Le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, s’apprête à soumettre au conseil des ministres son plan détaillé pour restreindre les armes au nord du fleuve Litani, une étape cruciale dans la mise en œuvre de la souveraineté étatique sur l’ensemble du territoire. De retour d’une visite à Washington où il a tenu une série de réunions sécuritaires depuis le début de la semaine, le général Haykal assistera à la session du cabinet au palais de Baabda pour exposer les contours de la deuxième phase de ce plan, incluant cartes, chiffres et échéances précises. Cette présentation intervient alors que l’armée a annoncé, en janvier dernier, avoir achevé la première phase du désarmement des acteurs non étatiques au sud du Litani, une zone d’environ 30 kilomètres de la frontière israélienne.
Cette initiative s’inscrit dans un cadre plus large de renforcement de l’autorité de l’État libanais, confronté à des défis internes et externes exacerbés par les tensions régionales. Le plan, baptisé « Bouclier de la patrie », vise à établir un monopole étatique sur les armes, conformément aux engagements internationaux du Liban. La première phase, achevée le 8 janvier, a permis à l’armée libanaise d’établir un contrôle opérationnel sur le sud du Litani, à l’exception de cinq positions encore occupées par les forces israéliennes. L’armée a déclaré avoir confisqué des armes illégales et renforcé ses checkpoints pour empêcher les transferts d’armements, marquant un progrès tangible malgré les critiques persistantes.
Le général Haykal, lors de sa réception à l’ambassade du Liban à Washington, a affirmé que « le Liban avance à pas fermes, malgré toutes les difficultés ». Il a exprimé sa confiance inébranlable dans l’institution militaire et dans le pays frappé par la crise et la guerre, appelant à l’unité nationale et remerciant les États-Unis pour leur soutien continu à l’armée. Bien que les avancées actuelles ne répondent pas encore pleinement aux attentes du peuple libanais, il a souligné que des pas concrets sont en train d’être accomplis. Cette déclaration intervient après une série de rencontres sécuritaires à Washington, où l’ambassade américaine a salué le travail en cours de l’armée pour désarmer les acteurs non étatiques et renforcer la souveraineté nationale.
Un plan ambitieux pour étendre le monopole étatique sur les armes
Le roadmap élaboré par le général Haykal, qu’il a emporté avec lui à Washington, détaille non seulement la phase Litani-Awali, mais esquisse également les étapes subséquentes : du nord de l’Awali jusqu’à Beyrouth, puis la vallée de la Bekaa, et enfin l’ensemble du Liban. Cette approche progressive vise à démanteler systématiquement les infrastructures militaires non étatiques, en commençant par les zones les plus sensibles. La phase actuelle, au nord du Litani, implique une cartographie précise des zones concernées, avec des estimations chiffrées sur les ressources nécessaires : effectifs militaires, équipements logistiques et calendriers d’exécution. Des sources officielles informées indiquent que ce plan est désormais prêt et qu’il intègre des éléments de surveillance renforcée, comme l’installation de postes de contrôle supplémentaires pour intercepter tout transfert d’armes.
Cette stratégie s’appuie sur la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006, qui appelle à la cessation des hostilités entre le Liban et Israël, au retrait des forces israéliennes au sud du Litani, et au désarmement des groupes armés dans cette région. La résolution prévoit également le déploiement de l’armée libanaise et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) pour assurer la stabilité. Cependant, l’accord de cessation des hostilités du 27 novembre 2024, médiatisé par les États-Unis et la France, a étendu ces obligations, exigeant un désarmement progressif des acteurs non étatiques, y compris le Hezbollah, en commençant par la zone frontalière. Cet accord a mis fin à plus d’un an d’affrontements intenses, qui ont causé des milliers de victimes et des destructions massives au sud du Liban.
Dans ce contexte, l’armée libanaise a intensifié ses opérations : en janvier, elle a annoncé avoir établi un monopole effectif sur les armes au sud du Litani, en confisquant des armes et en détruisant des infrastructures militaires. Le général Haykal a présenté un rapport au cabinet le 8 janvier, confirmant que l’armée contrôle désormais cette zone, exception faite des territoires occupés par Israël. Le ministre de l’Information, Paul Morcos, a déclaré que l’armée préparera un plan pour retirer les armes au nord du Litani, qui sera soumis au gouvernement en février. Cette phase deux couvrira la région au sud du fleuve Awali, environ 40 kilomètres au nord du Litani, et impliquera une surveillance accrue des routes et des points d’accès pour prévenir toute réarmement.
Les défis posés par les violations israéliennes persistantes
Malgré ces avancées, le processus est compliqué par les violations continues de l’accord de cessation des hostilités par Israël. Depuis le 27 novembre 2024, Israël a mené des centaines de frappes aériennes au Liban, ciblant des infrastructures présumées liées au Hezbollah, y compris au nord du Litani. Le président Joseph Aoun a condamné ces actions, qualifiant de « crime sanitaire » l’utilisation par Israël de substances chimiques toxiques pulvérisées sur le sud du Liban, qui ont affecté la santé publique et l’environnement. Il a souligné que ces violations rendent plus ardu le travail de l’armée, en fournissant des justifications à ceux qui refusent de coopérer.
Le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé que l’État a œuvré pour reprendre le contrôle des décisions de guerre et de paix, et que l’armée libanaise exerce désormais un contrôle opérationnel total sur le sud. Il a déclaré qu’il ne permettra pas au Hezbollah de entraîner le pays dans un nouveau conflit, insistant sur le fait que le gouvernement a commencé à mettre en œuvre un plan phasé pour désarmer le groupe, en commençant par le sud, son bastion traditionnel. Israël, accusant le Hezbollah de se réarmer, a qualifié les efforts de l’armée d’insuffisants et a intensifié ses frappes, particulièrement dans la région au nord du Litani, où la phase deux doit être implémentée.
