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Ahmad Al Sharaa façonne le Parlement syrien

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Le Parlement syrien attendu le 8 juin doit ouvrir une phase politique nouvelle, mais encore fragile. L’administration d’Ahmad Al Sharaa prépare la première séance d’une assemblée appelée à donner une forme institutionnelle à la transition, après la validation des élus locaux et la désignation d’un tiers présidentiel de soixante-dix sièges. La démarche vise à afficher l’inclusion des grandes villes, des composantes syriennes et des femmes. Elle reste toutefois traversée par une question centrale: cette institution pourra-t-elle produire une légitimité réelle, ou seulement organiser un équilibre contrôlé par le pouvoir?

Le Parlement syrien fixé au 8 juin

La date du 8 juin a été retenue comme échéance préliminaire pour la première séance du Parlement syrien. Ce choix intervient après deux étapes décisives: l’annonce de la part réservée au président et la validation des membres élus par les instances régionales. Le calendrier donne au pouvoir de Damas un instrument visible pour montrer que la transition avance. Il permet aussi de déplacer le débat politique vers une enceinte institutionnelle, après des années marquées par la guerre, l’effondrement de l’ancien appareil et la recomposition des forces locales.

Le chiffre le plus important concerne le tiers présidentiel. La liste finale attribuée au président Ahmad Al Sharaa compterait soixante-dix sièges, avec la possibilité de modifications limitées avant l’annonce définitive. Cette réserve montre que la composition n’est pas seulement administrative. Elle relève d’un arbitrage politique encore ouvert. Le pouvoir cherche à corriger les déséquilibres issus des élections locales. Il veut aussi donner à l’assemblée une forme plus représentative, sans perdre le contrôle du nouvel édifice.

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Les sources disponibles indiquent que cette liste doit inclure des personnalités issues de différentes composantes syriennes. Elle doit combler des vides laissés par le scrutin, renforcer le poids des grandes villes et des localités à forte présence populaire, et répondre à la faiblesse de la représentation féminine. Ce vocabulaire dit beaucoup de la difficulté syrienne. Le pays ne cherche pas seulement à nommer des députés. Il cherche à réparer, au moins en apparence, les fractures de représentation nées de la guerre, de l’exil, de l’effondrement partisan et de la défiance envers les anciennes institutions.

Le tiers présidentiel comme outil d’équilibre

Le tiers présidentiel constitue le cœur du dispositif. Dans une transition, une part désignée peut servir à corriger les angles morts du vote. Elle peut intégrer des régions absentes, des minorités sous-représentées ou des profils techniques utiles. Mais elle peut aussi devenir un outil de contrôle. Tout dépend de la manière dont les soixante-dix sièges sont utilisés. S’ils ouvrent l’assemblée à des voix réelles, ils peuvent renforcer sa crédibilité. S’ils servent surtout à produire une majorité fidèle à l’administration, ils limiteront la portée du Parlement.

L’administration syrienne semble vouloir créer une forme de balance. Elle doit donner des gages aux grandes villes, souvent centrales dans l’imaginaire politique syrien. Elle doit tenir compte des régions périphériques, dont certaines ont vécu hors du contrôle direct de Damas. Elle doit aussi intégrer des composantes religieuses, ethniques et sociales sans transformer le Parlement en simple mosaïque symbolique. La difficulté est de passer d’une représentation d’affichage à une représentation active.

Le poids de la présidence reste donc décisif. Ahmad Al Sharaa cherche, selon les éléments rapportés, à créer un équilibre sous la coupole parlementaire tout en s’assurant d’un bloc qui soutiendra son administration. Cette double ambition n’a rien d’inhabituel dans une phase de transition. Tout pouvoir qui sort d’une guerre veut éviter une assemblée ingouvernable. Mais le risque est clair. Si la stabilité institutionnelle devient le prétexte d’un contrôle excessif, le Parlement syrien naîtra avec une légitimité faible.

