Le 9 janvier 2026, le palais présidentiel de Baabda a accueilli une délégation de haut niveau de l’Union européenne, marquée par l’arrivée conjointe d’António Costa, président du Conseil européen, et d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Cette visite, intervenant au lendemain d’une nouvelle série d’attaques israéliennes sur des positions au Liban, notamment dans la région de la Békaa, souligne l’urgence des tensions régionales et l’engagement européen pour la stabilité libanaise. Le président de la République libanaise, le général Joseph Aoun, a saisi cette occasion pour réitérer la nécessité d’obliger Israël à honorer ses engagements pris dans l’accord de cessez-le-feu signé il y a près d’un an, tout en appelant à un soutien accru pour l’armée libanaise et l’économie du pays.
L’arrivée des deux dirigeants européens à Beyrouth s’inscrit dans un contexte de tour diplomatique régional, après une étape à Damas le matin même, où ils ont discuté avec les autorités syriennes de la reconstruction et de la stabilité post-conflit. À Baabda, ils ont été reçus avec les honneurs militaires par une compagnie du régiment de la garde républicaine, avant de s’engager dans des discussions bilatérales élargies. La délégation libanaise, conduite par le président Aoun, incluait le ministre des Affaires étrangères et des Émigrés, Youssef Raji, l’ambassadeur du Liban en Belgique, Walid Haydar, ainsi que plusieurs conseillers présidentiels. Du côté européen, les deux présidents étaient accompagnés d’une équipe restreinte de hauts fonctionnaires.
Dès l’ouverture des pourparlers, le président Aoun a mis en exergue l’importance stratégique de cette visite pour l’Europe autant que pour le Liban. « Cette visite est cruciale pour l’Europe, car le Liban est essentiel pour le continent européen », a-t-il déclaré, exprimant le désir de renforcer les liens bilatéraux sur tous les fronts, particulièrement sous la présidence chypriote actuelle de l’Union européenne. Il a ensuite dressé un panorama détaillé de la situation libanaise, couvrant les aspects sécuritaires, économiques et humanitaires.
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Une insistance sur le respect des engagements sécuritaires
Au cœur des échanges, les violations répétées du cessez-le-feu par Israël ont occupé une place centrale. Le président Aoun a rappelé les agressions israéliennes persistantes, y compris l’attaque survenue le jour même dans la Békaa, malgré l’accord de cessation des hostilités entré en vigueur le 27 novembre 2024. Cet accord, négocié sous les auspices internationaux, prévoyait un retrait israélien des zones occupées et un déploiement complet de l’armée libanaise jusqu’aux frontières internationales. « Israël continue ses violations et ses agressions répétées sans aucune mesure positive », a souligné le président libanais, notant que l’armée libanaise avait annoncé, la veille lors d’une réunion du Conseil des ministres, son déploiement total au sud du Litani. Cette étape, saluée par plusieurs pays arabes et occidentaux, a même atténué le ton des déclarations israéliennes, bien que Tel-Aviv maintienne une posture critique.
Le général Aoun a insisté sur la nécessité d’un retrait israélien complet des territoires libanais occupés, de l’arrêt des attaques et de la libération des prisonniers. Il a également évoqué l’activation récente du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, enrichi par l’inclusion d’une personnalité civile, élargissant ainsi sa composition au-delà des seuls représentants militaires. « Nous poursuivrons notre engagement diplomatique et notre effort pour confiner les armes aux mains de l’État, mais nous avons besoin du soutien des pays amis, avant tout pour l’intérêt de notre pays », a-t-il ajouté. Cette position reflète les défis persistants, alors que des rapports font état d’opérations israéliennes ciblant des infrastructures présumées liées au Hezbollah dans plusieurs régions libanaises au cours des premiers jours de janvier 2026, incluant des frappes aériennes intenses le 9 janvier même.
