Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, est arrivé à Beyrouth jeudi soir pour une visite officielle marquée par des discussions cruciales sur la stabilité du Liban. Prévue pour vendredi 6 février 2026, cette rencontre avec les principaux dirigeants libanais intervient à un moment où le pays navigue entre une fragile reprise post-conflit et des tensions régionales exacerbées par les menaces entre les États-Unis et l’Iran. Au cœur des échanges : les préparatifs d’une conférence internationale à Paris le 5 mars prochain, destinée à renforcer l’armée libanaise face aux défis sécuritaires persistants.
Barrot doit s’entretenir avec le président Joseph Aoun, le président du Parlement Nabih Berri, le Premier ministre Nawaf Salam, le ministre des Affaires étrangères Youssef Rajji et le commandant en chef de l’armée Rodolphe Haykal. Ces entretiens, qui se dérouleront au palais présidentiel de Baabda et dans d’autres lieux officiels, soulignent l’engagement de la France auprès du Liban, un allié historique. Le ministre français, qui en est à sa troisième visite dans le pays, arrive dans un contexte où le Liban cherche à consolider son autorité étatique après des années de crise économique et de conflits armés. Selon des sources diplomatiques, les discussions porteront sur des enjeux immédiats, comme la sécurité aux frontières et les réformes internes, tout en évitant une implication du Liban dans les escalades régionales.
Les autorités libanaises, élues ou nommées dans le sillage des changements politiques de début 2025, incarnent un renouveau institutionnel. Joseph Aoun, ancien commandant de l’armée, a été élu président le 9 janvier 2025 avec 99 voix au Parlement, mettant fin à plus de deux ans de vacance présidentielle. Nawaf Salam, ancien juge à la Cour internationale de justice, a formé un gouvernement en février 2025, avec un cabinet de 24 ministres axé sur les réformes. Nabih Berri reste à la tête du Parlement depuis des décennies, tandis que Youssef Rajji gère les Affaires étrangères et Rodolphe Haykal dirige l’armée depuis la nomination d’Aoun à la présidence. Ces figures clés représentent un équilibre confessionnel fragile, avec une emphase sur la souveraineté et la stabilité.
Les échanges avec Barrot interviennent alors que le Liban fait face à des violations répétées du cessez-le-feu de novembre 2024 avec Israël. Plus de 10 000 incidents ont été recensés depuis lors, incluant des frappes aériennes israéliennes quasi quotidiennes sur le sud du pays. En janvier 2026, 87 frappes ont été comptabilisées, soit plus du double qu’en décembre 2025, ciblant des infrastructures présumées liées au Hezbollah. Ces actions ont causé au moins 330 morts et maintenu plus de 64 000 personnes déplacées un an après le cessez-le-feu. Le gouvernement libanais a déposé plusieurs plaintes auprès des Nations unies, accusant Israël de miner la stabilité régionale.
Une visite dans un contexte régional tendu
La visite de Jean-Noël Barrot s’inscrit dans un paysage géopolitique marqué par l’intensification des tensions entre les États-Unis et l’Iran. Début février 2026, des négociations indirectes entre Washington et Téhéran ont été annoncées, puis brièvement annulées, avant d’être relancées à Oman. Le président américain Donald Trump a menacé l’Iran de frappes plus sévères si les pourparlers échouaient, tandis que Téhéran a averti d’une riposte régionale en cas d’attaque. Ces menaces ont des répercussions directes sur le Liban, où le Hezbollah, allié de l’Iran, a déclaré son soutien inconditionnel à Téhéran. Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, a affirmé que le groupe répondrait fermement à toute agression contre l’Iran, risquant d’entraîner le Liban dans un conflit plus large.
Barrot abordera avec les dirigeants libanais les moyens d’éviter que le pays ne soit aspiré dans cette spirale. Des sources diplomatiques indiquent que la France, en coordination avec les États-Unis, cherche à isoler le Liban des dynamiques régionales. Des contacts récents entre l’ambassade de France à Beyrouth et le Hezbollah, le dernier remontant à la semaine précédente, visent à explorer des voies de désescalade. Bien que aucune rencontre officielle entre Barrot et des représentants du Hezbollah ne soit prévue, ces échanges soulignent l’approche pragmatique de Paris : exploiter la faiblesse actuelle du Hezbollah, affaibli militairement et financièrement après les confrontations de 2024 avec Israël, pour promouvoir un désarmement progressif.
