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Liban : la faim aiguë menace 1,24 million de personnes

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Le rapport IPC publié le 29 avril dresse un constat plus lourd que celui résumé par la dépêche initiale. La faim aiguë au Liban devrait toucher 1,24 million de personnes entre avril et août 2026, soit 24 % de la population analysée. Le chiffre agrège les résidents libanais, les réfugiés syriens installés avant décembre 2024, les réfugiés palestiniens et les nouvelles arrivées depuis la Syrie après décembre 2024. Il ne signale pas une famine déclarée, mais un basculement massif vers les niveaux de crise et d’urgence de l’insécurité alimentaire.

Cette projection intervient après l’escalade militaire commencée début mars. Elle annule une partie de l’amélioration observée en 2025, après une période de reprise fragile. Le rapport rappelle que 874 000 personnes se trouvaient en phase de crise ou pire entre novembre 2025 et mars 2026. Pour la période avril-août, elles seraient donc près de 368 000 de plus. La détérioration vient de plusieurs chocs simultanés : conflit, déplacements, perte de revenus, marchés locaux désorganisés, prix alimentaires plus élevés et recul attendu de l’aide humanitaire.

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Faim aiguë au Liban : une crise qui s’élargit

Le système IPC classe l’insécurité alimentaire aiguë en cinq phases. La phase 1 correspond à une situation minimale. La phase 2 décrit des ménages sous pression. La phase 3 marque la crise. La phase 4 correspond à l’urgence. La phase 5 renvoie à la catastrophe ou à la famine. Le rapport ne classe aucune population au Liban en phase 5 pour la période étudiée. Il place toutefois 101 000 personnes en phase 4 et 1,14 million en phase 3.

Cette distinction compte. Les ménages en phase 3 ne parviennent plus à couvrir leurs besoins alimentaires sans réduire d’autres dépenses essentielles ou sans adopter des stratégies qui fragilisent leur avenir. Ceux en phase 4 font face à des privations plus graves. Ils peuvent manquer de nourriture de façon régulière, vendre des biens essentiels ou accumuler des dettes qui réduisent leur capacité de reprise. La crise est donc à la fois alimentaire, sociale et économique.

La population totale analysée atteint 5,19 millions de personnes, soit environ 99 % des personnes vivant au Liban selon le rapport. Sur cet ensemble, 2,08 millions restent en phase 1, et 1,86 million se trouvent en phase 2. Cette dernière catégorie mérite attention. Elle regroupe des ménages qui ne sont pas encore en crise, mais qui peuvent y basculer rapidement si les prix montent, si l’aide diminue ou si la sécurité se dégrade.

L’évolution est brutale par rapport à l’analyse précédente. En octobre 2025, la projection pour avril-août 2026 anticipait 961 000 personnes en phase 3 ou plus. La nouvelle estimation porte ce chiffre à 1,24 million. L’augmentation atteint donc 30 %. Le rapport précise aussi que la hausse ne concerne pas seulement le nombre de personnes touchées. Elle concerne également la gravité. Environ 79 000 personnes supplémentaires entrent en phase 4, tandis que près de 290 000 personnes supplémentaires se trouvent en phase 3.

Les Libanais désormais touchés à grande échelle

La détérioration frappe tous les groupes de population. Les résidents libanais représentent le plus grand nombre de personnes concernées. Le rapport estime que 725 000 Libanais seront en phase 3 ou plus entre avril et août. Cela équivaut à 19 % de la population libanaise analysée. Dans ce total, 54 000 personnes se trouvent en phase 4. Aucun résident libanais n’était classé en phase 4 dans la période précédente, selon le rapport.

Cette évolution est importante, car elle montre que la crise alimentaire ne se limite plus aux groupes traditionnellement les plus vulnérables. Les réfugiés restent proportionnellement plus exposés. Mais les ménages libanais sont désormais touchés à une échelle plus large. Les pertes de revenus, les déplacements, la hausse des prix et l’affaiblissement des marchés locaux atteignent des familles qui avaient réussi à stabiliser leur situation pendant la phase de relative accalmie.

