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Liban : sous le voile de la souveraineté, les banques libanaises masquent une défense acharnée d’intérêts privés face à l’ultimatum du FMI

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Le 19 novembre 2025, lors d’une session technique à Beyrouth entre des représentants du Fonds monétaire international (FMI) et le ministre des Finances, Wassim Mansouri, les échanges ont révélé une impasse persistante sur la loi visant à combler un écart financier estimé à 80 milliards de dollars, héritage de la crise bancaire libanaise. Cette réunion, qui prolonge une visite du FMI en septembre 2025, a mis en lumière le refus obstiné des banques de s’engager dans des réformes structurelles, sous le prétexte de sauvegarder la souveraineté nationale. Une posture que l’Association des banques du Liban (ABL) défend avec vigueur, mais qui, selon des observateurs, dissimule avant tout la protection d’intérêts privés, souvent liés à des cercles politiques influents, au risque de sacrifier la restauration de la confiance économique et la sauvegarde des dépôts des citoyens ordinaires. Le gouvernement de Nawaf Salam, en fonction depuis février 2025, peine à surmonter ces obstacles, tandis que les données monétaires de la Banque du Liban (BDL), publiées le 11 décembre 2025, indiquent une chute supplémentaire des dépôts résidents de 12 456 milliards de livres libanaises pour la semaine close le 4 décembre, soulignant l’urgence d’une action décisive.

Cette invocation récurrente de la souveraineté par le secteur bancaire s’est intensifiée ces dernières semaines. Le 20 novembre 2025, dans un communiqué officiel de l’ABL, son secrétaire général, Fadi Khalaf, a déclaré que toute restructuration dictée par des instances étrangères constituerait une atteinte flagrante à l’indépendance économique du pays. Une affirmation qui survient alors que le FMI presse Beyrouth d’adopter une législation conforme aux normes internationales pour libérer un programme d’assistance, potentiellement assorti d’un prêt de 3 milliards de dollars. Frederico Lima, représentant du FMI au Liban, a affirmé lors d’une conférence en ligne le 25 novembre 2025 que les avancées libanaises en matière de stabilisation monétaire, avec une inflation ramenée à 45 % en octobre 2025, demeurent insuffisantes sans une répartition équitable des pertes bancaires. Derrière ce discours souverainiste, des analystes relèvent que les actionnaires, parmi lesquels figurent des parlementaires et des personnalités éminentes, visent à esquiver une liquidation d’actifs qui mettrait au jour des pratiques accumulées depuis l’éclatement de la crise en 2019.

Les racines profondes de la crise bancaire libanaise

La tourmente qui secoue le Liban depuis octobre 2019 trouve son origine dans un modèle économique reposant sur des dépôts rémunérés à des taux élevés, destinés à financer une dette publique incontrôlable. Avant la débâcle, les banques géraient plus de 170 milliards de dollars de dépôts, en grande partie issus de la diaspora. Selon les chiffres actualisés de la BDL au 30 novembre 2025, ces dépôts se sont réduits à environ 85 milliards de dollars, avec une contraction additionnelle de 8 % sur le dernier trimestre, imputable aux restrictions en vigueur. Les déposants, limités à des retraits mensuels de 300 à 400 dollars, endurent une dégradation continue de leur pouvoir d’achat, la livre libanaise s’échangeant à plus de 150 000 contre un dollar sur le marché parallèle au 14 décembre 2025.

Le ministre de l’Économie, Amer Bisat, a précisé lors d’une audition au Parlement le 5 décembre 2025 que la refonte du système bancaire exigeait une évaluation indépendante des actifs, mais les banques s’opposent farouchement à une transparence accrue, arguant que cela porterait atteinte à la souveraineté monétaire. Cette résistance tranche avec les exigences du FMI, qui, dans son rapport issu d’une mission à Beyrouth le 26 septembre 2025, a loué des progrès tels que la levée partielle du secret bancaire en avril 2025, tout en déplorant l’absence d’avancées sur la restructuration. La loi sur la résolution bancaire, votée en juillet 2025, autorise en théorie la liquidation d’institutions insolvables, mais son article 8 confère une discrétion excessive à la Haute commission bancaire (HCB), susceptible de favoriser des accords internes.

