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Le pari du compromis de Joseph Aoun face aux pressions américaines et israéliennes

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Un pari assumé sur la « force de la logique »

Le chef de l’État met depuis plusieurs semaines en avant une même idée directrice. Le pays n’a plus la capacité d’entrer dans une nouvelle guerre ouverte. Dans ce contexte, le seul chemin possible serait celui d’un compromis négocié. Dans ses rencontres publiques comme dans ses réunions à huis clos, Joseph Aoun répète que « le langage de la force ne mène plus à rien » et qu’il faut passer à « la force de la logique ».
Ce discours s’articule autour d’un message simple. Le Liban attend une réponse à une proposition de négociation indirecte, transmise par l’intermédiaire des États-Unis. Le président parle de libération des terres encore occupées, d’arrêt des agressions au Sud et du dossier des prisonniers. Il insiste sur le fait qu’aucune réponse israélienne claire n’a été reçue sur ces différents volets.
Dans ses explications, il établit un lien constant entre la situation au Sud et le climat régional. Il rappelle que la région traverse une « vague de compromis » après une phase de confrontation intense. Le pays, lui, n’a ni la marge financière ni la capacité militaire pour supporter une nouvelle guerre de grande ampleur. Le choix de la négociation est présenté comme une conséquence directe de cette réalité.
Le chef de l’État tient ce discours devant des délégations politiques, des représentants de la presse, des syndicats et des organisations économiques. Il se place volontairement au centre du tableau. Il se présente comme celui qui porte l’option politique, tout en renvoyant au gouvernement et au Parlement le soin d’adapter les lois, d’organiser les élections et de gérer les dossiers internes.

Les paramètres concrets de l’option de compromis

L’option de compromis ne se limite pas à une formule générale. Elle repose sur plusieurs éléments opérationnels. Le premier concerne la frontière sud et la zone située au-delà du Litani. Le président rappelle que l’accord de cessez-le-feu en vigueur encadre la présence des forces armées dans cette région. L’armée libanaise est présentée comme seule force régulière autorisée à s’y déployer, aux côtés de la force internationale.
Le second paramètre touche aux violations répétées du cessez-le-feu. Le chef de l’État insiste sur le fait que les bombardements, les survols, les incursions terrestres et les destructions de maisons et de champs doivent cesser. La négociation envisagée porte sur la fin de ces violations et sur un retrait des forces israéliennes des positions occupées après la dernière phase de combats.
Un troisième élément concerne les prisonniers et les détenus. La question des personnes encore aux mains de l’adversaire reste centrale. Le pouvoir met en avant l’idée d’un échange encadré par des garants internationaux, sans livrer de détails publics sur les noms, les catégories ou les séquences envisagées.
Enfin, l’option de compromis est présentée comme un prolongement de l’expérience de la délimitation de la frontière maritime. Le président rappelle que le pays a réussi, dans ce dossier, à obtenir un accord qui a permis l’entrée en scène d’acteurs énergétiques internationaux sans renoncer officiellement à ses droits. L’argument est clair. Si la méthode a fonctionné sur un sujet extrêmement sensible, elle pourrait servir de modèle pour traiter la frontière terrestre et le cessez-le-feu.

La carte du mécanisme de cessez-le-feu au Sud

Au cœur de ce dispositif se trouve la commission chargée du suivi du mécanisme de cessez-le-feu. Cette structure, qui regroupe des représentants du Liban, de la force internationale et de l’armée israélienne sous médiation extérieure, se réunit régulièrement à Naqoura.
Le président présente ce comité comme la boîte à outils de la phase actuelle. Il explique qu’il réunit « toutes les parties concernées » et que sa composition peut être élargie si nécessaire. Dans sa logique, cette commission n’est plus seulement un lieu de discussion technique sur des incidents ponctuels. Elle devient le cadre dans lequel peut s’inscrire un accord plus large sur le retrait des forces, la définition de lignes de déploiement et le traitement des violations.
Le fonctionnement de ce mécanisme est aussi une manière de répondre aux critiques. Quand des voix accusent les autorités de laisser le terrain militaire entièrement aux mains des acteurs armés non étatiques, le palais met en avant l’existence de cette structure. Il insiste sur les rapports transmis, les réunions tenues, les cartes échangées, les plaintes déposées pour documenter chaque violation.
Mais cette carte a aussi ses limites. La commission ne dispose d’aucun bras exécutif propre. Elle ne peut qu’enregistrer, signaler, recommander. Les décisions finales restent entre les mains des capitales impliquées et des forces en présence sur le terrain. Le pari du président consiste justement à transformer cet outil, conçu au départ comme un mécanisme de gestion de crise, en embryon de cadre politique plus large.

