Beyrouth, ce 2 mars 2026 – Dans une déclaration tranchante diffusée ce matin, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a lancé un appel pressant au gouvernement libanais pour qu’il proclame le Hezbollah comme une organisation illégale, avec toutes les conséquences juridiques afférentes. Cette prise de position, formulée dans un communiqué officiel, intervient au moment où le Liban est secoué par une reprise des hostilités au sud, avec des échanges de tirs entre Israël et le Hezbollah qui ont rompu une trêve précaire d’un an. Geagea, figure emblématique de l’opposition chrétienne, invoque vingt années d’efforts infructueux pour éviter cette « moment critique », accusant le Hezbollah d’être indissociable de la République islamique d’Iran et de précipiter le pays vers un « tournant fatal ». Cette sortie, qui fait écho aux tensions exacerbées par l’escalade régionale impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël, met en lumière les fractures profondes au sein de la classe politique libanaise, alors que les frappes américano-israéliennes sur Téhéran et les ripostes iraniennes sur les États du Golfe ont paralysé le trafic aérien et accru les risques d’embrasement généralisé.
La charge virulente de Samir Geagea contre le Hezbollah
Dans son message, Samir Geagea n’a pas mâché ses mots. « Pour l’histoire seulement : nous n’avons rien laissé de côté, sur vingt ans, dans nos tentatives pour épargner au Liban ce moment décisif. Mais, hélas, à qui lis-tu tes psaumes, ô David ? », a-t-il déclaré, empruntant une métaphore biblique pour souligner l’inutilité perçue de ses avertissements passés. Cette référence, tirée des Écritures, illustre le sentiment de frustration accumulée chez le leader des Forces libanaises, qui voit dans l’évolution actuelle une confirmation de ses craintes de longue date. Geagea pointe du doigt la « nature » même du Hezbollah, qu’il décrit comme un prolongement organique de l’Iran, incapable de s’affranchir de ses directives extérieures.
Le dirigeant politique, basé à Maarab, a insisté sur le fait que la situation actuelle n’est ni surprenante ni inattendue. « Ce à quoi nous sommes arrivés aujourd’hui n’est ni étonnant ni étrange, partant de la nature du Hezbollah et de son statut de partie intégrante de la République islamique en Iran », a-t-il ajouté. Cette affirmation renforce l’idée d’une subordination totale du parti chiite aux intérêts iraniens, un thème récurrent dans le discours des Forces libanaises depuis les années 2000. Geagea conclut en affirmant que la seule mesure salvatrice pour le Liban serait une déclaration officielle du gouvernement qualifiant le Hezbollah d’organisation hors la loi, entraînant des mesures légales comme la dissolution de ses structures militaires et la saisie de ses armes.
Un avertissement historique ancré dans deux décennies de tensions
Les propos de Geagea s’inscrivent dans une trajectoire politique marquée par une opposition farouche au Hezbollah. Depuis l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri en 2005, les Forces libanaises ont systématiquement dénoncé l’influence du parti chiite sur les affaires d’État, l’accusant de monopoliser la décision de guerre et de paix. En 2006, lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah, Geagea avait déjà critiqué l’engagement unilatéral du parti, qui avait entraîné des destructions massives au sud du Liban. Plus récemment, en 2024, au pic des hostilités liées au conflit de Gaza, les Forces libanaises avaient plaidé pour une application stricte de la résolution 1701 de l’ONU, exigeant le désarmement des milices non étatiques au sud du Litani.
Cette déclaration du 2 mars 2026 survient précisément au lendemain d’une reprise des affrontements. Le 1er mars, des salves de roquettes lancées depuis le sud du Liban vers le nord d’Israël ont été suivies de frappes aériennes israéliennes sur des positions du Hezbollah à Beyrouth et dans la Békaa. Selon des rapports officiels du ministère libanais de la Défense, ces échanges ont fait au moins 31 victimes civiles dans le quartier de Ghobeiry, à Beyrouth-sud, où un bâtiment résidentiel a été touché. Le porte-parole de l’armée israélienne a justifié ces opérations comme des « frappes ciblées contre des terroristes seniors », tandis que le Hezbollah a revendiqué six projectiles en riposte, visant une base militaire au sud de Haïfa.
Les liens du Hezbollah avec l’Iran au cœur des critiques
Au centre de l’argumentaire de Geagea figure l’allégeance présumée du Hezbollah à Téhéran. Fondé en 1982 avec le soutien direct de la Garde révolutionnaire islamique, le parti chiite a évolué en une force paramilitaire puissante, équipée de missiles balistiques et de drones fournis par l’Iran. En 2025, des rapports de l’ONU ont documenté une augmentation de 700 % des transferts d’armes iraniens vers le Liban, via la Syrie, malgré les sanctions internationales. Cette dépendance a été exacerbée par l’escalade récente : suite à la mort de l’ayatollah Ali Khamenei lors des frappes américano-israéliennes du 28 février, le Hezbollah a intensifié ses opérations, alignées sur les ripostes iraniennes contre des bases américaines au Golfe.
Geagea, en qualifiant le Hezbollah de « partie intégrante » de l’Iran, évoque les implications pour la souveraineté libanaise. Le parti chiite contrôle de facto les frontières sud, où il maintient un arsenal estimé à plus de 150 000 roquettes, selon des évaluations de l’armée israélienne. En janvier 2026, des incidents frontaliers ont vu des drones du Hezbollah survoler le Golan, provoquant des alertes aériennes en Israël. Le gouvernement libanais, sous la direction intérimaire de Najib Mikati, a réitéré son attachement à la résolution 1701, mais sans mesures concrètes pour désarmer les milices, laissant le Hezbollah opérer en toute impunité.
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