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Aide conditionnelle: quand la sécurité, la réforme bancaire et la reconstruction deviennent un seul paquet

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La nouvelle grammaire de l’aide: plus de dossiers séparés

L’aide internationale n’est plus présentée comme une série de tiroirs indépendants. Les discussions récentes lient désormais trois blocs. Le premier est sécuritaire, avec le contrôle du territoire au Sud et la question du monopole de la force. Le deuxième est financier, avec la réforme bancaire et la loi sur l’écart financier. Le troisième est social et économique, avec la reconstruction et son mécanisme de mise en œuvre.

Ce basculement change la manière de négocier. Il change aussi la manière de promettre. Un soutien à l’armée ne se discute plus sans réforme financière. Une réforme financière ne se discute plus sans preuve de capacité d’exécution. Et la reconstruction devient à la fois une urgence humaine et une vitrine de gouvernance.

Ce n’est pas un détail de méthode. C’est une contrainte politique. Chaque dossier devient la condition de l’autre. Ainsi, un blocage sur un texte financier peut refroidir un soutien sécuritaire. Une hésitation sur un mécanisme de reconstruction peut affaiblir la confiance dans l’exécutif. Et une incertitude au Sud peut rendre plus strictes les exigences sur les réformes.

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Un rendez-vous révélateur: la réunion annoncée avec les cinq ambassadeurs

Dans ce cadre, une réunion est annoncée entre le Premier ministre Nawaf Salam et les ambassadeurs de cinq pays, les États-Unis, la France, l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar. Le format lui-même est un signal. Il met plusieurs capitales sur la même ligne de lecture. Il réduit l’espace des messages contradictoires. Il crée aussi un canal de pression coordonnée.

Les thèmes attendus à cette réunion sont révélateurs du « paquet ». Le soutien politique au gouvernement est évoqué. Mais il n’est pas isolé. Les discussions doivent aussi porter sur la loi liée à l’écart financier et sur le chantier bancaire. Elles doivent aborder la question du contrôle exclusif des armes par l’État. Elles doivent enfin intégrer la tenue des élections législatives dans les délais. Dans certains échanges, la reconstruction figure aussi parmi les priorités discutées.

Cette liste ne ressemble pas à un échange diplomatique classique. Elle ressemble à une grille d’évaluation. Elle dit, en creux, ce que les partenaires veulent tester: cohérence, rythme, capacité à décider, et capacité à exécuter.

Le soutien à l’armée: une promesse utile, mais pas automatique

L’élément le plus visible de cette nouvelle grammaire est la perspective d’une conférence internationale de soutien à l’armée libanaise. Le rendez-vous est présenté comme un objectif proche, avec une perspective située vers la fin février. L’idée est d’obtenir des engagements concrets, en équipements et en appui matériel, plutôt que des déclarations générales.

Cette conférence est toutefois décrite comme dépendante d’un contexte. La logique est simple. Les partenaires veulent que l’aide renforce une institution capable d’agir. Ils veulent aussi éviter que cette aide soit perçue comme un chèque sans conditions. Ainsi, le soutien à l’armée devient une récompense de crédibilité, autant qu’une réponse à une urgence.

Un point revient avec insistance dans les discussions associées à ce rendez-vous: la nécessité d’identifier des besoins précis. La question n’est plus « soutenir l’armée » en général. La question devient « que faut-il, exactement, et comment l’apporter ». Cette précision répond à une fatigue ancienne. Les partenaires ne veulent plus financer des slogans. Ils veulent mesurer des effets.

Le contrôle exclusif des armes: le dossier qui conditionne les autres

Le volet sécuritaire du paquet se concentre sur la capacité de l’État à exercer un contrôle effectif, notamment au Sud. La discussion est alimentée par la montée des frappes et par l’extension de la zone de tension vers le nord du Litani. Elle est aussi alimentée par l’idée d’une étape suivante, souvent décrite comme une « deuxième phase », liée au monopole de la force.

Dans ce climat, la question n’est pas seulement doctrinale. Elle est pratique. Elle touche au rythme du déploiement. Elle touche aux moyens disponibles. Elle touche aussi à la capacité politique de maintenir une décision, sans provoquer une fracture interne.

Le discours officiel insiste sur un changement de circonstances. Il met en avant la présence de l’armée. Il insiste sur la responsabilité de l’État de protéger l’ensemble du territoire. En parallèle, des élus du Hezbollah, tels qu’ils sont rapportés dans les informations du jour, posent un ordre de priorités différent. Ils demandent d’abord l’arrêt des attaques. Ils demandent ensuite le retrait israélien de points occupés. Ils mentionnent la question des détenus. Ils placent la reconstruction avant toute autre discussion, puis évoquent un dialogue national sur une stratégie de défense et sur le renforcement de l’armée.

Cette divergence ne porte pas uniquement sur le fond. Elle porte sur le calendrier. Or le calendrier est précisément ce que les partenaires cherchent à verrouiller. Plus la région est instable, plus ils veulent réduire l’ambiguïté. Et plus l’ambiguïté demeure, plus l’aide devient conditionnelle.

