Le 28 octobre 2025, plusieurs quotidiens, dont Al Akhbar (28/10/2025), Al Joumhouriyat (28/10/2025) et Ad Diyar(28/10/2025), rapportent une recrudescence significative des tensions dans le Sud du Liban, marquée par des frappes israéliennes ciblées, notamment dans la région de la Bekaa, et l’assassinat de dix personnes en 72 heures. Ces attaques, menées par des drones, sont présentées par Ad Diyar comme un épisode stratégique postérieur au cessez-le-feu à Gaza, avec des implications sécuritaires directes pour le Liban.
Le quotidien Al Joumhouriyat souligne que ces événements s’inscrivent dans un climat de guerre psychologique entretenu par des rumeurs et campagnes de désinformation, amplifiées par certains médias et réseaux sociaux. Des discours alarmistes prévoient même un « Bilan de cibles » à frapper, dépassant le seul cadre du Hezbollah.
Simultanément, la mission de la FINUL a été mise sous pression. Al Bina’ (28/10/2025) révèle que la chute d’un drone israélien au-dessus du Sud du Liban, abattu par la FINUL après comportement jugé agressif, marque une évolution dans le rôle de la force internationale. De son côté, Al Akhbar (28/10/2025) documente la reconfiguration potentielle de la présence militaire européenne au Sud après 2026, sous la forme d’accords bilatéraux entre les pays contributeurs (France, Italie, Allemagne) et l’armée libanaise. Le vice-président du service européen pour l’action extérieure, Charles Fray, en visite à Beyrouth début octobre, aurait exprimé l’intérêt européen pour une coopération militaire soutenue.
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Manœuvres internationales et repositionnement diplomatique
L’implication croissante des puissances internationales dans les dynamiques internes libanaises est visible à travers les visites diplomatiques de haut niveau. Al Sharq Al Awsat (28/10/2025) et Al Sharq (28/10/2025) rapportent l’arrivée conjointe à Beyrouth de la responsable américaine Morgan Ortagus et du chef du renseignement égyptien, le général Hassan Rachad. Les deux envoyés, arrivés depuis Tel Aviv, auraient pour mission d’évaluer les marges de médiation possibles au Liban. Al Sharq Al Awsat précise que l’objectif serait de « sortir le Liban de sa crise actuelle » dans un contexte d’aggravation des violations israéliennes.
Al Bina’ (28/10/2025) interroge, quant à lui, la mission réelle de ce qu’il qualifie de « mécanisme » – une allusion à une démarche de supervision sécuritaire dans la zone au sud du Litani, au sein de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette initiative soulève des inquiétudes sur une éventuelle tentative de contournement de la souveraineté nationale au profit d’une gestion sécuritaire conjointe entre acteurs externes.
Tensions politiques internes et reconfiguration des rapports de force
Au niveau intérieur, Al Joumhouriyat (28/10/2025) évoque une « bataille de quorum » au Parlement libanais, qualifiée de bras de fer entre blocs dits « souverainistes » et partisans du président du Parlement Nabih Berri. Nahar (28/10/2025) complète cette perspective en parlant d’un contexte de « cartes blanches » laissées sur les bancs de l’Assemblée, symbole du désengagement ou de l’obstruction parlementaire à l’égard d’un pouvoir législatif fragilisé.
Al Liwa’ (28/10/2025) fait écho à un climat d’impasse politique, dans lequel les tensions communautaires s’intensifient, en particulier autour du rôle du Hezbollah et de la position du parti des Forces libanaises. Le quotidien évoque une campagne de dénigrement inédite contre Samir Geagea, sur fond de débats liés au désarmement.
Dans cette perspective, la déclaration du secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, largement reprise dans Al Sharq (28/10/2025), souligne la persistance d’un double langage au sein de la classe politique, tiraillée entre rhétorique de souveraineté et alliances sécuritaires informelles.
Repli économique et inertie budgétaire
La dimension économique, bien que secondaire dans cette séquence, demeure présente à travers les discussions sur le projet de budget national. Al Sharq (28/10/2025) signale le lancement de l’examen du budget par la commission des finances, tandis que Al Bina’ (28/10/2025) s’interroge sur l’impact de ces arbitrages dans un contexte marqué par la menace d’un retour du Liban sur la liste noire du GAFI, après son maintien sur la liste grise. Cette incertitude renforce la pression sur les autorités pour adopter des réformes visibles avant février 2026.
Lignes de fracture régionales : Ukraine, Gaza, Syrie
Au niveau régional, Al 3arabi Al Jadid (28/10/2025) met en évidence trois axes de polarisation géopolitique : le conflit en Ukraine, les affrontements à Gaza, et le rapprochement politique entre Damas et les forces kurdes de Syrie. Le journal rapporte que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a évoqué un plan de paix soutenu par un « coalition volontaire » menée par le Royaume-Uni et la France, initiative rejetée tacitement par la Russie qui continue à réclamer un retrait ukrainien du Donbass.
Concernant la Syrie, Al 3arabi Al Jadid décrit une série d’entretiens politiques et militaires entre les autorités de Damas et les responsables des Forces démocratiques syriennes (FDS). Un accord semble se profiler sur l’intégration progressive des FDS dans l’armée syrienne officielle, un développement appuyé en coulisse par des diplomates américains, à en croire des sources mentionnées dans le journal.
À Gaza, le cessez-le-feu semble en sursis. Al Sharq Al Awsat (28/10/2025) rapporte qu’un drone israélien a été abattu par la FINUL dans le ciel libanais, après avoir été identifié comme volant de manière hostile. Simultanément, Al Bina’note que l’Union européenne maintient la pression sur Israël pour le respect du droit humanitaire à Gaza, avec des aides humanitaires conditionnées à une amélioration concrète de la situation.
Bilan provisoire et perspectives critiques
En résumé, la journée du 28 octobre 2025 se distingue par une forte densité d’événements militaires, diplomatiques et politiques, révélateurs d’un Liban au croisement de plusieurs dynamiques contradictoires. Les lignes de clivage interne se resserrent tandis que les puissances étrangères accentuent leur présence, parfois en compétition sur le terrain diplomatique, parfois en coordination tacite.
La situation sécuritaire au Sud, avec ses implications régionales, continue de polariser l’attention. L’ambiguïté des missions étrangères et les réponses internes souvent fragmentées ou idéologiques contribuent à complexifier davantage un paysage politique déjà fragile.
Politique locale : tensions parlementaires et repositionnements stratégiques
Blocages institutionnels et bras de fer autour du quorum
La scène politique libanaise a été dominée le 28 octobre 2025 par un affrontement ouvert entre différentes forces parlementaires autour de la tenue de la session législative. Selon Al Joumhouriyat (28/10/2025), la session prévue est devenue un véritable champ de bataille institutionnelle autour du quorum, dans un contexte de confrontation entre députés dits « souverainistes » et ceux alignés sur le président du Parlement, Nabih Berri. Le journal évoque une tentative claire de la part de certains députés de faire échouer la session par absence de quorum, stratégie qualifiée de « bras de fer » entre blocs rivaux.
