La session gouvernementale prévue le mardi suivant et convoquée par le Premier ministre Nawaf Salam suscite des attentes majeures, notamment en raison de la place centrale qu’y occupe la question du désarmement des groupes armés non étatiques. Selon Ad Diyar du 30 juillet 2025, cette réunion devrait inclure à son ordre du jour la mise en œuvre du programme ministériel lié à l’application du monopole de l’État sur la souveraineté et l’usage de la force sur l’ensemble du territoire, conformément aux principes de l’accord sur la cessation des hostilités de novembre 2024. Ce texte, rappelé dans les propositions de l’émissaire américain Tom Barak, figure désormais comme une exigence incontournable dans l’agenda diplomatique et sécuritaire régional.
Dans ce cadre, le journal révèle qu’Emmanuel Macron serait personnellement intervenu pour proposer à Nawaf Salam un compromis qui permettrait de désamorcer les tensions, à savoir une déclaration de bonne volonté libanaise à travers une approbation gouvernementale des principes américains. Ce compromis inclurait notamment le respect de l’exclusivité du port d’armes par l’État, et l’adhésion unanime du Conseil des ministres à cette orientation.
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Mais la manœuvre suscite de fortes résistances, en particulier du côté des partis proches du Hezbollah, qui voient dans cette approbation une remise en cause de leur position stratégique au Sud. La participation du président du Parlement Nabih Berri à une session parlementaire dédiée à l’indépendance de la justice et à la restructuration bancaire, évoquée également par Ad Diyar (30 juillet 2025), illustre la volonté d’ancrer ces dossiers dans une logique de réforme systémique. Toutefois, cette dynamique semble contrecarrée par les incertitudes liées à la réaction de ce que le journal qualifie de « tandem chiite ».
Barak en retrait tactique et pression diplomatique croissante
L’émissaire américain Tom Barak, dont l’influence reste déterminante, a quitté Beyrouth pour Monaco, selon toujours Ad Diyar du 30 juillet 2025, laissant derrière lui une série de recommandations urgentes. Il aurait prolongé son séjour en France afin de mener des entretiens avec des représentants du monde des affaires libanais, y compris avec des figures économiques influentes comme Issam Fares.
Al Sharq Al Awsat du même jour confirme que Barak a également fait état de son soutien à la médiation menée en Syrie par Mazloum Abdi, évoquant la nécessité d’une gouvernance unifiée pour favoriser la stabilité. Ce double discours — ferme avec Beyrouth, conciliant avec Damas — est perçu comme un signal que les États-Unis n’accorderaient plus de délais aux autorités libanaises.
Par ailleurs, Barak aurait contacté Jean-Yves Le Drian et la direction du renseignement français afin de coordonner les prochaines étapes du dossier libanais. Les messages transmis auraient été relayés par Emmanuel Macron, qui aurait personnellement demandé à Nawaf Salam de démontrer un engagement tangible envers le processus américain, comme condition de maintien du soutien diplomatique français.
Joseph Aoun en visite à Alger : entre hydrocarbures et symbolisme régional
Alors que le climat politique intérieur reste sous tension, le président Joseph Aoun a entrepris une visite de deux jours en Algérie. Selon Al Joumhouriyat du 30 juillet 2025, cette visite revêt une importance particulière sur plusieurs plans : relance des accords énergétiques, tentative de clôturer le dossier litigieux de la Sonatrach, et recherche de soutien arabe face aux pressions occidentales croissantes.
Lors de sa rencontre avec Abdelmadjid Tebboune, Joseph Aoun a insisté sur la nécessité de renforcer la solidarité arabe et de redonner à la question palestinienne une centralité diplomatique. Il a aussi salué le rôle de l’Algérie dans les négociations ayant conduit à l’Accord de Taëf, et appelé à une reprise des échanges dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la culture et de l’énergie.
La presse algérienne, citée indirectement par Al Sharq du 30 juillet 2025, a souligné que cette visite pourrait conduire à une réactivation des lignes d’approvisionnement pétrolier entre Alger et Beyrouth, suspendues depuis plusieurs années. Joseph Aoun aurait également plaidé pour une coopération dans le secteur de la reconstruction, notamment pour les infrastructures endommagées par les conflits successifs.
Israël et les tensions militaires au Sud : narratif de la « reconstitution »
En parallèle, la tension sur le front sud avec Israël s’intensifie. Al Akhbar du 30 juillet 2025 rapporte que les autorités israéliennes, relayées par des médias comme Maariv, dénoncent une reconstruction active de la force d’élite « Al-Radwan » par le Hezbollah, malgré les pertes subies depuis novembre 2024. Le journal évoque une baisse significative de l’effectif de cette unité, passant de 6 000 à moins de 3 000 membres, ce qui renforce la perception d’une vulnérabilité du parti chiite.
La rhétorique israélienne met en avant l’idée que le Hezbollah préparerait des scénarios de « micro-opérations » contre des positions militaires israéliennes, avec pour objectif un renversement psychologique du rapport de force. Al Akhbarrapporte également que Tel-Aviv s’emploie à construire un narratif visant à justifier une future incursion, en soulignant les dangers supposés de la réorganisation du Hezbollah dans la région du Litani.
La FINUL et les Nations Unies restent en retrait face à cette escalade verbale, bien que la représentante spéciale Jinin Hennis-Plasschaert ait exprimé, selon le journal, de « profondes inquiétudes » à l’issue d’une tournée à Tel-Aviv, où elle aurait reçu des signaux clairs d’un possible engagement militaire israélien à court terme si Beyrouth ne s’engage pas concrètement sur le désarmement.
Redéploiement politique interne : vers un réalignement des blocs
Les tensions autour des lois sur l’indépendance de la justice et la restructuration du secteur bancaire cristallisent les oppositions politiques. Al Liwa’ et Al Sharq du 30 juillet 2025 évoquent un report stratégique de la session gouvernementale sur ces lois, soulignant la crainte de divisions internes. Le rôle de Nabih Berri s’avère central, alors qu’il cherche à faire voter les deux textes majeurs : celui sur l’autonomie judiciaire et celui sur le redressement des banques, sans ouvrir la voie à une nouvelle crise institutionnelle.