Ce point sera observé de près par les Syriens de l’intérieur, par les réfugiés, par les régions encore méfiantes envers Damas et par les partenaires étrangers. Une assemblée crédible doit pouvoir débattre, amender, interroger les ministres et rendre visibles les désaccords. Une assemblée trop verrouillée peut donner l’image d’un retour à des pratiques anciennes, même sous un nouveau nom. La transition syrienne joue donc une partie importante dans la composition même de cette première séance.

Les femmes et les grandes villes comme tests politiques

La faiblesse de la représentation féminine a été explicitement mentionnée comme un point à corriger. Cette donnée compte. La guerre a placé les femmes syriennes dans des rôles multiples: cheffes de famille, déplacées, travailleuses, militantes, soignantes, éducatrices et responsables locales. Pourtant, leur place dans les structures politiques reste souvent inférieure à leur rôle réel dans la société. Le Parlement syrien aura du mal à incarner une transition si les femmes y demeurent marginales.

La question ne se réduit pas au nombre de sièges. Il faut savoir quelles femmes seront désignées ou élues, quelles régions elles représenteront, quels dossiers elles porteront et quelle autonomie elles auront. Une présence féminine contrôlée par le pouvoir n’a pas le même effet qu’une présence capable de défendre les droits, l’éducation, la santé, les déplacés, les veuves, les prisonniers et les familles de disparus. La transition ne se mesurera pas seulement à l’entrée de femmes dans l’hémicycle. Elle se mesurera à leur capacité à influer sur le travail parlementaire.

Les grandes villes forment un autre test. Damas, Alep, Homs, Hama, Lattaquié, Deir ez-Zor, Raqqa ou les villes de la région orientale ne portent pas les mêmes mémoires ni les mêmes intérêts. Certaines ont été détruites, déplacées ou transformées par la guerre. D’autres ont gardé une place administrative. D’autres encore ont connu des gouvernances locales concurrentes. Renforcer leur représentation peut donner au Parlement un ancrage urbain plus solide. Mais cela peut aussi réveiller des rivalités territoriales si les choix paraissent déséquilibrés.

Les localités à forte présence populaire sont également citées comme un critère. Cette mention suggère que le pouvoir veut éviter une assemblée trop éloignée des réalités démographiques. Elle peut servir à mieux représenter les lieux où vivent réellement les Syriens. Elle peut aussi répondre aux accusations de représentation artificielle. Pour devenir crédible, le Parlement devra montrer que ses membres connaissent les besoins des habitants: logement, eau, électricité, écoles, sécurité, emploi, retour des déplacés et sort des détenus.

La région orientale et les Forces démocratiques syriennes

Le dossier le plus sensible concerne la région orientale et les Forces démocratiques syriennes. Des sources proches du gouvernement ont évoqué des discussions autour de la part présidentielle et des promesses visant à relever la représentation de l’Est syrien. Ce point est crucial. L’Est concentre des enjeux de territoire, de ressources, de sécurité, de présence kurde, de composantes arabes et de rapports avec des forces armées qui ne sont pas toutes intégrées à l’autorité de Damas.

La négociation avec les Forces démocratiques syriennes montre que la nouvelle institution ne naît pas dans un vide. Elle dépend d’arrangements politiques avec des acteurs de terrain. Le Parlement peut devenir un instrument d’intégration si les régions orientales y voient une place réelle. Il peut aussi être rejeté si cette représentation est vécue comme une compensation symbolique sans effet sur l’autonomie locale, la sécurité ou les ressources. L’Est syrien ne peut pas être traité comme une simple case à remplir dans une liste de sièges.

La question des ressources rend ce dossier encore plus sensible. Les régions orientales ont une importance agricole, énergétique et stratégique. Leur représentation parlementaire touche donc au partage du pouvoir et des moyens. Une assemblée qui discuterait du budget, des infrastructures ou de la reconstruction sans intégrer sérieusement l’Est risquerait de prolonger les fractures. À l’inverse, une représentation solide pourrait ouvrir une voie de compromis entre Damas et les forces locales.

Cette négociation servira aussi de test pour la relation entre centralisation et décentralisation. La Syrie de l’après-guerre ne pourra pas simplement revenir à un modèle entièrement vertical. Les régions ont connu des formes de gestion locale, parfois contraintes, parfois autonomes. Le Parlement devra traiter cette réalité. Il devra dire jusqu’où l’État central accepte de reconnaître des pouvoirs locaux, des besoins particuliers et des mécanismes de représentation régionale.

Changer le nom pour rompre avec l’ancien régime

Un autre débat porte sur le nom même de l’institution. Des membres du futur conseil envisageraient de proposer le remplacement de l’appellation héritée de l’ancien système, associée au règne du Baas et de la famille Assad, par le nom de Parlement syrien. Ce changement peut sembler symbolique. Il ne l’est pas. Les noms des institutions portent une mémoire politique. Dans le cas syrien, l’ancien vocabulaire parlementaire reste lié à des décennies de contrôle partisan, de façade électorale et de verrouillage public.

Changer le nom peut donc servir à marquer une rupture. Cela peut aider à distinguer la nouvelle assemblée de l’ancien Conseil du peuple. Cela peut aussi offrir au pouvoir une image de transition. Mais le nom ne suffira pas. Une institution peut changer d’étiquette et garder les mêmes pratiques. Le véritable test portera sur les procédures, le débat, la transparence, la capacité de contrôle et la liberté donnée aux élus. Le Parlement syrien devra prouver qu’il n’est pas seulement une nouvelle enseigne.

Le changement de nom nécessiterait l’approbation d’une majorité des membres. Selon les éléments rapportés, cette majorité serait acquise de manière préliminaire. Si le vote a lieu, il donnera un premier signal sur la discipline interne de l’assemblée. Un débat réel sur le nom pourrait ouvrir une discussion plus large sur la mémoire du régime précédent, la nature de la transition et les attentes des Syriens. Un vote rapide et unanime, sans vraie discussion, donnerait au contraire l’image d’une rupture contrôlée par le haut.

La mémoire du Baas et de la famille Assad pèse sur ce moment. Après des décennies d’un système où le Parlement jouait un rôle limité, la nouvelle institution doit convaincre qu’elle peut représenter autre chose. La rupture institutionnelle n’est jamais pure. Des cadres administratifs, des habitudes politiques et des réseaux survivent souvent aux changements de régime. La question n’est donc pas de savoir si tout sera nouveau. Elle est de savoir si l’assemblée permettra des pratiques nouvelles.

La commission électorale et le contrôle du processus

La présence possible de membres de la Haute commission électorale dans les sièges désignés pose aussi une question de gouvernance. Les sources rapportent que leur présence ne contredirait pas les règles qui les empêchaient de se présenter aux élections locales, car les sièges de nomination relèvent du choix présidentiel. Cette distinction juridique peut être défendable. Elle n’efface pas l’interrogation politique. Une transition crédible doit éviter de brouiller les frontières entre ceux qui organisent le processus et ceux qui en bénéficient.

Dans une phase fragile, la perception compte presque autant que la règle. Si des personnalités chargées d’encadrer les élections entrent ensuite dans l’assemblée par nomination, certains y verront une confusion des rôles. D’autres y verront le choix de profils compétents pour stabiliser la transition. Le pouvoir devra donc expliquer ces choix. Il devra montrer que la compétence n’est pas un prétexte à la captation et que la nomination ne sert pas à récompenser des fidélités.

La transparence de la liste sera un moment important. Les noms, les régions, les profils, les appartenances et les parcours devront être connus. Une liste opaque nourrirait la méfiance. Une liste équilibrée, assortie d’explications, pourrait renforcer la confiance. Les Syriens ne demandent pas seulement des sièges. Ils demandent de comprendre pourquoi tel acteur est choisi, quel public il représente et quel rôle il jouera. Dans un pays traversé par la suspicion, le détail devient une condition de crédibilité.

