Une loi sur les dépôts contestée avant même son examen parlementaire
Le 5 janvier 2026, le conseil d’administration de l’Association des banques s’est réuni pour discuter du projet de loi d’intizâm financier et de restitution des dépôts transmis au Parlement. Le texte est présenté comme une étape attendue « après plus de six ans » de crise. Pourtant, l’Association insiste sur une faille initiale. Le projet serait sorti sans étude chiffrée sérieuse préalable.
Selon cette position, le travail aurait dû commencer par un inventaire précis. La « faille » à combler devait être mesurée. Son impact devait être estimé sur la Banque du Liban et sur les banques. Les actifs non performants devaient être évalués avec précision. Les montants nécessaires pour payer les différentes tranches de dépôts devaient être chiffrés. Enfin, la disponibilité de la liquidité indispensable devait être vérifiée.
Le même document bancaire ajoute un grief politique. Il reproche à l’État de se dérober. L’État est décrit comme bénéficiaire majeur du gaspillage qui a conduit à la « faille ». Or, le projet est accusé d’éluder une reconnaissance claire des dettes publiques envers la Banque du Liban. Il est aussi accusé d’éviter un engagement ferme à rembourser ces dettes. La référence citée est l’article 113 de la loi sur la monnaie et le crédit, sur la couverture des déficits successifs de la Banque du Liban. Dans cette lecture, reconnaître ces dettes et les rembourser réduirait la taille de la faille au profit des déposants.
L’Association des banques met aussi en garde contre un risque de promesses intenables. Elle considère que celui qui construit un cadre de solution ne doit pas offrir des garanties impossibles à tenir. Dans la même logique, elle appelle les Libanais, et d’abord les députés, à une position « libre et courageuse ». Elle insiste sur une équation simple: protéger les déposants, mais aussi préserver le secteur bancaire, présenté comme irremplaçable pour la survie de l’économie.
Ce point place le Parlement devant une pression immédiate. Le texte, même discuté, est déjà un champ de bataille. Il ne s’agit pas d’un débat académique. Il s’agit d’un arbitrage sur la distribution des pertes et sur la responsabilité des institutions.
Une adoption difficile en Conseil des ministres, puis une bataille annoncée à la Chambre
Le projet a déjà traversé une première épreuve. Il a été approuvé en Conseil des ministres, mais « avec difficulté ». Neuf ministres auraient voté contre. Il arrive donc au Parlement sans majorité politique évidente. Plusieurs blocs sont annoncés comme opposés, avec une intention de le faire tomber.
Le débat ne se limite pas aux partis. Les experts sont décrits comme divisés. Une partie juge le texte à reprendre entièrement. Les raisons invoquées sont financières et juridiques. Le texte serait fondé sur des bases inadaptées. Il manquerait aussi d’un mécanisme juste de répartition des pertes. Il manquerait enfin d’une logique de reddition de comptes simultanée, visant l’État, la Banque centrale et les banques.
D’autres soutiennent une lecture plus pragmatique. Ils considèrent le texte comme « le meilleur possible » dans les circonstances. Ils le décrivent comme un texte de compromis. Leur objectif affiché est d’arrêter l’hémorragie. Le diagnostic rappelé est brutal: les dépôts seraient épuisés progressivement depuis 2019. Dans ce cadre, un texte imparfait serait préférable à l’absence de cadre.
Cette division nourrit une incertitude supplémentaire. Les déposants n’ont pas de calendrier clair. Les banques n’ont pas de visibilité. Et l’État risque une crise sociale si la discussion tourne à la surenchère.
Le nœud de la « faille »: l’absence de chiffres et le risque d’un texte sans socle
Un reproche revient avec insistance: l’absence de chiffres. Un député décrit le texte comme « vide de chiffres ». Il estime qu’il aurait fallu une étude complète et détaillée, avec un partage clair des responsabilités. Il cite trois pôles. L’État. La Banque centrale. Les banques. Il réclame une réponse simple: combien supporte chacun.