Al Liwa’ (28/10/2025) apporte une précision importante : le nombre de députés signataires d’une déclaration en faveur du boycott s’élèverait à 67, chiffre suffisant pour faire échouer la session. La question du quorum dépasse ici le cadre technique pour devenir l’expression d’un rapport de force entre camps politiques aux visions irréconciliables sur l’avenir du pays.
Dans ce climat tendu, Al Nahar (28/10/2025) signale que les sièges des députés dans l’enceinte parlementaire ont été garnis de feuilles blanches, signe symbolique du vide institutionnel ou de la protestation silencieuse face à une législation jugée illégitime par certains blocs.
Réactions partisanes et polarisation politique
La polarisation autour du rôle du Parlement s’accompagne d’attaques politiques frontales entre les figures majeures. Al Akhbar (28/10/2025) souligne l’attaque de Samir Geagea contre Nabih Berri, qualifié de « verrou de la paralysie institutionnelle ». Le journal évoque un climat de plus en plus électrique autour de la personne de Geagea, que certains milieux qualifiés de proches du Hezbollah cherchent à marginaliser.
Al Liwa’ (28/10/2025) fait état d’une campagne sans précédent émanant du bloc de la « Loyauté à la Résistance » contre le chef des Forces libanaises. L’agression verbale vise à délégitimer son influence sur les décisions parlementaires et à dénoncer ce qui est perçu comme un sabotage organisé des processus institutionnels.
Dans un contexte où les équilibres confessionnels restent déterminants, la fracture entre les représentants chrétiens et chiites s’accentue. Al Sharq (28/10/2025) note que certains députés affiliés à des blocs chrétiens se sont explicitement prononcés contre ce qu’ils perçoivent comme une tentative d’imposer une direction unilatérale de l’agenda législatif.
Déclarations contradictoires et stratégies de repositionnement
Les propos de plusieurs leaders politiques révèlent une divergence profonde sur les priorités nationales. Al Akhbar(28/10/2025) rapporte que la coalition menée par Samir Geagea rejette tout compromis qui permettrait à Nabih Berri de maintenir sa présidence du Parlement sans débat, accusant celui-ci de détourner l’Assemblée nationale de ses fonctions constitutionnelles.
En contrepartie, le bloc du Mouvement Amal et ses alliés dénoncent ce qu’ils considèrent comme une « stratégie de paralysie orchestrée » par des forces qui refusent de reconnaître les équilibres issus des élections législatives. Al Bina’(28/10/2025) va plus loin, évoquant une remise en cause de l’accord de Taëf dans l’attitude de certains députés, accusés de vouloir imposer une lecture majoritaire du pouvoir dans un système fondé sur la recherche du consensus.
Un gouvernement fragilisé par l’impasse
L’impasse au Parlement se répercute directement sur l’exécutif. Al Sharq (28/10/2025) indique que la commission parlementaire des finances a entamé l’étude du projet de budget 2026, mais dans un climat de défiance généralisée. Plusieurs députés interrogés par le quotidien estiment que le gouvernement de Nawaf Salam agit sans assise parlementaire claire, ce qui limite sa capacité à faire passer des réformes.
L’absence de consensus autour du projet de budget est aussi le reflet de l’érosion de la légitimité politique. Al Joumhouriyat (28/10/2025) relève que certains ministres, en particulier ceux issus de formations dites technocratiques, ne participent plus activement aux réunions gouvernementales, critiquant la vacuité des discussions. Cette désaffection témoigne d’un exécutif à bout de souffle, alors même que le pays fait face à des échéances économiques critiques.
Vers une reconfiguration des alliances ?
Plusieurs journaux évoquent la possibilité d’une recomposition partielle des alliances politiques. Ad Diyar (28/10/2025) affirme que des discussions informelles ont été engagées entre certains députés issus des blocs « souverainistes » et des représentants du mouvement Marada en vue de constituer un front centré sur les réformes économiques. Cette hypothèse est toutefois accueillie avec scepticisme par les observateurs, tant les différends idéologiques entre ces formations sont profonds.
D’autres voix, selon Al Sharq Al Awsat (28/10/2025), préconisent une relance du dialogue national sous l’égide du président Joseph Aoun. Des contacts auraient été établis entre la présidence et des personnalités indépendantes pour explorer une possible médiation. Cette initiative viserait à dépasser l’enlisement institutionnel actuel, mais reste embryonnaire.
Tensions communautaires et perception populaire
En dehors des institutions, les répercussions politiques s’étendent à la société. Ad Diyar (28/10/2025) fait état d’une vive émotion suscitée par l’assassinat du jeune Élio Abou Hanna à Sabra et Chatila. Ce drame, qui a impliqué des membres armés non identifiés, a ravivé la question de la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire. Le journal souligne l’indignation générale face à la prolifération de points de contrôle armés hors du contrôle de l’armée et des forces de sécurité intérieure.
Dans ce contexte, plusieurs responsables communautaires ont exprimé leur inquiétude. Al Nahar (28/10/2025) note que des voix chrétiennes, sunnites et chiites appellent à une coordination renforcée des services de sécurité, dénonçant l’impuissance des institutions face à la violence endémique.
Une crise de régime plus qu’un conflit conjoncturel
À la lumière des événements du 28 octobre 2025, l’instabilité politique libanaise semble désormais relever d’une crise structurelle. L’enchaînement des blocages, les accusations croisées et l’incapacité des institutions à agir suggèrent un effondrement progressif du cadre constitutionnel de 1989. Al Liwa’ (28/10/2025) cite des juristes estimant que le pacte national implicite est vidé de sa substance, les différents blocs interprétant à leur avantage les articles de la Constitution.
Le quotidien Al Akhbar (28/10/2025) alerte sur les conséquences potentielles d’un tel vide : délégitimation des autorités, radicalisation croissante de la base populaire, et ouverture de la voie à une internationalisation accrue de la gestion politique nationale.
Citation et discours des personnalités politiques : rivalités publiques et messages codés
Geagea contre Berri : une escalade verbale assumée
La une politique du 28 octobre 2025 a été dominée par les prises de parole tranchées de plusieurs figures majeures de la scène libanaise. Al Akhbar (28/10/2025) met en avant une déclaration percutante de Samir Geagea, chef des Forces libanaises, qui qualifie Nabih Berri de verrou principal du dysfonctionnement des institutions : « Tant que Berri restera à la tête du Parlement, il n’y aura ni législation sérieuse ni réforme. » Cette déclaration, reprise également par Al Liwa’(28/10/2025), s’inscrit dans une campagne offensive visant à mobiliser l’opinion publique contre ce qui est perçu comme une monopolisation de l’agenda parlementaire.