Les pressions du FMI face à une résistance ancrée

Les pourparlers avec le FMI, relancés lors des assemblées de printemps à Washington en avril 2025, portent sur huit priorités essentielles, dont la régularisation des pertes financières. Le 19 novembre 2025, des sources indiquent que le Liban se montre disposé à écouter le FMI sur une loi destinée à combler le gap de 80 milliards de dollars, impliquant des effacements, des récupérations et des remboursements. Ce texte, débattu au Parlement depuis octobre 2025, envisage de convertir les dettes de l’État envers la BDL en obligations perpétuelles, tout en fixant des plafonds aux remboursements des déposants. L’ABL a toutefois critiqué ce projet le 28 novembre 2025, affirmant qu’il sape la souveraineté en imposant des standards étrangers.

Frederico Lima a réaffirmé le 1er décembre 2025 que sans alignement sur les normes internationales, le secteur bancaire libanais risque une exclusion durable du système financier mondial. Les agrégats monétaires de la BDL pour novembre 2025 révèlent une diminution de 18 234 milliards de livres libanaises des dépôts en devises, témoignant d’une fuite persistante des capitaux malgré les contrôles imposés. Le gouvernement Salam, avec des figures comme Youssef Rajji aux Affaires étrangères et Michel Mnassah à la Défense, s’efforce d’équilibrer ces tensions, mais les connexions entre actionnaires bancaires et élites politiques, souvent marquées par des affiliations confessionnelles, entravent les progrès. Des participations dans des établissements comme la Banque Audi ou la BLOM sont détenues par des familles puissantes, alliées à des partis traditionnels.

La souveraineté comme rempart des privilèges établis

L’argument de la souveraineté, brandi par les banques, puise dans la loi de 1956 sur le secret bancaire, qui a érigé le Liban en plaque tournante financière régionale, quoique opaque. Le 21 novembre 2025, la BDL a renforcé les règles sur les transferts de fonds sous pression américaine, prohibant les opérations avec des entités liées au Hezbollah, telles qu’Al-Qard Al-Hassan. Cette initiative, applaudie par Washington lors d’une entrevue avec le président Joseph Aoun le 12 novembre 2025, cible le blanchiment d’argent, mais les banques s’en servent pour justifier leur opposition à des audits exhaustifs, invoquant une ingérence extérieure.

Derrière ce front, les critiques dénoncent un conflit d’intérêts patent. Le 13 décembre 2025, des économistes indépendants ont fustigé le projet de loi sur la régularisation financière, estimant qu’il réécrit la crise en faillite organisée pour éluder les responsabilités. Ce document de 12 pages propose un plafond de 100 000 dollars pour les remboursements nets, convertissant le solde en certificats à long terme (10-20 ans) à 2 % d’intérêt. Des voix soulignent que cela épargne l’État et la BDL, qui devraient endosser les pertes, plutôt que de liquider des actifs comme les réserves d’or, évaluées à 18 milliards de dollars au 10 décembre 2025.

Les enjeux politiques et les influences extérieures

Le cabinet Salam, constitué le 8 février 2025 avec 24 ministres, dont cinq femmes, incarne un équilibre précaire post-conflit de 2024. Soutenu par 84 députés sur 128, il intègre Tarek Mitri comme vice-Premier ministre et Hanine Sayyed aux Affaires sociales. Les réformes bancaires s’inscrivent dans un cadre de reconstruction, la Banque mondiale chiffrant les dommages à 11 milliards de dollars au 31 décembre 2024. Pourtant, le lobby bancaire, via l’ABL, s’est mobilisé contre des amendements à la loi de restructuration en octobre 2025, plaidant une violation de la souveraineté.

Les pressions régionales exacerbent cette crispation. Le 15 novembre 2025, des propos du président du Parlement, Nabih Berri, sur le droit du Hezbollah à se reconstituer ont brouillé la distinction entre État et milice, compliquant les tractations avec le FMI. Les États-Unis, par l’entremise de leur ambassadeur, ont insisté le 6 décembre 2025 sur la souveraineté financière comme fondement de l’indépendance nationale, lors d’un échange avec Salam. Ces dynamiques, entrelacées aux clivages confessionnels – sunnites au nord, chiites au sud – rendent les réformes vulnérables à des alliances mouvantes au Parlement.