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Les lignes rouges de la résistance

Face à cette démarche, la direction de la résistance fixe ses propres lignes rouges. Dans son dernier discours, le secrétaire général du mouvement affirme que le cessez-le-feu concerne le sud du Litani et que les colonies du Nord ne sont pas menacées dans le cadre actuel. Il insiste toutefois sur le refus catégorique de remettre les armes ou de renoncer à la capacité de riposte.
Ce positionnement obéit à une logique interne précise. Le mouvement présente son arsenal comme l’outil qui a permis d’empêcher de nouvelles offensives de grande envergure, de peser sur le rapport de forces avec Israël et de soutenir les fronts voisins. Il estime que l’abandon de cette capacité reviendrait à revenir à une situation de vulnérabilité stratégique et à livrer le pays aux exigences de l’ennemi.
Pour sa base, ce discours est aussi un rappel de continuité. Les références aux conflits précédents, à la « guerre existentielle » et à la nécessité de maintenir un équilibre de dissuasion occupent une place centrale. La direction du mouvement veille cependant à introduire des éléments nouveaux dans sa rhétorique. Elle met en avant des « garanties » quant à la portée de ses actions, des limites géographiques et des engagements verbaux concernant certains objectifs.
Ces propos provoquent des réactions immédiates sur la scène politique. Des formations opposées à la possession d’armes hors du contrôle de l’État parlent de « contradiction flagrante ». Elles soulignent qu’un arsenal qui ne menace ni les colonies du Nord ni la zone au Sud du Litani sert surtout, selon elles, à faire pression sur les institutions et à structurer la vie politique intérieure. D’autres courants insistent sur les résolutions internationales qui prévoient le monopole de la force par l’État.
Entre ces deux pôles, la présidence tente de conserver une posture d’équilibre. Elle déclare que l’arsenal de la résistance est une question nationale qui ne peut être réglée que dans un cadre de dialogue interne et dans le respect des engagements internationaux. Elle ajoute que toute solution durable doit garantir la protection du territoire national, la stabilité interne et la souveraineté de l’État.

Pressions et signaux venus de Washington

Le pari de la négociation se déroule sous le regard attentif des États-Unis. Le pays reçoit la visite de responsables du Trésor, de représentants politiques et de délégations qualifiées d’« exécutives » plus que de simples missions exploratoires.
Selon les récits recueillis au palais présidentiel et au Sérail, ces délégations déroulent un scénario en plusieurs temps. Il est question d’un durcissement des sanctions, d’éventuelles opérations ciblées, puis d’une phase de négociation élargie en fonction des nouvelles réalités militaires et politiques. Les responsables américains insistent sur la nécessité de réduire l’espace d’action de l’arsenal non étatique et de renforcer les capacités de l’armée régulière.
Un autre volet de ces pressions concerne le financement. Le dossier de la lutte contre les circuits de financement de la résistance reste au centre des échanges. Les services américains suivent de près la circulation des fonds, l’utilisation des structures économiques et les relations avec certains secteurs bancaires et de change. Chaque visite s’accompagne de messages sur les obligations de coopération et sur les conséquences d’un non-respect des régimes de sanctions.
Dans ce contexte, l’administration américaine envoie aussi des signaux sur sa vision globale de la région. Le président en place affirme vouloir construire un environnement plus stable, tout en poursuivant une politique de pression maximale sur certaines puissances régionales. Pour le Liban, cela se traduit par une équation délicate. Le pays est présenté comme un partenaire à soutenir dans le domaine humanitaire et sécuritaire, mais aussi comme un espace où il faut limiter l’influence des adversaires de Washington.
La marge de manœuvre des autorités libanaises se réduit. Les responsables sont confrontés à une double injonction. D’un côté, ils ont besoin du soutien international pour l’armée, pour les forces de sécurité et pour certains programmes de base. De l’autre, ils font face à des demandes explicites de réduction du rôle d’un acteur qui dispose d’une base populaire et d’un appareil armé significatif.

