Les derniers articles

Articles liés

Meurtre à Blida : Joseph Aoun ordonne à l’armée de contrer toute incursion israélienne

- Advertisement -

Une unité de l’armée israélienne a pénétré dans la nuit du 29 au 30 octobre au cœur du village frontalier de Blida, dans la région de Marjeyoun, au sud du Liban. Cette opération, qualifiée d’« infiltration » par Beyrouth, a tourné au drame avec la mort d’Ibrahim Salamé, un employé municipal de 55 ans. L’homme dormait dans les locaux de la mairie, où il assurait un tour de garde, lorsque des tirs israéliens l’ont fauché. Le président libanais Joseph Aoun a immédiatement réagi en sommant l’armée de « s’opposer à toute incursion israélienne » et de « faire face » pour défendre le territoire et les citoyens. Pourtant, à ce stade, les forces armées libanaises n’ont enregistré aucun accrochage direct avec les soldats israéliens, un silence opérationnel qui alimente les critiques et renforce les arguments du Hezbollah sur la nécessité de son propre armement.

Blida, bourgade perchée à un kilomètre à peine de la ligne bleue – la frontière officieuse avec Israël –, porte encore les stigmates de la guerre de 2024. La plupart des maisons y sont en ruines, rasées par les frappes aériennes israéliennes. L’opération de mercredi nuit s’inscrit dans un contexte de cessez-le-feu fragile, signé le 26 novembre 2024 entre le Liban, le Hezbollah et Israël sous égide américaine et française. Tsahal a justifié son raid par la destruction d’une « infrastructure terroriste » du Hezbollah logée dans le bâtiment municipal. « Une menace directe a été identifiée à l’intérieur », a affirmé un porte-parole de l’armée israélienne, précisant qu’une enquête était en cours.

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

Un drame survenu en pleine nuit

Les faits se sont déroulés vers 2 heures du matin. Selon des témoignages recueillis sur place, des habitants ont entendu des cris en hébreu, suivis de rafales d’armes automatiques. Hassan Hijazi, président de la municipalité de Blida, a décrit la scène : « Nous avons entendu les soldats israéliens crier, puis il y a eu des tirs ». Ibrahim Salamé, père de famille originaire du village, gisait dans une mare de sang au milieu de ses lunettes, papiers et cigarettes éparpillés. Des impacts de balles constellent les murs de la pièce. Son neveu, Hicham Abdel Latif Hassan, a évoqué un « meurtre gratuit ».

L’armée libanaise est arrivée sur les lieux au petit matin. Dans un communiqué, elle a dénoncé une « agression criminelle » et une « violation flagrante de la souveraineté nationale ». Des unités ont investi Blida pour sécuriser le périmètre et ouvrir une enquête. Aucun soldat libanais n’a été blessé, et aucune riposte n’a été enregistrée au moment des faits. Ce déploiement post-incident illustre la posture défensive adoptée par les forces armées, qui patrouillent le sud sans engager le combat direct.

Joseph Aoun, du front à la présidence

Élu le 9 janvier 2025 après deux ans de vacance du pouvoir, Joseph Aoun – ancien commandant en chef de l’armée – a brisé un silence relatif sur les provocations frontalières. Dans un communiqué publié jeudi 30 octobre, il a « condamné fermement » l’opération et « demandé à l’armée de s’opposer à toute incursion israélienne, de faire face et de défendre le territoire libanais et la sécurité des citoyens ». Cette directive marque une rupture : pour la première fois depuis le cessez-le-feu, le chef de l’État assigne explicitement à l’armée un rôle offensif en cas de nouvelle violation.

Aoun, 61 ans, diplômé de l’École de guerre interarmes de Paris, connaît les réalités du terrain pour avoir dirigé l’armée pendant la guerre contre le Hezbollah et Israël. Son élection, soutenue par Washington et Riyad, visait à stabiliser le pays. Pourtant, son ordre reste théorique : aucune nouvelle incursion n’a eu lieu depuis Blida, et l’armée n’a pas ouvert le feu sur les forces israéliennes. Ce manque d’action immédiate – malgré les pleins pouvoirs constitutionnels du président sur les forces armées – ravive le débat sur l’efficacité de l’institution militaire face à un adversaire technologiquement supérieur.

