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Bombardement israélien à Beyrouth : une violation flagrante du cessez-le-feu selon les autorités libanaise

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Dans la soirée du jeudi 5 juin 2025, alors que les préparatifs de l’Aïd al-Adha battaient leur plein, six frappes aériennes israéliennes ont visé plusieurs sites dans la banlieue sud de Beyrouth, une zone densément peuplée considérée comme un bastion du Hezbollah. Ces attaques, qui interviennent malgré un accord de cessez-le-feu conclu le 27 novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, ont provoqué une onde de choc au sein de la classe politique libanaise et suscité une large condamnation sur la scène nationale. Le gouvernement libanais a qualifié les frappes de « violation flagrante » du cessez-le-feu et de transgression grave des principes du droit international.

Contexte d’une reprise ciblée des hostilités

Les frappes du 5 juin marquent un tournant préoccupant dans l’équilibre fragile instauré par la trêve de novembre. Depuis la fin des combats entre Israël et le Hezbollah en 2024, des frappes israéliennes sporadiques ont continué de cibler le sud et l’est du Liban, mais c’est la première fois en plus d’un mois qu’une attaque atteint les abords immédiats de la capitale. C’est aussi la quatrième fois que Beyrouth est visée depuis la fin des affrontements.

L’armée israélienne avait publié un avertissement quelques heures plus tôt par l’intermédiaire de son porte-parole en arabe, Avichay Adraee, sur le réseau social X. Ce dernier déclarait : « Vous êtes localisés à proximité d’installations appartenant à l’organisation terroriste Hezbollah. Pour votre sécurité et celle de vos familles, vous êtes priés d’évacuer immédiatement ces bâtiments à une distance d’au moins 300 mètres. » Ce type de déclaration est généralement suivi d’opérations militaires, comme cela s’est vérifié à plusieurs reprises ces derniers mois.

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Les sites ciblés seraient, selon Israël, des infrastructures souterraines destinées à la fabrication de drones militaires par le Hezbollah. Huit bâtiments situés à quatre emplacements distincts ont été annoncés comme cibles potentielles avant l’opération.

Une réponse libanaise unanime et virulente

La réaction officielle libanaise ne s’est pas fait attendre. Le président Joseph Aoun a dénoncé dans un communiqué « l’agression israélienne » et qualifié l’opération de « violation flagrante d’un accord international, ainsi que des principes fondamentaux du droit international et des lois humanitaires, à la veille d’une fête religieuse sacrée ». Il a estimé que cette attaque révélait la volonté d’Israël de torpiller toute perspective de stabilité et de paix juste dans la région.

Le président a également accusé Israël d’utiliser le territoire libanais comme un « boîte aux lettres » pour faire passer un message aux États-Unis, alors que des discussions sensibles sont en cours entre Washington et Téhéran sur le programme nucléaire iranien. Sans fournir de détails, Aoun a laissé entendre que l’objectif stratégique de Tel-Aviv dépasserait le simple cadre militaire.

Le Premier ministre Nawaf Salam et le président du Parlement Nabih Berri ont eux aussi exprimé une ferme condamnation, estimant que l’opération militaire israélienne constituait un acte de provocation prémédité. Selon eux, le moment choisi – à la veille de l’Aïd – ne saurait être fortuit, et démontre une intention d’humilier et de destabiliser.

Absence de preuves et refus de coopération

Une des principales critiques formulées par les responsables libanais concerne l’absence de preuves tangibles justifiant les frappes israéliennes. L’armée libanaise avait sollicité Israël pour qu’elle permette aux autorités locales d’inspecter les sites suspects conformément au mécanisme prévu par l’accord de cessez-le-feu de novembre. Mais selon un haut responsable militaire libanais cité sous anonymat, cette demande a été rejetée, forçant les soldats libanais à se retirer de la zone. Ce refus de coopération a alimenté les soupçons d’une manœuvre unilatérale israélienne dépourvue de base factuelle.

Malgré ce refus, la chaîne libanaise LBCI rapporte que l’armée a tout de même procédé à l’inspection d’un des bâtiments à Dahieh après les frappes. Aucun matériel militaire ou infrastructure de production de drones n’y a été trouvé. Ces éléments jettent un doute considérable sur la véracité des allégations israéliennes.