Dans ce contexte, plusieurs journaux rapportent un regain d’activité des formations d’opposition, notamment autour de la thématique des élections municipales, qui seraient convoquées dans les mois à venir. La crainte d’un boycott ou d’une désaffection civique pousse certains partis à relancer leur implantation locale.
Enfin, Ad Diyar (30 juillet 2025) suggère que les événements récents et la pression diplomatique intense pourraient accélérer la reconfiguration des alliances parlementaires, notamment en fonction de la posture adoptée vis-à-vis des recommandations américaines.
Recomposition régionale et jeu d’alliances contradictoires
Les initiatives diplomatiques autour du Liban prennent une tournure plus large. Le discours croisé entre Paris, Washington, Riyad et Tel-Aviv autour de la stabilisation du Liban ne masque plus l’impatience grandissante des partenaires internationaux. Al Binaa’ du 30 juillet 2025 évoque d’ailleurs une équation géopolitique dans laquelle le Liban semble marginalisé : le journal rapporte que la dynamique imposée par les États-Unis consisterait à laisser Israël poursuivre son « isolement stratégique » du Hezbollah, tout en obligeant les acteurs politiques libanais à internaliser cette pression sans recours visible à des arbitrages diplomatiques protecteurs.
Ce climat est renforcé par les débats internationaux autour du conflit à Gaza. Selon Al Quds du 30 juillet 2025, le Premier ministre britannique Keir Starmer aurait conditionné la reconnaissance d’un État palestinien à un cessez-le-feu durable de la part d’Israël. Ce positionnement, bien qu’indirectement lié au Liban, accentue la tension régionale. Le soutien implicite de l’Algérie au processus de reconnaissance palestinienne, mentionné lors de la rencontre entre Joseph Aoun et Abdelmadjid Tebboune (Al Joumhouriyat, 30 juillet 2025), inscrit le Liban dans une dynamique diplomatique panarabe, mais encore marginale face aux injonctions occidentales.
Retrait tactique ou désengagement de Barak ?
La posture de Tom Barak, à la fois omniprésente par ses recommandations et distante par sa mise en retrait physique, nourrit un climat d’incertitude stratégique. Al Sharq du 30 juillet 2025 rapporte que le président du Conseil a repoussé la session sur les lois économiques, officiellement pour des raisons de calendrier, officieusement pour gagner du temps vis-à-vis des tensions internes.
La presse libanaise évoque la difficulté croissante pour Nawaf Salam d’imposer une ligne claire entre soumission stratégique aux exigences occidentales et gestion d’un gouvernement divisé. L’hypothèse d’un retrait momentané de l’émissaire américain, visible à travers ses activités à Monaco rapportées par Ad Diyar, est perçue comme un test ultime : le Liban est laissé seul face à l’exigence d’agir, dans un contexte institutionnel où toute décision reste suspendue à l’équilibre fragile des alliances.
Les forces armées au cœur du dispositif étatique
Dans un contexte où l’arsenal du Hezbollah reste au cœur des inquiétudes internationales, les déclarations de Joseph Aoun depuis Alger prennent un relief particulier. Selon Al Joumhouriyat, il a explicitement rappelé que « la pleine souveraineté sur l’ensemble du territoire est la condition du retour de l’État de droit ». En mettant l’accent sur l’importance d’un seul drapeau, une seule armée, une seule autorité légitime, le président semble adopter les codes diplomatiques attendus par Washington et Paris, tout en ménageant un discours de continuité nationale vis-à-vis des partenaires arabes.
Cette posture présidentielle s’inscrit dans un effort de repositionnement des forces armées comme colonne vertébrale de l’État. Si la mission de Joseph Aoun à Alger est d’abord économique, elle vise aussi à rappeler que l’armée libanaise reste l’institution la plus stable et la plus respectée du pays, dans un paysage politique décomposé.
Résilience du système parlementaire et blocages institutionnels
La reprise de l’activité législative avec la mise à l’ordre du jour des deux projets de lois phares — indépendance de la justice et restructuration bancaire — pourrait marquer un tournant. Ad Diyar et Al Liwa’ soulignent néanmoins la difficulté de parvenir à un consensus. Le rôle de Nabih Berri reste central, et les interrogations autour du vote effectif de ces textes demeurent entières.
La loi sur l’indépendance de la justice, notamment, suscite l’inquiétude de plusieurs figures judiciaires, qui redoutent qu’un texte mal ficelé ouvre la porte à une instrumentalisation politique ou à une paralysie administrative du Conseil supérieur de la magistrature. La réforme bancaire, quant à elle, reste marquée par l’absence de plan clair de redistribution des pertes, ce qui alimente les inquiétudes de l’opinion publique et des déposants.
Tensions sociales et climat pré-électoral en arrière-plan
Enfin, Al Sharq mentionne une montée en puissance des discours critiques à l’égard du gouvernement, alimentée par la situation socio-économique. La perspective d’élections municipales, bien qu’encore floue, active déjà les réseaux de terrain, notamment dans les milieux indépendantistes et issus du mouvement de contestation de 2019. Si aucune mobilisation majeure n’est annoncée, l’atmosphère générale rappelle celle d’un système politique suspendu entre inertie institutionnelle et potentiel de basculement.
Politique locale : affrontements institutionnels et crispations sécuritaires
Un agenda politique saturé par les tensions autour du désarmement
Au cœur des débats politiques locaux, la question du désarmement des groupes armés non étatiques domine l’agenda. Ad Diyar du 30 juillet 2025 rapporte que la session gouvernementale fixée au mardi suivant par le Premier ministre Nawaf Salam doit porter principalement sur l’application du programme gouvernemental relatif au monopole de l’État sur l’usage de la force. Cette séance s’inscrit dans le cadre de la feuille de route élaborée autour de l’accord de cessez-le-feu du mois de novembre 2024, et réactivée par l’émissaire américain Tom Barak.