Nawaf Salam : « Une agression flagrante contre la souveraineté »

Le Premier ministre Nawaf Salam, en poste depuis février 2025 à la tête d’un gouvernement de 24 ministres, a emboîté le pas. Sur les réseaux sociaux, il a fustigé « une agression flagrante contre les institutions de l’État libanais et sa souveraineté ». Lors d’une réunion du Conseil des ministres jeudi après-midi, il a appelé à une « pression internationale » sur Tel-Aviv. Le ministre de la Défense, Michel Menassa, général de brigade à la retraite, a supervisé le déploiement au sud et promis des « mesures fermes ».

Le cabinet Salam, composé d’indépendants et de technocrates, peine à imposer son autorité dans un pays fracturé. Le budget 2025, soumis le 29 juillet et adopté in extremis, alloue 20 % des ressources à la défense, mais les équipements de l’armée restent obsolètes : des T-72 ukrainiens, des hélicoptères français et des drones turcs, face aux F-35 israéliens.

L’armée libanaise sous le feu des critiques

Les 80 000 hommes de l’armée libanaise quadrillent le Litani depuis le cessez-le-feu, conformément à la résolution 1701 de l’ONU. À Blida, ses postes d’observation n’ont pas détecté l’infiltration, signe d’un déficit en surveillance high-tech. Le commandant en chef – dont l’identité n’a pas été précisée dans les communiqués récents – a ordonné des patrouilles renforcées le long de la Blue Line. Vendredi 31 octobre, des blindés ont été déployés à Adaissé et Aitaroun, villages voisins.

Pourtant, l’absence de tirs en réponse à Blida conforte le narratif du Hezbollah : « L’État est incapable de protéger ses citoyens, d’où la légitimité de notre résistance », martèle un cadre du parti. Lors de la guerre de 2024, l’armée a évité les affrontements directs, se concentrant sur l’aide humanitaire et la coordination avec la Finul.

Le Hezbollah appelle à l’unité nationale

Le parti de Hassan Nasrallah, affaibli par la perte de 4 000 combattants, a saisi l’aubaine. Dans un communiqué, il a « condamné l’agression sioniste à Blida » et exhorté « l’État et toutes les forces politiques à adopter une position nationale unifiée, responsable et ferme ». Surtout, il plaide pour un « renforcement de la défense nationale », euphémisme pour son arsenal de 150 000 roquettes. Des sources indiquent un réarmement discret via la Syrie, malgré les frappes israéliennes.

À Blida, des sympathisants chiites ont brandi des portraits d’Ibrahim Salamé lors d’un rassemblement spontané jeudi soir. Le Hezbollah y voit une validation de sa doctrine : l’armée protège le centre, lui la frontière.

Un cessez-le-feu sous haute tension

Signé le 26 novembre 2024, l’accord prévoit le retrait israélien au sud du Litani d’ici février 2025 – partiellement exécuté, Israël occupant encore cinq points stratégiques. Depuis, 111 civils libanais tués par des frappes israéliennes, selon l’ONU. Vendredi 31 octobre, l’aviation de Tsahal a bombardé al-Jarmak et Mahmoudiyé, à 10 km de la frontière.

La Finul, avec 10 000 casques bleus, alerte sur 3 100 violations israéliennes. Le 11 octobre, des raids ont fait un mort et sept blessés. Beyrouth accuse Tel-Aviv de saper la résolution 1701 ; Israël invoque le réarmement du Hezbollah.

Les dynamiques frontalières au sud

Blida n’est pas un cas isolé. Le 27 octobre, une incursion à Adaissé a dynamité un bâtiment religieux. À Kfarkela, des drones survolent quotidiennement les postes libanais. L’armée, financée à 1 milliard de dollars par les États-Unis en 2025, reçoit des radars jordaniennes et des munitions émiraties. Mais ses 200 chars font pâle figure face aux 1 500 Merkava israéliens.

Le ministre Menassa prépare un plan de « souveraineté active » : 5 000 hommes supplémentaires au sud, des miradors high-tech et une hot line avec la Finul. Vendredi, une délégation onusienne a visité Blida.

La pression internationale monte

Paris et Washington ont appelé au calme. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a « condamné la mort d’un civil ». Vendredi 31 octobre, le Conseil de sécurité examine un rapport sur les violations. À Beyrouth, le Parlement débat d’une motion de soutien à l’armée.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi