
Naim Kassem hausse le ton dans une séquence où le Liban attend les effets d’un compromis régional encore incertain. Son discours prononcé pour le vingt-cinquième anniversaire du retrait israélien du Sud a fixé une ligne dure sur les armes du Hezbollah, le gouvernement Salam, l’association Al-Qard Al-Hassan, l’Iran et la suite de la guerre. La prise de parole a aussitôt provoqué une réponse américaine. Elle confirme que le débat libanais ne porte plus seulement sur le cessez-le-feu, mais sur le pouvoir de décider de la guerre, de la paix et de la reconstruction.
Naim Kassem hausse le ton sur les armes
Le discours de Naim Kassem intervient à un moment de forte pression. Les États-Unis et l’Iran discutent d’un accord régional qui pourrait inclure le Liban. Israël veut garder sa liberté d’action au Sud. Le gouvernement de Nawaf Salam prépare une négociation sécuritaire à Washington. Dans cette configuration, le chef du Hezbollah a choisi de placer la question des armes au centre de sa prise de parole. Il ne l’a pas traitée comme un dossier technique. Il l’a présentée comme une ligne d’existence.
Il a d’abord replacé son intervention dans la mémoire du vingt-cinq mai. Selon lui, la libération du Sud en 2000 a été le fruit de l’action des résistants et d’une coopération entre l’armée, le peuple et la résistance. Il a présenté ce moment comme une première libération arabe sans accord avec Israël. Cette référence historique sert de socle à tout le discours. Elle permet au Hezbollah de rappeler que la force armée a, selon sa lecture, produit un résultat que la diplomatie seule n’aurait pas obtenu.
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Le secrétaire général du Hezbollah a ensuite relié cette mémoire au présent. Il a affirmé que le Liban subit une guerre qui ne relève pas seulement d’un différend frontalier. Il a décrit le projet israélien comme une volonté d’éliminer la résistance et d’occuper le Liban de manière progressive. Ce cadrage place l’affrontement dans une logique existentielle. Il prépare aussi son refus de toute demande de désarmement dans la période actuelle.
La formule la plus forte porte sur les armes. Naim Kassem a déclaré que le retrait de l’arsenal du Hezbollah reviendrait à retirer au Liban sa capacité défensive et ouvrirait la voie à une élimination. Il a insisté sur ce point en disant que le désarmement signifie l’élimination et que le parti ne peut pas l’accepter. Cette phrase a résumé l’ensemble de son propos. Elle a fixé le seuil au-delà duquel le Hezbollah estime que la négociation ne relève plus du compromis, mais de la capitulation.
Une séquence imposée au gouvernement Salam
La charge vise directement le gouvernement de Nawaf Salam. Naim Kassem a demandé à l’exécutif de revenir sur la décision de réserver les armes à l’État. Il a présenté cette orientation comme un projet israélien, dans le contexte actuel, et non comme une simple réforme de souveraineté. Il a appelé le gouvernement à se tenir aux côtés de son peuple. La phrase vise à contester la légitimité d’une décision qui toucherait au rapport de force militaire avant la fin des attaques israéliennes.
Le chef du Hezbollah a posé un ordre de priorités très précis. Selon lui, toute discussion sur la stratégie de défense doit venir après l’arrêt de l’agression, le retrait complet d’Israël du territoire libanais, la libération des prisonniers et le retour des habitants. Ce calendrier est essentiel. Il place la sécurité du Sud avant la réforme de l’arsenal. Il signifie que le Hezbollah refuse de traiter ses armes comme une condition préalable au cessez-le-feu. Pour le parti, la menace doit cesser avant que le débat interne ne commence.
Naim Kassem a aussi affirmé que les armes resteraient entre les mains de la résistance jusqu’à ce que l’État libanais puisse remplir son devoir de protection de la souveraineté. Cette formulation laisse une porte théorique à un futur débat. Mais elle la place dans un horizon éloigné, conditionné par la capacité de l’État. Le message est clair: le Hezbollah ne reconnaît pas aujourd’hui à l’État la capacité de protéger seul le pays contre Israël.
