L’expérience libanaise avec la démocratie s’est avérée être un véritable échec, et c’est le moins que l’on puisse dire. Les libanais se sont dans leur vaste majorité écartés du champ de bataille féroce que se sont menés les photo-identité billboards des candidats et face à l’implacabilité des partis politiques à conserver leurs fonctions, quitte à manipuler les résultats des élections, et cela en toute impunité.

Cependant, une chose est certaine à l’heure où on parle : le parti de l’abstention est déclaré le grand vainqueur de ces élections en obtenant près de 1.8 millions de voix.

Le “dégagisme” tant préconisé depuis le début de la crise des déchets, ne s’est donc pas traduit dans les urnes mais par un rejet de l’ensemble du processus de participation à la “tragi-comédie” orchestrée par les acteurs du gouvernement d’union nationale. Entre temps, les partisans aveuglés des fourbes leaders ont jubilé par la voie de la violence, des incitations à la haine et des escalades communautaires. Il célèbrent leur coup d’Etat démocratique, le qualifiant fièrement de triomphe légitime.

C’est ainsi que s’est entamée l’élection législative la plus (in)attendue depuis des décennies au pays des cèdres. Cela dit, elle a été marquée par un phénomène majeur; l’émergence historique d’un mouvement progressiste, fondé sur des principes clairs et une ligne directrice ferme bien loin des traditions compromettantes et des pratiques politiciennes faisant la particularité des rois de la guerre civile. Ces femmes et ces hommes honnêtes se sont bravement présentés comme représentants du peuple opprimé sur l’ensemble du territoire, refusant de faire le jeu du système sectaire, portant un message politique fort :

1- Rétablir la laïcité de l’État, prévue par la constitution mais violée par l’accord Taëf et entretenue par nos champions saoudiens et iraniens, ayant bénéficié d’une laxité populaire généralisée et donnant ainsi le coup de grâce à toute éventuelle réconciliation… sous leur tutelle.

2- Créer un véritable État de droit, par le respect inconditionné de la constitution et de son application rigoureuse à toutes et tous les citoyen.ne.s, et tant sur les gouvernants que les gouvernés. L’exemplarité et la vertu de nombreux acteurs de la société civile marquera à jamais le moteur de la révolution citoyenne. De ce fait, les groupes “Kollouna watani”, “Libaladi”, “Madaniya” ou “Kelna Beirut” ont accordé une grande importance à la moralisation de la vie publique en insistant sur le véritable rôle du législateur dans sa fonction parlementaire et de représentant de la nation libanaise.

Dans le pays où plus rien ne choque personne, l’élu au sein d’ institutions publiques dispose d’innombrables privilèges faisant naturellement l’objet initial de sa candidatureCes “services” sont convoités par bon nombre de libanais, tentés de mettre leurs pattes sur le trésor d’Ali Baba (qui n’est rien d’autre que l’argent confisqué au contribuable) et finançant indirectement d’une infime part leurs généreux robinets par le moyens de “services” — accordés aux plus fidèles de la “Za3ama” — tout en privilégiant naturellement leurs communautés respectives et récoltant tous les crédits de leurs actes de bravoure.

Tout ce détournement de fonds, hélas, fait passer sous silence la procrastination extrêmement scandaleuse des élus de 2009 et une fonction parlementaire ad litteram quasi-inexistante. Le gros lot de ces caisses va sans dire au financement de leurs spéculations boursières et leurs projets immobiliers malveillants. Ce n’est pas pour rien que nous sommes sur le podium des 3 pays les plus endettés du monde. Cette pratique, très courante au Liban, est la conséquence de deux abominations: l’insécurité et la cupidité. On parle couramment de “connaitre quelqu’un” dans la fonction publique; car malheureux est celui qui ne connait personne et qui tombe dans le piège sciemment tendu par son homologue libanais qui “connait quelqu’un”à l’intérieur de la machine mafieuse et sectaire que constitue notre semblant d’État. Cette arme fortement déployée par les citoyens, est à double tranchant: d’une part, elle constitue une garantie face aux injustices et aux aléas de la gouvernance et d’autre part, elle entretient une complicité inavouée des citoyens aux mêmes brutes sectaires handicapant notre société.

3- Centrer le débat public sur le progrès humain, l’écologie et la citoyenneté. Pour une large majorité de libanais, la politique au sens large est strictement synonyme de politique étrangère, d’alliances locales et/ou régionales, et consacrée à la résolution de conflits d’ordre idéologique majeur ainsi que de l’avenir de toutes les communautés avoisinantes et des populations. Ce délire à deux (le gouvernement et le peuple convaincu) a réussi à détourner malicieusement l’attention des citoyens à l’égard de leur politique intérieure.

Ainsi, au fil des générations, cette culture politique a forgé la conscience de milliers de libanais par des méthodes s’accordant sur la banalisation des sujets qui comptent : les libertés individuelles, la justice sociale, l’éducation, la santé (pour n’en citer que ceux-ci) longtemps oubliés dans les casiers pourris de l’assemblée aux dépens de débats existentiels inutiles et des aspirations caricaturales et contraignantes; montant les individus les uns contre les autresLes Libanais ont ainsi vécu dans l’angoisse et la menace “d’extinction” avec des allusions à intervalles réguliers d’une possible guerre généralisée en cas de rupture du statu quo.

Faisant contraste avec toute cette comédie sans fin, les groupuscules de la société civile se sont rapidement démarqués de l’oligarchie confessionnelle en proposant de nombreux projets de lois et de réformes conséquentes sur la vie de toutes et de tous les libanais.es. C’est par une transparence exceptionnelle et une exigence remarquable qu’ils donnent l’espoir d’un souffle nouveau dans le pays des chefs de clans religieux.

Le ridicule des principaux protagonistes politiques, proposant des discours vides, des alliances improbables et des slogans cheap (dignes de produits cosmétiques) aura atteint un niveau sans précédent. Leurs dépenses, à hauteur de millions aura servi à monopoliser les rues, les médias et tous les plateaux de télévision dévoilant ainsi leur véritable programme: celui d’accaparer le pouvoir et de maintenir indéfiniment en main les fonctions publiques. Et cela, coûte que coûte.

Ils essaieront de nous combattre par tous les moyens : la violence, les casiers judiciaires, les accusations de “trahison” à leur cause ultime. Cette cause qui n’en finit plus de détruire l’État et les services publics (pour le peu qu’il y en a). Ces élections, 9 ans plus tard, n’ont pas réussi à cristalliser la colère face à la crise des déchets de 2015, ni le momentum des municipales à Beyrouth en 2016, mais elles restent néanmoins dans l’évolution logique — marquée par des hauts et des bas — d’un réveil citoyen latent mais certain.

La phase qui suivra les élections sera déterminante, elle permettra au mouvement citoyen de progresser dans tous les espaces qui lui seront offerts: universités, lieux culturels, lieux de loisirs, et cela partant du plus jeune au plus vieux, en s’infiltrant sous chaque toit et dans chaque quartier dans une vague dynamique. Nous mènerons au passage toutes les élections qui se présenteront et nous œuvrerons à gagner la confiance populaire jusqu’au dernier des endoctrinés. Nous gardons espoir en l’intelligence humaine et en sa capacité à distinguer le bien général des intérêts particuliers.

Le changement est à l’horizon et leurs jours sont comptés. Je vous le promets.

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