Les dirigeants européens ont répondu en exprimant leur soutien à la souveraineté libanaise. António Costa a qualifié l’élection du président Aoun, survenue il y a exactement un an, d’élément clé pour la stabilité et le fonctionnement des institutions. « Votre élection a marqué un tournant réel pour le Liban », a-t-il déclaré, félicitant les autorités pour les progrès accomplis malgré les défis. Il a particulièrement salué l’annonce de la complétion de la première phase du plan de confinement des armes, adoptée par le gouvernement libanais le 5 septembre 2025 et mise en œuvre par l’armée. Cette phase, couvrant la zone au sud du Litani, vise à établir le monopole de l’État sur les armes, un prérequis pour la stabilité régionale.
Ursula von der Leyen a, de son côté, mis l’accent sur les avancées relationnelles depuis sa précédente visite en mai 2024. Elle a loué les réformes entreprises par le gouvernement libanais, notamment en matière de restructuration du système bancaire, condition sine qua non pour un accord avec le Fonds monétaire international (FMI). « Les efforts déployés pour réformer le système bancaire sont impressionnants, et nous reconnaissons la difficulté de telles mesures », a-t-elle indiqué, notant que l’Union européenne poursuit des réformes similaires. Elle a confirmé la poursuite des aides financières, avec un paquet d’un milliard d’euros, dont 500 millions déjà alloués pour la période 2024-2025, et le solde prévu pour 2026-2027.
Les implications pour la stabilité régionale
Les discussions ont également porté sur les relations avec la Syrie voisine. Le président Aoun a évoqué les progrès dans la coordination sécuritaire et militaire pour prévenir les tensions, ainsi que les efforts pour juguler la contrebande. Il a réitéré l’urgence du retour des réfugiés syriens, un fardeau pesant sur le Liban depuis 2011. « Il est temps pour eux de rentrer chez eux, avec l’aide du gouvernement syrien et de l’Europe », a-t-il plaidé, mentionnant que certains retours ont déjà eu lieu, bien que des troubles récents en Syrie aient provoqué de nouveaux déplacements vers le Liban. Selon des données officielles, plus de 500 000 Syriens ont quitté le Liban en 2025, un mouvement organisé et sécurisé, avec des projections indiquant jusqu’à 400 000 retours supplémentaires en 2026.
António Costa a salué les relations constructives entre Beyrouth et Damas, soulignant que l’Union européenne est prête à soutenir le Liban dans ce paysage en mutation rapide. « La stabilité du Liban n’est pas seulement vitale pour ses citoyens, mais pour toute la région », a-t-il affirmé, insistant sur l’absence de place pour les milices armées qui minent la sécurité. Il a accueilli favorablement l’inclusion de représentants civils libanais et israéliens dans le comité de surveillance du cessez-le-feu, une avancée récente lors d’une réunion tenue cette semaine.
Ursula von der Leyen a réaffirmé le soutien européen à la Syrie pour faciliter les retours volontaires et dignes des réfugiés. « Nous avons récemment signé un programme de 80 millions d’euros à cet effet », a-t-elle précisé, louant les efforts libanais en la matière. Elle a également invité le président Aoun à participer à la réunion inaugurale du « Pacte pour la Méditerranée » prévue fin avril à Chypre, un cadre englobant les États membres de l’UE et leurs partenaires régionaux pour aborder les questions de coopération sécuritaire, militaire, économique et commerciale.
Un appel au soutien pour les forces armées libanaises
Le président Aoun a réitéré l’importance du soutien européen pour l’armée et les forces de sécurité internes, soulignant les relations solides avec plusieurs pays européens dans le domaine militaire. « Le soutien de l’Union européenne en tant que telle a une portée positive significative », a-t-il déclaré, appelant à une aide en équipements pour permettre à l’armée de compléter son déploiement frontalier après un retrait israélien, tout en luttant contre le terrorisme, le trafic de drogue et d’autres menaces. Il a accueilli positivement la volonté de certains États européens de maintenir des contingents au sud du Liban après la fin de la mission de la FINUL, renforçant ainsi la présence internationale pour la paix.
Les deux dirigeants européens ont inscrit leur visite dans une perspective de partenariat stratégique global. António Costa a exprimé le désir de développer les relations entre le Conseil européen et le Liban, tandis qu’Ursula von der Leyen a évoqué les trois piliers de la coopération : les relations de voisinage, avec un focus sur les réformes judiciaires et économiques ; la sécurité et la défense, avec un soutien accru aux forces libanaises et l’insistance sur le désarmement complet du Hezbollah ; et la gestion des flux migratoires, via un appui à la stabilité syrienne pour favoriser les retours.