La dimension politique du dossier s’accentue à mesure que le Hezbollah, tout comme ses alliés au sein du tandem chiite, perçoit dans ces discussions une offensive contre leur rôle sécuritaire historique au Sud du pays. Le journal souligne que le climat politique s’envenime autour de la possibilité que les ministres affiliés à ces formations boycottent la séance si le texte lié à l’exclusivité des armes de l’État est maintenu à l’ordre du jour. La crainte d’une paralysie gouvernementale est d’autant plus vive que Nawaf Salam, selon Ad Diyar, chercherait à inscrire cette séance dans une logique de démonstration de souveraineté à l’intention des partenaires occidentaux.
Le président de la Chambre comme pivot du jeu institutionnel
Dans ce contexte tendu, Nabih Berri joue un rôle stratégique. Selon Al Joumhouriyat du 30 juillet 2025, il a convoqué une session parlementaire pour le jeudi suivant, avec à l’ordre du jour deux lois emblématiques : la restructuration du secteur bancaire et l’indépendance du pouvoir judiciaire. Bien que ces textes aient été débattus depuis plusieurs mois, leur inscription simultanée marque une volonté de reprise institutionnelle, voire de réassurance des marchés financiers. Le journal rapporte que Berri, dans ses échanges avec la presse, reste mesuré mais déterminé, indiquant que la conjoncture exige de « clarifier la posture de l’État face aux urgences financières et aux exigences diplomatiques ».
Pourtant, cette stratégie parlementaire s’accompagne de nombreuses incertitudes. Al Liwa’ évoque des négociations tendues entre les blocs politiques autour de la loi sur l’indépendance judiciaire, où certains courants craignent une recentralisation des nominations entre les mains du pouvoir exécutif. En ce sens, la dynamique parlementaire semble suspendue à des équilibres fragiles, où la moindre inflexion pourrait provoquer des blocages durables.
Divergences sur la réforme bancaire et résistances des lobbys financiers
La loi sur la restructuration bancaire, qui entend proposer un cadre pour la gestion des pertes du secteur financier et le remboursement progressif des dépôts, reste un sujet hautement conflictuel. Al Joumhouriyat rapporte que certains amendements envisagés introduisent une hiérarchisation des déposants, priorisant les dépôts « nécessaires à la survie sociale », une formulation vague qui provoque la colère des associations de déposants. Ces dernières dénoncent, dans des déclarations relayées par Al Sharq, une tentative de légaliser les pertes et d’absoudre les banques de leur responsabilité dans la crise de 2019.
Le positionnement du gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, reste discret, mais plusieurs articles soulignent que les banques ont intensifié leur lobbying parlementaire, notamment auprès des commissions mixtes. Ce climat contribue à accentuer la méfiance des citoyens envers le système, tandis que des mouvements de contestation limités, mais symboliques, ont été signalés devant le Parlement.
Pressions diplomatiques et dynamique présidentielle
La visite de Joseph Aoun à Alger, telle que rapportée par Al Joumhouriyat et Al Sharq du 30 juillet 2025, revêt une importance stratégique. Bien qu’elle soit officiellement orientée vers le renforcement des relations bilatérales, elle s’inscrit également dans une logique de repositionnement présidentiel. En réaffirmant la nécessité d’une souveraineté pleine et entière sur l’ensemble du territoire, le président s’est implicitement aligné sur les attentes occidentales, tout en insistant sur la solidarité arabe. Cette double posture est analysée comme une tentative de Joseph Aoun de s’imposer comme l’axe stable autour duquel pourrait s’organiser un consensus national.
Al Binaa’ évoque d’ailleurs que cette visite, bien que diplomatique, est perçue à Beyrouth comme un message indirect au Hezbollah, suggérant que le soutien régional pourrait basculer en faveur d’une ligne politique souverainiste si le statu quo sécuritaire persiste.
Échos de division au sein du gouvernement et absence de ligne commune
La fracture au sein du gouvernement apparaît également dans les hésitations entourant la convocation du Conseil des ministres. Selon Al Sharq, Nawaf Salam aurait reporté la discussion sur les projets de loi litigieux pour éviter un éclatement prématuré de sa coalition. Le Premier ministre, en position fragile, tente de ménager les différentes sensibilités, tout en répondant aux attentes de ses soutiens internationaux.
Ad Diyar mentionne que les ministres affiliés aux Forces libanaises, ainsi que certains indépendants, réclament une clarification sur les engagements pris par le chef du gouvernement à Paris et à Washington. Ce flou alimente les suspicions sur un possible agenda parallèle, centré sur la négociation d’une nouvelle phase institutionnelle excluant certains acteurs traditionnels.
Projets locaux en suspens et tensions municipales
Dans ce climat politique chargé, les projets municipaux, déjà suspendus depuis plusieurs mois, peinent à se concrétiser. Al Liwa’ souligne que plusieurs budgets de développement local n’ont pas été débloqués, en raison des désaccords sur leur mode de financement. Certaines municipalités, notamment dans la Békaa et le Sud, menacent d’interrompre certains services publics, invoquant l’absence de transferts financiers de l’État central.
La rumeur persistante d’un report des élections municipales, prévue théoriquement pour la fin de l’année, commence à circuler dans les milieux politiques. Ce report, s’il devait être officialisé, serait perçu comme un nouveau recul démocratique, accentuant la méfiance entre l’État central et les collectivités locales.
Économie : entre restructuration bancaire, relance industrielle et attente des réformes
Pression croissante autour de la loi de restructuration bancaire
La scène économique libanaise reste marquée par les attentes et tensions autour de la loi de restructuration du secteur bancaire. Selon Al Joumhouriyat du 30 juillet 2025, cette réforme est désormais inscrite à l’ordre du jour de la session parlementaire convoquée par Nabih Berri, aux côtés de la loi sur l’indépendance de la justice. Les termes du projet prévoient notamment une réorganisation des institutions financières défaillantes et la priorisation des dépôts à caractère vital, une notion encore floue qui suscite de nombreuses critiques.