Du côté opposé, les députés du bloc de la « Loyauté à la Résistance » ont répondu de manière virulente à travers des interventions indirectes relayées par Al Bina’ (28/10/2025), qualifiant les propos de Geagea de « provocation irresponsable » visant à « faire imploser le pacte national ». Le député Hassan Fadlallah aurait déclaré en marge d’une réunion interne : « Ce sont des propos qui veulent gommer les équilibres communautaires sur lesquels repose le Liban d’après Taëf. »
Le président Joseph Aoun appelle à l’apaisement institutionnel
Dans un discours tenu la veille au palais de Baabda, rapporté par Al Sharq (28/10/2025), le président de la République Joseph Aoun a exprimé sa préoccupation face à la paralysie des institutions. Il a déclaré : « L’exercice du pouvoir ne peut se résumer à une série de blocages calculés. L’heure est venue de repenser la fonction de notre démocratie. » Cette intervention, sobre mais directe, a été interprétée comme un appel à la responsabilité politique de l’ensemble des blocs parlementaires.
Le président a également évoqué les tensions au Sud du pays, affirmant : « L’État est seul garant de la souveraineté nationale. Toute tentative d’externalisation de la sécurité ne peut être tolérée. » Cette phrase, lourde de sens, a été vue comme une mise en garde contre les pressions internationales et les dynamiques de substitution militaire au rôle de l’armée libanaise.
Naim Kassem et la rhétorique de la résistance
De son côté, le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, a tenu un discours largement relayé par Al Sharq(28/10/2025) et Al Akhbar (28/10/2025), dans lequel il a dénoncé « l’ambiguïté des positions politiques » et appelé à « clarifier les lignes de fidélité à la cause nationale ». Il a affirmé : « Certains se cachent derrière des slogans de souveraineté pour mieux servir des agendas extérieurs. La résistance restera le cœur battant de l’identité libanaise. »
Il a également évoqué les discussions sur le désarmement en des termes fermes : « L’arme de la résistance n’est pas à négocier dans les salons. C’est un droit né du sang et du sacrifice. » Cette position, bien que répétée depuis des années, prend une tonalité plus offensive dans le contexte d’une présence diplomatique renforcée au Liban.
Le Premier ministre Nawaf Salam plaide pour la neutralité active
Le chef du gouvernement, Nawaf Salam, s’est exprimé dans un communiqué transmis par son bureau, cité par Al Joumhouriyat (28/10/2025). Il a réitéré la position de son cabinet : « Le Liban ne peut pas être l’arène de conflits croisés. Il doit redevenir un État acteur et non un simple réceptacle des décisions extérieures. » Cette phrase reflète une volonté d’imposer une troisième voie entre les blocs dures.
Salam a également plaidé pour un retour rapide au dialogue national, notant que « la paralysie actuelle est le symptôme d’une crise d’identité politique que seule une discussion franche peut désamorcer. »
L’arrivée d’émissaires étrangers et les commentaires prudents des officiels
L’arrivée simultanée à Beyrouth de Morgan Ortagus, représentante du Département d’État américain, et du chef du renseignement égyptien Hassan Rachad, a provoqué une vague de commentaires officiels mesurés. Al Sharq Al Awsat(28/10/2025) rapporte que le ministre des Affaires étrangères a qualifié leur présence de « signal de l’intérêt international pour la stabilité du Liban », tout en précisant que « toute médiation ne peut réussir sans une volonté libanaise sincère de résoudre les désaccords internes. »
Le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, s’est montré plus sceptique. Dans un entretien cité par Al Bina’(28/10/2025), il affirme : « Trop souvent, les médiations extérieures servent à figer les rapports de force en place au lieu de les dépasser. »
Des messages codés dans un climat d’instabilité
Plusieurs interventions de second plan mais révélatrices ont marqué la journée. Selon Ad Diyar (28/10/2025), le député Michel Moawad a dénoncé la lenteur des travaux parlementaires et affirmé : « Le pays ne peut plus fonctionner sur des équilibres de convenance. Il faut une refondation de la pratique politique. »
De son côté, le président du Conseil supérieur chiite, Abdel Amir Qabalan, a exhorté à « préserver l’unité nationale face aux divisions artificielles entretenues par des calculs partisans. » (Al Liwa’, 28/10/2025)
Un clivage profond sur la vision de l’État
Au-delà des déclarations individuelles, ce 28 octobre 2025 révèle un clivage profond sur la nature de l’État libanais. Les discours de Geagea et Kassem cristallisent deux visions irréconciliables : l’une centrée sur la souveraineté étatique classique, l’autre sur une légitimité parallèle ancrée dans la résistance.
Les interventions du président Aoun et du Premier ministre Salam cherchent à réconcilier ces pôles, sans parvenir pour l’instant à imposer une ligne commune. Quant aux émissaires étrangers, leur arrivée n’a fait que renforcer l’impression d’un pays piloté à distance, sans capitaine institutionnel.
Diplomatie : pressions croisées et manœuvres d’équilibre autour du Liban
Double offensive diplomatique américaine et égyptienne
Le 28 octobre 2025, la diplomatie libanaise a été le théâtre d’une intense activité, marquée par la visite simultanée à Beyrouth de deux figures diplomatiques majeures. Al Sharq Al Awsat (28/10/2025), Al Sharq (28/10/2025), Al Joumhouriyat (28/10/2025) et Ad Diyar (28/10/2025) rapportent l’arrivée de la représentante américaine Morgan Ortagus et du chef des services de renseignement égyptien, le général Hassan Rachad. Les deux responsables ont atterri à Beyrouth en provenance directe de Tel Aviv, dans ce qui est perçu comme une mission de coordination régionale visant à sonder la position libanaise sur plusieurs fronts.
Selon Al Sharq Al Awsat, la mission d’Ortagus aurait pour objectif principal d’évaluer la marge de manœuvre des institutions libanaises face à l’escalade israélienne dans le sud du pays, tout en préparant le terrain à une éventuelle médiation indirecte en cas d’embrasement. Le quotidien précise que cette visite s’inscrit dans une séquence plus large, orchestrée par l’administration de Donald Trump, visant à reprendre l’initiative diplomatique au Proche-Orient, alors que les tensions avec Israël sont en voie de recomposition.
De son côté, le général Rachad mène une initiative parallèle au nom du Caire. Al Joumhouriyat (28/10/2025) indique que cette venue s’inscrit dans une logique de « gestion égyptienne du risque sécuritaire régional ». Rachad, récemment reçu par Benjamin Netanyahou, chercherait à repositionner l’Égypte en tant qu’intermédiaire stabilisateur, notamment dans les affaires syro-libanaises et dans les relations interpalestiniennes. Des sources citées par le journal affirment que son objectif serait d’« évaluer les conditions d’une relance de la médiation régionale ».