Les répercussions économiques d’une posture intransigeante

La ténacité de cette ligne souverainiste produit des effets tangibles sur l’économie. L’indice d’inclusion financière du Liban, classé 106e mondial en octobre 2025, illustre une exclusion croissante, avec un score de 0,42. Les chèques compensés pour les onze premiers mois de 2025 s’élèvent à 950 millions de dollars, en recul de 43 % par rapport à 2024. Les entreprises, privées de crédit, se tournent vers des circuits informels, aggravant l’inflation projetée à 50 % d’ici fin 2025.

Le 1er décembre 2025, des analystes ont averti que les marchés surestimaient les perspectives de réforme libanaises, soulignant que le FMI requiert une restructuration alignée sur les standards internationaux. La dette publique, avoisinant 100 milliards de dollars, reste irrécouvrable sans allocation des pertes, les banques dominant le paysage. Le groupe de créanciers, comprenant BlackRock, s’est réuni le 10 décembre 2025 pour préparer des négociations, détenant 16,5 milliards de dollars d’eurobonds libanais.

Les épreuves des déposants et du tissu économique

Les déposants lambda subissent de plein fouet cette inertie. Le 18 novembre 2025, la procureure Ghada Aoun a publiquement vilipendé le projet de loi, arguant qu’il transfère les pertes aux déposants tout en protégeant les banques. Des retraités, âgés de 65 à 70 ans, sont contraints de reprendre un emploi pour subsister, leurs économies immobilisées depuis six ans. Les restrictions ont accéléré le recours à la monnaie mobile, mais la confiance demeure ébranlée, une literacy numérique élevée contrastant avec une exclusion financière record dans la région.

Le 13 décembre 2025, des experts ont blâmé le projet pour son parti pris en faveur de l’État, suggérant de contourner les dépôts plutôt que de monétiser les profits d’or de la BDL. Cette stratégie pourrait précipiter une faillite généralisée, occultant les allégations de schéma Ponzi impliquant banques et élites.

Les tractations internationales et les failles persistantes

Les échanges avec le FMI, accélérés depuis septembre 2025, se concentrent sur l’insolvabilité de la BDL et la liste grise du GAFI. Le 25 septembre 2025, des rapports indiquent que le cabinet examinait un projet incluant des annulations et des récupérations. Pourtant, le 4 décembre 2025, des indications pointent vers un parcours incertain pour cette loi, intensifiant la pression sur les banques.

Le 1er décembre 2025, le FMI a observé que sans résolution des dépôts gelés, le crédit bancaire stagne, entravant une croissance escomptée à 1,5 % pour 2026. Les amendements au secret bancaire en novembre 2025 ont favorisé des progrès contre le blanchiment, mais les banques persistent à brandir la souveraineté pour circonscrire les audits.

Les défis de la reconstruction et des flux monétaires

Le conflit de 2024 amplifie les impératifs, avec 11 milliards de dollars requis pour la reconstruction. Les réformes bancaires s’avèrent cruciales pour capter les investissements, mais le refus de liquider des actifs obstrue ce chemin. Le 10 décembre 2025, des spécialistes régionaux insistent sur la nécessité d’une réintégration financière pour conjurer un isolement durable.

Le ministre Bisat a signalé le 5 décembre 2025 que le mécanisme intégrerait des compensations, mais les palliatifs de la BDL, tels que des paiements mensuels plafonnés, ne substituent pas à des cadres légaux globaux. Cette stagnation prolonge l’incertitude pour les déposants, dont les économies accumulées sur des décennies sont en péril.

Les frictions avec les créanciers et les horizons immédiats

Le groupe de créanciers affine ses positions pour des pourparlers sur la dette, axés sur la restructuration. Le FMI martèle que sans partage des pertes, le secteur demeure paralysé. Le 13 décembre 2025, des critiques mettent en exergue que le projet de loi dilue les responsabilités, préservant les intérêts enracinés au détriment collectif. Cette opposition, nourrie par des liens politiques, maintient le Liban à l’écart de l’assistance internationale, avec des retombées sur la stabilité monétaire au 15 décembre 2025, où les entrées de capitaux chutent de 25 % comparé à novembre.

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