mercredi, février 4, 2026

Les derniers articles

Articles liés

Le Courant patriotique libre dénonce les contradictions dans l’adoption du budget 2026 au Liban

- Advertisement -

Le 2 mars 2026, le Courant patriotique libre (CPL), présidé par le député Gebran Bassil, a tenu une réunion de son conseil politique, marquant un nouveau chapitre dans les tensions politiques libanaises. Au cœur des discussions : le processus d’adoption du budget de l’État pour l’année 2026, approuvé fin janvier par le Parlement après trois jours de débats intenses. Dans un communiqué publié à l’issue de cette rencontre, le CPL a pointé du doigt ce qu’il qualifie de « coup d’œil court et de vide au niveau des propositions et des réalisations ». Ce texte, diffusé par l’Agence nationale d’information (ANI), met en lumière des incohérences flagrantes dans les positions des acteurs politiques, notamment entre les votes au sein du gouvernement et ceux au Parlement.

Les sessions parlementaires consacrées au budget, qui se sont déroulées du 27 au 30 janvier 2026, ont révélé des fractures profondes au sein de l’assemblée. Sur les 128 députés, 59 ont voté en faveur du texte, 34 contre, et 11 se sont abstenus. Le président du Parlement, Nabih Berri, a même ordonné l’arrêt de la diffusion en direct des débats lorsque les échanges sur l’augmentation des salaires du secteur public ont dégénéré en altercations verbales. En dehors des murs du Parlement, des retraités de l’armée ont manifesté à Beyrouth, exigeant une meilleure rémunération, et ont tenté de forcer l’entrée du bâtiment, illustrant la pression sociale qui pèse sur les décisions budgétaires.

Le budget approuvé, d’un montant de 5,68 milliards de dollars, représente une augmentation de 14 % par rapport à celui de 2025. Il prévoit des allocations plus élevées pour les services sociaux, une amélioration des dépenses pour le personnel du secteur public et leurs protections sociales, ainsi qu’une réduction de 38 % des réserves budgétaires, présentée comme un signe de discipline fiscale. Pourtant, selon le CPL, ces chiffres masquent un manque de vision stratégique. Le communiqué insiste sur les « contradictions évidentes entre le vote pour le budget au gouvernement et le vote contre au Parlement, et le vote contre le budget tout en restant au gouvernement ». Ces reproches visent implicitement plusieurs formations politiques, dont certaines alliées au CPL par le passé, soulignant les alliances volatiles qui caractérisent la scène libanaise.

Un processus budgétaire marqué par les incohérences

Les débats parlementaires ont rapidement dévié des aspects financiers pour s’enliser dans des règlements de comptes partisans. Des députés comme Halima Kaakour ont critiqué l’insuffisance des fonds alloués à la reconstruction, rappelant les besoins pressants dans les régions touchées par les conflits récents. D’autres, tels que Firas Hamdan, ont dénoncé un budget ancré dans une « mentalité ancienne », avec des salaires versés sur la base d’un ancien taux de change, aggravant la pauvreté sociale. Ces interventions ont provoqué des échanges tendus, notamment avec les députés du bloc de la Loyauté à la Résistance, nécessitant l’intervention de Nabih Berri pour apaiser les esprits.

Le CPL a particulièrement fustigé la « farce » survenue au Parlement concernant les promesses faites aux militaires et aux employés du secteur public. Durant les sessions, des engagements verbaux sur des augmentations salariales ont été avancés, mais sans traduction concrète dans le texte final. Le vice-président de la Chambre, Elias Bou Saab, a ultérieurement annoncé un accord entre le Premier ministre Nawaf Salam et une délégation de vétérans pour une hausse des salaires avant fin février 2026. Cependant, ces ajustements postérieurs n’ont pas atténué les critiques du CPL, qui voit dans ces épisodes un symptôme de l’absence de cohérence globale.