Réactions prudentes de la présidence libanaise et de la diplomatie officielle
Face à cette pression diplomatique, les autorités libanaises ont adopté une posture de prudence. Selon Al Bina’(28/10/2025), le président de la République Joseph Aoun aurait accueilli séparément les deux émissaires. S’il a salué les efforts de coordination internationale pour éviter une nouvelle guerre, il aurait réaffirmé que « la souveraineté du Liban ne peut être l’objet de négociations indirectes ». Cette formule, rapportée par une source proche du palais de Baabda, est interprétée comme une mise en garde contre une instrumentalisation du Liban dans les jeux régionaux.
Le ministère des Affaires étrangères, par la voix d’un communiqué transmis à Al Sharq, a quant à lui souligné que « toute aide diplomatique est la bienvenue si elle respecte les lignes rouges de la souveraineté nationale ». Le communiqué évoque un besoin urgent de dialogue interne renforcé, mais refuse toute formule imposée depuis l’extérieur.
Enjeux sécuritaires : le Sud au centre des discussions
Le cœur des discussions diplomatiques se concentre sur la situation au Sud du Liban. Al Akhbar (28/10/2025) affirme que plusieurs capitales occidentales, dont Paris, Rome et Berlin, participent à une réflexion commune sur l’avenir de leur présence militaire au sein de la FINUL. Selon les informations du journal, l’Union européenne envisage de maintenir un contingent militaire au Liban même après la fin du mandat onusien actuel, via des accords bilatéraux avec l’armée libanaise.
Cette orientation stratégique a été discutée lors de la visite à Beyrouth du vice-président du Service européen pour l’action extérieure, Charles Fray, les 8 et 9 octobre 2025. Celui-ci aurait insisté sur l’importance d’un cadre de coopération directe entre l’armée libanaise et les forces européennes, en dehors du cadre strict de la FINUL. Al Akhbarmentionne l’idée d’une structure militaire parallèle, pilotée par les Européens, pour garantir leur présence dans une zone perçue comme hautement stratégique à la lumière de la guerre en Ukraine et des tensions croissantes avec l’Iran.
Le rôle ambivalent de la FINUL dans l’escalade régionale
Dans ce contexte, la mission de la FINUL a été remise en question. Al Bina’ (28/10/2025) rapporte un incident survenu au Sud, où un drone israélien a été abattu par la FINUL après avoir survolé son périmètre d’action de manière agressive. C’est un développement inédit selon le journal, qui souligne que cette action pourrait annoncer un changement d’attitude de la force onusienne, jusqu’ici critiquée pour sa passivité face aux incursions israéliennes répétées.
Selon des diplomates européens cités par Al Joumhouriyat (28/10/2025), cet incident démontre que la mission actuelle de la FINUL touche à ses limites opérationnelles. Une source affirme : « Nous sommes désormais confrontés à un dilemme stratégique : maintenir la FINUL en l’état ou la transformer en mission politique d’observation, tout en laissant à d’autres forces la responsabilité du terrain. »
Géopolitique régionale et alignements croisés
Au-delà des dynamiques bilatérales, la diplomatie libanaise se trouve insérée dans un jeu régional plus vaste. Al Sharq Al Awsat (28/10/2025) évoque la perspective d’un sommet entre Donald Trump et Xi Jinping en marge du forum de l’ASEAN. Les pourparlers sino-américains auraient déjà permis d’apaiser certaines tensions économiques, mais la rivalité stratégique reste entière. Cette dynamique se répercute sur le Levant, où chaque puissance cherche à maintenir ses positions sans confrontation directe.
Le Liban, en tant qu’espace tampon entre zones d’influence, redevient un enjeu symbolique. Al Liwa’ (28/10/2025) souligne que les États-Unis cherchent à contenir l’influence iranienne et russe en renforçant leur réseau d’alliés, notamment par des offres de coopération économique et militaire. L’article suggère que le retour de Trump à la présidence a relancé une stratégie de « containment souple » dans laquelle le Liban occupe une place centrale.
De son côté, l’Égypte multiplie les signaux d’une volonté d’autonomisation diplomatique. Ad Diyar (28/10/2025) précise que Le Caire souhaite reprendre l’initiative sur les dossiers libanais, en particulier en jouant les médiateurs entre le Hezbollah et ses opposants, une tâche que les Européens ne semblent plus en mesure d’assumer seuls.
Défis internes à la diplomatie libanaise
Face à ces pressions multiples, la diplomatie libanaise peine à définir une ligne claire. Selon Al Sharq (28/10/2025), le ministère des Affaires étrangères fonctionne en sous-effectif et sans coordination politique suffisante avec le gouvernement. Cette absence de cap stratégique affaiblit la position du Liban dans les négociations bilatérales.
Une source diplomatique citée par Al Bina’ estime que « les interlocuteurs internationaux ne savent plus à qui parler au Liban ». Cette fragmentation du pouvoir diplomatique se traduit par une multiplication de canaux parallèles, certains pilotés par la présidence, d’autres par les groupes politiques ou les institutions sécuritaires.
Les enjeux économiques de la diplomatie parallèle
Parallèlement aux enjeux sécuritaires, les diplomates étrangers présents à Beyrouth s’intéressent aux perspectives économiques du pays. Al Sharq Al Awsat (28/10/2025) rapporte que plusieurs fonds souverains du Golfe ont conditionné leur soutien financier à la mise en œuvre de réformes concrètes, notamment dans le secteur bancaire et la gestion de l’électricité.
Le sommet « Future Investment Initiative », tenu à Riyad la veille, a vu la participation de représentants libanais dans l’objectif de séduire des partenaires étrangers. Al Sharq Al Awsat précise que les discussions sont encore exploratoires, mais qu’un soutien financier conditionnel pourrait être débloqué si les réformes sont engagées avant le premier trimestre 2026.
Politique internationale : reconfigurations géostratégiques et tensions militaires
Ukraine : vers une paix négociée ou un gel stratégique ?
Le 28 octobre 2025, Al 3arabi Al Jadid met en lumière un développement notable sur le front diplomatique du conflit en Ukraine. Le président Volodymyr Zelensky a déclaré attendre sous peu une proposition formelle de paix de la part d’un groupe baptisé « la coalition des volontaires », regroupant environ 35 États dirigés par le Royaume-Uni et la France. Selon le journal, cette coalition entend soumettre à la Russie un projet de règlement rapide visant à mettre fin à la guerre dans un délai de dix jours.