Le facteur régional: l’Iran en toile de fond, le Liban comme terrain exposé

Le paquet se durcit aussi parce que la scène régionale est tendue. Des menaces autour de l’Iran sont évoquées. Des scénarios militaires circulent. Une hausse de vigilance est mentionnée. Dans ce contexte, le Sud du Liban est perçu comme un espace où une escalation peut se produire vite, même si la décision finale se joue ailleurs.

Cette toile de fond explique l’intensité des visites annoncées et des réunions. Elle explique aussi la logique d’urgence. Les partenaires tentent de sécuriser ce qu’ils peuvent sécuriser au Liban. Ils savent que le pays ne contrôle pas le calendrier régional. Ils veulent donc qu’il contrôle au moins sa trajectoire interne.

Ainsi, le volet sécuritaire du paquet n’est pas seulement libanais. Il est relié à une lecture régionale du risque.

La réforme financière: la loi sur l’écart financier comme preuve de sérieux

Le deuxième pilier du paquet est financier. Il se concentre sur la loi liée à l’écart financier, c’est-à-dire le texte qui doit encadrer la gestion des pertes du système bancaire. Le dossier est décrit comme structurant. Il touche aux déposants. Il touche aux banques. Il touche à l’État. Et il touche aux partenaires, car sans cadre légal, ils estiment que le pays reste dans le flou.

Dans les échanges annoncés, la réforme financière n’est pas un simple chapitre économique. Elle est une condition de confiance. Elle est une condition de financement. Elle devient aussi une condition de reconstruction, car reconstruire suppose des circuits financiers crédibles, des paiements traçables, et une capacité à gérer des fonds publics sans zone grise.

Une idée est répétée dans les formulations liées à ce texte: un cadre imparfait serait préférable au vide. Le vide entretient l’arbitraire. Le vide entretient aussi la peur. Et la peur bloque tout le reste, y compris l’investissement.

Ce dossier est donc utilisé comme un test. Si le pays peut voter et appliquer une loi aussi sensible, il peut avancer sur d’autres dossiers sensibles. S’il n’y arrive pas, le reste du paquet se grippe.

Banque du Liban: la controverse sur la dette qui fragilise la cohérence

Un dossier précis illustre la fragilité de la cohérence financière. Un débat est rapporté sur la position officielle concernant une dette de l’État envers la Banque du Liban. Un mémorandum d’entente est évoqué, signé entre la banque centrale et le ministère des Finances, portant sur un montant de 16,5 milliards de dollars, enregistré comme facilités accordées à l’État.

L’enjeu dépasse le chiffre. Il touche au récit officiel. Si l’État reconnaît un montant puis le conteste, il envoie un signal de confusion. Or la réforme financière exige l’inverse: une ligne claire, des chiffres assumés, et une méthode de traitement des pertes.

Dans cette séquence, le gouverneur Karim Souaid est cité comme cherchant à éviter un retour de la crise à son point de départ. L’argument est simple. Sans reconnaissance des engagements et sans clarification des montants, tout le chantier de l’écart financier redevient une bataille de versions. Et, sans bataille tranchée, les partenaires hésitent à s’engager.

Pour les bailleurs, cette controverse a une signification immédiate. Elle signifie que le pays peut encore s’enfermer dans le flou. Or l’aide conditionnelle vise justement à réduire le flou.

Reconstruction: l’urgence humaine devient un test administratif

Le troisième pilier du paquet est la reconstruction. Un mécanisme doit être discuté au Conseil des ministres. Un prêt de 250 millions de dollars de la Banque mondiale est présenté comme un point de départ. L’objectif d’une conférence de donateurs est également mentionné.

Ici, la reconstruction joue sur deux tableaux. D’un côté, elle répond à un choc social, avec des maisons détruites et des villages sous pression. De l’autre, elle devient un test de gouvernance, car elle oblige à répondre à des questions simples, sans lesquelles les bailleurs s’arrêtent: qui décide, selon quels critères, avec quelles procédures, et avec quel contrôle.

Le discours officiel insiste sur la responsabilité de l’État. L’idée mise en avant est que la reconstruction doit rester une mission publique, afin d’éviter que le vide soit rempli par des réseaux parallèles. Cette ligne ne vise pas seulement l’image. Elle vise aussi l’efficacité. Quand plusieurs canaux reconstruisent sans coordination, l’inégalité augmente, et les tensions sociales montent.

Dans la logique de l’aide conditionnelle, ce point devient central. Les partenaires veulent une reconstruction visible. Mais ils veulent aussi une reconstruction traçable. Ils exigent des réformes économiques. Ils exigent des garde-fous. Et ils relient ces garde-fous au reste du paquet, notamment à la réforme bancaire.

