mardi, février 24, 2026

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LE «MÉCANISME» DE SUIVI DU CESSEZ-LE-FEU: QUI PARTICIPE, QUI TRANCHE, ET CE QUE CELA CHANGE POUR L’ÉTAT

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NAQOURA, FORMAT RESSERRÉ: UN COMITÉ QUI SE RÉUNIT SANS VOLET CIVIL

La réunion tenue à Ras al-Naqoura se déroule dans un format décrit comme strictement militaire. La participation est limitée aux représentants de l’armée libanaise et de l’armée israélienne, à des officiers américains et français, ainsi qu’au commandant de la FINUL. L’absence de composante civile est présentée comme un fait marquant, au moment où les frappes et les survols se poursuivent.

Ce format réduit change l’image du comité. Il donne le sentiment d’un outil d’exécution et de contrôle. Il réduit l’espace d’arbitrage politique visible. Il renforce aussi l’idée que le dossier se traite d’abord par la sécurité. Cette impression est d’autant plus forte que la réunion s’inscrit dans une séquence où l’action gouvernementale est attendue sur une nouvelle étape du plan lié à l’exclusivité des armes.

Le silence institutionnel autour de cette réunion est lui aussi relevé. L’absence de communication officielle américaine sur la séance est citée comme un élément supplémentaire de brouillage. Cela laisse les récits concurrents occuper l’espace. Cela accroît aussi la lecture d’un mécanisme qui fonctionne, mais qui ne se raconte pas.

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CE QUE SURVEILLE LE «MÉCANISME»: UN ACCORD DE FIN 2024 ET UNE LOGIQUE DE VÉRIFICATION

Le comité est décrit comme une structure destinée à surveiller l’application d’un accord de cessation des hostilités entré en vigueur à la fin de 2024. Il vise à contrôler la mise en œuvre sur le terrain. Il suit aussi les violations. Dans ce cadre, le mécanisme est présenté comme une passerelle opérationnelle entre parties ennemies, sous un parrainage politique extérieur.

La nature même de cette mission crée une tension durable. Le comité ne remplace pas l’État libanais. Il ne tranche pas à la place du gouvernement. Pourtant, il fabrique des constats. Il organise des échanges. Il structure la demande de “preuve” et de “vérification”. En pratique, il influence donc la façon dont la souveraineté est évaluée, surtout quand l’agenda est dominé par la sécurité.

Dans la séquence du 8 janvier 2026, la réunion est décrite comme “téléologique”, car elle se tient en attendant une décision politique libanaise liée à la suite du plan d’exclusivité des armes. Cette attente souligne un point central. Le mécanisme suit. Il constate. Mais il se nourrit d’une décision qui appartient à l’État. Sans décision, il tourne. Avec décision, il devient un outil de mise en œuvre et de contrôle.

QUI DÉCIDE, QUI EXÉCUTE: L’ÉTAT PRIS ENTRE RAPPORTS MILITAIRES ET DÉCISION POLITIQUE

L’architecture décrite dans les récits repose sur une séparation théorique. Le gouvernement décide. L’armée exécute. Le mécanisme observe et coordonne. Le problème apparaît quand ces trois niveaux se superposent dans le calendrier. Le même jour, l’armée doit présenter un rapport final sur la fin de la première étape au sud du Litani, puis le gouvernement est censé statuer sur le passage à la deuxième étape au nord.

Dans ce contexte, le mécanisme n’est pas neutre. Il devient un écran sur lequel se projette l’attente extérieure. Il devient aussi un amplificateur du rythme. Plus le comité se réunit, plus la question du résultat revient. Plus le résultat tarde, plus la pression s’accumule. Certains récits parlent même d’une forme de “paralysie” du mécanisme, ce qui renvoie à une inquiétude simple. Un outil de suivi sans décision politique claire finit par produire de la frustration, puis de l’escalade.

Une autre dynamique apparaît dans l’idée de “réunion de bilan”. Le comité est décrit comme évaluant l’action de l’armée au sud du Litani sur le mois écoulé, en s’appuyant sur un “quatrième rapport” présenté par l’armée sur ce dossier. Cette mention illustre la place du suivi quantifié. L’action militaire devient un dossier périodique, avec une logique d’étapes et d’évaluation.

“SANS CIVILS”: UN CHOIX QUI RENFORCE L’OUTIL, MAIS RÉTRÉCIT LA LÉGITIMITÉ

Le fait d’exclure la composante civile a un effet immédiat. Cela simplifie le travail opérationnel. Cela réduit le nombre d’interlocuteurs. Cela évite aussi une politisation frontale au sein même de la salle. Mais ce choix produit un coût symbolique. Il donne l’impression d’un dossier confisqué par le sécuritaire, alors que ses conséquences touchent directement les civils, les retours, les déplacements et la reconstruction.