Dans ses propos, Zelensky exprime un certain scepticisme quant à la volonté réelle de Vladimir Poutine de parvenir à un compromis. Il affirme que la Russie n’envisage pas de calendrier de désescalade et continue d’exiger le retrait complet des forces ukrainiennes des régions de Donetsk et Louhansk. Le Kremlin, représenté par Dmitri Peskov, a d’ailleurs confirmé l’essai réussi d’un missile de croisière à propulsion nucléaire, le Burevestnik, en indiquant que cette opération visait à « renforcer la doctrine sécuritaire nationale russe face à la militarisation du discours européen ».
Al Sharq Al Awsat (28/10/2025) rapporte que ces échanges de messages politiques ont lieu dans un contexte tendu entre Moscou et Washington, alors même que Donald Trump tente de repositionner les États-Unis comme force de stabilisation. Le président américain a proposé que la ligne de front actuelle soit gelée comme base de négociation, option que Kiev et plusieurs capitales européennes semblent prêtes à accepter en attendant une résolution plus globale.
Gaza : cessez-le-feu fragile et accusations croisées
Le conflit à Gaza reste au cœur des préoccupations géopolitiques. Ad Diyar (28/10/2025) rapporte que l’armée israélienne a mis fin officiellement à l’état d’urgence dans le sud du pays, une décision présentée par le ministre de la Défense Yoav Gallant comme une « mesure de désescalade progressive ». Pourtant, les accrochages sur le terrain persistent. Selon le journal, plusieurs incursions israéliennes ont été observées dans des zones à l’est de Khan Younès, alors même que les équipes du Croissant-Rouge palestinien et du CICR tentaient de récupérer les corps de civils disparus.
Al 3arabi Al Jadid mentionne également des accusations israéliennes contre le Hamas, qu’il soupçonne de retarder volontairement les opérations de restitution des dépouilles pour renforcer la pression psychologique. Parallèlement, l’Union européenne continue d’appeler à la désescalade, tout en conditionnant son aide humanitaire à un accès sûr aux zones sinistrées. Al Bina’ (28/10/2025) précise que Bruxelles a mis sur la table plusieurs sanctions diplomatiques suspendues contre Israël, au cas où les violations du droit humanitaire se poursuivraient.
Syrie : convergence tactique entre Damas et les Kurdes
Dans un article de fond publié par Al 3arabi Al Jadid, les discussions entre le gouvernement syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS) connaissent un tournant stratégique. Le journal rapporte que le général Mazloum Abdi et des représentants du gouvernement de Damas se sont réunis en présence d’émissaires américains pour formaliser les premières étapes d’un rapprochement militaire. Parmi les points en discussion figure l’intégration d’unités kurdes dans les rangs de l’armée syrienne, sous commandement partagé.
Cette évolution s’inscrit dans une logique plus large d’apaisement, après des mois de tensions sur les routes stratégiques reliant Alep à Raqqa via la ville de Tabqa. Al 3arabi Al Jadid affirme que cette dynamique est soutenue de manière indirecte par Washington, qui cherche à faire pression sur Ankara pour limiter ses opérations contre les positions kurdes. Le gouvernement syrien, quant à lui, voit dans cette alliance une opportunité de consolider son contrôle sur le nord-est du pays tout en réintégrant progressivement les populations arabes et kurdes sous une autorité centrale.
Libye : vers une unification militaire encadrée ?
Al Sharq Al Awsat (28/10/2025) annonce un développement inédit dans le processus de réunification de la Libye. À Surt, le général Khaled Haftar, fils du maréchal Khalifa Haftar, a rencontré plusieurs responsables militaires de la ville de Misrata dans le but de créer une force armée conjointe. Cette réunion, qualifiée d’« historique » par le journal, marque la première rencontre publique entre représentants des deux camps depuis le morcellement militaire de 2014.
Selon le porte-parole de l’armée nationale libyenne, cette force mixte aura pour mission de lutter contre le terrorisme et l’immigration illégale dans le sud libyen. Bien que les détails opérationnels ne soient pas encore définis, ce rapprochement est vu comme un test pour l’ensemble du processus de réconciliation. Le journal souligne également que le gouvernement d’union nationale n’a pas encore reconnu formellement cet accord, mais ne s’y est pas opposé.
Asie-Pacifique : tensions contenues en vue du sommet Trump-Xi
À l’échelle mondiale, Al Sharq Al Awsat met en lumière les préparatifs du sommet prévu entre Donald Trump et Xi Jinping en marge du forum de l’ASEAN en Corée du Sud. Le journal rapporte que les ministres des Affaires étrangères des deux puissances, Marco Rubio pour les États-Unis et Wang Yi pour la Chine, ont tenu une conversation téléphonique visant à apaiser les tensions commerciales et militaires. Pékin a qualifié la relation bilatérale de « capital stratégique », tandis que Washington insiste sur la nécessité de « rétablir des lignes de communication fiables ».
Les marchés financiers ont réagi positivement à cette détente relative, avec une hausse significative des bourses en Asie et une baisse du prix de l’or, passé sous la barre des 4000 dollars l’once. Le journal souligne que cette embellie pourrait être de courte durée si aucune avancée concrète n’est obtenue à Séoul.
Forum de Riyad : stratégie d’influence du Golfe
Le forum « Future Investment Initiative » qui s’est ouvert à Riyad attire l’attention de plusieurs puissances régionales. Al Sharq Al Awsat (28/10/2025) annonce la participation de délégations de plus de 100 pays, dont des dirigeants de l’Albanie, du Pakistan, du Rwanda, de la Mauritanie et du Monténégro. Sous le thème « Nouvelles perspectives pour la croissance », l’événement vise à repositionner l’Arabie saoudite comme un pôle de stabilité financière dans un monde marqué par l’incertitude géopolitique.
Le prince héritier Mohammed Ben Salman aurait tenu plusieurs réunions bilatérales pour promouvoir le rôle du royaume comme partenaire clé dans les technologies émergentes et les énergies renouvelables. Selon Al Sharq Al Awsat, le but stratégique est de renforcer la capacité de l’Arabie saoudite à offrir une alternative économique à des pays en développement désillusionnés par les institutions financières occidentales.
Économie : impasse budgétaire et signaux d’alerte sur la stabilité financière
Budget 2026 : tensions dès le début des travaux parlementaires
Le 28 octobre 2025, la commission des finances du Parlement libanais a entamé l’examen du projet de loi de finances pour l’année 2026. Ce lancement s’est déroulé dans un climat de scepticisme généralisé, comme le rapportent Al Sharq(28/10/2025) et Al Bina’ (28/10/2025). Le ministre des Finances a présenté un document qualifié par plusieurs députés de « préliminaire » et « peu structuré », sans cadrage macroéconomique clair. Ce flou persistant sur les équilibres budgétaires de l’année à venir renforce la perception d’une absence de vision stratégique du gouvernement de Nawaf Salam.