L’inquiétude insistante de Paris et des instances onusiennes

La France maintient une présence active dans le dossier libanais. Des responsables politiques et militaires français multiplient les contacts avec le palais présidentiel, le gouvernement et les forces armées. L’attention est concentrée sur trois points. L’application de la résolution 1701. Le déploiement effectif de l’armée au Sud. La capacité de la force internationale à remplir son mandat sans entrave.
Les représentants français insistent sur le fait que l’architecture de sécurité construite après 2006 repose sur un équilibre fragile. Toute remise en cause de l’accord de cessez-le-feu ou de la présence de la force internationale pourrait, selon eux, ouvrir la voie à une nouvelle escalade. Ils demandent donc des engagements clairs de la part de Beyrouth sur la liberté de mouvement des contingents, la coordination avec l’armée et la gestion des incidents.
Les instances onusiennes partagent ces préoccupations. Les rapports périodiques sur la mise en œuvre des résolutions soulignent la persistance de violations de part et d’autre. Ils mentionnent les survols répétés de l’espace aérien, les tirs d’artillerie, les échanges de feu et la présence de matériels interdits dans certaines zones.
Dans leurs échanges avec les responsables libanais, les représentants des Nations unies insistent sur un point. Le pays s’est engagé, par des textes formels, à faire respecter le monopole de la force légitime sur son territoire. Les résolutions mentionnent explicitement la nécessité de démanteler toute présence armée non étatique dans la zone d’opérations.
Le président, lui, met en avant le rôle de l’armée et la coopération quotidienne avec la force internationale. Il rappelle que les effectifs déployés, les patrouilles communes et les opérations de déminage illustrent la volonté de l’État d’assumer ses responsabilités. Il souligne aussi que l’armée opère dans des conditions financières et logistiques extrêmement difficiles, ce qui limite sa capacité à contrôler chaque point de la frontière.

Un pays pris en étau économique et social

Le pari du compromis se joue dans un pays traversé par une crise économique profonde. Les ménages font face à une inflation persistante sur les produits alimentaires, à des factures d’énergie lourdes et à des revenus qui, pour beaucoup, n’ont pas suivi l’évolution des prix.
Les autorités monétaires tentent de stabiliser la situation, mais la confiance dans le secteur bancaire reste fragilisée. Des millions de déposants ont vu leurs économies bloquées ou dévalorisées. Le dossier de la répartition des pertes du système financier reste ouvert, sans solution définitive. Le chef de l’État assure que les droits des déposants sont une « ligne rouge », alors que les partenaires internationaux conditionnent leurs aides à une restructuration profonde du secteur.
Sur le terrain, la vie quotidienne est marquée par une dépendance presque totale aux générateurs privés, par des marchés dérégulés, par la vente de produits de seconde main dans des secteurs sensibles comme les pneus ou les pièces automobiles, et par une érosion continue des services publics. La justice elle-même est appelée à gérer des affaires nouvelles liées au numérique, à la sécurité routière ou à la protection du consommateur, dans un cadre juridique souvent dépassé.
Dans ce contexte, la perspective d’une escalade militaire au Sud apparaît, pour une large partie de la population, comme une menace insupportable. Les souvenirs de la destruction d’infrastructures, des déplacements de population et des pertes humaines restent vifs. De nombreux acteurs économiques, touristiques et sociaux voient dans la stabilité minimale un prérequis pour la survie de leurs activités.
Le discours du président sur la « force de la logique » trouve un écho dans cette fatigue générale. Mais il se heurte aussi à une méfiance ancienne envers les élites politiques. Une partie de l’opinion s’interroge. Le compromis proposé répond-il vraiment à l’intérêt national ou sert-il à gagner du temps sans traiter les causes profondes de la crise ?

