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Riyad refuse la rencontre Aoun-Netanyahu

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Le déplacement discret de l’émissaire saoudien Yazid ben Farhan à Beyrouth a transmis un message clair aux responsables libanais : Riyad ne veut pas d’une rencontre précipitée entre le président Joseph Aoun et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Le royaume ne ferme pas la porte à des discussions destinées à stabiliser la frontière sud. Il refuse toutefois qu’un sommet à la Maison-Blanche devienne une image politique sans garanties sur le cessez-le-feu, le retrait israélien et la protection de l’équilibre interne libanais. Cette position intervient alors que Washington pousse le processus, tandis que les frappes et les destructions se poursuivent au Liban-Sud.

Riyad refuse une rencontre Aoun-Netanyahu précipitée

La visite de Yazid ben Farhan, le 23 avril, n’a donné lieu ni à une conférence de presse ni à une communication abondante. L’émissaire saoudien a rencontré les trois pôles du pouvoir libanais : Joseph Aoun à Baabda, Nawaf Salam au Sérail et Nabih Berri à Ain el-Tineh. Il a aussi échangé avec des responsables politiques et des députés sunnites. Le choix de la discrétion n’a pas empêché le message de circuler dans les milieux politiques libanais.

Ce message tient en une ligne : Riyad ne souhaite pas que le Liban se rende seul et sans conditions dans une rencontre avec Benjamin Netanyahu. L’invitation évoquée par Donald Trump peut ouvrir une voie diplomatique. Elle peut aussi placer Beyrouth dans une position délicate, si elle intervient alors que l’armée israélienne reste déployée dans une bande frontalière et que les villages du Sud subissent encore des frappes.

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L’Arabie saoudite ne s’oppose pas au principe d’un arrangement sécuritaire. Elle soutient l’idée d’un État libanais capable de parler d’une seule voix et de reprendre la décision de guerre et de paix. Mais elle veut éviter une scène où Joseph Aoun apparaîtrait isolé face au premier ministre israélien. Une poignée de main à Washington, sans retrait clair ni trêve respectée, serait difficile à défendre au Liban et dans le monde arabe.

Cette prudence concerne aussi la forme. Un sommet au plus haut niveau n’a pas le même poids qu’une rencontre technique entre représentants. Il produit une image immédiate. Il engage le président libanais devant une opinion divisée, dans un pays où toute relation officielle avec Israël reste explosive. Riyad demande donc de ralentir le tempo, de consulter les acteurs libanais et d’obtenir des engagements avant toute rencontre publique.

Une médiation américaine qui avance vite

La position saoudienne s’explique par l’accélération venue de Washington. Deux rencontres directes entre représentants libanais et israéliens ont déjà eu lieu aux États-Unis en avril. Elles se sont déroulées au niveau diplomatique, avec une implication américaine plus forte que prévu. La première réunion a été suivie par l’annonce d’un cessez-le-feu de dix jours. La seconde a débouché sur une prolongation de trois semaines.

Donald Trump veut désormais transformer cette séquence en succès diplomatique. Il a dit espérer recevoir Joseph Aoun et Benjamin Netanyahu dans les prochaines semaines. Pour l’administration américaine, le dossier libanais peut offrir une percée rapide : stabiliser la frontière, affaiblir le Hezbollah et lancer un dialogue direct entre deux États officiellement ennemis. Cette logique impose un calendrier court.

Beyrouth avance dans ce calendrier avec prudence. Le pouvoir libanais ne veut pas apparaître comme celui qui refuse une initiative susceptible d’arrêter la guerre. Il ne veut pas non plus se laisser entraîner dans un processus plus large que prévu. Une rencontre technique peut rester limitée à des questions de sécurité, de retrait et de démarcation. Un sommet présidentiel peut être interprété comme le début d’une normalisation.

C’est précisément ce glissement que Riyad veut contenir. Le royaume considère qu’une décision de cette nature ne peut pas être prise dans l’urgence. Elle doit tenir compte du cadre arabe, de la question palestinienne, de la situation au Sud et du rapport de forces interne au Liban. Dans la lecture saoudienne, un succès diplomatique obtenu trop vite peut devenir un facteur de déstabilisation.

Le terrain contredit le récit d’une trêve

Le cessez-le-feu annoncé par Washington reste fragile. Au Liban-Sud, les frappes israéliennes se poursuivent. Israël affirme viser des centres de commandement, des structures militaires et des positions liées au Hezbollah. Les autorités libanaises dénoncent, elles, des bombardements meurtriers et des destructions de maisons dans des localités proches de la frontière. Les habitants déplacés ne peuvent toujours pas rentrer dans plusieurs villages.

Cette situation rend politiquement coûteuse toute rencontre au sommet. Joseph Aoun peut difficilement se rendre à Washington pour un face-à-face avec Benjamin Netanyahu si les frappes continuent au même moment. Il l’a rappelé en posant une condition claire : Israël doit appliquer complètement le cessez-le-feu avant le passage à des discussions directes. Pour Baabda, les attaques ne peuvent pas se poursuivre pendant que la diplomatie prépare une nouvelle étape.