Le même journal rapporte que la loi, dans sa forme actuelle, envisage une réduction de capital pour certaines banques, une absorption partielle des pertes par les actionnaires, et la création d’une entité publique chargée de la gestion des actifs non performants. Toutefois, les négociations internes révèlent d’importantes dissensions. Plusieurs députés issus des blocs économiques dénoncent une approche punitive, tandis que les représentants des déposants affirment que la loi institutionnaliserait les pertes sans garantie de compensation.
Selon Al Liwa’, des banques auraient discrètement repris leur lobbying, en coordination avec certaines figures du secteur judiciaire, pour atténuer la portée des réformes proposées. En l’absence d’un accord clair, la session parlementaire pourrait être repoussée ou ajournée, ce qui prolongerait l’incertitude économique.
Mobilisation des déposants et défiance accrue vis-à-vis des banques
La tension est d’autant plus palpable que les associations de déposants continuent de dénoncer ce qu’elles considèrent comme un abandon progressif de leurs droits. Al Sharq du 30 juillet 2025 mentionne des mouvements de protestation ciblant plusieurs sièges bancaires à Beyrouth, notamment dans le quartier de Hamra. Ces manifestations, bien que limitées en nombre, traduisent un mécontentement profond.
La question du « bail-in », à savoir l’absorption des pertes par les détenteurs de capitaux et les gros déposants, reste au centre du débat. Si certaines voix parlementaires, notamment issues du bloc du Changement, plaident pour une approche plus équitable basée sur la hiérarchie des responsabilités, d’autres refusent toute forme de répartition des pertes qui toucherait les petits déposants.
Le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, est resté silencieux sur ces questions. Toutefois, plusieurs sources citées dans Ad Diyar indiquent qu’un document confidentiel circulerait au sein de la Banque centrale, proposant une stratégie alternative fondée sur une période de transition de cinq ans, accompagnée d’une supervision renforcée du FMI. Ce document n’a pas encore été rendu public.
Stabilité monétaire fragile et persistance de la dualité des taux
Sur le plan monétaire, la situation reste instable. Al Akhbar du 30 juillet 2025 relève que malgré une légère stabilisation du taux de change sur les marchés parallèles, la dualité entre le taux officiel et le taux du marché noir continue de pénaliser l’activité économique. Les importateurs, notamment dans les secteurs de l’agroalimentaire et du médicament, se plaignent de la difficulté à planifier leurs achats en raison de l’instabilité des devises.
La Banque centrale maintient une politique de contrôle de capitaux de facto, sans base légale claire, ce qui complique les relations avec les institutions internationales. Les efforts pour harmoniser les taux n’ont pour l’instant pas abouti, malgré les recommandations répétées du FMI.
Reprise industrielle inégale et difficulté d’accès au crédit
Le tissu industriel libanais montre des signes de reprise modérée, mais inégale. Selon Al Sharq Al Awsat du 30 juillet 2025, certaines zones industrielles comme celles de Zahlé ou Tripoli enregistrent une légère reprise grâce à l’augmentation des commandes locales, notamment dans les secteurs du plastique, de l’agroalimentaire et de l’habillement. Cette reprise reste cependant entravée par les coûts d’approvisionnement en matières premières et l’instabilité des taux de change.
Plusieurs patrons de PME, cités par Al Diyar, dénoncent la difficulté d’accès au crédit bancaire, qui demeure paralysé par la crise de confiance entre les banques et les entreprises. Les programmes d’aide au financement, annoncés à plusieurs reprises par le ministère de l’Économie, peinent à se concrétiser. Les lignes de crédit promises par les bailleurs internationaux, notamment par le biais de l’Union européenne, sont toujours bloquées en raison de l’absence de garanties législatives.
Investissements numériques et zones franches : des projets ambitieux mais incertains
La volonté du gouvernement de relancer les investissements numériques et les zones franches reste affichée, mais les obstacles s’accumulent. Al Akhbar mentionne que plusieurs projets de data centers ont été proposés à l’étranger, notamment aux Émirats arabes unis et en Allemagne, mais aucun accord définitif n’a encore été signé. La difficulté réside principalement dans le manque de stabilité institutionnelle et les incertitudes réglementaires.
Selon Al Binaa’, un plan visant à créer trois zones franches technologiques (Beyrouth, Saïda, Tripoli) aurait été présenté au Conseil des ministres. Il prévoit une fiscalité allégée, une autonomie administrative locale, et des partenariats public-privé. Toutefois, aucun mécanisme de financement clair n’a encore été proposé.
Le ministère des Télécommunications, de son côté, n’a pas encore validé le volet infrastructurel du projet, en raison de divergences sur l’attribution des marchés publics. Cette situation freine les entreprises du secteur numérique, qui appellent à une simplification du cadre réglementaire.
Commerce extérieur et vulnérabilité persistante de la balance commerciale
Sur le plan du commerce extérieur, Al Sharq indique que le déficit commercial continue de se creuser, malgré une réduction des importations de produits de luxe. Les exportations agricoles, en particulier vers les pays du Golfe, n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant 2020. Les producteurs locaux dénoncent des difficultés logistiques, notamment au niveau du port de Beyrouth et des douanes.
La signature de nouveaux protocoles d’exportation avec l’Algérie, évoquée lors de la visite de Joseph Aoun à Alger (Al Joumhouriyat), pourrait offrir une bouffée d’oxygène. Ces accords incluraient des livraisons d’huile d’olive, de vins et de produits transformés. Toutefois, les volumes annoncés restent faibles et ne compenseront pas la baisse des échanges avec l’Arabie saoudite, qui reste le premier partenaire économique arabe du Liban.
