Alors que l’annonce de la formation du gouvernement devait être incessante, des informations circulaient dans la journée d’hier, selon lesquelles l’ancien brigadier général pressenti au Ministère de l’Intérieur aurait décliné sa nomination, sans explication aucune. Quand même non expliqué, ce rebondissement porte une signature qui n’échappe à personne, et rappelle à bien des égards certaines pages noires de notre Histoire récente, notamment celles de 1975 et de 1988 qu’il n’est plus à propos de relater.

Mais que cette information soit vérifiée ou qu’elle soit fondée sur une intox simplement plausible, démontre, dans un cas comme dans l’autre, que les autorités religieuses se taillent encore la part du lion dans les grandes décisions relatives au sort de la nation, au mépris du grondement de plus en plus fort de la colère populaire.

A cette heure où l’insurrection réclame un gouvernement de technocrates indépendants dans la formation duquel le critère du sectarisme partisan et confessionnel céderait la place à celui des seules compétences, on ne peut que déplorer l’ingérence de ces autorités de l’ombre visiblement prêtes, pour défendre un poste, un titre, ou même un individu, à pratiquer la politique de la terre brûlée plutôt que de céder le moindre de leurs privilèges.
Parallèlement, à vouloir ménager les forces en place, et concilier la rue, les autorités religieuses, la communauté internationale et les piliers de l’ancien régime, autant ceux qui refusent de lâcher prise que ceux qui préparent leur hypothétique retour, les tractations et les rebondissements relatifs à la formation en cours ne ressemblent à plus rien d’autre qu’à une ‘’chronique d’une mort annoncée,’’ l’insurrection ayant déjà prononcé son rejet de cette formation, avant même d’avoir pris connaissance de son contenu. Cela étant dit, devrions-nous la regretter pour autant?

De toute façon, depuis les accords de Taëf et la division du pays en deux forces bien distinctes qui maquillent leur opposition par une hérésie inédite qu’on a convenu d’appeler ‘’démocratie consensuelle’’, aucune initiative unilatérale n’a jamais pu aboutir, chacune des deux parties de cette division préférant le mal au bien, et la faillite du pays à son salut, si le bien et le salut devait venir de la partie adverse. Taëf ayant consacré le règne des bâtons dans les roues, il serait naïf de croire que le gouvernement en cours de formation, s’il devait voir le jour, pourrait prendre en main les commandes du Pouvoir. Toutefois, le rejet annoncé de ce gouvernement ne change rien à l’urgence de sa formation, puisqu’il servira par sa chute à défaut de servir par ses actions ou la qualité de sa formation. 

En effet, le chef du gouvernement désigné, libellé ‘’candidat du 8 Mars’’ autant par son statu de prétendant à un poste dont le 14 Mars avait fait son quasi monopole, que par les parlementaires qui l’ont désigné, devient forcément condamné à une chute similaire à celle qui aurait conduit à sa désignation, ce qui, le cas échéant, ramènerait l’équilibre du score entre 8 et 14 Mars au un-partout nécessaire à ce que la nomination suivante puisse concilier l’ensemble des parties concernées: L’insurrection déterminée à poursuivre son action jusqu’au changement éxigé. Le 8 Mars qui, avec la démission irréversible de Saad Hariri aura réalisé une percée notoire dans les rangs du 14 Mars. Le 14 Mars qui aura pris sa revanche sur l’actuel candidat dit du 8 Mars. En somme, l’aboutissement à une solution de compromis durable, chacune des parties qui divisent le pays ayant marqué un but sur l’échiquier. 

Sans doute conscient de sa chute inéluctable qui n’attend que les prémices d’une fumée blanche pour se concrétiser, le chef du gouvernement désigné aurait décidé de miser sur le facteur temps, profitant de l’extrême urgence des mesures à prendre notamment sur les plans économique et sécuritaire, pour tenter de transformer le caractère transitoire et mort-né de sa formation en cours, en une formation indispensable et salutaire. C’est ce qui pourrait expliquer son retard à en faire l’annonce. Et c’est ce qui expliquerait aussi, l’interférence des autorités religieuses qui auraient invité le pressenti Ministre de l’Intérieur à se retirer de la formation avant même d’être nommé, dans une tentative de brouiller tout contrôle du nouveau Premier Ministre désigné sur le facteur temps. 

Sur cet échiquier pour le moins complexe, le Président reposerait sur une dernière carte qu’il pourrait ouvrir si ce gouvernement n’est pas formé, ou s’il est formé puis renversé sans que la rue ne s’accorde à imposer la nomination d’un nouveau remplaçant. Cette carte serait celle d’un coup d’Etat militaire qui renverserait l’ensemble du régime – le Président, de son plein gré et avec sa propre bénédiction, compris. D’ailleurs, l’insurrection est déjà préparée à cette issue possible, probablement la dernière qui puisse encore rassembler, et les miettes d’un pays que trente années de corruption ont achevé de disloquer, et la plupart des rangs qui en composent la population.

Sary Tadros

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