Le maintien d’une présence israélienne dans une bande frontalière aggrave encore le blocage. Cette zone, présentée par Israël comme un dispositif destiné à empêcher des tirs contre ses localités du nord, est perçue au Liban comme une occupation. Des démolitions de bâtiments y sont rapportées. Elles nourrissent un sentiment d’humiliation et renforcent les arguments de ceux qui refusent toute discussion directe avec Israël.

Dans ces conditions, Riyad estime qu’une photo à la Maison-Blanche pourrait arriver trop tôt. Le royaume veut d’abord voir des signes tangibles : une trêve réelle, un mécanisme de retrait, la fin des destructions et un engagement sur le retour des déplacés. Sans ces éléments, le sommet serait moins un aboutissement diplomatique qu’un pari politique risqué.

Le Hezbollah rejette le processus

Le Hezbollah refuse les discussions directes avec Israël. Le mouvement chiite considère que ces contacts sortent du cadre qu’il défend depuis des décennies et qu’ils reviennent à accorder un avantage politique à Israël. Il affirme aussi répondre aux violations du cessez-le-feu et relie la situation libanaise aux équilibres régionaux, notamment aux discussions qui impliquent l’Iran.

Cette position crée un problème majeur pour l’État libanais. Le président, le premier ministre et le président du Parlement peuvent accepter un processus diplomatique. Ils ne contrôlent pas entièrement les décisions militaires du Hezbollah. Or Washington et Israël attendent de Beyrouth des garanties sur la sécurité de la frontière et sur le désarmement du parti. Le gouvernement ne peut pas les fournir par simple déclaration.

Riyad connaît cette contrainte. L’Arabie saoudite veut réduire le poids du Hezbollah dans la décision nationale. Elle soutient donc les efforts visant à renforcer l’État. Mais elle ne souhaite pas provoquer une confrontation interne que le Liban ne pourrait pas absorber. Le royaume cherche une voie entre deux dangers : laisser le Hezbollah bloquer toute avancée, ou pousser l’État libanais dans un engagement impossible à tenir.

La question du désarmement demeure la plus sensible. Elle est au cœur des attentes américaines et israéliennes. Elle touche aussi au rapport de force chiite, au rôle de Nabih Berri et aux liens du Hezbollah avec l’Iran. Une pression trop brutale pourrait rallumer les tensions internes. Riyad tente donc d’encadrer la discussion, sans la faire exploser.

Taëf et la stabilité interne comme lignes rouges

Le message saoudien porte aussi sur l’accord de Taëf. Cet accord, conclu en 1989, reste la base institutionnelle de l’après-guerre civile. Il a rééquilibré les pouvoirs et donné au premier ministre sunnite une place centrale dans le fonctionnement de l’État. Pour Riyad, toute négociation sur le Sud et sur Israël doit respecter cet équilibre.

Ce rappel vise plusieurs acteurs. Il s’adresse d’abord à ceux qui pourraient marginaliser Nawaf Salam dans une séquence dominée par la présidence et par les discussions sécuritaires. Il vise aussi les forces qui ont attaqué politiquement le premier ministre, parfois avec des slogans très durs. Dans la lecture saoudienne, l’affaiblissement du chef du gouvernement pourrait ouvrir une crise institutionnelle au moment le plus dangereux.

Yazid ben Farhan a donc pris soin de parler aux composantes sunnites. Riyad veut éviter que le camp sunnite se divise ou donne l’impression de subir une décision prise ailleurs. Le Liban ne peut pas avancer vers un arrangement aussi sensible sans un minimum de cohésion entre les institutions. C’est pourquoi la visite saoudienne a insisté sur la coordination entre Baabda, le Sérail et Ain el-Tineh.

La stabilité interne est devenue une priorité régionale. Une crise libanaise ne resterait pas confinée au Liban. Elle pourrait peser sur la Syrie voisine, sur les équilibres liés à l’Iran et sur les efforts arabes pour contenir les fronts ouverts depuis plusieurs mois. Riyad veut éviter qu’une étape mal préparée sur le dossier israélien ne crée une nouvelle secousse dans une zone déjà instable.

Un cadre arabe pour limiter le face-à-face

L’Arabie saoudite inscrit son intervention dans un cadre arabe plus large. Depuis l’initiative de paix arabe adoptée à Beyrouth en 2002, la normalisation avec Israël reste officiellement liée à une solution politique globale, incluant la création d’un État palestinien souverain. Cette référence demeure centrale dans la diplomatie saoudienne, même si plusieurs pays arabes ont suivi des trajectoires différentes.

Le sommet arabo-islamique tenu à Riyad en novembre 2023 a réaffirmé la place de la question palestinienne. Dans ce contexte, un sommet libano-israélien isolé, organisé sous pression américaine et sans avancée sur le terrain, serait mal reçu. Il donnerait l’impression que le Liban est utilisé comme maillon faible d’un processus régional plus large.

