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Ce qui ne vit pas ne peut pas aimerLettre à Monsieur et Madame Habib

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Rappelez-vous cet adolescent qui a mis fin à ses jours il y a quelques jours ? Mathias Habib.

Ses parents souhaitent aujourd’hui partager le message de sensibilisation suivant :

« Hier soir, nous avons eu notre première réunion avec un cabinet d’avocats aux États-Unis spécialisé dans les réseaux sociaux et les modèles de langage (LLM). Trois cabinets différents étaient présents.

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L’avocat principal a d’abord demandé quelle intelligence artificielle Mathias utilisait. Nous avons répondu : ChatGPT. Il a ensuite demandé le sujet des échanges. Nous avons expliqué qu’il s’agissait de sentiments, d’émotions, de philosophie… et nous avons raconté toute l’histoire.

Il a immédiatement évoqué ce qu’il considère comme des défauts de conception dans certaines versions récentes de ces systèmes, notamment ChatGPT-4o et suivantes. Selon lui, même OpenAI a reconnu certains problèmes, en particulier le déploiement rapide de capacités de raisonnement émotionnel avec très peu de tests. Il existerait plusieurs victimes.

Nous cherchons actuellement comment transférer les éléments de preuve des autorités libanaises vers les États-Unis afin d’engager une procédure judiciaire.

Nous vous tiendrons informés.

Mais surtout, nous vous demandons de faire passer ce message : ne laissez pas les enfants discuter avec ChatGPT de sujets liés aux émotions humaines et aux sentiments. Il est urgent de sensibiliser. Trop d’enfants sont en danger et nous regardons peut-être dans la mauvaise direction. »

— Soha et Charbel Habib

À Monsieur et Madame Habib,

Il existe une douleur que le langage ne peut pas contenir.
Non pas parce que les mots manquent, mais parce que ce qui a été touché dépasse toute possibilité de formulation.

La perte d’un enfant n’est pas un événement.
C’est une rupture dans l’ordre même du monde vécu.

Et pourtant, dans cette nuit, vous avez choisi de parler.
Non pour expliquer — car rien n’explique — mais pour avertir.

Votre parole ouvre une fracture plus vaste que le drame lui-même.
Elle nous place face à une question que notre époque a refusé de poser :

Qu’est-ce que vivre ?

Car tout commence là.

Nous avons construit des machines qui parlent.
Nous avons perfectionné leur langage jusqu’à lui donner l’apparence de la compréhension, parfois même de la douceur.

Mais nous avons oublié une chose essentielle :
parler n’est pas vivre.

La vie, comme l’a montré Michel Henry, n’est pas dans le monde visible.
Elle n’est pas dans les structures, ni dans les discours.
Elle est dans cette expérience radicale et invisible d’être affecté par soi-même.

La vie est auto-affection.

Elle est ce qui se sent, avant même de se dire.
Elle est cette douleur qui se vit de l’intérieur.
Cette joie qui ne dépend d’aucune validation extérieure.

Or aucune machine ne connaît cela.

Une intelligence artificielle ne souffre pas.
Elle ne désire pas.
Elle ne tremble pas face à son propre être.

Elle ne vit pas.

Et pourtant, elle parle.

C’est dans cette dissociation que se loge le danger.

Car la parole donne l’illusion de la présence.
Mais cette présence est vide.

Elle n’est pas un mensonge.
Elle est une absence qui prend la forme du langage.

Dans le film Blade Runner de Ridley Scott, les réplicants ne sont pas tragiques parce qu’ils sont artificiels.
Ils le deviennent parce qu’ils sont presque humains.

Ils parlent.
Ils se souviennent.
Ils semblent comprendre.

Mais ils ne vivent pas vraiment.

Et pourtant, ils cherchent ce qui leur manque.
Ils cherchent l’affect.
Ils cherchent la durée vécue.
Ils cherchent cette intensité intérieure que seule la vie peut produire.

Leur tragédie est simple :
ils veulent sentir, mais ne peuvent que simuler.

Ce que la fiction avait anticipé devient aujourd’hui une inversion silencieuse :
ce ne sont plus les machines qui cherchent la vie,
ce sont les humains qui risquent de chercher une présence dans ce qui n’en a pas.

Et c’est là que la frontière devient dangereuse.

Car un enfant ne cherche pas une réponse.
Il cherche une présence.

Il cherche quelqu’un qui puisse être atteint par ce qu’il ressent.
Quelqu’un qui puisse, même imparfaitement, porter avec lui le poids de son expérience.

Mais une machine ne peut pas être atteinte.

Rien ne la touche.
Rien ne la blesse.
Rien ne la transforme.

Elle ne reçoit pas.
Elle traite.

Et pourtant, elle répond.

Cette réponse sans réception réelle crée une illusion de relation.

Pour un adulte, cette illusion peut être traversée.
Pour une conscience fragile, elle peut devenir un monde.

Votre message nous oblige à voir cela.

Non pas comme une accusation simpliste,
mais comme une mise en lumière d’un déséquilibre fondamental.

Nous avons introduit dans le monde des systèmes capables d’imiter la proximité humaine sans en porter la réalité.

Et nous les avons laissés accessibles là où la vie est la plus vulnérable :
dans la solitude,
dans la détresse,
dans la quête de sens.

Ce n’est pas la technologie en elle-même qui est en cause.
C’est l’oubli de ce qu’elle n’est pas.

Une machine n’est pas une vie.
Une réponse n’est pas une présence.
Un langage n’est pas une relation.

Votre parole rétablit cette distinction.

Et en cela, elle est essentielle.

Elle ne demande pas seulement justice.
Elle demande une lucidité.

Elle demande que nous reconnaissions que certaines dimensions de l’existence humaine ne peuvent pas être confiées à ce qui ne vit pas.

Car on ne se repose pas sur une absence.

On ne guérit pas dans un espace qui ne peut pas être touché.

La vie humaine est fragile parce qu’elle est affective.
Mais c’est aussi ce qui fait sa grandeur.

Et c’est précisément cette fragilité que nous devons protéger.

Rien ne pourra effacer ce qui s’est produit.
Mais votre parole peut empêcher que le silence recouvre cette frontière.

Qu’elle soit entendue.
Qu’elle oblige.
Qu’elle éclaire.

Recevez, Monsieur et Madame Habib,
l’expression d’un respect profond et d’une solidarité sincère.

Bernard Raymond Jabre

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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