Beyrouth – Dans un climat de tensions régionales exacerbées par les frappes américano-israéliennes sur l’Iran, qui ont entraîné la mort confirmée du guide suprême Ali Khamenei, les réactions officielles au Liban se multiplient ce dimanche 1er mars 2026. Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, a publié un long communiqué saluant la mémoire du leader iranien, le qualifiant de martyr et réaffirmant l’engagement du mouvement dans la voie de la résistance. Cette déclaration, diffusée via les canaux officiels du parti et relayée par l’Agence nationale d’information (ANI), intervient alors que Téhéran a confirmé la mort de Khamenei, survenue lors des bombardements massifs de la veille sur plusieurs sites stratégiques iraniens, dont la capitale. Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a également exprimé ses condoléances, évoquant un héritage spirituel et politique ancré dans la tradition islamique. Ces prises de position soulignent les liens étroits entre le Liban et l’Iran, dans un contexte où le Premier ministre Nawaf Salam appelle à la prudence pour préserver la stabilité du pays.
Le communiqué de Naim Kassem, prononcé en arabe et traduit en plusieurs langues, décrit Khamenei comme un « guide divin » et un « leader de la nation », dont la mort représente une perte immense pour la communauté islamique et les partisans de la résistance. Kassem, qui a succédé à Hassan Nasrallah à la tête du Hezbollah en octobre 2024 après l’assassinat de ce dernier dans une frappe israélienne à Beyrouth, insiste sur la continuité de la lutte. Il exprime ses condoléances au peuple iranien, aux autorités de la République islamique et à l’imam caché, tout en félicitant Khamenei pour avoir obtenu « la plus haute médaille de l’honneur, de la sincérité, de la résistance et du dévouement au service de Dieu », à savoir le martyre. Le texte, publié à midi heure locale, met en avant le timing de cette mort survenue durant le mois sacré du Ramadan, période de jeûne et de spiritualité, renforçant ainsi son caractère symbolique. Kassem y voit un signe divin, Khamenei ayant quitté ce monde « debout, résistant, courageux, comptant sa récompense auprès de Dieu ».
Dans ce même communiqué, Kassem condamne fermement l’opération menée par les États-Unis et Israël, la qualifiant de « sommet du crime » et d’une « tache de honte sur le front de l’humanité entière ». Il accuse les « tyrans américains et les criminels sionistes » d’avoir ciblé non seulement Khamenei, mais aussi d’autres dirigeants et des civils innocents, dans le cadre d’une agression visant à affaiblir la République islamique et ses alliés. Cette attaque, selon lui, s’inscrit dans une stratégie plus large d’oppression soutenue par « le grand Satan américain » contre les peuples et la religion. Kassem affirme que cette perte, bien que douloureuse, ne brisera pas la détermination des résistants, laissant derrière elle « des dizaines de millions d’amoureux de la wilaya (gouvernance islamique), des leaders qui continueront à porter le drapeau, et des peuples qui resteront sur le terrain pour proclamer l’islam authentique mohammadien, soutenir la vérité, libérer la Palestine et Jérusalem, et poursuivre la résistance qui sauve les opprimés du joug de l’arrogance, de l’occupation, de la dépendance et de la soumission ».
Le dirigeant du Hezbollah réaffirme l’engagement du mouvement dans cette voie, déclarant que « nous, dans le Hezbollah et la résistance islamique au Liban, ainsi que tous les soutiens et partisans de cette ligne authentique khomeiniste, continuerons le chemin avec détermination et fermeté, avec un esprit de martyre qui ne connaît ni fatigue ni lassitude, et qui ne accepte pas l’humiliation ». Il positionne le Hezbollah en « avant-garde des moudjahidines pour la libération de la terre et de l’homme, sur la voie du seigneur des martyrs de la nation, Sayyed Hassan Nasrallah ». Kassem conclut en assurant que le parti accomplira son devoir dans la confrontation contre l’agression, confiant en la victoire divine, citant un verset coranique : « Et la victoire ne vient que de Dieu, le Puissant, le Sage ». Il ajoute que, malgré les sacrifices, « nous ne quitterons pas le champ de l’honneur et de la résistance, face à la tyrannie américaine et au crime sioniste, pour défendre notre terre, notre dignité et nos choix indépendants ».