Dans la même intervention, une idée précise apparaît. Le texte serait conçu pour « légaliser » une approche inspirée de circulaires, notamment sur la restitution d’un premier palier de 100 000 dollars. Le calendrier évoqué est de quatre ans. Le député avertit d’un effet macroéconomique. Injecter de la liquidité dans la consommation, dans un pays en stagnation et en manque d’investissement, risquerait d’alimenter l’inflation. Il souligne aussi un autre effet. Dans un contexte de récession, une restitution étalée peut perdre de sa valeur réelle, au fil des prix et des besoins.
Un autre acteur politique insiste sur l’équité. Il affirme que le texte ne doit pas sortir de la Chambre s’il n’est pas juste pour tous les déposants. Cette ligne annonce une bataille sur les critères. Qui est protégé en premier. Qui attend. Qui perd. Et selon quel principe.
Dans ce climat, l’absence de chiffres devient une arme politique. Sans chiffres, chaque camp invente un scénario. Il promet. Il menace. Il accuse. Et le débat se déplace de la technique vers l’émotion.
Un débat constitutionnel sur la majorité requise, révélateur d’une sensibilité explosive
Le projet porte aussi une charge institutionnelle. Une discussion est rapportée sur la possibilité d’un recours et sur la majorité exigée en Conseil des ministres. Une analyse affirme que le texte ne relève pas des « sujets essentiels » qui imposent une majorité des deux tiers. Il est décrit comme une loi financière et organisationnelle, qui traite la répartition des pertes. Il ne modifierait pas la structure constitutionnelle de l’État. Il ne serait pas lié au budget. Dans cette logique, il serait adopté à la majorité ordinaire.
Le même raisonnement reconnaît pourtant une réalité politique. Le poids social du texte pousse certains à réclamer les deux tiers, même sans fondement constitutionnel. La justification évoquée est politique, pas juridique. Le projet touche les déposants. Il touche la stabilité sociale. Il est lié à un programme attendu avec le Fonds monétaire international. Dans ce cadre, l’argument des deux tiers serait une traduction de la peur et des calculs, plus qu’une règle de droit.
Cette querelle de procédure est un signal. Elle montre que la loi sur les dépôts n’est pas traitée comme une loi ordinaire. Elle est traitée comme un texte de refondation, donc comme un texte à haut risque politique.
Taxe Sayrafa: une clarification qui rappelle le coût fiscal des années de crise
Parallèlement au débat sur les dépôts, le ministère des Finances a publié des précisions sur une taxe liée aux opérations effectuées sur la plateforme Sayrafa. La base juridique citée est l’article 93 de la loi de finances 2024. Cette base soumet les profits issus d’opérations dépassant 15 000 dollars à une taxe exceptionnelle additionnelle de 17 %.
Le ministère renvoie aussi à une décision numérotée 1/647, datée du 4 juin 2024. Il cite plusieurs articles de cette décision, dont les articles 2, 4, 9, 10 et 11. Il rappelle enfin un avis numéroté 4957, daté du 30 décembre 2025.
Le détail central concerne les personnes assujetties. Sont concernées les personnes physiques et morales dont la valeur totale des opérations sur Sayrafa a dépassé 15 000 dollars durant les années 2021, 2022 et 2023. Le ministère insiste sur un point. L’assujettissement dépend du volume d’opérations, même si le profit est faible.
Cette clarification renvoie à une réalité de la crise. Les années 2021 à 2023 restent au cœur des controverses sur les mécanismes de change. En rappelant la taxe, l’État confirme que ces opérations ne sont pas seulement un sujet monétaire. Elles deviennent un sujet fiscal, donc un sujet de conformité, de déclarations et de contrôles.
Énergie, réformes et confiance: la relance économique décrite comme conditionnelle
Sur le terrain des priorités économiques, plusieurs analyses convergent vers le même ordre. Les réformes structurelles restent la condition. La réforme du secteur public est citée. La lutte contre la corruption est citée. La restructuration de la dette est citée. Le développement de l’infrastructure énergétique est mis en avant, avec un accent sur des ressources durables. Le soutien au secteur privé est présenté comme nécessaire, surtout pour l’entrepreneuriat et les petites et moyennes entreprises.