En chiffres absolus, les plus grands nombres de résidents libanais en phase 3 ou plus se trouvent dans l’Akkar, avec environ 91 000 personnes, puis à Beyrouth, avec près de 90 000. Le Chouf-Jezzine et Saïda comptent chacun environ 78 000 personnes. Baalbek-Hermel en compte environ 70 000. Cette géographie montre que le choc ne se limite pas au front sud. Les zones d’accueil, les régions pauvres et les bassins urbains subissent aussi la pression.

Les hausses les plus fortes se concentrent toutefois dans les districts méridionaux. Chez les résidents libanais, la part des personnes en phase 3 ou plus augmente de 45 points dans le regroupement Bent Jbeil-Marjayoun, de 40 points à Tyr et de 35 points à Nabatieh. Beyrouth et Saïda enregistrent chacune une hausse de 15 points. Ces chiffres traduisent l’effet direct de la guerre dans le Sud, mais aussi l’effet indirect de l’accueil des déplacés dans les villes.

Les réfugiés restent les plus exposés en proportion

Les réfugiés syriens restent fortement touchés. Le rapport estime que 362 000 d’entre eux seront en phase 3 ou plus, soit 36 % de la population syrienne réfugiée analysée. Parmi eux, environ 26 000 personnes atteignent la phase 4. Lors de la période précédente, 277 000 réfugiés syriens étaient classés en phase 3 ou plus, soit 28 %. La dégradation est donc nette.

La crise des réfugiés syriens se nourrit de plusieurs facteurs. Beaucoup vivent d’emplois informels, de travail journalier, d’aides humanitaires ou de réseaux familiaux précaires. Les déplacements internes, la hausse des loyers et la concurrence sur les petits emplois réduisent encore leur marge. Le rapport souligne aussi le risque lié à la baisse de l’assistance alimentaire à partir de juin. Pour les ménages dépendants de cette aide, la réduction de couverture peut provoquer un basculement rapide.

Les réfugiés palestiniens connaissent une situation particulièrement préoccupante. Environ 104 000 personnes, soit 45 % de la population palestinienne réfugiée analysée, devraient se trouver en phase 3 ou plus. Le rapport classe 12 000 d’entre elles en phase 4. Cette hausse confirme une vulnérabilité ancienne, aggravée par la faiblesse de l’aide prévue pendant la période de projection. La proportion touchée est supérieure à celle observée parmi les résidents libanais et les réfugiés syriens.

Les nouvelles arrivées depuis la Syrie après décembre 2024 présentent la prévalence la plus forte. Environ 50 000 personnes, soit 52 % de ce groupe, sont projetées en phase 3 ou plus. Dix mille atteignent la phase 4. Le rapport relève une concentration de cette vulnérabilité dans le secteur Baalbek-Hermel, où 55 % de ces nouveaux arrivants seraient en phase de crise ou pire. Leur situation combine faible intégration, accès limité au logement, assistance incertaine et très faible capacité d’adaptation.

Le Sud, épicentre de la détérioration

La carte du rapport montre une concentration des risques dans le Sud et à Nabatieh. Bent Jbeil-Marjayoun atteint 65 % de population en phase 3 ou plus. Tyr atteint 55 %, Nabatieh 50 %. Dans ces zones, environ 10 % de la population peut se trouver en phase 4. Ces niveaux correspondent à des territoires où les combats, les restrictions de déplacement et la destruction des infrastructures perturbent directement l’accès à la nourriture.

La situation des marchés explique une partie de la dégradation. Le rapport indique que l’indice de fonctionnalité des marchés du Programme alimentaire mondial est passé de 7,8 en septembre 2025 à 5,7 en mars 2026 au niveau national. Dans les gouvernorats du Sud et de Nabatieh, il tombe à 1,7. Ce recul reflète des fermetures de commerces, des difficultés d’approvisionnement, une couverture de stocks réduite et un accès physique très limité aux points de vente.