Sécurité et reconstruction: la même scène, deux attentes

La séquence des frappes et des alertes d’évacuation, comme celle mentionnée à Kfarhatta, met en évidence la connexion entre sécurité et reconstruction. D’abord, parce que les dégâts matériels se multiplient. Ensuite, parce que les déplacements internes vers Beyrouth et d’autres régions augmentent la pression sur les services. Enfin, parce que la peur bloque l’activité économique.

Dans ce cadre, la reconstruction ne peut pas attendre une paix parfaite. Elle doit être pensée pendant la crise. Or penser pendant la crise exige des institutions solides. C’est précisément ce que les partenaires veulent vérifier. Ils veulent voir si l’État peut fonctionner sous pression. Et ils veulent voir si l’armée peut stabiliser une zone, pendant que l’exécutif pilote un mécanisme de reconstruction.

Cette exigence explique pourquoi le soutien à l’armée et la reconstruction apparaissent ensemble dans le même cycle diplomatique.

La bataille des formats au Sud: le dossier Finul et le débat sur un mécanisme

Un autre élément du paquet touche aux dispositifs au Sud. Des interrogations sont rapportées sur l’avenir de la Finul. Des discussions sont évoquées sur un mécanisme de coordination, avec plusieurs options, le réduire, le modifier, ou le renforcer. Dans certains récits, l’idée d’une structure plus opérationnelle apparaît, pouvant agir comme un centre de coordination plus actif.

Ces débats ne sont pas secondaires. Un format définit qui siège. Un format définit qui observe. Un format définit aussi qui décide. Autrement dit, un format est une question de souveraineté opérationnelle.

Ce volet rejoint l’aide conditionnelle, car les partenaires veulent des canaux efficaces. Ils veulent éviter un vide de coordination. Ils veulent aussi s’assurer que l’armée, si elle est soutenue, opère dans un cadre stable, et non dans un cadre incertain.

Dans cette logique, la discussion sur l’après-Finul devient un élément de pression supplémentaire. Plus l’avenir du dispositif est flou, plus l’aide tend à être conditionnelle à des clarifications.

Comment la conditionnalité se traduit, concrètement

La conditionnalité ne se présente pas comme un ultimatum unique. Elle se présente comme une série de seuils. D’abord, un seuil de décision, avec des annonces et des votes. Ensuite, un seuil d’exécution, avec des mesures visibles. Enfin, un seuil de cohérence, avec des chiffres assumés et des institutions alignées.

Ce mécanisme se voit dans le rythme des visites annoncées et dans les réunions. Les partenaires observent ce que l’exécutif fait. Ils observent ce que le Parlement vote. Ils observent ce que l’armée peut appliquer. Ensuite, ils ajustent leur engagement.

C’est aussi pour cela que la conférence de soutien à l’armée est présentée comme possible, mais dépendante. Elle peut être une accélération. Elle peut aussi être un rendez-vous repoussé si les seuils ne sont pas franchis.

Le dilemme libanais: avancer vite, sans casser l’équilibre

Le paquet place le pays face à un dilemme. Avancer vite est nécessaire, parce que le calendrier diplomatique se resserre, et parce que le contexte régional est tendu. Pourtant, avancer vite comporte un risque intérieur, car certains dossiers touchent au cœur des équilibres politiques.

Le contrôle exclusif des armes ne se traite pas comme un texte administratif. Il touche à la sécurité, mais aussi à l’identité politique de camps entiers. La réforme bancaire ne se traite pas comme un décret technique. Elle touche aux intérêts de banques, à la colère de déposants, et à la responsabilité de l’État. La reconstruction, enfin, n’est pas une ligne budgétaire. Elle touche aux maisons, aux villages, et à la dignité.

Dans ce cadre, la difficulté n’est pas de lister les priorités. Elles sont déjà listées. La difficulté est d’imposer un rythme tenable. Et c’est précisément sur ce rythme que la conditionnalité se fixe.

Un même fil rouge: rendre l’État prévisible

Au fond, le paquet exprime une seule obsession: la prévisibilité. Les partenaires veulent un État capable de tenir un calendrier électoral. Ils veulent un État capable de produire un cadre financier clair. Ils veulent un État capable de soutenir son armée et de coordonner le Sud. Ils veulent un État capable de reconstruire avec transparence.

Ce fil rouge explique pourquoi les dossiers sont liés. Si l’État est prévisible sur les finances, il sera plus crédible sur la reconstruction. S’il est crédible sur la reconstruction, il aura plus de chances d’obtenir des soutiens. S’il obtient des soutiens, l’armée gagne en capacité. Et si l’armée gagne en capacité, la stabilité au Sud devient plus plausible.

À l’inverse, si un maillon casse, l’ensemble se fragilise. Un flou sur la dette envers la banque centrale fragilise le récit financier. Un blocage sur la loi de l’écart financier fragilise la confiance. Une reconstruction sans mécanisme fragilise l’image de l’État. Et une instabilité au Sud fragilise l’idée même d’un redressement.

C’est pour cela que l’aide est devenue conditionnelle. Elle ne cherche plus seulement à soutenir. Elle cherche à transformer, en liant l’argent, la sécurité et les institutions dans un même mouvement.

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