Le Premier ministre Nawaf Salam a réaffirmé que le Liban ne permettra pas au Hezbollah de l’entraîner dans une guerre avec l’Iran ou les États-Unis. Lors du sommet mondial des gouvernements aux Émirats arabes unis, Salam a déclaré : « Nous avons eu assez d’aventures avec la guerre de soutien à Gaza. » Cette position reflète la priorité du gouvernement : consolider la souveraineté étatique et éviter les aventures régionales. Le rôle de l’armée libanaise, renforcée par des déploiements au sud du Litani, est central dans cette stratégie, avec des progrès initiaux salués par Paris.
Les préparatifs de la conférence de Paris
Au centre des discussions figure la conférence internationale de soutien à l’armée libanaise, prévue le 5 mars 2026 à Paris. Annoncée en janvier 2026, cette réunion, présidée par le président français Emmanuel Macron, rassemblera environ 50 pays et 10 organisations internationales. Son objectif : mobiliser un appui politique et financier pour l’armée et les forces de sécurité internes, dans le cadre du désarmement des groupes non étatiques comme le Hezbollah. La présidence libanaise a confirmé que la conférence s’ouvrira sur un discours de Macron, soulignant l’engagement de la France.
Les préparatifs ont impliqué des consultations avec le « Quintette » – États-Unis, France, Arabie saoudite, Égypte et Qatar – et des visites d’émissaires français comme Jean-Yves Le Drian. L’armée libanaise a déjà achevé la première phase de son plan de déploiement au sud, confisquant des armes et démantelant des installations non autorisées. Le commandant Rodolphe Haykal présentera une vision pour la seconde phase, couvrant la zone entre le Litani et l’Awali. Barrot évaluera ces avancées, liant le soutien international à la poursuite du désarmement.
Des sources officielles indiquent que la conférence pourrait débloquer des fonds pour moderniser l’armée, essentielle à la stabilité du Liban. Le président Aoun, lors d’une réunion avec des ambassadeurs en janvier 2026, a insisté sur le besoin de soutien pour restaurer l’autorité de l’État. « L’armée est assoiffée de présence et de protection au sud », a déclaré Nabih Berri, allié du Hezbollah, soulignant un consensus croissant sur le rôle des forces armées.
La sécurité aux frontières et les violations israéliennes
Les questions de sécurité frontalière domineront les entretiens. Le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, reformulé en 2024 et présidé par les États-Unis avec la participation de la France, du Liban, d’Israël et de la FINUL, reste un outil clé. Ce comité, une version renforcée du mécanisme tripartite, se concentre sur le désarmement du Hezbollah au sud du Litani, mais ignore souvent les violations israéliennes, selon des sources libanaises.
En février 2026, Israël a mené des frappes sur quatre postes-frontières syro-libanais, affirmant cibler des routes de contrebande d’armes pour le Hezbollah. Des incidents récents incluent des pulvérisations de substances chimiques au sud, qualifiées de « crime sanitaire » par le président Aoun. Ces actions ont détruit des bâtiments dans des villages comme Kfar Tebnit et Ain Qana, et tué un cadre supérieur du Hezbollah dans la défense aérienne à Harouf. L’armée israélienne justifie ces opérations par des efforts de réarmement du Hezbollah, mais le Liban dénonce une escalade injustifiée.
Barrot discutera de ces violations, appelant à un respect mutuel du cessez-le-feu. Des délégations civiles libanaise et israélienne se sont rencontrées en décembre 2025 à Naqoura, marquant une première historique, pour aborder la coopération économique et la démarcation des frontières. La France soutient ces efforts, voyant dans la stabilité frontalière une condition pour l’investissement international.
