mardi, janvier 13, 2026

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Ras al-Naqoura, 7 septembre 2025 : le désarmement du Hezbollah en débat

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Le 7 septembre 2025, une réunion cruciale du comité de suivi du cessez-le-feu, sous l’égide des États-Unis, s’est tenue à Ras al-Naqoura, dans le sud du Liban, pour examiner la mise en œuvre de la trêve conclue en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah. En présence de l’envoyée spéciale américaine Morgan Ortagus et de l’amiral Brad Cooper, chef du Commandement central des États-Unis (CENTCOM), cette rencontre intervient deux jours après l’approbation par le gouvernement libanais, le 5 septembre 2025, d’un plan visant à désarmer le Hezbollah et d’autres groupes armés. Dans un contexte de tensions régionales persistantes et de pressions internationales accrues, cette réunion met en lumière les défis complexes liés à l’application de la résolution 1701 des Nations unies et à la stabilisation du sud du Liban.

Une réunion stratégique à la frontière israélo-libanaise

La réunion s’est déroulée dans les locaux de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) à Ras al-Naqoura, une ville côtière située à la frontière israélo-libanaise, un lieu symbolique pour les discussions sur la sécurité dans le sud du Liban. Ce comité, officiellement nommé « Mécanisme », a été créé dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu négocié par les États-Unis en novembre 2024, qui a mis fin à plus d’un an d’hostilités entre le Hezbollah et Israël. Composé de représentants libanais, israéliens, américains et onusiens, le Mécanisme a pour mission de superviser la trêve et de prévenir les violations susceptibles de raviver le conflit.

La présence de Morgan Ortagus, arrivée à Beyrouth le matin même via l’aéroport international Rafik Hariri, et de l’amiral Brad Cooper, qui avait rencontré le président libanais Joseph Aoun et des responsables israéliens dans les jours précédents, témoigne de l’engagement des États-Unis dans ce processus. Selon des déclarations officielles, l’objectif principal de la réunion était d’évaluer l’état de la trêve dans le sud du Liban, où des frappes israéliennes ciblées contre des positions du Hezbollah continuent de menacer la stabilité. L’amiral Cooper a réaffirmé le soutien de Washington à l’Armée libanaise, qu’il a qualifiée de « pilier essentiel » pour la mise en œuvre de la résolution 1701 de l’ONU. Lors d’une allocution prononcée le 6 septembre 2025, il avait déclaré : « Les États-Unis continueront à fournir une assistance militaire et logistique pour renforcer les capacités de l’Armée libanaise, cruciale pour la stabilité régionale. »

Une décision controversée : le plan de désarmement du Hezbollah

Le 5 septembre 2025, le conseil des ministres libanais, boycotté par le Hezbollah et ses alliés, a approuvé un plan élaboré par l’Armée libanaise visant à désarmer le Hezbollah et d’autres groupes armés non étatiques d’ici la fin de l’année. Cette décision, prise sous une forte pression des États-Unis, s’inscrit dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, qui exige le respect de la résolution 1701 de l’ONU. Adoptée en 2006 à l’issue de la guerre entre Israël et le Hezbollah, cette résolution appelle au désarmement des groupes armés dans le sud du Liban et à l’établissement d’une zone exempte d’armes non autorisées entre la frontière israélienne et le fleuve Litani.

Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a précisé après la réunion du 5 septembre que l’Armée libanaise commencerait à mettre en œuvre ce plan « en fonction des capacités disponibles ». Il a toutefois souligné les « contraintes » signalées par le commandant de l’armée, notamment les « attaques israéliennes » qui compliquent l’opération. Aucune échéance précise n’a été fixée, et le gouvernement a conditionné l’avancement du plan à « l’engagement des autres parties, en premier lieu Israël ». Cette décision a suscité des interprétations divergentes au Liban, où certains y voient une avancée vers la souveraineté de l’État, tandis que d’autres, notamment les partisans du Hezbollah, la perçoivent comme une capitulation face aux pressions internationales.

