Ce qui est frappant dans la destruction du tombeau de Saint Maron situé à Brad dans le Nord de la Syrie par un bombardement aérien turc ce vendredi est soit le déni par certains mais plus encore l’indifférence de celles et de ceux qui devraient être les premiers à s’offusquer de cet acte criminel contre le patrimoine de l’humanité.

Certains prétendront qu’il ne s’agit que de pierres. Certes elles ne valent peut être pas des vies, mais ces pierres ont une valeur tout aussi inestimables par leur aspect historique et identitaire. Elles sont le fondement de notre Histoire et par conséquence nous existons aujourd’hui parce qu’elles existent et qu’elles sont la pour témoigner du passé de nos aïeux et de leur présence à l’heure où certains démentent l’existence des minorités dans notre région alors que nous étions là bien avant eux. Dans ces pierres, notre existence comme civilisation n’a plus de fondation et nous pouvons nous aussi être effacés.   Évidemment l’église maronite a bien vécu des années sans la dépouille officielle de son fondateur et évidemment cette dernière ne s’y trouve plus. Cet argument est un peu facile à dire: le tombeau de ce saint fait parti des éléments identitaires et fondateurs de leur rite et tel quel revêt une importance qui n’a pas trompé par exemple le fait que ce lieu soit classé par l’UNESCO. Et si ce n’était pas ce tombeau, il y a d’autres lieux tout aussi saints comme l’une des premières basiliques chrétiennes qui ont été détruites par les forces turques, et d’autres sites historiques de l’Humanité comme le site hittite d’Ein Dara qui ont été détruits pour ne pas rappeler les crimes contre le patrimoine commis par d’autres, comme par Daesh à Palmyre.
  Pour des raisons idéologiques de court terme et notamment l’opposition au régime syrien, ils dénient l’existence de ce qui devrait être un sanctuaire protégé alors que, comble de la situation il ne se trouvait pas sous contrôle de ce régime mais des kurdes. Mais ce n’est pas parce que votre pire ennemi vous dit quelque chose qu’il faille pour autant entrer dans le piège de la contradiction à tout prix.   Le combat pour la culture, le patrimoine et l’éducation n’a pas de parti pris, contraire à ce qu’ils pourraient penser. C’est un tout parce que sinon, il n’y pas plus rien.
Il suffit de faire une distinction sélective entre ce qui est bien pour les uns, ce qui est mal pour les autres et ce qui devrait être laissé à l’indifférence générale.
Ce patrimoine appartient non seulement à ces personnes mais aussi à l’humanité et comme tel il devrait être protégé par tout le monde sans aucune restriction idéologique.   De fait, ils deviennent complices des pires criminels qui par ces destructions veulent réécrire l’Histoire par l’effacement de civilisations qui ne sont pas les leurs.   Au final, « Père pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34)