Riyad ne veut pas que Beyrouth soit enfermé dans un tête-à-tête avec Israël. Le rapport de force militaire, économique et diplomatique est trop défavorable au Liban. Une couverture arabe peut aider les autorités libanaises à négocier des conditions plus précises. Elle peut aussi protéger Joseph Aoun contre l’accusation d’avoir agi seul.

Cette logique explique les échanges avec Le Caire et d’autres capitales arabes. L’objectif n’est pas de bloquer Washington, mais de ralentir une séquence jugée trop rapide. Le Liban peut discuter d’un arrêt de la guerre, d’un retrait, d’un retour des déplacés et d’un mécanisme frontalier. Il ne doit pas être poussé, selon Riyad, vers une normalisation sans contreparties.

Aoun cherche un plafond politique

Joseph Aoun a déjà tenté de définir le cadre libanais. Il parle de mettre fin à l’état de guerre avec Israël. Il ne parle pas d’un accord de paix. La nuance est importante. Elle renvoie à l’accord d’armistice de 1949, qui avait organisé une forme de stabilisation sans relation politique normale entre les deux pays.

Ce plafond permet à Baabda de répondre à Washington sans franchir une ligne rouge interne. Le président peut dire qu’il cherche à arrêter les combats, à obtenir un retrait israélien, à faire revenir les déplacés et à régler les points de frontière. Il peut aussi affirmer que la décision s’inscrit dans l’intérêt national. Mais il évite le vocabulaire de la paix séparée, qui ouvrirait une confrontation politique immédiate.

Nabih Berri partage cette prudence. Le président du Parlement, allié institutionnel indispensable dans toute discussion sur le Sud, refuse une normalisation rapide. Son rôle reste essentiel, car il sert de canal avec le Hezbollah tout en participant au fonctionnement officiel de l’État. Sans son aval minimal, toute initiative de Joseph Aoun serait exposée à un blocage politique.

Nawaf Salam doit, lui aussi, rester dans le dispositif. Le premier ministre porte la responsabilité gouvernementale. Il doit préserver le lien avec les partenaires arabes et occidentaux, tout en évitant d’être accusé de céder aux pressions extérieures. Le soutien saoudien lui offre une marge, mais il l’oblige aussi à défendre une ligne institutionnelle ferme.

Les conditions d’un éventuel sommet

Une rencontre à Washington n’est pas exclue. Elle serait toutefois difficile sans engagements préalables. Le premier élément attendu par Beyrouth concerne le cessez-le-feu. Les frappes doivent cesser de manière visible. Les règles d’engagement doivent être clarifiées. Les habitants du Sud doivent avoir des garanties sur leur sécurité.

Le deuxième élément concerne le retrait israélien. Tant que l’armée israélienne maintient des positions dans une bande frontalière, le discours libanais sur la souveraineté reste sous pression. Riyad estime qu’un sommet ne peut pas intervenir alors que cette présence est installée comme un fait accompli. Il faudrait au minimum un calendrier, un mécanisme de vérification ou une annonce américaine garantissant une sortie de la zone occupée.

Le troisième élément porte sur la reconstruction. Les villages détruits, les maisons rasées et les infrastructures endommagées ne sont pas seulement un dossier humanitaire. Ils constituent une question politique. Les déplacés jugeront le processus sur leur capacité à rentrer chez eux. Un soutien international à la reconstruction du Sud pourrait donc faire partie du paquet préparé par Washington.

Le quatrième élément touche au Hezbollah. Les États-Unis et Israël attendent des mesures sur ses armes et sur sa présence au sud du Litani. Le Liban peut accepter un renforcement du rôle de l’armée et un déploiement plus strict de l’État. Mais il ne peut pas annoncer, sans compromis interne, un désarmement immédiat. C’est là que Riyad tente de favoriser une sortie graduelle.

Riyad veut peser sans s’exposer

La méthode saoudienne reste prudente. Le royaume veut peser sur la décision libanaise, mais il évite de s’exposer publiquement à un bras de fer. Yazid ben Farhan n’a pas multiplié les déclarations. Il a privilégié les messages directs. Cette discrétion laisse aux responsables libanais la possibilité de reprendre les éléments saoudiens à leur compte.

Riyad intervient aussi pour éviter que le dossier ne soit capté uniquement par Washington et Tel-Aviv. L’administration américaine veut avancer vite. Israël maintient la pression militaire. Le Hezbollah rejette la négociation. Entre ces pôles, l’État libanais cherche une position qui ne l’efface pas. L’Arabie saoudite lui offre un appui, mais cet appui est conditionné à une décision collective et à la préservation de l’ordre institutionnel.

La visite du 23 avril marque donc moins un retour spectaculaire qu’un rappel de méthode. Le Liban peut entrer dans une phase de négociation. Il peut accepter un rôle américain. Il peut discuter de sécurité avec Israël. Mais Riyad ne veut pas d’une rencontre Aoun-Netanyahu précipitée, sans garanties visibles et sans couverture arabe. La prochaine étape dépendra des engagements que Washington pourra mettre sur la table avant toute photo à la Maison-Blanche.


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