Les données détaillées sont sévères. Plus de 80 % des marchés évalués à Nabatieh sont non fonctionnels, tout comme environ deux tiers des marchés du Sud. Les contraintes d’accès touchent 96 % des marchés de Nabatieh, 74 % de ceux de la banlieue sud de Beyrouth et 60 % de ceux du Sud. Les stocks essentiels disponibles pour moins d’une semaine concernent 87 % des marchés à Nabatieh, 75 % dans le Sud et 63 % dans la banlieue sud.

Dans ces conditions, la nourriture peut rester disponible au niveau national tout en devenant inaccessible localement. Cette nuance est centrale dans le rapport. Les importations continuent. Les chaînes d’approvisionnement fonctionnent dans les régions plus sûres. Les produits arrivent encore par voie maritime. Mais un ménage bloqué dans une zone sous ordre d’évacuation, ou déplacé loin de ses revenus, peut ne plus accéder physiquement ou financièrement à ces aliments.

Les déplacés changent la géographie de la faim

Le déplacement de population est l’un des moteurs de la crise. Le rapport estime qu’à la fin mars 2026, environ 1,1 million de personnes étaient déplacées à l’intérieur du Liban. Plus de 133 000 vivaient dans des abris collectifs. Ces chiffres donnent une autre dimension à l’insécurité alimentaire. Une famille déplacée ne perd pas seulement son logement. Elle perd souvent ses revenus, ses stocks, ses repères commerciaux, ses terres et une partie de son réseau de solidarité.

Beyrouth accueille le plus grand nombre de déplacés, avec environ 240 000 personnes. La capitale concentre aussi près de 47 000 personnes en abris collectifs. Le Chouf et Aley suivent, avec respectivement 185 000 et 161 000 déplacés. Ces chiffres montrent que la crise se déplace vers les territoires d’accueil. Les loyers augmentent, les familles hôtes s’épuisent, les services publics se tendent et les emplois informels deviennent plus rares.

Le rapport insiste sur les mouvements secondaires. Les familles ne se déplacent pas toujours une seule fois. Elles peuvent quitter le Sud, rejoindre une première localité, puis repartir vers une zone moins chère ou plus sûre. Chaque mouvement consomme de l’argent, fragilise les enfants, interrompt la recherche d’emploi et complique l’accès à l’aide. La nourriture devient alors une variable d’ajustement parmi d’autres besoins urgents.

Les abris collectifs posent un problème particulier. La distribution d’un repas par jour et par personne a permis de limiter certaines privations après l’escalade. Le rapport indique toutefois que ce soutien n’est pas prévu au-delà de mai. Si cette aide s’interrompt sans relais, les ménages déplacés les plus pauvres risquent de réduire leurs repas, d’augmenter leur dette ou de vendre les derniers biens transportés depuis leur domicile.

Le problème principal reste le pouvoir d’achat

Le rapport ne décrit pas une pénurie nationale. Il indique que les stocks de blé et de farine couvrent environ deux à trois mois de consommation nationale. Il souligne aussi que les importations alimentaires restent la colonne vertébrale de l’approvisionnement. Le risque principal vient donc de l’accessibilité. Les produits existent, mais les ménages n’ont pas toujours les moyens de les acheter, ni l’accès physique aux magasins dans les zones touchées.

Le coût de la vie a accéléré au mauvais moment. En mars 2026, le panier alimentaire minimum de survie a augmenté de 6 % en un mois. Le panier alimentaire minimum a progressé de 9 %. Le prix du paquet de pain arabe a augmenté de 17 % au cours du même mois, après une première hausse depuis septembre 2024. Ces évolutions frappent les familles au niveau de leurs achats quotidiens.

