu signalées, compliquant davantage la préparation des bureaux de vote et la mobilisation des électeurs.
Un enjeu de transparence et de légitimité
La détermination affichée par Hajjar reflète une volonté de redonner une légitimité aux institutions locales, dont les mandats ont été prolongés à trois reprises par le Parlement depuis 2016. Environ 10 % des municipalités ont cessé de fonctionner faute de quorum, laissant des administrateurs non élus gérer les affaires courantes. Ce scrutin pourrait ainsi revitaliser une gouvernance de proximité, essentielle dans un pays où l’État central peine à répondre aux besoins de base – eau, électricité, collecte des déchets – aggravés par la crise économique et les récents conflits.
Le ministère de l’Intérieur devra recruter et former près de 5 000 agents électoraux, identifier des centres de vote viables et mobiliser les forces de sécurité, une tâche colossale compte tenu des ressources limitées. Le budget de 10 millions de dollars alloué pour 2024 devra être ajusté pour couvrir ces besoins, dans un contexte où l’inflation a atteint des sommets et où plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon l’ONU.
Un scrutin sous haute surveillance
La promesse de transparence et d’intégrité évoquée par Hajjar sera scrutée de près, tant par les citoyens que par les partenaires internationaux. Les élections municipales, bien que locales, sont un baromètre politique au Liban, où les coalitions informelles entre partis confessionnels et leaders locaux dominent traditionnellement le jeu électoral. Le Hezbollah et ses alliés, affaiblis dans les législatives de 2022, pourraient chercher à consolider leur influence dans le sud, tandis que des forces comme les Forces libanaises, proches de l’Arabie saoudite, viseront à renforcer leur emprise ailleurs.
La réussite de ce scrutin dépendra aussi de la stabilisation du sud. La présence persistante de tensions avec Israël, malgré le cessez-le-feu, pourrait pousser le gouvernement à reporter les élections dans certaines zones, une option que Hajjar semble anticiper avec son étude en cours. Pour l’heure, le ministre mise sur une mobilisation nationale pour faire de ce rendez-vous électoral un pas vers la résilience d’un Liban à bout de souffle.