Les pressions internationales et le rôle des États-Unis

La réunion de Ras al-Naqoura intervient dans un contexte de pressions croissantes exercées par les États-Unis pour accélérer le désarmement du Hezbollah. Selon des sources diplomatiques, la visite de Morgan Ortagus visait à transmettre la première réaction officielle de Washington à la décision du gouvernement libanais du 5 septembre. Les États-Unis, qui ont joué un rôle central dans la négociation de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, considèrent le désarmement du Hezbollah comme une condition sine qua non pour garantir la stabilité à long terme dans la région. Cette position est renforcée par les préoccupations israéliennes, Tel-Aviv ayant maintenu des frappes ciblées contre des positions du Hezbollah malgré la trêve, arguant que ces opérations sont nécessaires tant que le groupe n’a pas été désarmé.

L’amiral Cooper, dans ses déclarations du 6 septembre, a insisté sur le rôle central de l’Armée libanaise dans ce processus, tout en soulignant la nécessité d’un soutien international pour renforcer ses capacités. « L’Armée libanaise est un acteur clé pour assurer la sécurité dans le sud du Liban et mettre en œuvre les dispositions de la résolution 1701 », a-t-il affirmé. Cette assistance comprend des équipements militaires, des formations et un soutien logistique, bien que des détails précis sur l’ampleur de cette aide n’aient pas été rendus publics.

Les réactions régionales et internationales

La décision du gouvernement libanais a suscité des réactions variées. La France, alliée historique du Liban, a salué la décision comme un « nouveau pas positif » vers la mise en œuvre de la résolution 1701. Dans une déclaration officielle, le ministère français des Affaires étrangères a appelé toutes les parties à respecter leurs engagements pour garantir la stabilité dans le sud du Liban. Cette position reflète l’approche de Paris, qui cherche à jouer un rôle de médiateur dans la crise libanaise tout en soutenant les efforts de désarmement.

En revanche, au Liban, la décision a exacerbé les divisions politiques. Le boycott de la réunion du conseil des ministres par le Hezbollah et ses alliés, notamment le mouvement Amal et d’autres partis pro-syriens, témoigne des tensions internes. Le Hezbollah, qui considère son arsenal militaire comme une « résistance » face à Israël, n’a pas officiellement commenté le plan de désarmement, mais des sources proches du mouvement ont qualifié la décision de « prématurée » et « irréaliste » compte tenu des violations continues de la trêve par Israël. Ces violations incluent la présence de troupes israéliennes dans cinq zones stratégiques du sud du Liban, que Tel-Aviv justifie par des impératifs de sécurité.

Les défis de la mise en œuvre du plan de désarmement

La mise en œuvre du plan de désarmement approuvé le 5 septembre 2025 représente un défi majeur pour l’Armée libanaise. Le commandant de l’armée, Joseph Aoun, a averti lors de la réunion du conseil des ministres que les capacités limitées de ses forces, combinées aux attaques israéliennes persistantes, pourraient entraver l’opération. L’Armée libanaise, bien que déployée dans le sud aux côtés de la FINUL, manque de ressources pour affronter directement une organisation aussi bien équipée que le Hezbollah, dont l’arsenal comprend des missiles, des drones et des systèmes de défense sophistiqués.

De plus, la condition posée par le gouvernement libanais – à savoir l’engagement d’Israël à respecter la trêve – complique davantage la situation. Depuis novembre 2024, Israël a maintenu des frappes aériennes et des incursions dans le sud du Liban, ciblant des infrastructures présumées du Hezbollah. Ces opérations, justifiées par Tel-Aviv comme des mesures préventives, ont été dénoncées par le gouvernement libanais comme des violations de l’accord de cessez-le-feu. La FINUL, chargée de surveiller la frontière, a documenté plusieurs incidents de ce type, bien que son rôle reste limité à l’observation et au rapport, sans capacité d’intervention directe.