La phrase sur le gouvernement a durci encore le ton. Naim Kassem a affirmé que si le gouvernement était incapable d’assurer la souveraineté, il devait partir. Ce passage transforme le débat sécuritaire en crise politique. Il ne demande plus seulement une correction de trajectoire. Il met en cause la capacité de l’exécutif à gouverner si celui-ci ne peut pas obtenir l’arrêt des attaques et la protection du territoire. Dans le contexte libanais, une telle formule pèse lourd, car elle réveille la possibilité d’une contestation directe du cabinet.
La rue comme menace politique
Le discours a franchi un autre seuil avec la référence à la rue. Naim Kassem a estimé que les gens avaient le droit de descendre dans les rues, de faire tomber le gouvernement et de faire tomber le projet américain et israélien. Cette formule a fait basculer la prise de parole dans un registre de confrontation intérieure. Elle ne vise pas seulement Israël. Elle vise un parcours politique qui, selon le Hezbollah, pourrait être porté par une partie de l’État libanais avec l’appui de Washington.
Cette menace s’inscrit dans une longue tradition libanaise où la rue sert de levier quand les institutions ne tranchent plus. Mais elle prend ici une portée particulière. Elle intervient au moment où la diplomatie américaine pousse le dossier de l’autorité de l’État, des arrangements au Sud et des garanties pour Israël. Le Hezbollah veut montrer qu’il peut opposer une force sociale à ce calendrier. Il signale que les décisions sur les armes ne peuvent pas être prises dans une salle de négociation sans tenir compte de sa base.
La réponse américaine a confirmé la gravité du moment. Marco Rubio a condamné l’appel à renverser le gouvernement et a réaffirmé le soutien de Washington au gouvernement libanais. Les États-Unis présentent le cabinet Salam comme l’interlocuteur légitime de la reconstruction, de l’aide internationale et de la restauration de l’autorité publique. Le face-à-face devient donc plus net. Le Hezbollah brandit la rue pour bloquer ce qu’il juge être une pression extérieure. Washington brandit la légitimité de l’État pour contenir le parti.
Pour Nawaf Salam, le piège est évident. Plus le soutien américain se montre public, plus le Hezbollah peut dénoncer une tutelle étrangère. Mais sans appui américain, le gouvernement aura du mal à obtenir une pression sur Israël et à financer la reconstruction. Le Premier ministre doit donc convaincre que sa ligne reste libanaise. Il doit obtenir des résultats au Sud pour éviter que la rhétorique de Naim Kassem ne trouve un écho plus large.
Al-Qard Al-Hassan au centre du volet social
Le discours ne s’est pas limité aux armes. Naim Kassem a consacré une partie importante à Al-Qard Al-Hassan, structure de prêts liée à l’environnement du Hezbollah. Il l’a décrite comme un travail social indépendant, autorisé par le ministère de l’Intérieur, sans lien avec l’activité bancaire classique ni avec le financement du parti. Il a affirmé que l’institution avait accordé, l’année précédente, environ trois cent mille prêts à des personnes à revenus limités ou pauvres, avec des montants allant de mille à cinq mille dollars selon les besoins.
Cette partie du discours est stratégique. Le Hezbollah sait que les pressions ne visent pas seulement ses armes. Elles peuvent aussi toucher ses réseaux sociaux, financiers et associatifs. En défendant Al-Qard Al-Hassan, Naim Kassem défend une infrastructure de soutien qui permet au parti de garder un lien direct avec sa base. Il présente toute attaque contre cette institution comme une attaque contre des centaines de milliers de pauvres et de ménages modestes.
Il a accusé Israël et les États-Unis de vouloir fermer cette structure. Il a contesté l’idée selon laquelle elle financerait le Hezbollah. Il a affirmé que les fonds du parti circulaient par d’autres voies et que l’association ne servait pas à cela. Cette distinction vise à répondre aux soupçons occidentaux et israéliens. Elle cherche aussi à séparer l’aide sociale du dossier militaire. Le Hezbollah veut éviter que la pression internationale sur son appareil armé ne se transforme en attaque contre son environnement civil.
Le message adressé au gouvernement est ici très direct. Naim Kassem a critiqué ceux qui parlent de fermer Al-Qard Al-Hassan, puis les écoles et les hôpitaux. Il a présenté cette logique comme un projet américain et israélien. Il a promis de l’affronter. Le discours relie donc trois niveaux: les armes, les services sociaux et le pouvoir politique. Il affirme que le Hezbollah se défendra sur chacun de ces terrains.