Justice : affrontements autour de l’indépendance judiciaire et enjeux des réformes bancaires
Une réforme judiciaire au cœur des tensions parlementaires
Au centre des débats institutionnels, la réforme du système judiciaire cristallise une opposition croissante entre les différentes forces politiques. Ad Diyar du 30 juillet 2025 précise que cette réforme figure en tête de l’ordre du jour de la session parlementaire convoquée par Nabih Berri. Elle vise à réorganiser le Conseil supérieur de la magistrature, garantir une autonomie budgétaire des tribunaux et instaurer des mécanismes de nomination indépendants. Mais derrière ces intentions affichées se profilent de nombreux blocages.
Le journal signale que plusieurs partis, dont les Forces libanaises et le Courant patriotique libre, dénoncent une réforme qui, selon eux, pourrait renforcer le contrôle de l’exécutif sur la magistrature sous prétexte de rationalisation. Des juristes indépendants, cités dans Al Liwa’, estiment que le texte manque de garanties claires pour empêcher les interférences politiques, notamment dans les nominations de juges et les procédures disciplinaires.
Selon Al Sharq, certains articles du projet de loi permettraient à l’exécutif d’intervenir dans le financement du système judiciaire, une mesure critiquée pour son potentiel à conditionner l’indépendance des tribunaux. Cette disposition alimente la méfiance, particulièrement après les multiples affaires sensibles restées en suspens ces dernières années, notamment celles liées à la corruption institutionnelle et à la mauvaise gestion des fonds publics.
Débats autour de l’affaire des banques et des responsabilités judiciaires
En parallèle, la réforme bancaire fait également l’objet de controverses sur le plan judiciaire. Al Joumhouriyat du 30 juillet 2025 évoque un projet de loi connexe prévoyant une révision des mécanismes de litige entre déposants et institutions financières. Le texte inclurait une procédure simplifiée de résolution des différends, mais aussi une limitation du recours judiciaire pour certaines catégories de plaintes, ce qui soulève de vives critiques.
Selon le journal, des organisations de défense des droits des déposants accusent les promoteurs de cette loi de vouloir restreindre les capacités d’action en justice des citoyens. L’argument avancé par les auteurs du texte est que les procédures judiciaires actuelles encombrent les tribunaux et freinent la restructuration du secteur. Toutefois, les opposants y voient une tentative de faire échec à la transparence judiciaire.
Ad Diyar signale que plusieurs magistrats auraient exprimé, en privé, leur réticence à l’idée de voir leur marge d’interprétation réduite par des dispositifs normatifs imposés depuis le législatif. La Cour de cassation aurait même été saisie d’une note technique demandant l’examen de la constitutionnalité de certains articles du projet. Ce contexte tendu est exacerbé par l’absence de communication claire de la part du ministère de la Justice.
Lenteur des nominations et vacance de postes sensibles
La paralysie partielle du système judiciaire se manifeste également dans le retard persistant des nominations judiciaires. Al Liwa’ rapporte que plusieurs postes de procureurs et juges d’instruction restent vacants depuis plus d’un an, en raison de l’impossibilité du Conseil supérieur de la magistrature à se réunir dans sa composition légale. Ce blocage est principalement dû au refus de certains membres de siéger aux côtés de figures accusées d’avoir bloqué des dossiers sensibles, notamment ceux liés à l’explosion du port de Beyrouth.
Les conséquences de ces retards sont lourdes. De nombreuses affaires sont ajournées, notamment celles impliquant des personnalités publiques ou des institutions financières. Al Sharq cite l’exemple d’une affaire de détournement de fonds au sein d’un ministère, dont le procès est repoussé pour la cinquième fois faute de juge désigné. Cette situation entretient un climat d’impunité perçue par l’opinion publique.
Affaires en cours : soupçons de corruption dans la gestion des aides internationales
Au chapitre des affaires en cours, Al Akhbar évoque des soupçons de détournement de fonds dans la distribution de l’aide internationale, notamment dans les zones rurales du Sud. Le journal rapporte que plusieurs ONG partenaires du gouvernement ont fait l’objet d’audits financiers dont les résultats restent confidentiels. Des parlementaires ont demandé l’ouverture d’une enquête parlementaire conjointe, mais aucune commission n’a encore été formée.
Des documents cités par Ad Diyar évoquent également des irrégularités dans la gestion de contrats publics attribués sans appel d’offres dans le cadre des projets de reconstruction post-crise. Ces contrats, souvent octroyés à des sociétés liées à des personnalités politiques, n’ont pas fait l’objet de vérification judiciaire approfondie, en raison de la saturation des juridictions concernées.
Justice militaire et renforcement du cadre disciplinaire
La justice militaire continue de jouer un rôle particulier dans la régulation des affaires de sécurité. Al Joumhouriyatindique que plusieurs arrestations ont été menées dans le cadre d’enquêtes sur des trafics d’armes dans la région de Baalbeck. Toutefois, le manque de transparence sur les suites judiciaires de ces affaires suscite des critiques.
Al Binaa’ du même jour signale que le ministère de la Défense a proposé un amendement au code de justice militaire visant à renforcer les pouvoirs disciplinaires des juges en matière de délits à caractère sécuritaire. Ce projet, en discussion au sein de la commission parlementaire concernée, prévoit notamment une extension des compétences de la justice militaire aux affaires impliquant des civils dans les cas de collusion avec des groupes armés.
Cette proposition, bien qu’appuyée par certains députés, est rejetée par les ONG de défense des droits humains, qui y voient une menace pour le principe de séparation des pouvoirs. L’Association libanaise pour les droits et les libertés a publié un communiqué appelant au retrait pur et simple de cette initiative, la qualifiant d’« atteinte à l’équilibre constitutionnel ».
Société : déséquilibres sociaux persistants, mobilisation sectorielle et malaise civique
Pensions et égalité sociale au centre des frustrations collectives
La société libanaise continue de faire face à de profondes inégalités, mises en lumière par les récentes déclarations des responsables syndicaux. Al Liwa’ du 30 juillet 2025 souligne que les pensions de retraite versées aux anciens agents de la fonction publique, notamment ceux affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), demeurent largement inférieures aux seuils de pauvreté définis par les agences internationales. Dans une déclaration relayée par le journal, un représentant de l’Union des retraités du secteur public affirme que « la pension moyenne actuelle ne permet même pas de subvenir à une semaine de besoins alimentaires pour un foyer moyen ».