Les carburants aggravent cette pression. Entre la mi-février et la mi-avril 2026, le prix du diesel a augmenté de 83 %, celui de l’essence de 41 % et celui du gaz de cuisson de 27 %. Le diesel influe sur le transport, les générateurs, les pompes d’irrigation et les livraisons. Le gaz de cuisson touche directement les foyers. L’essence pèse sur les déplacements, les services et les coûts des petits commerces.

Pour la période de projection, le rapport prévoit une hausse des prix alimentaires de 10 % à 12 %. Cette perspective pèse d’autant plus que les revenus diminuent. Les ménages dépendants du tourisme, du commerce, de l’agriculture, du travail informel ou des emplois journaliers sont particulièrement vulnérables. Dans les zones d’accueil, l’arrivée de nombreux déplacés accroît la concurrence pour les petits emplois et tire certains revenus vers le bas.

Agriculture : une perte de revenus et de production

L’agriculture joue un rôle central dans la crise alimentaire. Le rapport indique qu’environ un quart des terres agricoles des zones touchées est déjà affecté. Cette donnée rejoint les alertes du ministère de l’agriculture sur l’ampleur des dommages subis par les terres, les vergers et les moyens de production. Les combats perturbent une période critique de plantation et de récolte. Ils limitent l’accès aux champs, à l’eau d’irrigation, aux routes et aux marchés.

Le problème ne concerne pas seulement les cultures détruites. Les agriculteurs peuvent perdre une saison parce qu’ils ne peuvent pas planter à temps, parce qu’ils n’ont pas accès à leurs parcelles ou parce que les intrants sont devenus trop chers. Le rapport signale une hausse de 50 % du coût de l’urée à la mi-avril. Les engrais, les pesticides, le carburant et le transport deviennent plus difficiles à financer lorsque les ventes reculent ou que les marchés locaux sont fermés.

Les pertes agricoles touchent aussi les consommateurs. Si la production locale de légumes, de fruits et de produits frais diminue, le pays dépend davantage des importations. Les prix peuvent alors monter, surtout si le transport et les coûts d’assurance augmentent avec la guerre régionale. Cette pression atteint en premier les ménages qui réduisent déjà les aliments frais pour se concentrer sur les produits les moins chers.

L’élevage et la volaille sont également sous tension. Le rapport évoque des difficultés d’accès aux pâturages, des pénuries de fourrage et des services vétérinaires perturbés. Un éleveur ne peut pas attendre la fin de la crise pour nourrir ses animaux. S’il vend son troupeau à bas prix ou s’il perd des bêtes, il perd un capital productif. Cela réduit le lait, la viande, les œufs et les revenus réguliers de nombreuses familles rurales.

L’aide humanitaire risque de reculer

Le rapport consacre une attention particulière à l’assistance alimentaire humanitaire. Il prévoit que cette aide restera temporairement disponible, mais en dessous des besoins croissants. La couverture pourrait diminuer nettement après mai. Les hypothèses retiennent une couverture d’environ 23 % pour les ménages libanais, 37 % pour les réfugiés syriens, 26 % pour les réfugiés palestiniens et 39 % pour les nouvelles arrivées depuis la Syrie.

Cette contraction peut peser lourdement. Pour les réfugiés syriens, le rapport indique que la couverture, élargie à court terme à environ 60 %, pourrait tomber à 15 % à partir de juin. Pour les Libanais, l’appui par repas chauds et le filet social réactif aux chocs sont projetés jusqu’à mai. Pour les personnes en abris collectifs, le repas quotidien ne serait pas maintenu au-delà de ce mois. Ces hypothèses expliquent pourquoi le rapport appelle à un financement rapide.

