L’annonce du ministre israélien de la Défense, Yisrael Katz, le 27 février 2025, confirmant que les troupes israéliennes resteront « indéfiniment » dans cinq positions stratégiques au Sud-Liban, a déclenché des réactions contrastées parmi les dirigeants libanais. Soutenue par les États-Unis, cette décision prolonge une présence militaire qui devait prendre fin après le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, exacerbant les tensions dans un pays fragilisé. Entre rhétorique de résistance, appels diplomatiques et critiques internes, les leaders libanais révèlent leurs divergences, tandis que la population du sud redoute une nouvelle escalade.
Naim Qassem : une mise en garde implicite
Le Hezbollah, malgré son affaiblissement depuis la mort de son chef Hassan Nasrallah en septembre 2024 dans une frappe israélienne à Beyrouth, reste une force politique influente. Naim Qassem, son successeur, avait déclaré le 16 février 2025 : « Le gouvernement libanais doit pousser Israël à respecter l’accord » de cessez-le-feu, accusant Tel-Aviv de chercher à maintenir une présence illégale au sud du fleuve Litani. Après l’annonce de Katz, des messages relayés sur les réseaux sociaux lui attribuent une dénonciation de cette décision comme « une nouvelle étape vers l’annexion progressive du territoire libanais », bien qu’aucun discours officiel post-27 février ne soit encore confirmé. Qassem avait ajouté le 16 février : « Tout le monde sait comment une occupation est traitée », laissant planer une menace implicite de résistance, sans appeler directement à une reprise des hostilités. Cette retenue reflète la situation actuelle du Hezbollah, qui a subi de lourdes pertes en 2024.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
Joseph Aoun : la souveraineté comme priorité
Le président Joseph Aoun, ancien chef de l’armée devenu président en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance institutionnelle, adopte une stance ferme mais mesurée. Le 18 février 2025, dans une déclaration conjointe avec le Premier ministre Nawaf Salam et le président du Parlement Nabih Berri, il a exigé « qu’Israël se retire de tous les territoires libanais occupés », promettant de porter l’affaire devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Le 17 février, il avait affirmé sur les réseaux sociaux : « Je n’accepterai pas qu’un seul Israélien reste sur le sol libanais », précisant que le désarmement du Hezbollah devait résulter d’un « accord entre Libanais ». Après les affrontements du 26 janvier, qui ont fait 22 morts parmi les civils tentant de rentrer chez eux, Aoun a appelé la population du sud à « faire confiance à l’armée » et assuré qu’il suivait l’affaire « au plus haut niveau pour garantir vos droits et votre dignité ».
Nawaf Salam : un appel à la communauté internationale
Le Premier ministre Nawaf Salam, en fonction depuis la formation d’un nouveau gouvernement le 8 février 2025, mise sur la diplomatie. Le 18 février, aux côtés d’Aoun et Berri, il a réaffirmé l’intention de saisir l’ONU pour faire respecter le cessez-le-feu. Le 26 février, lors d’un discours au Parlement, il a exprimé sa « pleine confiance dans l’armée libanaise pour protéger la souveraineté » et faciliter le retour des habitants du sud, tout en appelant les partenaires internationaux à intervenir. Ses efforts incluent des contacts avec des diplomates français et américains, bien que le soutien des États-Unis à Israël complique ces démarches.
Nabih Berri : une posture de négociateur
Nabih Berri, président du Parlement et chef du mouvement Amal, allié du Hezbollah, joue un rôle de médiateur. Le 18 février, dans la déclaration conjointe avec Aoun et Salam, il a soutenu l’exigence d’un retrait israélien total. Le 16 novembre 2024, alors qu’il négociait au nom du Hezbollah sur une proposition de cessez-le-feu américaine, Berri avait indiqué à un responsable libanais que « l’atmosphère est positive » mais dépendante des décisions d’Israël. Après le 27 février, des messages sur les réseaux sociaux suggèrent qu’il coordonne avec le Hezbollah pour formuler une réponse, bien qu’il n’ait pas encore pris publiquement position sur l’annonce de Katz.
Samir Geagea : une critique ciblée contre le Hezbollah
Samir Geagea, chef des Forces libanaises, parti chrétien opposé au Hezbollah, offre une perspective différente. Le 19 juillet 2024, dans un contexte de tensions croissantes, il avait accusé le Hezbollah de « pousser le Liban dans la guerre » avec Israël. Cette critique s’est intensifiée après le conflit de 2024 : le 27 janvier 2025, après l’échec du retrait israélien attendu, Geagea a déploré que le Hezbollah ait « entraîné le pays dans une guerre destructrice qu’il ne peut supporter », appelant le gouvernement à « prendre des mesures protectrices ». Il a suggéré que le Hezbollah assume seul les coûts des destructions dans le sud, une position qui reflète son rejet de l’influence militaire du groupe.
Une population du Sud-Liban en suspens
Ces réactions divergentes des dirigeants interviennent alors que les habitants du Sud-Liban vivent dans l’angoisse. Le conflit de 2024 a tué 3 960 personnes et déplacé un million d’autres, selon les chiffres officiels libanais. Les heurts du 26 janvier, où 22 civils ont péri sous les tirs israéliens près de la frontière, ont renforcé les craintes d’une nouvelle vague de violence. « Nous vivons dans la peur constante », témoignait un résident de Maroun el-Ras le 1er octobre 2024, un sentiment partagé alors que les positions israéliennes restent visibles sur les collines. La reconstruction, estimée à 8,5 milliards de dollars, reste hors de portée pour un pays en crise économique depuis 2019.
Un cessez-le-feu fragilisé
L’accord de novembre 2024 prévoyait un retrait israélien complet au 26 janvier 2025, repoussé au 18 février sous pression internationale. L’armée libanaise a repris certains villages, comme Rab Thalatheen le 10 février, mais les cinq points stratégiques – des hauteurs clés – demeurent sous contrôle israélien. Le porte-parole de l’armée israélienne, Nadav Shoshani, a justifié cette présence le 18 février comme « nécessaire pour assurer la sécurité des citoyens israéliens ». La FINUL a dénoncé le 27 décembre 2024 des destructions continues par Israël après le cessez-le-feu, tandis que le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a qualifié cette situation de « violation continue » de la résolution 1701 le 18 janvier, notant la découverte de plus de 100 caches d’armes du Hezbollah.
Une situation explosive
Les dirigeants libanais, qu’ils optent pour la résistance verbale ou la diplomatie, évoluent dans un contexte contraint par le soutien américain à Israël. Qassem maintient une pression symbolique, Aoun et Salam cherchent une issue via l’ONU, Berri tente de négocier, et Geagea pointe les responsabilités internes. Pour la population du sud, déjà épuisée, cette impasse prolonge l’incertitude, menaçant un fragile retour à la normale dans une région au bord du gouffre.