La situation est d’autant plus problématique que les pensions des militaires retraités, indexées partiellement sur les taux du marché, continuent d’être privilégiées par rapport à celles des autres fonctionnaires. Cette disparité, critiquée dans un éditorial de Ad Diyar, alimente un ressentiment croissant entre les différentes catégories professionnelles. La promesse faite par le gouvernement en mars 2025 de revoir les modalités de calcul des pensions n’a toujours pas été traduite en texte légal.
Selon Al Akhbar, la pression exercée par les syndicats a été renforcée par l’alliance naissante entre les enseignants à la retraite, les anciens douaniers et les personnels hospitaliers. Ce front commun réclame la mise en place d’un panier de services essentiels, y compris des allocations logement et santé, mais se heurte à un vide institutionnel total. Le ministère des Affaires sociales, interrogé par Al Sharq, n’a fourni aucune feuille de route en réponse à ces revendications.
Crise de confiance envers les institutions sociales
L’absence de pilotage clair dans les politiques sociales accentue le sentiment de désaffiliation de larges pans de la population. Al Joumhouriyat du 30 juillet 2025 rapporte que la CNSS continue de fonctionner en mode restreint, avec un déficit de financement chronique et une incapacité à couvrir la totalité des frais de santé. Le journal cite plusieurs cas de patients obligés de différer ou renoncer à leurs traitements faute de couverture effective, notamment dans les hôpitaux publics de Tripoli et Saïda.
La couverture médicale, autrefois considérée comme un droit acquis, devient aujourd’hui un privilège. Des ONG comme Médecins pour la Dignité, citées par Al Binaa’, évoquent une explosion des consultations d’urgence dans les centres communautaires, qui voient arriver des patients âgés, malades chroniques ou jeunes enfants sans aucun filet sanitaire. Le rapport indique que l’État libanais consacre actuellement moins de 3 % de son budget à la santé publique, un taux parmi les plus bas de la région.
Cette crise de la protection sociale coïncide avec une désaffection massive vis-à-vis des institutions. Une enquête citée par Al Sharq Al Awsat révèle que 74 % des Libanais interrogés déclarent ne plus faire confiance à aucun organisme public pour gérer leurs droits sociaux. Ce taux atteint même 81 % chez les moins de 30 ans.
Éducation en crise : désengagement de l’État et paupérisation des enseignants
Dans le secteur de l’éducation, les tensions sociales se cristallisent également. Al Liwa’ souligne que le syndicat des enseignants du public a lancé un nouvel avertissement au ministère de l’Éducation, réclamant le paiement immédiat des indemnités de correction des examens officiels. Plusieurs correcteurs n’auraient toujours pas été rémunérés pour leurs prestations depuis la session de juin. Le journal évoque un appel à la grève partielle à partir de la semaine suivante si aucun versement n’est effectué.
Par ailleurs, Al Diyar rapporte que de nombreux établissements scolaires publics sont en situation de précarité extrême, incapables de maintenir des conditions sanitaires minimales à la veille de la rentrée. Le ministère a publié une circulaire d’alerte logistique, mentionnant un déficit de fournitures dans plus de 400 établissements.
La situation dans l’enseignement privé n’est guère meilleure. Les frais de scolarité augmentent drastiquement, sans amélioration du service rendu. Certaines écoles imposent des frais en devises étrangères, excluant de facto les familles à revenus fixes en livres libanaises. Cette dynamique accentue la reproduction des inégalités sociales dès le plus jeune âge.
Mobilisation du secteur infirmier et précarisation du personnel médical
Le corps infirmier libanais traverse une crise silencieuse mais profonde. Al Joumhouriyat fait état d’un appel à la mobilisation de l’Ordre des infirmiers, dénonçant la dégradation continue des conditions de travail dans les hôpitaux publics et privés. Le journal souligne que les salaires ne suivent plus l’inflation, tandis que les primes de risque liées au Covid-19, promises depuis 2022, n’ont toujours pas été versées à tous les bénéficiaires.
Selon Al Akhbar, la fuite des compétences vers les pays du Golfe et l’Europe s’est accélérée depuis le début de l’année 2025. Plusieurs établissements, notamment à Nabatiyé et Zahlé, ont dû réduire leurs activités faute de personnel qualifié. Le système hospitalier libanais, autrefois reconnu dans la région, est aujourd’hui confronté à un appauvrissement professionnel alarmant.
Déficits de services publics et exaspération dans les quartiers urbains
Les dysfonctionnements des services publics affectent lourdement la vie quotidienne des citoyens. Al Sharq rapporte des coupures d’eau prolongées à Beyrouth, notamment dans les quartiers de Chiyah et Bourj Abi Haidar, liées à des retards de maintenance dans les stations de pompage. Ces coupures aggravent la situation sanitaire, notamment en période estivale.
La collecte des ordures connaît également des interruptions fréquentes, en raison de conflits entre municipalités et prestataires privés. Al Binaa’ cite un responsable du gouvernorat du Mont Liban expliquant que certaines sociétés sous-traitantes refusent de poursuivre leurs activités faute de paiement. La situation est particulièrement tendue dans les zones côtières, où les amas de déchets atteignent des niveaux préoccupants.
Ces défaillances dans les services essentiels nourrissent une colère latente. Bien qu’aucune mobilisation massive ne soit signalée dans les fichiers, plusieurs journaux évoquent une radicalisation des discours dans les assemblées locales et sur les réseaux sociaux.