L’Iran, la Palestine et l’axe régional
Naim Kassem a aussi parlé de l’Iran. Il a demandé ce que l’Iran avait fait pour être combattue par les États-Unis et Israël. Il a présenté Téhéran comme un acteur capable de sortir de la guerre la tête haute, après avoir résisté à une force américaine et israélienne supérieure. Il a affirmé que l’Iran deviendrait une force exceptionnelle, dotée d’une place internationale auprès des peuples libres. Ce passage inscrit le Hezbollah dans son axe régional et confirme que la lecture du conflit reste liée à Téhéran.
Il a souhaité qu’un accord de cessation des hostilités soit conclu et qu’il inclue le Liban. Cette attente rejoint les informations faisant état d’un compromis entre Washington et Téhéran, avec une possible extension au front libanais. Mais le discours refuse que cette inclusion se traduise par une pression sur les armes. Le Hezbollah veut l’arrêt du feu. Il ne veut pas que le Liban serve de terrain de compensation aux exigences israéliennes.
La Palestine demeure, dans le discours, la boussole du Hezbollah. Naim Kassem a réaffirmé que la cause palestinienne resterait centrale et que le parti continuerait à la soutenir. Ce passage donne une portée régionale à une prise de parole très libanaise. Il rappelle que le Hezbollah ne sépare pas le front sud du conflit plus large avec Israël. Il replace aussi la crise actuelle dans une continuité idéologique: résistance à Israël, soutien à la Palestine, alliance avec l’Iran, refus des contraintes imposées par Washington.
Le chef du Hezbollah a également évoqué Bahreïn, en appelant à la libération de détenus religieux et politiques. Ce volet peut sembler périphérique. Il indique pourtant que le discours s’adresse à plusieurs publics dans la région. Naim Kassem parle au Liban, mais il parle aussi à l’axe de ses alliés et à des milieux qui se reconnaissent dans un vocabulaire de résistance à l’ordre américain et à ses partenaires.
Un discours qui ferme et ouvre à la fois
La conclusion politique du discours est double. D’un côté, Naim Kassem ferme la porte à un désarmement immédiat. Il refuse la logique du calendrier imposé. Il menace de répondre par la rue. Il défend les réseaux sociaux du Hezbollah. Il inscrit l’affrontement dans une guerre d’existence. De l’autre, il maintient quelques conditions de discussion: arrêt des attaques, retrait israélien, libération des prisonniers, retour des habitants, capacité de l’État à défendre la souveraineté. Le blocage n’est donc pas présenté comme éternel. Il est conditionné à des faits que le Hezbollah juge absents.
Cette nuance ne réduit pas la dureté du message. Elle fixe au gouvernement Salam une liste de préalables difficile à satisfaire. L’arrêt des frappes dépend d’Israël et de Washington. Le retrait suppose un accord de terrain. La libération des prisonniers demande une négociation. Le retour des habitants exige une sécurité vérifiable. La capacité de l’État à défendre la souveraineté suppose des moyens militaires, financiers et politiques que le Liban n’a pas encore réunis. En plaçant ces conditions avant tout débat sur les armes, Naim Kassem repousse la discussion à une phase indéfinie.
Le discours produit aussi un effet sur la négociation américaine. Washington peut y voir la confirmation que le Hezbollah refusera tout arrangement sur ses armes sans forte pression. Israël peut y trouver un argument pour maintenir sa liberté d’action au Liban. Le gouvernement libanais, lui, se retrouve pris entre deux forces: une demande internationale de restauration de l’État et une menace interne de mobilisation si cette restauration touche trop vite le Hezbollah.
La phrase finale de cette séquence ne se trouve pas dans un communiqué. Elle se jouera dans les faits. Si les frappes israéliennes cessent, si les habitants rentrent et si l’État obtient des garanties visibles, le discours du Hezbollah pourra être discuté dans un autre cadre. Si les attaques continuent, la ligne de Naim Kassem gagnera en force auprès de sa base. Le discours du vingt-cinq mai ne clôt donc pas la crise. Il en fixe les termes les plus durs, avant une phase où chaque acteur devra prouver ce qu’il peut réellement garantir.