Ce format nourrit aussi une critique plus large. Quand la sécurité domine, la logique de “protection” peut supplanter la logique de “droit”. Or, le débat libanais ne porte pas seulement sur des incidents de terrain. Il porte sur des priorités nationales. Il porte sur les conditions d’une souveraineté complète. Il porte sur le lien entre fin des violations et décisions internes. Un comité sans civils peut donc être lu comme efficace, mais incomplet.

La mention “sans civils” fonctionne enfin comme un indicateur de climat. Elle suggère que le terrain est trop tendu pour ouvrir un espace politique élargi. Elle suggère aussi que la réunion vise d’abord à limiter la casse et à maintenir un minimum de coordination, plutôt qu’à bâtir un compromis durable.

LES CINQ POSITIONS ISRAÉLIENNES: UN DOSSIER QUI BLOQUE L’IDÉE D’APAISEMENT

Un point précis revient comme nœud de tension. Israël maintient cinq positions à l’intérieur du territoire libanais, présentées comme cinq collines ou sites. Un responsable israélien cité dans la presse affirme qu’il n’y aurait pas d’intention de démanteler ces positions. Cette posture fige le débat. Elle alimente l’idée d’un cessez-le-feu incomplet. Elle rend aussi plus difficile, côté libanais, la vente politique d’un calendrier interne, surtout si l’occupation est présentée comme persistante.

Ces positions sont justifiées, dans le récit israélien rapporté, par des objectifs de surveillance et de prévention d’attaques. Elles sont aussi liées au dossier du désarmement dans la zone. Cette articulation est centrale. Elle signifie que le mécanisme ne suit pas seulement des incidents. Il suit un échange de conditions. D’un côté, le retrait. De l’autre, des étapes internes. Cela rend l’outil de suivi indissociable d’une négociation de facto, même si le langage officiel évite parfois ce mot.

En pratique, le maintien de ces sites crée un plafond sur la confiance. Il affaiblit l’idée d’une stabilisation progressive. Il renforce aussi la tentation d’escalade. Car si le retrait ne vient pas, le camp qui réclame une ligne dure gagne des arguments.

FRAPPES, CABINET ISRAÉLIEN ET “FEU VERT”: LA PRESSION PARALLÈLE À LA RÉUNION

La réunion de Naqoura se tient pendant une séquence d’attaques israéliennes décrites comme touchant plusieurs zones. Elle se tient aussi alors que des informations évoquent, côté israélien, des discussions internes sur le “danger” représenté par le Hezbollah. Des récits affirment que le Premier ministre israélien aurait indiqué à ses ministres l’existence d’un “feu vert” américain pour une opération militaire au Liban.

Ce télescopage est essentiel. Il signifie que le mécanisme, même quand il fonctionne, n’empêche pas l’usage de la force. Il signifie aussi que la coordination ne garantit pas la désescalade. Dans une telle configuration, le mécanisme devient un lieu de comptabilité des violations, mais aussi un lieu où chaque partie vient consolider son récit. L’un dira qu’il “réagit”. L’autre dira qu’il “subit”.

La pression devient alors double. Il y a la pression militaire sur le terrain. Il y a la pression politique sur l’État libanais. Les récits occidentaux cités parlent d’une hausse attendue des pressions politiques, économiques et diplomatiques, combinée à une escalade militaire, pour pousser vers la phase 2 entre le Litani et l’Awali.

LE CŒUR TECHNIQUE DU MÉCANISME: COORDINATION, LIMITATION DES VIOLATIONS, ET CIBLE DES BÂTIMENTS CIVILS

Au-delà des slogans, des détails précis décrivent le contenu technique des discussions. Le comité est présenté comme cherchant à renforcer la coordination entre ses membres, afin de limiter les violations, de traiter la question des armes, et surtout d’éviter le ciblage de bâtiments civils soupçonnés de contenir des armes. Ce point révèle une logique de gestion du risque. Il vise à réduire les pertes civiles. Il vise aussi à réduire les effets politiques des frappes sur l’opinion.

Cette dimension montre que le mécanisme ne se limite pas à “surveiller”. Il sert aussi de canal pour tenter de prévenir certains scénarios. Mais cette prévention reste fragile. Elle dépend d’un niveau minimal de confiance. Elle dépend aussi d’une décision politique libanaise, car les besoins de l’armée pour la phase 2 sont explicitement discutés dans le cadre du mécanisme.

Le comité est ainsi décrit comme évaluant ce dont l’armée a besoin en moyens et en capacités pour poursuivre l’exécution. Cette mention renvoie à une réalité structurelle. La question n’est pas seulement de décider. Il faut pouvoir tenir le terrain, maintenir le Sud, puis étendre. Dans ce contexte, le mécanisme devient aussi un espace où se négocie, indirectement, l’équation des moyens.