L’aide ne se limite pas aux colis alimentaires. Elle peut prendre la forme de bons d’achat, d’argent liquide, de repas, de soutien aux cantines scolaires ou d’intrants agricoles. Son efficacité dépend toutefois de l’accès aux zones touchées. Or le rapport indique que l’accès humanitaire reste sévèrement contraint dans le Sud et à Nabatieh. L’insécurité, les restrictions de mouvement, les routes endommagées et les risques liés aux restes explosifs limitent les distributions.

Cette contrainte crée un paradoxe. Les besoins les plus élevés se trouvent dans les zones les plus difficiles à atteindre. Les régions d’accueil, plus accessibles, reçoivent une part importante des déplacés et de l’aide. Mais les ménages restés près des lignes de front ou bloqués dans des localités affectées peuvent cumuler trois difficultés : moins de revenus, moins de marchés et moins d’assistance.

Les écoles et la santé entrent dans la réponse

Le rapport recommande de renforcer les programmes de repas scolaires. Cette priorité dépasse le cadre éducatif. Pour un enfant déplacé ou pauvre, le repas à l’école peut devenir un élément de protection nutritionnelle. Il peut aussi encourager la fréquentation scolaire lorsque les familles hésitent entre envoyer l’enfant en classe, le garder à la maison ou le pousser vers de petits travaux.

La nutrition reste un enjeu discret mais important. Quand les familles réduisent leurs dépenses, elles ne diminuent pas seulement les quantités. Elles changent aussi la qualité de l’alimentation. Les produits frais, les protéines, les produits laitiers et certains aliments enrichis disparaissent souvent avant les féculents. Cette évolution peut affecter les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les malades chroniques.

Les programmes recommandés par le rapport visent donc la diversité alimentaire autant que les calories. Ils incluent l’accès aux aliments enrichis, l’éducation communautaire et la coordination entre agriculture, santé et protection sociale. Cette approche traduit une idée simple : la faim aiguë ne se traite pas seulement avec des sacs de farine. Elle exige aussi de préserver les revenus, les services et les habitudes alimentaires qui protègent la santé.

Le lien avec la santé mentale et le stress familial n’est pas secondaire. Les déplacements, les pertes de revenus et l’incertitude sur le retour épuisent les ménages. Lorsque la nourriture manque, les tensions domestiques augmentent. Les enfants ressentent l’insécurité. Les familles peuvent retarder des soins, interrompre des traitements ou réduire les dépenses d’hygiène. La crise alimentaire devient alors une crise de protection.

Les filets sociaux appelés à jouer un rôle accru

Le rapport met en avant les mécanismes nationaux de protection sociale, dont le programme AMAN et les filets sociaux réactifs aux chocs. Ces dispositifs peuvent aider les ménages libanais vulnérables, à condition de disposer de financements suffisants et de listes actualisées. Leur rôle est d’autant plus important que les besoins dépassent la seule réponse humanitaire classique.

Un filet social efficace doit identifier rapidement les ménages qui basculent. La guerre modifie les profils de vulnérabilité. Une famille qui n’était pas prioritaire avant mars peut le devenir après la perte d’un emploi, la destruction d’une maison ou un déplacement forcé. Les bases de données doivent donc suivre la réalité du terrain. Sans actualisation, l’aide risque de ne pas atteindre les nouveaux pauvres.

Les mécanismes nationaux offrent aussi un avantage politique. Ils inscrivent la réponse dans des institutions libanaises, au lieu de la limiter aux organisations internationales. Mais leur crédibilité dépend de leur transparence, de leur capacité de paiement et de leur couverture territoriale. Dans un contexte de ressources publiques limitées, ils doivent fonctionner en parallèle avec l’aide du Programme alimentaire mondial, de la FAO et des autres partenaires.

Le rapport appelle également à surveiller les marchés. Cela signifie suivre les prix alimentaires, le coût du pain, les carburants, les transports et les chaînes d’approvisionnement. Ces indicateurs peuvent signaler une détérioration avant même que les enquêtes ménages ne la confirment. Ils permettent aussi d’adapter le montant des transferts en espèces. Une aide qui ne suit pas l’inflation perd rapidement son effet.