Selon Al Sharq, plusieurs parlementaires ont dénoncé le caractère incomplet du projet. L’un d’eux, interrogé à la sortie de la séance, affirme : « Ce que nous avons reçu ne constitue pas un projet de budget. C’est une ébauche sans annexes détaillées ni projection pluriannuelle. » Cette critique recoupe les observations de Al Liwa’ (28/10/2025), qui évoque une version provisoire, en attente de validation technique par le Conseil supérieur des finances publiques.
Al Bina’ ajoute que la commission parlementaire n’a pas encore tranché sur l’organisation des auditions, ni fixé un calendrier des débats. Cette lenteur bureaucratique s’inscrit dans un contexte où les échéances financières deviennent de plus en plus pressantes, en particulier avec l’approche de la nouvelle évaluation du Groupe d’action financière (GAFI) prévue pour février 2026.
Risque de reclassement sur la liste noire du GAFI
La principale menace économique immédiate est celle du déclassement du Liban sur la liste noire du GAFI. Al Bina’(28/10/2025) souligne que le maintien du pays sur la liste grise, acté lors de la dernière session plénière du GAFI en octobre 2023, était conditionné à l’adoption rapide de réformes structurelles dans les secteurs bancaire, judiciaire et administratif. Faute d’avancées visibles, le scénario du passage à la liste noire devient plausible.
Le journal précise que les conséquences d’un tel déclassement seraient lourdes : suspension des relations interbancaires avec plusieurs pays de l’OCDE, durcissement des conditions de financement pour les entreprises, et retrait probable de plusieurs bailleurs de fonds internationaux. Selon une source diplomatique citée dans l’article, « certains États membres du GAFI envisagent déjà d’appliquer des restrictions bilatérales si le Liban ne montre pas de progrès mesurables avant la fin de l’année ».
Dans ce contexte, Al Sharq Al Awsat (28/10/2025) évoque la pression exercée par des institutions financières internationales pour accélérer l’adoption des textes relatifs à la transparence fiscale, au registre des bénéficiaires effectifs et à la criminalisation du financement politique opaque. Le gouvernement de Nawaf Salam est sommé d’agir rapidement, sous peine d’isolement économique aggravé.
Banque du Liban : position prudente et politique de discrétion
Le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, ne s’est pas exprimé publiquement sur le budget 2026 ni sur les alertes du GAFI. Toutefois, selon Al Joumhouriyat (28/10/2025), des sources proches de la BDL confirment que le gouverneur privilégie une communication discrète pour ne pas affoler les marchés, tout en soutenant la reprise progressive des instruments monétaires classiques.
La politique actuelle de la Banque centrale reste marquée par la stabilisation de la livre libanaise autour de 89 000 livres pour un dollar, avec une marge de fluctuation gérée grâce à des opérations ciblées sur Sayrafa. Cette politique, bien que critiquée par certains économistes pour son opacité, a permis d’éviter une dévaluation brutale depuis l’entrée en fonction du nouveau gouverneur.
Al Liwa’ (28/10/2025) signale que la Banque du Liban prépare un rapport confidentiel destiné aux instances du GAFI, mettant en avant les efforts de restructuration du secteur bancaire et l’adoption de normes internationales dans le suivi des transferts financiers. Ce rapport, encore en cours de finalisation, devrait être transmis début novembre.
Pressions fiscales et déséquilibres structurels
Sur le plan fiscal, Al Sharq et Al Joumhouriyat rapportent que le projet de budget 2026 comprend une hausse significative des taxes indirectes, en particulier sur les carburants, les importations de produits de luxe et les services de télécommunication. Cette orientation vise à compenser l’effondrement des recettes traditionnelles de l’État, en l’absence d’une réforme complète du système fiscal.
Le ministre des Finances a défendu cette approche en affirmant que « dans un contexte de compression des dépenses, l’élargissement de l’assiette fiscale reste la seule solution pour restaurer un minimum d’équilibre budgétaire ». Néanmoins, plusieurs députés, notamment ceux issus des zones rurales, ont dénoncé une politique injuste qui pèsera davantage sur les catégories les plus vulnérables. Al Bina’ cite un député du Nord affirmant que « ce budget est celui de l’austérité pour les pauvres, pas de la rigueur pour les rentiers ».
Par ailleurs, Al Nahar (28/10/2025) souligne l’absence persistante d’un plan crédible de restructuration du secteur public, dont la masse salariale absorbe plus de 65 % des recettes de l’État. La question des subventions, notamment sur le blé et les médicaments, demeure également non résolue, au risque de provoquer de nouvelles pénuries.
Secteurs productifs en stagnation
La stagnation de l’économie réelle est également documentée dans plusieurs journaux. Al Sharq Al Awsat signale un recul des exportations agroalimentaires de 8,5 % au troisième trimestre 2025, en raison de la fermeture intermittente de la frontière syrienne et du coût élevé du transport maritime. Al Liwa’ ajoute que le secteur touristique, qui avait connu un léger rebond durant l’été, enregistre une baisse de 12 % des réservations hôtelières pour le mois de novembre, selon les données du syndicat des hôteliers.
Le secteur industriel n’est pas épargné. Al Bina’ rapporte que plusieurs usines de la Bekaa et du Metn ont cessé leurs activités en raison de l’impossibilité d’importer des matières premières essentielles, pénalisées par les exigences des banques internationales en matière de conformité réglementaire.
En dépit de ces difficultés, certains acteurs tentent de maintenir une activité minimale. Le journal cite un industriel du textile affirmant que « la production locale peut encore tenir si on nous garantit l’accès au crédit documentaire, mais la défiance des banques étrangères freine tout ».
Aide extérieure conditionnée et méfiance des bailleurs
L’accès à l’aide extérieure reste incertain. Al Sharq Al Awsat rapporte que plusieurs délégations libanaises présentes au forum de Riyad « Future Investment Initiative » ont tenté de nouer des contacts avec des fonds souverains du Golfe pour obtenir un soutien conditionnel. Toutefois, les représentants saoudiens et émiratis auraient posé comme préalable une série de réformes concrètes dans la gouvernance bancaire, le secteur de l’électricité et l’indépendance du pouvoir judiciaire.
Un haut fonctionnaire cité anonymement par Al Joumhouriyat affirme que « tant que le système judiciaire ne sera pas crédible, aucune aide structurelle ne sera débloquée par les grandes puissances économiques ». Cette déclaration résonne avec les propos du directeur régional de la Banque mondiale, entendus à Beyrouth une semaine plus tôt et rapportés par Al Nahar, selon lesquels « le Liban reste un risque systémique tant qu’il ne dispose pas d’un programme macroéconomique transparent ».