Un autre passage situe ces réformes dans un contexte politique nouveau. L’élection de Joseph Aoun à la présidence et la désignation de Nawaf Salam à la tête du gouvernement sont décrites comme un tournant positif, après une longue période de tensions et de vide institutionnel. Cette séquence est présentée comme un souffle d’espoir. Mais l’analyse insiste: l’espoir ne suffit pas.
L’énergie est décrite comme « un test réel » pour le nouveau gouvernement. Le texte insiste sur une exigence. Des solutions pratiques et durables. Il insiste aussi sur une condition. Sortir le dossier de la politisation et des conflits. La même lecture ajoute d’autres urgences. Réformes financières. Attraction des investissements. Reconstruction de la confiance avec la communauté internationale. Stabilité du taux de change.
Un autre passage introduit des chiffres sociaux lourds. Il évoque une inflation qui dépasse 65 %. Il évoque un chômage d’environ 47,8 % chez les jeunes. Il cite aussi une vision plus optimiste de la conjoncture, attribuée à une agence de notation, avec l’idée d’une croissance possible si l’environnement et les réformes suivent.
Ces chiffres posent un problème immédiat. Un pays qui tente de redistribuer des pertes bancaires, tout en gérant une inflation élevée, risque une tension sociale rapide. Une restitution partielle de dépôts peut se transformer en consommation de survie. Et cette consommation peut alimenter la hausse des prix si l’offre et l’investissement ne suivent pas.
Aide extérieure: durcissement des conditions et priorité à l’exécution
Une autre dimension est rappelée: l’aide extérieure est conditionnelle. Une initiative française est décrite comme plus ferme. De nouvelles aides seraient liées à la fin de la corruption et à l’application de réformes clés, notamment dans l’énergie et dans le système financier. Le même passage explique un changement de méthode. Le soutien se déplacerait davantage vers des projets humanitaires et des infrastructures visant directement la population, comme l’éducation et la santé, plutôt que vers des institutions étatiques jugées gangrenées par la corruption.
Ce durcissement pèse sur la politique interne. Il réduit la valeur des annonces. Il augmente la valeur des actes. Il force aussi le gouvernement à choisir ses priorités, car chaque réforme coûte politiquement.
La contrainte sécuritaire: quand le calendrier économique se heurte au calendrier du risque
Dans le même temps, l’agenda économique n’évolue pas dans un vide. Une montée de tension au Sud est rapportée à l’approche d’un rendez-vous gouvernemental. Des tirs d’artillerie, des survols d’avions de combat, la chute d’un engin sans pilote et une frappe meurtrière sur un véhicule sont évoqués dans une même séquence.
Cette séquence se déroule alors qu’une séance du Conseil des ministres est annoncée pour le jeudi 8 janvier 2026, avec un rapport mensuel de l’armée sur la limitation des armes au sud du Litani. Une réunion technique préalable, décrite en format militaire, est aussi attendue.
Dans ce climat, le gouvernement doit arbitrer deux urgences. La réforme financière et bancaire. La gestion de la pression sécuritaire. Or, ces deux urgences s’alimentent. Sans stabilité, l’investissement recule. Sans plan bancaire crédible, la confiance recule. Sans confiance, la monnaie reste vulnérable. Et la vulnérabilité économique rend la société plus sensible aux chocs sécuritaires.
L’économie avance donc sur une ligne étroite, avec trois chantiers simultanés. Une loi sur la distribution des pertes et la restitution des dépôts, contestée pour son manque de chiffres et pour sa justice.
Une clarification fiscale sur Sayrafa, qui rouvre le dossier des années de crise et des opérations de change.
Un dossier énergétique présenté comme test de crédibilité, sous le regard des bailleurs et sous la contrainte d’un contexte sécuritaire instable.