Ce budget, soumis dans les délais constitutionnels au Conseil des ministres, a été présenté par le gouvernement comme une preuve d’intention réformiste. Il s’inscrit dans un contexte post-conflit, où le Liban cherche à consolider sa stabilité après les tensions régionales de 2024-2025. Pourtant, des observateurs notent que les discussions ont été éclipsées par des enjeux électoraux, avec les élections législatives prévues pour le 10 mai 2026 en toile de fond. Les candidatures s’ouvrent du 10 février au 10 mars 2026, et les listes électorales doivent être finalisées d’ici le 25 mars. Cette proximité temporelle explique en partie l’intensité des débats, chaque parti cherchant à marquer des points auprès de son électorat.

Escalade des tensions entre leaders chrétiens

Au-delà du budget, le communiqué du CPL s’attarde sur les attaques verbales du chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, contre le mouvement et son président. Le texte exprime un « étonnement » face au « discours bas » de Geagea, l’accusant d’utiliser « l’insulte au lieu de l’argument ». Selon le CPL, cela révèle un « projet d’élimination de ses rivaux chrétiens », masquant l’échec des ministres FL au gouvernement par des « cris et des injures ». Ces accusations s’inscrivent dans une rivalité historique entre les deux formations chrétiennes, exacerbée par les dynamiques post-guerre.

Les tensions entre le CPL et les FL remontent à des décennies, mais elles se sont intensifiées en 2025-2026 autour de questions comme le désarmement du Hezbollah et la réforme électorale. En novembre 2025, Bassil s’était aligné avec le Hezbollah sur la question du désarmement, critiquant Geagea pour ses positions perçues comme opportunistes. Geagea, de son côté, accuse le CPL de bloquer les réformes pour des motifs électoraux, notamment sur le vote de la diaspora. La loi électorale de 2017, qui visait à corriger la représentation chrétienne, est aujourd’hui contestée, avec des propositions pour permettre aux expatriés de voter pour l’ensemble des 128 députés.

En janvier 2026, lors d’une intervention télévisée sur Al-Jadeed, Bassil a déclaré que le pouvoir avait affaibli le CPL, tandis que l’opposition l’avait renforcé. Il a souligné que « personne ne peut gouverner véritablement le Liban », positionnant son mouvement comme la « seule opposition » au gouvernement actuel. Cette déclaration fait écho aux critiques du CPL contre les FL, accusés de compromettre la souveraineté chrétienne pour des gains partisans. Les FL, quant à eux, devraient gagner des sièges aux dépens du CPL lors des élections de mai, selon des projections basées sur les résultats municipaux de 2025.

Vers une intervention télévisée de Gebran Bassil

Le communiqué du CPL annonce une apparition télévisée de Bassil cette semaine, qualifiée d’occasion pour exposer la « vision globale » du mouvement sur des enjeux cruciaux : élections, réformes, récupération de la souveraineté, retour des déplacés, restitution des droits des déposants. Cette intervention s’annonce comme une alternative à la « théorisation et aux injures », visant à recentrer le débat sur les priorités des Libanais. Bassil, ancien ministre des Affaires étrangères, a souvent utilisé les médias pour clarifier ses positions, comme en août 2020 lors d’une interview sur CNN où il défendait les réformes contre la corruption.

Ces thèmes résonnent avec les défis actuels du Liban. Le retour des déplacés syriens, par exemple, fait l’objet de discussions diplomatiques avec Damas, le Premier ministre Salam ayant visité la capitale syrienne en avril 2025. Sur la souveraineté, les tensions persistent autour du désarmement du Hezbollah, avec un plan en cinq phases présenté par l’armée en août 2025. La phase une, achevée en janvier 2026, a concerné le sud du Litani ; la phase deux, prévue pour février, cible la zone entre le Litani et l’Awali. Le président Joseph Aoun a déclaré en janvier que l’armée avait « nettoyé le sud du Liban des armes du Hezbollah », mais le parti rejette toute coopération, invoquant le retrait israélien.

Les droits des déposants restent un dossier brûlant, avec des estimations de pertes bancaires dépassant les 70 milliards de dollars depuis la crise de 2019. Le budget 2026 n’aborde pas explicitement cette question, se concentrant sur la stabilisation macroéconomique, mais des négociations avec le FMI persistent pour un plan de sauvetage. Bassil, dans ses interventions passées, a défendu une approche équilibrée, évitant les alliances forcées, y compris avec le Hezbollah, qu’il n’exclut pas pour des motifs d’intérêt national.