Les réformes économiques en cours
Les réformes internes constituent un autre pilier des discussions. Depuis la formation du gouvernement Salam en février 2025, le Liban a avancé sur plusieurs fronts. En avril 2025, le Parlement a adopté une loi révisée sur le secret bancaire, alignée sur les exigences du FMI et du Groupe d’action financière (GAFI), qui avait placé le Liban sur sa liste grise en 2024. Cette mesure vise à restaurer la confiance dans le système bancaire, paralysé depuis la crise de 2019.
Le gouvernement a également lancé le filet de sécurité sociale national (AMAN) et une stratégie sociale pour 2026-2030, financée internationalement, pour soutenir les populations vulnérables. La Banque mondiale a approuvé des fonds pour la protection sociale et la transformation numérique. Cependant, la loi sur le « gap financier », cruciale pour répartir les pertes de 80 milliards de dollars et restructurer les banques, reste bloquée au Parlement. Le FMI exige des amendements pour clarifier la hiérarchie des créances et protéger les petits déposants.
Nawaf Salam a déclaré que ces réformes sont essentielles pour attirer les investissements arabes et internationaux. Lors du sommet mondial des gouvernements aux Émirats, il a appelé les pays arabes à participer activement à la conférence de Paris. La croissance du PIB réel est projetée à 4 % en 2026, si les réformes persistent, selon la Banque mondiale. Barrot évaluera ces progrès, liant l’aide française à une mise en œuvre effective.
Le rôle de la FINUL et son avenir
La mission de la FINUL, dont le mandat expire le 31 décembre 2026, sera un sujet sensible. Renouvelé pour la dernière fois en août 2025 par la résolution 2790 du Conseil de sécurité de l’ONU, le mandat prévoit un retrait ordonné d’ici fin 2027. Avec environ 10 000 casques bleus de 47 pays, la FINUL soutient l’armée libanaise dans le désarmement des groupes non étatiques et surveille les violations de la résolution 1701 de 2006.
Depuis le cessez-le-feu de 2024, la FINUL a enregistré plus de 10 000 violations israéliennes, incluant des incursions et des frappes. Le Liban plaide pour une force neutre internationale post-2026 pour documenter les violations et maintenir la stabilité. Barrot, représentant la France qui contribue à la FINUL, discutera de la transition, insistant sur le renforcement de l’armée libanaise pour combler le vide.
Jean-Pierre Lacroix, sous-secrétaire général de l’ONU aux opérations de paix, a affirmé que la FINUL continuera à soutenir les forces libanaises jusqu’au 31 décembre 2026, sans retrait anticipé. Des incidents hostiles croissants menacent les casques bleus, soulignant l’urgence d’une coordination accrue.
Les efforts pour éloigner le Liban du conflit régional
Face aux tensions États-Unis-Iran, Barrot plaidera pour que le Liban reste en dehors des conflits régionaux. Des négociations irano-américaines, relancées à Oman le 6 février 2026, portent sur le nucléaire, les missiles balistiques et le soutien aux proxies. L’Iran a averti que toute attaque américaine déclencherait une guerre régionale, impliquant potentiellement le Hezbollah.
Le gouvernement libanais, via Salam, rejette toute implication. Des sources indiquent que la France utilise les faiblesses du Hezbollah pour pousser au désarmement, évitant une confrontation civile. Des contacts diplomatiques récents entre l’ambassade française et le Hezbollah visent à atténuer les risques.
Les implications immédiates des discussions franco-libanaises
Les entretiens de Barrot avec Haykal porteront sur les avancées militaires au sud, où l’armée a confisqué des armes du Hezbollah. En février 2026, des frappes israéliennes ont visé des dépôts d’armes, tuant des operatives du Hezbollah. Le Liban prépare une action légale contre Israël pour l’utilisation de substances chimiques au sud, qualifiées de crime environnemental par Aoun.
Ces faits récents soulignent les défis immédiats : consolider le cessez-le-feu malgré 2 000 violations en 2025, et avancer les réformes pour débloquer l’aide. La visite évalue la capacité du Liban à naviguer ces pressions, avec la conférence de Paris comme jalon clé pour le soutien international.