Une crise très sensible aux prochains mois

L’une des conclusions les plus importantes du rapport tient à la fragilité de la reprise. Les analyses IPC menées depuis 2022 montrent une insécurité alimentaire élevée, avec des améliorations temporaires puis des retours en arrière. Après le pic de la fin 2024, environ 1,6 million de personnes étaient estimées en phase 3 ou plus. Ce nombre était redescendu à 1,17 million en avril-juin 2025, puis à 874 000 entre novembre 2025 et mars 2026. La nouvelle projection ramène le pays vers les niveaux élevés observés en 2024.

Cette trajectoire montre que les progrès restent réversibles. Une accalmie permet aux marchés de rouvrir, aux familles de travailler et aux aides de mieux circuler. Une nouvelle escalade suffit à détruire ce fragile équilibre. Le rapport insiste sur le fait que tous les effets de la guerre récente et de la crise régionale ne sont peut-être pas encore visibles. Les coûts de transport, les importations, les transferts d’argent et le tourisme peuvent se dégrader plus lentement, mais avec des effets durables.

Le conflit régional ajoute une couche de risque. Les perturbations de routes commerciales, la hausse des coûts d’assurance, les prix du carburant et la baisse possible des transferts depuis les pays du Golfe peuvent peser sur les revenus libanais. Le rapport rappelle que les remises en provenance du Golfe représentent environ 48 % des flux de transferts vers le Liban. Une baisse de ces revenus réduirait le soutien dont dépendent de nombreux ménages.

La stabilité du taux de change ne suffit plus à contenir l’inflation. Le rapport estime que la livre peut rester relativement stable à court terme grâce à l’intervention de la Banque du Liban. Mais les pressions de guerre, les coûts importés et le recul des entrées de devises peuvent maintenir les prix à un niveau élevé. Pour les ménages, le risque se mesure moins au taux officiel qu’au prix du pain, du transport, du gaz et du loyer.

Des priorités immédiates avant l’été

Les recommandations du rapport suivent une logique d’urgence. La première priorité consiste à maintenir une assistance alimentaire suffisante et financée. Elle doit viser les districts du Sud, les zones de forte vulnérabilité, les régions d’accueil, les réfugiés syriens, les réfugiés palestiniens et les nouvelles arrivées depuis la Syrie. L’objectif est d’éviter que les ménages en phase 2 basculent en phase 3, et que ceux en phase 3 glissent vers la phase 4.

La deuxième priorité concerne les moyens d’existence. Le rapport demande de soutenir les ménages dépendants du travail informel, de l’agriculture, du commerce, des services et du travail journalier. Cette aide peut prendre la forme de transferts en espèces, de soutien à la reprise d’activité, de réparation d’outils ou d’appui aux petites entreprises. Elle vise à préserver le pouvoir d’achat, sans pousser les familles à vendre leurs derniers actifs.

La troisième priorité concerne l’agriculture. Les ménages agricoles ont besoin de semences, d’engrais, de pesticides, d’irrigation, de fourrage, d’intrants vétérinaires et, lorsque c’est possible, d’appuis en espèces pour produire. Le rapport cite le Sud, Nabatieh, Baalbek-Hermel, la Békaa et l’Akkar parmi les zones où ce soutien est important. Il s’agit de limiter les pertes de production, mais aussi de maintenir une offre locale de produits frais.

La quatrième priorité porte sur l’accès. Sans accès sûr aux zones touchées, les plans restent incomplets. Les organisations doivent pouvoir livrer l’aide, évaluer les besoins, rouvrir des circuits commerciaux et soutenir les agriculteurs. Les prochaines semaines devront donc répondre à une question pratique : les données du rapport pourront-elles être suivies par des interventions dans les zones mêmes où l’insécurité alimentaire progresse le plus vite.

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