Un responsable du Hezbollah a également nié catégoriquement l’existence d’installations de fabrication de drones aux endroits visés. « Dans l’accord de cessez-le-feu, un mécanisme d’enquête est prévu en cas de plainte. Israël, et Netanyahu en particulier, cherche à poursuivre la guerre dans la région », a-t-il déclaré.

Justifications israéliennes : menace sécuritaire et stratégie préventive

Du côté israélien, l’opération a été justifiée par une nécessité sécuritaire. Dans un communiqué publié après les frappes, l’armée affirme que le Hezbollah développe une « industrie massive de production de drones », dirigée et financée par l’Iran. Ces drones, selon Israël, auraient joué un rôle central dans les attaques menées contre l’État hébreu durant le conflit de 2024, et leur développement représenterait une menace stratégique majeure.

La frappe viserait donc à entraver cette capacité avant qu’elle n’atteigne une échelle plus significative. Israël affirme par ailleurs que ces infrastructures ont été volontairement implantées au cœur de zones civiles densément peuplées, ce qui rend leur neutralisation encore plus urgente, selon l’armée.

Aucune source indépendante n’a cependant confirmé l’existence de ces infrastructures, et le refus d’Israël d’en autoriser la vérification renforce les accusations libanaises de manipulation de l’information à des fins politiques et militaires.

Répercussions locales et risque d’escalade

Les frappes du 5 juin ont ravivé les craintes d’une reprise du cycle de violence entre Israël et le Hezbollah. La banlieue sud de Beyrouth, touchée pour la première fois depuis plusieurs semaines, reste marquée par les stigmates du conflit de 2024-2025 qui avait provoqué la mort de plus de 4 000 personnes au Liban, dont plusieurs centaines de civils. Depuis l’accord de novembre, 190 morts et 485 blessés supplémentaires sont à déplorer, selon les autorités libanaises, du fait des frappes israéliennes.

La population locale, prise de court à la veille d’une fête religieuse majeure, a vécu ces nouvelles attaques comme une provocation insupportable. De nombreux habitants ont quitté les quartiers touchés ou évacué temporairement leur domicile.

La classe politique libanaise s’inquiète également de la capacité du Hezbollah à répondre militairement sans relancer une spirale d’affrontements. Des appels à la retenue se multiplient, mais la pression intérieure et les attentes de la base du Hezbollah pourraient peser sur les décisions stratégiques du groupe.

Analyse politique : calcul israélien et impasse diplomatique

L’analyse politique du moment choisi par Israël ne fait guère de doute à Beyrouth. Nombre d’observateurs estiment que cette frappe s’inscrit dans une volonté du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu de maintenir la pression sur le Liban et sur l’Iran. Affaibli politiquement sur la scène intérieure, Netanyahu pourrait utiliser la tension régionale pour renforcer son image sécuritaire.

Le Hezbollah, bien que sévèrement affaibli par la guerre précédente, refuse toujours de désarmer tant que les attaques israéliennes se poursuivent et que cinq points de contentieux frontaliers restent non résolus. Cette position trouve un écho dans une partie de la population libanaise qui perçoit les frappes comme injustifiées.

Sur le plan international, la situation fragilise les efforts américains de stabilisation de la région. Le timing de la frappe, au moment où Washington tente de renouer le dialogue avec Téhéran, alimente les soupçons d’une tentative israélienne de torpiller les discussions diplomatiques.

Une issue incertaine

Alors que les appels à la désescalade se multiplient, le manque de mécanismes de contrôle effectifs dans l’accord de cessez-le-feu rend difficile toute résolution durable. Le Liban réclame un renforcement de la mission d’inspection et un respect strict des protocoles d’alerte et de vérification.

Les frappes israéliennes du 5 juin 2025 pourraient bien être le signal d’une crise plus profonde, où la logique de provocation et de représailles l’emporte sur les mécanismes de règlement pacifique. Pour l’heure, la population libanaise demeure en première ligne d’un conflit qui refuse de se clore.

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Newsdesk Libnanews
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