Justice : violences, impunités et lenteur institutionnelle
L’assassinat d’Élio Abou Hanna : onde de choc nationale
Le 28 octobre 2025, plusieurs quotidiens, notamment Ad Diyar, Al Nahar et Al Liwa’, ont relayé avec force l’indignation provoquée par l’assassinat d’Élio Abou Hanna à Sabra et Chatila. Selon Ad Diyar (28/10/2025), ce jeune homme a été froidement tué par balle par un individu armé dans une zone où pullulent les factions non étatiques. Le crime s’est déroulé en pleine rue, devant témoins, et les circonstances de l’agression pointent vers une exécution ciblée, bien que les motivations restent encore floues.
Al Nahar (28/10/2025) met en évidence l’émotion qui a traversé les milieux chrétiens, où l’affaire est perçue comme une nouvelle manifestation de l’insécurité chronique dans les quartiers périphériques de Beyrouth, souvent qualifiés de « hors contrôle » des forces régulières. La victime appartenait à une famille maronite de Hazmieh, ce qui a accentué la portée communautaire du drame.
La famille d’Abou Hanna a dénoncé l’inaction des autorités. Le père de la victime, interrogé par Al Liwa’ (28/10/2025), a affirmé : « Mon fils a été tué en pleine lumière du jour. Nous n’avons vu ni enquête sérieuse, ni arrestations. Nous voulons la vérité et la justice. » Cette déclaration a été reprise par plusieurs formations politiques qui exigent l’ouverture d’une enquête judiciaire indépendante.
Impasse dans le dossier de l’explosion du port de Beyrouth
Autre symbole de la lenteur judiciaire : le blocage persistant de l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth du 4 août 2020. Al Nahar (28/10/2025) rappelle que le juge Tarek Bitar, suspendu de facto depuis plus de six mois, attend toujours la décision de la Cour de cassation sur sa compétence. L’enquête est totalement paralysée, alors que plus de 230 personnes sont mortes dans la tragédie, et des milliers de familles réclament toujours justice.
Le journal rapporte que plusieurs ONG, dont Legal Agenda et Human Rights Watch, ont déposé une plainte conjointe devant les instances onusiennes, accusant l’État libanais d’entrave systématique à la justice. Les plaignants demandent une mission d’enquête internationale. Cette initiative, bien qu’à portée symbolique, remet en lumière l’échec des institutions judiciaires à mener à bien l’un des dossiers les plus emblématiques de l’histoire contemporaine du Liban.
Al Liwa’ ajoute que la commission parlementaire ad hoc chargée du suivi du dossier n’a plus tenu de réunion formelle depuis trois mois. Le climat est au découragement. Un député cité sous anonymat résume : « On ne veut pas dire aux familles que l’affaire est enterrée, mais tout le monde le sait. »
Judiciarisation partielle de la corruption et dossier Tarek Khalaf
Sur le terrain de la lutte contre la corruption, peu d’avancées sont notées. Cependant, Al Bina’ (28/10/2025) évoque un développement dans le dossier de l’ex-ministre des Travaux publics Tarek Khalaf, accusé de détournement de fonds publics. Selon le journal, le parquet financier a demandé l’ouverture d’un procès devant la Cour des comptes, après un rapport de l’Inspection centrale révélant des irrégularités dans l’attribution de marchés de réhabilitation routière dans le Nord.
Malgré cette progression, plusieurs avocats déplorent la lenteur du processus. Al Joumhouriyat (28/10/2025) cite un membre du barreau de Tripoli : « Chaque avancée est contrebalancée par des mois de stagnation. La justice administrative n’a pas les moyens d’instruire correctement ces dossiers. » Le dossier Khalaf reste emblématique d’un système où la poursuite judiciaire dépend largement des équilibres politiques du moment.
Les tribunaux face à une surcharge chronique
La situation structurelle de l’appareil judiciaire est aussi préoccupante. Al Sharq (28/10/2025) rappelle que le tiers des juges sont en congé sans solde ou en arrêt prolongé, invoquant des raisons de sécurité ou de désaccord avec le pouvoir exécutif. Cette pénurie de magistrats ralentit considérablement les procédures. Le nombre de jugements rendus en 2024 a chuté de 47 % par rapport à 2022, selon les chiffres communiqués par le Conseil supérieur de la magistrature.
Dans les tribunaux de Beyrouth et du Metn, plusieurs affaires civiles sont en attente depuis plus de 18 mois. Al Akhbar(28/10/2025) note que les audiences sont souvent reportées faute de greffiers ou de salles disponibles, dans un contexte de réduction budgétaire drastique. Le bâtonnier de Beyrouth aurait alerté le ministre de la Justice, appelant à la convocation urgente d’une conférence nationale sur l’état de la justice.
Affaires familiales et violence domestique : silence judiciaire préoccupant
Un angle peu traité mais souligné par Al Nahar (28/10/2025) concerne les violences domestiques. Le journal documente l’absence de traitement judiciaire efficace des plaintes pour maltraitance familiale. Sur 162 plaintes déposées entre janvier et septembre 2025, seulement 24 ont donné lieu à une instruction judiciaire. Plusieurs associations féminines dénoncent un climat d’impunité, renforcé par des juges peu formés à la spécificité de ces affaires.
La présidente de l’ONG Kafa, interrogée par le journal, estime que « le système judiciaire reproduit des mécanismes patriarcaux qui invisibilisent les victimes ». Elle appelle à une réforme profonde des juridictions familiales, aujourd’hui gérées majoritairement par des instances religieuses.
Justice militaire : procès express, transparence absente
Un autre point noir reste la justice militaire. Al Akhbar (28/10/2025) dénonce le maintien de la compétence de cette juridiction sur des civils, en particulier dans les cas de manifestations ou d’outrage à l’armée. Le journal rapporte que quatre jeunes arrêtés lors d’un sit-in à Saida ont été jugés en moins de 72 heures, sans avocat, et condamnés à des peines allant jusqu’à deux mois de détention.
Ces procédures expéditives, selon le journal, contredisent les engagements internationaux du Liban. Les ONG, comme Amnesty International, continuent de réclamer l’abolition de la justice militaire pour les civils, considérée comme un outil d’intimidation politique plus qu’une juridiction équitable.
Des réformes à l’arrêt malgré la pression internationale
En dépit des engagements pris dans le cadre des négociations avec le FMI, le gouvernement libanais n’a pas encore adopté les lois attendues sur l’indépendance du pouvoir judiciaire. Al Sharq Al Awsat (28/10/2025) souligne que le projet de loi soumis en 2022 est toujours bloqué en commission parlementaire. Le Conseil supérieur de la magistrature continue de dépendre étroitement de l’exécutif pour la nomination des juges, ce qui mine sa légitimité.