Le député du Hezbollah, Hussein al-Hajj Hassan, a déclaré que le Liban a fait tout ce qui lui était demandé et qu’il n’a absolument rien d’autre à offrir ou à discuter au nord du Litani. Le chef du Hezbollah, Naim Qassem, a réitéré que le groupe ne considèrera la conformité au désarmement au nord du Litani que si Israël met fin à ses attaques et se retire de plusieurs points occupés. Il a averti que le Hezbollah peut aussi infliger des souffrances à Israël, soulignant la position du groupe selon laquelle l’accord de cessation des hostilités et la résolution 1701 se limitent à la zone au sud du Litani.
La quête de soutien international pour renforcer l’armée libanaise
Lors de sa visite à Washington, le général Haykal a demandé un soutien militaire américain et international pour les forces armées libanaises. Il réitérera cette demande lors de plusieurs voyages à l’étranger avant la conférence de soutien à l’armée libanaise, prévue en mars prochain à Paris. Il se rendra en Arabie saoudite, en Allemagne et au Qatar, exhortant les grandes capitales à participer activement pour aider l’armée à mettre en œuvre son plan efficacement. Cette conférence, organisée sous les auspices de la France, vise à mobiliser des ressources financières et matérielles pour équiper l’armée, qui fait face à des contraintes budgétaires dues à la crise économique persistante au Liban.
Le vice-Premier ministre Tarek Mitri a déclaré que l’avancée du plan de désarmement n’est pas conditionnée aux étapes d’Israël, mais que le non-respect par Israël de l’accord de cessation des hostilités complique le travail de l’armée. Il a révélé que la démarcation des frontières avec la Syrie commencera bientôt via un comité conjoint, un pas vers la stabilisation régionale. Les États-Unis, par le biais de leur ambassadrice, ont exprimé leur frustration quant au rythme lent du désarmement, tout en saluant la reprise des réunions du mécanisme tripartite à pleine capacité, impliquant le Liban, Israël et la Finul.
Des dynamiques internes au cabinet marquées par des divisions
La session à venir du cabinet risque de reproduire les scénarios des réunions des 5 et 7 août derniers. La majorité gouvernementale, menée par le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, penche pour l’approbation du plan au nord du Litani et demande aux autorités compétentes de commencer son exécution. En revanche, les ministres de l’alliance Amal-Hezbollah devraient se retirer de la session en signe de protestation, alignés sur la position du Hezbollah qui rejette toute concession supplémentaire du Liban avant que la partie israélienne n’arrête ses attaques, ne se retire du sud et ne libère les prisonniers.
Des contacts en coulisses entre Baabda et Ain el-Tineh visent à apaiser l’atmosphère à la veille de la session et à assouplir la position du Hezbollah. Cependant, cette tâche s’annonce difficile, le Hezbollah durcissant ses positions plus que jamais en attendant l’issue des négociations américano-iraniennes. Le président Aoun a insisté sur le fait que le monopole des armes est essentiel pour regagner la confiance et le soutien internationaux, déclarant que la restauration de la confiance internationale au Liban dépend de l’adhésion à l’État de droit et de l’établissement d’un pouvoir exclusif de l’État sur les armes.
Les implications immédiates des positions du Hezbollah et des efforts gouvernementaux
Le refus du Hezbollah de coopérer au nord du Litani signale une tâche ardue pour l’armée, qui avait bénéficié d’une coopération tacite du groupe au sud du Litani lors de la première phase. Le député du Hezbollah, Mohammad Raad, a rencontré le président Aoun et affirmé que le Hezbollah est soucieux de coopérer pour l’intérêt de tous les Libanais et pour que l’État assume la responsabilité de protéger la souveraineté. Pourtant, un autre député du Hezbollah a accusé l’État de négligence et de complicité, soulignant les tensions internes.
Israël continue ses opérations, affirmant avoir éliminé 60 membres du Hezbollah en 2025, tandis que le Liban documente les coûts de reconstruction au nord du Litani, où des frappes ont ciblé des véhicules de reconstruction. L’armée libanaise prépare la phase suivante en cartographiant la zone entre le Litani et l’Awali, renforçant les checkpoints pour stopper les transferts d’armes. Le général Haykal, après son retour de Washington, où des législateurs américains ont salué les progrès de l’armée, met l’accent sur la nécessité d’un engagement gouvernemental fort pour la phase suivante.
Les ambassades égyptienne et américaine préparent une conférence au Caire pour soutenir les forces armées libanaises, avec le général Haykal soulignant que si il supervise le plan, les décisions politiques reviennent au gouvernement et aux factions pour permettre à l’armée d’exécuter la confiscation des armes. Le gouvernement libanais a exhorté le Hezbollah à la retenue, réaffirmant qu’il n’y aura pas de recul sur le plan de restriction des armes, alors que le vice-Premier ministre Mitri a indiqué que l’armée continuera à implémenter le plan au nord du Litani comme elle l’a fait au sud.
Ces développements soulignent les défis immédiats pour l’armée, qui doit naviguer entre les pressions internes et les violations externes, avec le cabinet devant trancher sur l’approbation du plan malgré les risques de boycott. Le processus de désarmement, bien que progressif, reste marqué par les dynamiques confessionnelles et régionales, où les influences sunnites à Tripoli et chiites au sud influencent les alignments politiques sans évidence de favoritisme documenté. L’armée, en renforçant sa présence, vise à sécuriser les frontières avec la Syrie, où un comité conjoint travaille sur la démarcation, tout en gérant les implications des négociations régionales en cours.