Le rôle de la FINUL dans un contexte tendu

La FINUL, qui opère dans le sud du Liban depuis 1978 et dont le mandat a été renforcé par la résolution 1701, joue un rôle central mais délicat dans la mise en œuvre de la trêve. Avec environ 10 000 Casques bleus déployés, la force onusienne est chargée de coordonner avec l’Armée libanaise pour maintenir la sécurité dans la région. Cependant, elle a elle-même été la cible d’incidents, notamment des tirs attribués à des acteurs non identifiés, qui ont blessé des soldats et endommagé des installations. Ces incidents, bien que non directement liés à la réunion de Ras al-Naqoura, rappellent la volatilité de la situation sur le terrain.

Lors de la réunion du 7 septembre, le rôle de la FINUL a été discuté, notamment en ce qui concerne sa capacité à soutenir l’Armée libanaise dans la mise en œuvre du plan de désarmement. Selon des sources proches des discussions, les représentants onusiens ont appelé à un renforcement de la coordination entre la FINUL, l’Armée libanaise et les parties internationales pour garantir le respect de la trêve. Toutefois, la question du désarmement reste un point de friction, la FINUL n’ayant ni le mandat ni les moyens d’imposer directement le désarmement du Hezbollah.

Une région sous surveillance internationale

La réunion de Ras al-Naqoura s’inscrit dans un contexte régional plus large, marqué par une surveillance accrue de la communauté internationale. Les États-Unis, en particulier, exercent une pression constante sur le Liban pour qu’il avance dans le désarmement du Hezbollah, considéré comme une menace à la fois pour Israël et pour la stabilité interne du Liban. Cette pression s’accompagne de promesses de soutien à l’Armée libanaise, mais elle se heurte à des défis logistiques et politiques. Le Liban, déjà fragilisé par une crise économique et politique profonde, peine à imposer son autorité face à un acteur aussi influent que le Hezbollah, qui conserve un soutien populaire significatif dans certaines communautés.

Parallèlement, Israël maintient une posture ferme, refusant de retirer ses troupes des zones stratégiques du sud du Liban tant que le désarmement du Hezbollah n’est pas effectif. Cette position, bien que conforme aux préoccupations sécuritaires de Tel-Aviv, complique les efforts de stabilisation et alimente les accusations de violations de la trêve. Dans ce contexte, la réunion du 7 septembre à Ras al-Naqoura apparaît comme une tentative de maintenir un dialogue entre les parties, malgré les divergences profondes sur la manière d’avancer.

Les implications immédiates de la réunion

La réunion de Ras al-Naqoura a permis de réaffirmer l’engagement des parties à poursuivre la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu, tout en mettant en évidence les obstacles persistants. Les discussions ont porté sur la nécessité de renforcer les capacités de l’Armée libanaise, de coordonner les efforts avec la FINUL, et de répondre aux violations présumées de la trêve par Israël. Cependant, aucun calendrier précis pour le désarmement du Hezbollah n’a été établi, reflétant les incertitudes entourant la capacité du gouvernement libanais à mettre en œuvre son plan.

Dans les jours qui ont suivi la réunion, des sources diplomatiques ont indiqué que les États-Unis envisageaient d’accroître leur assistance à l’Armée libanaise, notamment par la fourniture d’équipements et de formations supplémentaires. Parallèlement, la France a réitéré son appel à toutes les parties à respecter leurs engagements, soulignant l’importance d’un dialogue inclusif pour éviter une nouvelle escalade. Au Liban, les divisions politiques restent vives, le Hezbollah continuant de défendre son rôle de « résistance » face à ce qu’il perçoit comme une agression israélienne continue.

La situation dans le sud du Liban demeure précaire, marquée par des tensions latentes et des défis logistiques. La réunion du 7 septembre, bien qu’importante, n’a pas résolu les questions fondamentales liées au désarmement du Hezbollah et à la pleine application de la résolution 1701. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si les engagements pris à Ras al-Naqoura se traduiront par des progrès concrets sur le terrain.

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