Cette déclaration s’inscrit dans un contexte de deuil officiel en Iran, où la télévision d’État a annoncé la mort de Khamenei et d’autres figures clés, comme le conseiller Ali Shamkhani et le commandant des Gardiens de la révolution. Au Liban, où le Hezbollah maintient une influence significative, particulièrement dans les régions chiites du sud et de la banlieue de Beyrouth, des rassemblements spontanés ont eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche. Des marches funèbres, accompagnées de tirs en l’air et de chants religieux, ont été observées dans la banlieue sud de la capitale, fief du parti, selon des témoins oculaires. Le Hezbollah a appelé à un grand rassemblement public dans cette zone pour rendre hommage à Khamenei, renforçant ainsi son alignement avec Téhéran.
Les hommages du président du Parlement Nabih Berri
Nabih Berri, figure emblématique du mouvement Amal et président du Parlement libanais depuis 1992, a lui aussi rendu un hommage appuyé à Khamenei dans un communiqué publié peu après midi. Berri, dont le parti chiite entretient des relations complexes avec le Hezbollah – alliés mais parfois rivaux au sein de la communauté chiite libanaise –, décrit Khamenei comme un « descendant de la famille prophétique pure », parti vers Dieu en jeûnant, en priant et en luttant sur les champs de bataille avec fermeté et certitude. Il le compare à Ali et Hussein, figures centrales du chiisme, soulignant son engagement contre les tyrans et son adhésion à la parole de vérité face au pouvoir injuste. Berri n’hésite pas à évoquer une « âme fière » qui préfère la mort honorable à l’obéissance aux méchants, inscrivant Khamenei dans la lignée de l’islam authentique mohammadien et de l’école husseinite humaniste, « solide comme les montagnes ».
Dans son texte, Berri présente ses condoléances à la nation islamique, aux libres du monde et aux références religieuses, le qualifiant d’imam, de référence, de guide et de leader mujahid sincère qui a tenu ses promesses envers Dieu sans dévier. Il le salue comme un grand martyr, dont la mort renforce la nation plutôt que de l’affaiblir, citant : « Le plus noble des morts est le martyre ». Berri adresse ses condoléances au peuple iranien ami, à la famille du martyr, à ses disciples, aux grandes références religieuses et à la direction iranienne, priant pour que Dieu accorde à Khamenei sa miséricorde et le place auprès des saints, des martyrs et des justes.
Cette réaction de Berri, diffusée via l’ANI, reflète les liens historiques entre Amal et l’Iran, bien que le mouvement ait adopté une posture plus modérée ces dernières années face aux crises internes libanaises. Berri, en tant que président du Parlement, joue un rôle pivotal dans la politique libanaise, particulièrement dans les négociations pour former des gouvernements ou résoudre les blocages institutionnels. Son hommage intervient alors que le Liban fait face à une vacance présidentielle persistante depuis octobre 2022, et que le cabinet de Nawaf Salam, en place depuis février 2025, gère les affaires courantes dans un contexte économique précaire, avec une dette publique dépassant les 100 milliards de dollars et une inflation toujours élevée malgré les réformes engagées.
La prudence du Premier ministre Nawaf Salam
De son côté, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a adopté un ton plus mesuré dans un communiqué publié samedi soir, soulignant la gravité de la situation régionale sans mentionner directement l’assassinat de Khamenei. Salam, juriste international et ancien ambassadeur du Liban à l’ONU, en poste depuis février 2025 à la tête d’un gouvernement de technocrates soutenu par une coalition fragile, déclare qu’il n’acceptera pas que « quiconque entraîne le pays dans des aventures qui menacent sa sécurité et son unité ». Cette phrase, interprétée comme un message indirect au Hezbollah, appelle tous les Libanais à agir avec sagesse et patriotisme, plaçant les intérêts du Liban au-dessus de toute autre considération.