Culture : initiatives artistiques résilientes, mise en valeur du patrimoine et nouvelles dynamiques littéraires
Un été culturel sous contraintes économiques
Malgré un contexte économique difficile, l’activité culturelle se maintient, portée par des initiatives locales et des soutiens institutionnels limités mais ciblés. Al Diyar du 30 juillet 2025 rapporte que plusieurs festivals d’été ont été confirmés dans les villes de Beyrouth, Batroun et Zahlé, avec une programmation recentrée sur les artistes libanais. Cette édition 2025 des festivals se distingue par une volonté affirmée de soutenir la scène locale, tout en contournant les difficultés logistiques et financières.
Le Festival de Batroun, mentionné dans Al Liwa’, accueille cette année une série de concerts acoustiques en plein air, avec des artistes tels que Tania Saleh, Ziad Sahhab et Charbel Rouhana. Les organisateurs ont fait le choix de limiter les cachets et de privilégier une entrée libre ou à contribution volontaire, un modèle qui suscite l’intérêt d’autres structures culturelles. Cette approche, inspirée par les pratiques de résilience mises en œuvre depuis la crise de 2019, témoigne d’une adaptation progressive aux réalités économiques du pays.
À Beyrouth, l’initiative « Juillet en musique » coordonnée par l’ONG Al-Fann Liljamia propose une série de représentations gratuites dans les espaces publics. Selon Al Binaa’, ces performances, allant du jazz à la musique soufie, ont pour objectif de « réinvestir les lieux urbains désertés par la culture officielle ». La participation du Conservatoire national à cette opération marque un retour modeste mais symbolique des institutions culturelles étatiques dans la vie artistique du pays.
Expositions et mémoire urbaine : la reconquête des espaces historiques
Dans le domaine des arts plastiques, plusieurs expositions se sont ouvertes en juillet, et poursuivent leur programmation jusqu’en août. Al Joumhouriyat annonce l’ouverture de l’exposition collective « Mémoire de pierres » à la Galerie Tanit de Mar Mikhaël, qui rassemble des artistes libanais et syriens autour du thème des bâtiments abandonnés. L’exposition explore la transformation des espaces urbains beyrouthins, à travers des photographies et installations sonores.
Le commissaire de l’exposition, Jihad Saadé, explique dans une entrevue que l’objectif est de « documenter l’effacement silencieux de la mémoire urbaine par la spéculation immobilière ». Le projet bénéficie du soutien de la Fondation Mophradat, ce qui témoigne d’une internationalisation croissante des réseaux de soutien à la culture indépendante libanaise.
À Tripoli, Al Akhbar signale une série d’événements artistiques organisés dans le quartier de Mina, dans les anciens bâtiments ottomans. Ces initiatives, portées par l’association Dar Qalamoun, visent à faire revivre le patrimoine architectural à travers des interventions artistiques éphémères. Les habitants sont associés à la conception des œuvres, dans une logique participative saluée par les acteurs associatifs.
Scène littéraire en effervescence malgré les obstacles
Le monde littéraire libanais continue de montrer une vitalité remarquable. Al Sharq Al Awsat consacre une page à la sortie du nouveau roman de l’écrivain Ahmad Mroueh, intitulé Les ombres du laitier, publié aux éditions Dar Al Saqi. Le livre aborde, à travers une prose minimaliste, la vie quotidienne dans un quartier populaire de Saïda, où se croisent mémoire de la guerre, tension communautaire et solidarité de voisinage. L’ouvrage est salué pour sa capacité à restituer une forme de normalité dans l’exception libanaise.
Parallèlement, plusieurs ateliers d’écriture ont été lancés à Beyrouth, en partenariat avec la Fondation Issam Fares. Ces ateliers, mentionnés dans Al Sharq, réunissent des jeunes auteurs issus de toutes les régions du Liban. L’objectif est d’accompagner l’émergence d’une nouvelle génération d’écrivains en dehors des circuits littéraires classiques, souvent concentrés sur la capitale. Ce soutien à la décentralisation de la création littéraire est présenté comme un levier d’inclusion symbolique dans un pays en quête de récit commun.
Retour des résidences d’artistes et nouveaux lieux hybrides
La reprise partielle des résidences d’artistes constitue un autre indicateur positif. Al Liwa’ mentionne la réouverture du centre Beit Beirut, qui accueillera en août trois plasticiens libanais de retour d’Europe. Ce programme, soutenu par la Délégation de l’Union européenne au Liban, prévoit des sessions de création, d’exposition et de médiation avec les publics scolaires.
De nouveaux lieux hybrides voient également le jour, comme Bayt Al Fan à Zahlé, un espace à la fois galerie, librairie et lieu de résidence, fondé par la curatrice Christine Karam. L’objectif est de « reconnecter la culture à la vie sociale quotidienne, en dehors des codes élitistes », selon ses propos rapportés par Ad Diyar. Ce modèle décentralisé, inspiré de pratiques en Tunisie et en Jordanie, offre une alternative aux grands centres culturels concentrés à Beyrouth.
Cinéma documentaire et regards croisés sur le Liban contemporain
La production documentaire, bien que réduite, continue de proposer des œuvres engagées. Al Akhbar mentionne la diffusion en avant-première du film Chronique de l’attente de Marwan Khalifé, qui suit pendant deux ans une famille du Akkar confrontée à la crise des carburants, à la déscolarisation et à l’émigration d’un des fils vers Chypre. Le documentaire sera projeté à la Cinémathèque de Beyrouth, récemment rouverte après plusieurs mois de fermeture.
Ce type de production bénéficie de l’appui d’organisations internationales, comme l’Institut Goethe ou l’AFAC (Arab Fund for Arts and Culture), qui permettent le financement de projets à condition de transparence financière et de co-production locale. Le secteur du documentaire, plus flexible que la fiction, s’impose ainsi comme un miroir de la société libanaise contemporaine.
Événements culturels en cours : agenda sélectif
Plusieurs événements sont en cours ou programmés au mois d’août :
– Festival « Beyrouth et ses voix » à Zaitunay Bay (du 2 au 6 août), concerts de musique arabe alternative.