Des déclarations publiques pour consolider les engagements
À l’issue des pourparlers, les présidents Costa et von der Leyen ont tenu des déclarations à la presse. António Costa a décrit la visite comme un moment clé, marquant l’anniversaire de l’élection d’Aoun et la fin d’une période d’instabilité politique. « Nous apprécions les objectifs ambitieux fixés, et malgré les défis, des progrès importants ont été réalisés », a-t-il dit, réaffirmant l’engagement européen pour l’aide humanitaire et le développement à long terme. Il a insisté sur la coopération régionale comme clé de la paix, condamnant les milices armées et saluant le leadership libanais dans le confinement des armes.
Ursula von der Leyen a exprimé sa joie de revenir à Beyrouth, soulignant les racines profondes liant l’Europe et le Liban. « Notre partenariat est fort, et nous sommes prêts à le développer », a-t-elle affirmé, structurant son intervention autour des trois axes : les réformes pour la stabilité économique, essentielles pour attirer les investissements et conclure avec le FMI ; le renforcement sécuritaire, avec un accueil chaleureux pour la première phase du désarmement au sud du Litani et les efforts de dialogue avec Israël ; et la facilitation des retours syriens, via un soutien aux communautés hôtes et à la réintégration en Syrie.
Un déjeuner de travail pour approfondir les échanges
La rencontre s’est prolongée lors d’un déjeuner de travail offert par le président Aoun en l’honneur de ses hôtes. Les discussions ont couvert les dynamiques régionales, les réformes financières et économiques en cours au Liban – incluant les mesures audacieuses prises depuis la formation du gouvernement sous le Premier ministre Nawaf Salam en février 2025 –, et le rôle des Libanais de la diaspora dans la relance économique. Des sujets comme la modernisation des institutions étatiques, la lutte contre la corruption et l’attraction d’investissements étrangers ont été abordés en détail, avec un accent sur la nécessité d’un accord imminent avec le FMI, dont les négociations avancent depuis la visite d’une mission en septembre 2025.
Les échanges ont aussi porté sur les implications immédiates des tensions frontalières. Alors que l’armée libanaise consolide son contrôle au sud, les violations israéliennes – avec des frappes rapportées le 6 janvier à Saïda, le 7 à Kfar Dounine et le 9 dans plusieurs zones – menacent de dérailler le processus. Les autorités libanaises ont noté que ces actions, justifiées par Israël comme ciblant des groupes terroristes, contredisent l’accord de cessez-le-feu et compliquent la deuxième phase du plan de désarmement, prévue entre le Litani et l’Awali.
Inscriptions au livre d’or et départ
Avant de quitter Baabda, les deux dirigeants européens ont inscrit un message dans le livre d’or : « Notre visite coïncide avec le premier anniversaire de votre élection à la présidence de la République, une occasion pour vous féliciter, ainsi que le gouvernement et le peuple libanais, pour les réalisations accomplies jusqu’à présent. Nous vous souhaitons succès dans la poursuite de votre chemin vers la paix, la stabilité et la prospérité. L’Union européenne a été et restera un partenaire fiable pour le Liban. Merci pour votre hospitalité. »
Les présidents Costa et von der Leyen ont ensuite regagné l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth, concluant une journée dense de diplomatie. Cette visite intervient alors que le Liban prépare ses élections législatives et accélère ses réformes, avec des projections économiques indiquant une possible reprise si les aides internationales se concrétisent. Les discussions sur le Pacte pour la Méditerranée soulignent les opportunités de coopération accrue, tandis que les appels au respect du cessez-le-feu résonnent face aux incursions israéliennes récentes, incluant des opérations militaires rapportées le 8 janvier dans le sud libanais. Les autorités libanaises maintiennent leur vigilance, coordonnant avec les partenaires internationaux pour préserver les avancées sécuritaires et économiques fragiles.