Dynamiques régionales et enjeux sécuritaires

Les critiques du CPL s’inscrivent dans un contexte régional marqué par l’évolution des relations syro-libanaises depuis la chute du régime Assad. Beyrouth cherche une relation égalitaire avec les nouvelles autorités à Damas, mais les progrès sont lents. En novembre 2025, le vice-Premier ministre libanais Tarek Mitri a rencontré le président syrien Ahmed al-Sharaa, et un accord judiciaire pourrait être signé début février 2026. Ces échanges visent à réguler les flux de réfugiés et à renforcer la coopération sécuritaire.

Sur le plan sécuritaire, le Liban documente 2 036 violations israéliennes de sa souveraineté au cours des trois derniers mois de 2025. Le mécanisme de cessez-le-feu, mis en place en novembre 2024, est sous tension, avec une prochaine réunion prévue le 25 février 2026 axée sur les questions de sécurité. L’armée libanaise, soutenue par une conférence internationale à Paris le 5 mars, prépare la phase deux du désarmement, malgré le refus catégorique du Hezbollah. Le commandant Rodolphe Haykal présentera son plan au Cabinet ce vendredi, sous la présidence d’Aoun.

Le mandat de la FINUL, renouvelé jusqu’en décembre 2026, prévoit un retrait progressif des troupes, en coordination avec le gouvernement libanais. Beyrouth s’engage à coopérer durant cette phase de transition, craignant un vide que pourrait exploiter le Hezbollah. Ces développements soulignent les défis d’un État fragilisé, où les réformes institutionnelles, promises par le Taëf de 1989, restent inachevées, notamment sur la déconfessionnalisation et le monopole des armes par l’État.

Perspectives électorales et réformes en suspens

À l’approche des élections, les forces politiques affûtent leurs stratégies. Le CPL, avec 18 sièges actuels, risque de perdre du terrain face aux FL, qui capitalisent sur leur opposition au Hezbollah. Les municipales de 2025 ont révélé des tensions internes au sein de la communauté chiite, avec des clans challengant l’hégémonie du duo Hezbollah-Amal. Chez les sunnites, le retour de Saad Hariri pourrait reconfigurer le paysage, tandis que les indépendants et réformistes espèrent capitaliser sur le mécontentement populaire.

Le débat sur le vote expatrié ravive les clivages post-guerre civile. Le Cabinet a proposé de suspendre six sièges overseas, ravivant les lignes de fracture entre les blocs du 8 mars (Hezbollah, Amal, CPL) et du 14 mars (FL, Kataeb). Ces divisions, ancrées dans les influences confessionnelles et régionales, compliquent toute avancée réformiste. Le nouveau gouvernement, formé en février 2025 sous Salam, hérite d’un pays marqué par l’instabilité politique et l’effondrement économique, avec des institutions affaiblies par la corruption endémique.

Les enjeux pour 2026 incluent la mise en œuvre des accords de Taëf sur la politique confessionnelle, le renforcement de l’armée face aux milices, et la navigation diplomatique avec des acteurs comme l’Iran, Israël et les États-Unis. La décision de l’administration Trump de suspendre l’aide à l’armée libanaise complique ces efforts, forçant Beyrouth à chercher des soutiens alternatifs. Dans ce cadre, l’intervention de Bassil cette semaine pourrait préciser les priorités du CPL, focalisées sur la souveraineté et les droits économiques, tout en maintenant une distance critique avec ses anciens alliés.

Implications immédiates des critiques budgétaires

Les reproches du CPL sur le budget soulignent un malaise plus large quant à l’absence de comptes clôturés pour les années précédentes, violant le cadre constitutionnel des finances publiques. Des analystes notent que ce budget, débattu sans mémoire fiscale, normalise l’amnésie budgétaire, affaiblissant le contrôle parlementaire. Les allocations pour la reconstruction restent insuffisantes, particulièrement dans le sud, où les dommages des conflits passés pèsent encore. Le Cabinet, réuni ce vendredi, examinera ces questions, y compris le plan de l’armée pour la phase deux du désarmement, amid des violations israéliennes persistantes.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

A lire aussi