Un jeu intérieur fragmenté autour du même dossier

Sur la scène intérieure, le dossier du compromis se superpose à d’autres lignes de fracture. La loi électorale fait l’objet de projets concurrents. Le vote des expatriés divise les blocs. Des propositions de réforme vont d’une unique circonscription nationale à un retour strict aux gouvernorats, en passant par la double voix préférentielle et la baisse de l’âge du vote.
Les partis qui se présentent comme réformateurs défendent un élargissement de la participation de la diaspora. Ils considèrent que cet électorat peut introduire des dynamiques nouvelles. D’autres formations craignent au contraire un déplacement de la représentation et cherchent à limiter ce poids. Le débat technique masque des enjeux politiques très concrets sur la distribution des sièges.
Le calendrier électoral lui-même nourrit les suspicions. Officiellement, la date des législatives est maintenue. Le président, le président de la Chambre et le chef du gouvernement affirment à plusieurs reprises qu’il n’y aura ni report ni prolongation. Pourtant, les obstacles techniques, les retards dans les textes d’application et les tensions politiques alimentent l’idée d’un glissement possible.
Dans ce climat, l’appel à un « dialogue national » se heurte à des divergences. Le chef de l’État qualifie ce dialogue, tel qu’il est proposé par certains, de « dialogue de sourds » ou de « dialogue de conditions ». Il estime que ceux qui le réclament veulent y inscrire à l’avance des concessions sur des dossiers comme les armes de la résistance ou les termes de la négociation au Sud. Ses opposants affirment au contraire que l’absence de dialogue rend le pays vulnérable aux décisions prises à l’extérieur.
Les acteurs religieux ajoutent leur propre lecture. Certains rappellent la nécessité d’un État fondé sur un véritable partenariat national, avec une loi électorale équitable, un Parlement libéré des pressions extérieures et des politiques de dissuasion orientées vers l’ennemi et non vers des composantes internes. D’autres insistent sur la formule de coexistence et sur la nécessité de préserver la diversité du pays face aux tensions identitaires.

Un pari aux marges de manœuvre étroites

L’option de compromis portée par Joseph Aoun se déploie donc sur plusieurs étages. Sur le plan militaire, elle repose sur un cessez-le-feu encadré, sur la commission de suivi et sur la promesse d’un retrait progressif des forces de l’occupant. Sur le plan politique, elle s’inscrit dans un paysage intérieur fragmenté où le débat sur la loi électorale, les armes et le dialogue national reste ouvert. Sur le plan diplomatique, elle doit composer avec des pressions américaines, une vigilance française et des exigences onusiennes. Sur le plan social et économique enfin, elle s’adresse à une population épuisée, qui voit dans la stabilité minimale une condition de survie.
Ce pari se heurte à plusieurs contraintes. La première est la permanence des lignes rouges posées par la résistance. La seconde est l’exigence internationale de respecter des résolutions qui demandent à l’État de reprendre le contrôle exclusif de la force. La troisième est la crise économique, qui réduit la capacité du pays à absorber les chocs et à financer sa défense comme ses services essentiels.
Le chef de l’État tente d’occuper une position centrale. Il parle de compromis sans rupture avec la résistance. Il défend l’application des résolutions sans confrontation directe avec ceux qui s’y opposent. Il promet la tenue des élections sans offrir de garanties sur l’issue du débat législatif. Il insiste enfin sur la nécessité de protéger les déposants tout en sachant que la restructuration du système financier reste inévitable.
Dans ce contexte, l’option de la négociation n’est ni un slogan ni un choix purement théorique. Elle devient la seule voie que le pouvoir estime praticable pour éviter un engrenage militaire que le pays ne pourrait pas supporter. Mais elle reste suspendue à des réponses qui ne dépendent pas uniquement de Beyrouth. Chaque déclaration à la frontière, chaque incident au Sud, chaque mission d’un émissaire étranger vient modifier les contours de ce pari. La scène politique, elle, continue de se débattre avec ses propres contradictions, entre discours de souveraineté, exigences de réforme et réalités d’un État fragilisé.

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