La validation des membres élus par les instances régionales doit aussi être examinée. Elle montre que le nouveau Parlement combine des éléments issus de procédures locales et des éléments désignés par la présidence. Ce modèle hybride peut répondre à la réalité d’un pays encore instable. Il peut aussi réduire la portée élective de l’ensemble. Le défi consiste à faire de ce mélange une transition vers une représentation plus ouverte, et non un système durable de nomination encadrée.

Une institution face à des attentes immenses

Le futur Parlement syrien héritera de dossiers lourds. Il devra traiter la reconstruction, la réintégration des régions, les services publics, les déplacés, les réfugiés, les détenus, les disparus, l’économie, les sanctions, la justice et la sécurité. Aucun Parlement ne peut résoudre seul des problèmes aussi vastes. Mais il peut rendre ces dossiers visibles. Il peut obliger le gouvernement à répondre. Il peut mettre des mots institutionnels sur des souffrances que la guerre a souvent laissées sans cadre.

La question des réfugiés et des déplacés sera centrale. Des millions de Syriens ont quitté leur foyer ou leur pays. Leur retour dépend de la sécurité, du logement, des papiers, de l’emploi et de la confiance politique. Une assemblée de transition qui ignorerait cette réalité parlerait à un pays amputé. Elle devra intégrer, d’une manière ou d’une autre, la voix de ceux qui ne sont pas encore revenus. Cela peut passer par des commissions, des auditions, des mécanismes consultatifs ou des sièges liés aux régions les plus touchées.

Le dossier des détenus et des disparus demeure plus sensible encore. Une institution parlementaire crédible devra pouvoir aborder la vérité, les familles, les dossiers judiciaires et les demandes de réparation. Si elle évite ces sujets, elle perdra une partie de sa valeur. Si elle les traite trop vite, sans cadre, elle peut réveiller des tensions. La transition syrienne devra trouver un chemin entre justice et stabilité. Le Parlement pourrait être un lieu utile pour poser les premières règles, à condition de ne pas devenir une chambre d’enregistrement.

L’économie donnera aussi la mesure du réel. Les Syriens attendent des salaires, de l’électricité, des routes, des marchés, des écoles et des hôpitaux. Les débats institutionnels resteront abstraits si les conditions de vie ne s’améliorent pas. Le Parlement devra donc produire des priorités claires. Il devra suivre le budget, les financements étrangers, la reconstruction des infrastructures et la distribution des ressources entre régions. Dans un pays où la guerre a creusé les écarts, la politique budgétaire sera une politique de réconciliation ou de division.

Une relance institutionnelle encore sous condition

La relance institutionnelle syrienne avance donc sous conditions. La première tient à la composition de l’assemblée. Les soixante-dix sièges présidentiels doivent vraiment corriger les déséquilibres, non les masquer. La deuxième tient au rôle des femmes, des grandes villes et des régions orientales. La troisième concerne la capacité de l’assemblée à discuter avec une marge réelle. La quatrième porte sur la rupture avec les anciennes pratiques. Un nouveau nom ne suffira pas si les mécanismes restent fermés.

La Syrie entre dans une phase où l’institution doit remplacer peu à peu la logique de guerre. Ce passage ne se décrète pas. Il se construit par la confiance. Les Syriens observeront la première séance du 8 juin à partir de questions simples: qui siège, qui parle, qui décide, qui contrôle et qui rend des comptes. Les partenaires étrangers poseront leurs propres questions: cette assemblée peut-elle stabiliser le pays, représenter ses composantes et accompagner un retour progressif à la vie politique?

Le pouvoir de Damas cherche à montrer qu’il avance. Il dispose d’une date, d’un format, d’une liste en voie d’achèvement et d’un discours d’inclusion. Le test commencera lorsque les sièges seront occupés et que les premiers débats révéleront la nature réelle du Parlement syrien. La transition ne se jouera pas seulement dans l’ouverture de la séance, mais dans la place laissée à ceux qui ne pensent pas comme le pouvoir, aux régions encore méfiantes et aux dossiers que le pays ne peut plus repousser.

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