Des diplomates occidentaux, cités anonymement par le journal, estiment que « l’absence de réforme judiciaire est l’obstacle principal à tout appui financier significatif au Liban ». Cette position est partagée par la Banque mondiale, dont les dernières communications indiquent que l’État de droit reste un indicateur déterminant dans l’allocation des aides.
Société : vulnérabilités accrues et fractures communautaires
Assassinat à Sabra : choc sociétal et impasse sécuritaire
Le 28 octobre 2025, la société libanaise a été secouée par l’annonce de l’assassinat d’Élio Abou Hanna dans le quartier de Sabra, rapportée en détail par Ad Diyar, Al Nahar et Al Liwa’. L’affaire, qui a suscité une onde de choc dans plusieurs cercles sociaux, met en lumière les tensions communautaires et les dysfonctionnements des structures de sécurité. Abattu en pleine rue, dans une zone densément peuplée et politiquement sensible, le jeune homme appartenait à une famille chrétienne de la banlieue est de Beyrouth, ce qui a immédiatement politisé et confessionnalisé l’événement.
Al Nahar (28/10/2025) souligne que ce meurtre a ravivé la crainte d’un retour aux violences à caractère confessionnel, notamment en l’absence de réaction rapide des services de sécurité. Selon le journal, aucun suspect n’a été arrêté, et les premiers éléments de l’enquête restent lacunaires. Cette situation a donné lieu à des manifestations spontanées dans la localité d’origine de la victime, où des slogans ont été scandés contre « l’impunité » et « la disparition de l’État dans certains quartiers ».
Le climat général est à la défiance. Al Liwa’ (28/10/2025) relaie les propos du curé de la paroisse de Hazmieh, qui a appelé à une « réactivation de l’autorité de l’État sur tout le territoire », dénonçant « la coexistence entre la légalité et la loi du plus fort ». Ce discours trouve écho dans les réactions de plusieurs ONG qui exigent une clarification du rôle des forces de sécurité et une enquête rapide sur les zones d’influence hors du contrôle des institutions.
Précarité croissante et épuisement des classes moyennes
La précarisation continue d’une large partie de la population est documentée par Al Joumhouriyat (28/10/2025) et Al Sharq. Le journal note que malgré une relative stabilisation du taux de change, les prix des biens de consommation essentiels ont poursuivi leur hausse, aggravant la situation des classes moyennes et populaires. Le litre d’essence a franchi le seuil des 90 000 livres, entraînant une flambée des tarifs de transport. Les produits alimentaires ont connu une augmentation moyenne de 6,2 % sur un mois, selon les données de l’Observatoire libanais de la consommation.
Dans les quartiers de la banlieue sud et de la Békaa, Al Sharq rapporte que les cantines populaires, gérées par des associations locales, enregistrent des pics de fréquentation inédits. Les files d’attente s’allongent dès l’aube, et les bénévoles affirment que de nombreuses familles en sont réduites à ne prendre qu’un seul repas par jour. Une responsable associative confie : « Le plus dur, ce n’est pas la pauvreté, c’est la perte de repères et l’absence de perspective. »
Cette détérioration du tissu social s’accompagne d’un repli identitaire croissant. Al Bina’ (28/10/2025) observe que de plus en plus de familles préfèrent inscrire leurs enfants dans des écoles confessionnelles ou communautaires, même au prix d’efforts financiers importants, par peur de tensions dans les établissements publics. Ce repli éducatif est l’un des indicateurs de la décomposition progressive du contrat social intercommunautaire.
Accès aux soins : ruptures d’approvisionnement et hôpitaux saturés
La crise sanitaire, bien que moins médiatisée, reste aiguë. Al Nahar (28/10/2025) rapporte que plusieurs hôpitaux publics souffrent de ruptures d’approvisionnement en médicaments vitaux, en particulier pour les pathologies chroniques et les soins en oncologie. Les patients sont souvent contraints d’acheter leurs traitements à l’étranger ou sur le marché noir, à des prix exorbitants.
Le directeur de l’hôpital gouvernemental de Baabda, interrogé par Al Joumhouriyat, déclare que les établissements n’ont reçu qu’une partie des subventions promises par le ministère de la Santé pour le second semestre de 2025. « Nous avons dû fermer deux unités de soins intensifs faute de personnel et de médicaments. Le système est en train de s’effondrer. » Le journal mentionne également la migration croissante des professionnels de santé, avec plus de 800 médecins et infirmiers ayant quitté le pays depuis le début de l’année.
La situation n’est guère meilleure dans le secteur privé. Al Sharq Al Awsat évoque une hausse vertigineuse du coût des actes médicaux, alors que les assurances ne couvrent plus qu’une fraction des soins. Les cliniques privées exigent désormais des dépôts en espèces avant tout traitement, une pratique jugée illégale mais devenue courante.
Défiance institutionnelle et paralysie des services publics
La confiance dans les institutions publiques continue de s’effriter. Al Akhbar (28/10/2025) publie un dossier sur la dégradation des services administratifs dans les mohafazats. Le journal cite plusieurs citoyens qui dénoncent les files d’attente interminables, l’absence de personnel et les demandes de pots-de-vin pour accélérer les démarches. Le renouvellement des documents d’identité, notamment, prend plusieurs mois, ce qui bloque de nombreuses démarches administratives et judiciaires.
À Tripoli, Al Liwa’ note que les bureaux de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ne traitent plus que les cas d’urgence. Une employée, sous anonymat, explique : « Nous sommes à peine cinq pour gérer plus de mille dossiers par semaine. Il n’y a ni ordinateurs fonctionnels ni budget de fonctionnement. » Cette désorganisation se répercute sur la population active, en particulier les travailleurs informels et les retraités, qui peinent à accéder à leurs droits.
Mobilisations civiles : initiatives locales et fatigue militante
Face à l’effondrement des structures officielles, la société civile continue de jouer un rôle central. Al Nahar souligne l’essor d’initiatives communautaires d’autosuffisance alimentaire dans les montagnes du Chouf et de Jezzine. Des coopératives locales relancent la culture maraîchère à petite échelle, avec l’appui d’ONG internationales. Le modèle reste cependant marginal et dépendant de financements extérieurs.
Al Joumhouriyat rend compte d’un sentiment de fatigue dans les cercles militants. Plusieurs figures des mouvements sociaux issus de la révolte d’octobre 2019 affirment ne plus croire à une transformation institutionnelle possible dans le court terme. Un militant de Saida confie : « Nous avons tout essayé : la rue, les campagnes, les élections. Rien ne bouge. La frustration est totale. »
Cette fatigue se manifeste aussi dans la démobilisation électorale. Al Bina’ note que la participation aux dernières élections municipales partielles a chuté de plus de 20 points par rapport à 2016. Le désintérêt croissant pour les mécanismes démocratiques témoigne d’une société en repli et d’un imaginaire politique en panne.