Le communiqué de Salam, relayé par le bureau du Premier ministre, intervient dans un contexte où Israël a averti le Liban de frappes potentielles sur ses infrastructures civiles, y compris l’aéroport international de Beyrouth, si le Hezbollah s’impliquait dans un conflit élargi avec l’Iran. Salam, dont le cabinet inclut des ministres comme Hanine Sayyed aux Affaires sociales et d’autres figures issues des communautés sunnite, chrétienne et chiite, met l’accent sur la préservation de la stabilité. Il assure que les stocks de carburants et de médicaments sont suffisants pour au moins deux mois, tentant ainsi de rassurer la population face aux risques de perturbations liées aux fermetures d’espaces aériens et aux tensions dans le Golfe.
Les réactions au sein de la classe politique libanaise
D’autres figures politiques libanaises ont réagi à l’événement, reflétant les divisions confessionnelles et idéologiques du pays. Le patriarche maronite Bechara Boutros Raï, dans une homélie dominicale à Bkerké, a appelé à la prière pour la paix au Moyen-Orient, sans nommer directement Khamenei, mais en insistant sur le dialogue interreligieux et la nécessité d’éviter l’escalade. Raï, critique récurrent des ingérences étrangères au Liban, a réitéré son appel à l’application de la résolution 1701 de l’ONU, qui prévoit le désarmement des milices au sud du Litani et le renforcement de la présence de l’armée libanaise.
Du côté des forces opposées au Hezbollah, comme les Forces libanaises dirigées par Samir Geagea, les réactions sont plus réservées. Geagea, dans une déclaration à la presse, a exprimé ses préoccupations sur les retombées potentielles pour le Liban, appelant à une neutralité stricte et à la protection des institutions étatiques. Il a rappelé les impacts économiques des conflits passés, avec des pertes estimées à des milliards de dollars lors des affrontements de 2006. De même, le leader druze Walid Joumblatt, via son compte sur les réseaux sociaux, a plaidé pour une désescalade, soulignant les risques pour la cohésion nationale libanaise.
Au sein de la communauté sunnite, l’ancien Premier ministre Saad Hariri, bien que retiré de la politique active depuis 2022, a publié un message appelant à l’unité libanaise face aux défis régionaux. Le mufti de la République, cheikh Abdel Latif Derian, a quant à lui condamné la violence et appelé à la solidarité islamique, sans endosser explicitement la position du Hezbollah.
Les implications immédiates pour le Liban
Ces réactions illustrent les lignes de fracture au Liban, où le Hezbollah, avec son arsenal estimé à plus de 150 000 missiles selon des rapports de l’ONU, reste un acteur clé de la sécurité nationale tout en étant perçu comme une menace par certains. Les fermetures d’espaces aériens au Moyen-Orient, prolongées ce dimanche, affectent déjà l’économie libanaise, dépendante des importations via l’aéroport de Beyrouth. Des sources aéroportuaires rapportent des annulations de vols en cascade, impactant le tourisme naissant et les transferts de fonds des expatriés.
Dans les régions frontalières avec Israël, l’armée libanaise a renforcé ses positions, en coordination avec la Finul, pour prévenir toute incursion. Des patrouilles conjointes ont été observées près de Naqoura et de Khiam, où des tensions sporadiques persistent depuis l’assassinat de Nasrallah en 2024. Le ministère de la Santé libanais, dirigé par un ministre proche du Hezbollah, a mis en alerte les hôpitaux du sud, anticipant d’éventuelles répercussions.
Sur le plan diplomatique, l’ambassadeur libanais à l’ONU a participé à une session extraordinaire du Conseil de sécurité, où les États-Unis et Israël ont défendu leurs actions comme préventives, tandis que l’Iran les a qualifiées de crimes de guerre. Le Liban, par la voix de son représentant, a plaidé pour une désescalade, soulignant sa vulnérabilité aux conflits voisins.
Les rassemblements en hommage à Khamenei se poursuivent dans plusieurs villes chiites, comme Nabatiyeh et Tyr, avec des portraits du guide suprême brandis aux côtés de ceux de Nasrallah et Kassem. Des sources sécuritaires estiment que ces manifestations, pacifiques pour l’instant, pourraient s’intensifier si des ripostes iraniennes impliquent le Hezbollah. Les autorités libanaises surveillent de près la situation, avec des déploiements supplémentaires de forces de l’ordre dans la capitale pour maintenir l’ordre public.
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