– Exposition « D’une mer à l’autre » à la galerie Artlab (jusqu’au 20 août), peintures de Mona Hatoum et Farah Kaddour.
– Projections de courts-métrages à l’Institut français de Tripoli, tous les jeudis soirs du mois.
– Conférences-débats sur l’architecture ottomane au Musée Sursock, tous les samedis à 18h.
– Marché aux livres indépendants à Saïfi Village (3-4 août), avec présence d’éditeurs libanais et syriens.
Sport : succès individuels libanais, initiatives locales et développement inégal des infrastructures
Tennis : la montée prometteuse de Karim Bou Saab sur la scène régionale
La performance du jeune tennisman Karim Bou Saab lors du tournoi régional d’Amman constitue l’un des événements sportifs majeurs de la fin juillet. Al Liwa’ du 30 juillet 2025 annonce que l’athlète libanais a atteint la finale du tournoi open U21, s’inclinant face au favori jordanien Fadi Dabbas après un match très disputé en trois sets. Cette percée dans un tournoi régional lui permet d’intégrer le top 100 du classement junior de la Fédération asiatique de tennis.
Selon Al Diyar, l’entraîneur de Karim Bou Saab affirme que cette performance reflète « la montée en puissance d’une génération formée localement, mais capable de rivaliser à l’international ». Le joueur, formé dans un club de Beyrouth-Est, bénéficie d’un soutien privé, notamment d’un mécène du secteur bancaire, ce qui soulève à nouveau la question de l’absence de financement public pour les disciplines individuelles au Liban.
Le ministère de la Jeunesse et des Sports, interrogé par Al Joumhouriyat, n’a pas encore commenté ce succès, malgré la demande croissante d’une reconnaissance institutionnelle. Des fédérations sportives locales évoquent la nécessité de créer un fonds national dédié au développement des talents, sur le modèle de ce qui se pratique en Tunisie ou en Égypte.
Football : compétitions locales et initiatives de reconstruction
Dans le domaine du football, les préparatifs pour la reprise du championnat de première division battent leur plein. Al Akhbar du 30 juillet 2025 rapporte que plusieurs clubs, dont Al Ansar et Nejmeh, ont lancé leurs camps d’entraînement estivals, avec des effectifs remaniés et un encadrement technique renouvelé. L’arrivée de nouveaux entraîneurs étrangers, notamment un duo espagnol à Nejmeh, est perçue comme un signal positif en vue de la professionnalisation du championnat.
Toutefois, plusieurs stades restent partiellement endommagés depuis les incidents de 2022, et les travaux de réhabilitation avancent lentement. Al Binaa’ souligne que le stade Camille Chamoun, bien qu’inauguré partiellement l’an dernier, ne répond toujours pas aux normes internationales, ce qui empêche le Liban d’accueillir des matchs officiels sous l’égide de la FIFA.
Parallèlement, une initiative communautaire a vu le jour à Tripoli, où l’association Kora Lil Jami’a (Football pour tous) réhabilite un terrain de quartier en collaboration avec les habitants. Ce projet, rapporté par Al Sharq, s’inspire de modèles d’urbanisme participatif, et vise à associer sport, cohésion sociale et réappropriation de l’espace urbain.
Basketball : continuité dans la performance et préparation aux qualifications asiatiques
La sélection nationale libanaise de basketball poursuit sa préparation en vue des qualifications au championnat d’Asie 2026. Al Joumhouriyat du 30 juillet 2025 mentionne que l’équipe, dirigée par l’entraîneur franco-libanais Hicham El Hariri, est en stage intensif à Byblos, avec des matchs amicaux programmés contre la Jordanie et la Syrie.
Le capitaine de l’équipe, Ali Haidar, cité par Al Liwa’, affirme que « le groupe est soudé, motivé, et déterminé à retrouver le niveau de 2022 ». Plusieurs jeunes joueurs issus de la diaspora, notamment de Suède et du Canada, ont été intégrés à l’effectif. Cette stratégie de « double nationalité » vise à compenser la baisse du niveau de formation dans les clubs locaux, en crise de financement.
La Fédération libanaise de basketball peine toutefois à stabiliser son budget. Al Akhbar souligne que le plan de financement public n’a pas été débloqué en raison du retard dans l’adoption du budget national 2025. Ce vide contraint les fédérations à recourir à des sponsors privés, ce qui limite les choix logistiques et sportifs.
Athlétisme et sports scolaires : initiatives dispersées et manque de coordination
L’athlétisme, discipline souvent reléguée au second plan, connaît une légère dynamique. Al Binaa’ évoque l’organisation d’un championnat inter-écoles dans la région de la Békaa, rassemblant une centaine d’élèves de 12 à 18 ans. Le tournoi, organisé par l’association Athlé pour l’avenir, a été soutenu par la municipalité de Zahlé, mais sans encadrement du ministère.
Selon Al Sharq Al Awsat, les résultats positifs de ce type d’initiative sont contrecarrés par le manque de politique nationale du sport scolaire. Le programme officiel du ministère reste centré sur des disciplines collectives, sans prise en compte des sports individuels à potentiel. La fragmentation des initiatives freine l’émergence d’une stratégie cohérente.
Sport féminin : percées individuelles et attentes d’encadrement
Le sport féminin libanais connaît quelques réussites ponctuelles, notamment dans les arts martiaux. Al Diyar rapporte que l’athlète Maya Khaled, ceinture noire de taekwondo, a remporté une médaille d’argent lors d’un tournoi international à Istanbul. Cette performance relance la question de la structuration du sport féminin, encore sous-représenté dans les budgets et les formations.
Selon Al Joumhouriyat, plusieurs clubs féminins de volleyball et handball peinent à maintenir leurs activités, faute de ressources. L’absence de ligue professionnelle féminine est dénoncée depuis plusieurs années, mais les projets de réforme restent lettre morte. Seule la Fédération de natation a lancé un plan d’accompagnement pour les jeunes nageuses, en partenariat avec des écoles privées.