L’IDÉE D’UN DÉBORDEMENT VERS L’ÉCONOMIQUE: UNE TENTATION QUI CHANGE LA NATURE DU COMITÉ

Un élément singulier apparaît dans la description du débat. Israël chercherait à introduire une dimension de coopération économique dans les délibérations du mécanisme. L’objectif serait d’obtenir une forme de coordination qui dépasse le seul champ sécuritaire et militaire. Cette tentative, si elle s’impose, change la nature du mécanisme. Elle le transforme en outil plus large. Elle l’approche d’un dispositif de normalisation technique.

Ce glissement est explosif au Liban. Un mécanisme né d’un cessez-le-feu et d’une résolution onusienne est socialement “tolérable” car il est associé à la prévention de la guerre. Mais s’il devient un canal économique, il touche un tabou. Il touche à la frontière entre coordination sécuritaire et coopération structurelle. Il crée aussi un risque d’instrumentalisation. Des acteurs internes pourraient y voir une voie d’imposition, étape par étape, d’une relation qui ne dit pas son nom.

Dans les mêmes récits, un contrepoint est avancé. Des informations indiquent que la diplomate américaine Morgan Ortagus, dans ses échanges avec des responsables libanais, aurait parlé de négociation, de mécanisme et d’armée, sans aborder de dossiers économiques ou financiers. Cette précision vise à contester l’idée d’une pression économique directe à travers le mécanisme, au moins à ce stade.

MORGAN ORTAGUS ET LA QUESTION DU “RÉPÉTITIF”: UN MÉCANISME QUI RISQUE DE TOURNER À VIDE

Une autre information éclaire la fragilité politique du dispositif. Morgan Ortagus aurait exprimé des doutes sur l’utilité de certaines réunions, décrites comme répétitives et produisant peu de percées. Il est aussi indiqué qu’aucune décision officielle n’aurait été annoncée, à ce moment-là, sur sa situation.

Ce point n’est pas anecdotique. Il souligne un risque connu. Quand un mécanisme de suivi devient routinier, il perd sa force. Il ne dissuade plus. Il ne fait plus bouger le terrain. Il devient un théâtre. Dans un contexte de frappes, cette routinisation devient dangereuse. Elle peut pousser certains acteurs à conclure que la coordination ne sert à rien. Elle peut aussi encourager des stratégies de fait accompli.

La perception d’un mécanisme “sans percée” alimente enfin un autre risque. Celui d’un retour à la logique pure de la force, sans canal de gestion. D’où l’importance, dans les récits, de lier la réunion à une décision gouvernementale attendue. Le message implicite est clair. Sans décision, le mécanisme perd sa raison d’être.

CE QUE LE MÉCANISME CHANGE POUR L’ÉTAT: AGENDA, RÉCIT, ET CAPACITÉ À PROUVER

Le premier effet est sur l’agenda. Le mécanisme impose un rythme de réunions, de rapports et d’évaluations. Il renforce la centralité de l’armée. Il pousse le gouvernement à parler en étapes. Il réduit l’espace du flou. Il installe une politique de “phases”, avec une attente permanente de “suite”.

Le deuxième effet est sur le récit. L’État ne se contente plus de dire “nous voulons”. Il doit montrer “nous faisons”. Chaque étape devient un objet de vérification. Chaque retard devient un sujet de pression. Chaque contradiction interne devient un argument contre la crédibilité de l’État. Le mécanisme, dans cette logique, transforme la communication officielle en outil de stabilité.

Le troisième effet porte sur la souveraineté pratique. Le mécanisme est présenté comme parrainé par des puissances extérieures, avec une participation américaine et française, et une composante onusienne via la FINUL. Cela donne au dispositif un poids international. Cela peut aider le Liban à faire valoir ses violations subies. Mais cela peut aussi, si le périmètre s’élargit, créer une impression de tutelle.

Le quatrième effet est institutionnel. Le mécanisme place l’armée dans une position délicate. Elle doit exécuter. Elle doit produire des rapports. Elle doit demander des moyens. Elle doit aussi éviter d’être entraînée dans la surenchère politique. Plus le mécanisme devient central, plus l’armée devient le point d’équilibre, mais aussi le point de fragilité.

UN OUTIL QUI VERROUILLE LE TEMPS POLITIQUE

Le mécanisme, tel qu’il est décrit le 8 janvier 2026, ressemble à une pièce qui verrouille le temps politique. Il accompagne les frappes sans les empêcher. Il suit les violations tout en restant dépendant d’une décision nationale. Il met en avant la vérification, mais il bute sur des nœuds durs, comme les cinq positions israéliennes.

Dans le même mouvement, il crée une zone grise. Il est présenté comme un outil de suivi. Mais il porte des éléments de négociation indirecte, car il touche aux conditions d’exécution, aux moyens de l’armée, et aux modalités de coordination. Cette zone grise devient plus risquée si l’on tente d’y insérer des dossiers économiques. Elle devient aussi plus risquée si les réunions s’accumulent sans percée, car l’idée même de “suivi” perd alors sa crédibilité.

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