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Armée libanaise: le test au Pentagone

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La réunion prévue le 29 mai au Pentagone place l’armée libanaise au centre d’un test politique autant que sécuritaire. Officiellement, la délégation envoyée à Washington doit discuter du cessez-le-feu, du retrait israélien et des modalités de stabilisation au Sud. Mais les sanctions américaines, les polémiques sur la composition du groupe militaire et le débat sur les armes du Hezbollah transforment ce rendez-vous technique en épreuve pour l’État libanais.

Le Pentagone, première étape d’un parcours sensible

La séquence est d’autant plus sensible qu’elle intervient après trois tours de discussions indirectes déjà organisés à Washington. Ces réunions ont eu lieu, selon la presse arabe, les 14 et 23 avril, puis le 14 mai, dans un cadre parrainé par les États-Unis et impliquant les représentants libanais et israélien à Washington. La nouvelle étape doit se tenir au Pentagone. Elle ouvre un format différent, plus militaire, mais le pouvoir libanais veut éviter qu’elle ne soit interprétée comme un basculement diplomatique.

Le mandat affiché reste limité. Les officiers doivent traiter les conditions de consolidation du cessez-le-feu, la chronologie d’un retrait israélien des points encore occupés et les besoins de l’armée pour assurer une présence plus effective au sud du Litani. Les demandes les plus politiques, comme le retour des prisonniers, la reconstruction, le retour durable des habitants dans les villages frontaliers et les garanties de stabilité, sont renvoyées à une étape ultérieure, attendue début juin au département d’État américain.

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Cette séparation entre le volet militaire et le volet politique est au cœur de la stratégie libanaise. Elle permet au gouvernement de présenter la réunion du 29 mai comme une discussion d’exécution, non comme une négociation globale sur la paix, les armes du Hezbollah ou la normalisation avec Israël. Elle permet aussi de protéger l’armée. Une délégation militaire ne peut pas porter seule un débat qui engage la souveraineté, l’équilibre interne du pays et le rapport avec une partie armée encore influente sur le terrain.

Armée libanaise: une délégation scrutée avant son départ

La composition de la délégation est devenue un sujet politique avant même son départ. Selon des informations de presse, les autorités ont voulu former une équipe technique, composée d’officiers de spécialités différentes. Un quotidien libanais a avancé une liste de six noms. Elle comprendrait les généraux Georges Rizkallah, Ziad Rizkallah et Omar Halihal, le général-ingénieur Wael Abbas, ainsi que les colonels Mazen Al Hajj et Wadi’ Raffoul. Le même média évoque la possible participation de l’attaché militaire libanais à Washington, le général Olivier Hakmeh, sans préciser si celui-ci serait membre du groupe principal ou associé aux réunions.

Ces informations n’ont pas été confirmées officiellement au moment de leur publication. Elles ont pourtant suffi à déclencher un débat sur la répartition confessionnelle des officiers. Cette polémique a obligé le commandement militaire à intervenir. Dans un communiqué, l’armée a rappelé que les discussions sur la distribution confessionnelle des membres de la délégation n’ont aucun lien avec les principes de l’institution militaire. Elle a ajouté que les officiers désignés représentent la patrie, restent liés à la doctrine de l’armée et demeurent engagés par les constantes nationales.

Cette mise au point résume l’enjeu. Le Liban demande à son armée d’incarner l’État, mais chaque dossier lié au Sud, à Israël et au Hezbollah réactive aussitôt les lectures communautaires. Le commandement veut donc éviter que les officiers soient jugés selon leur appartenance supposée plutôt que selon leur fonction. Dans un pays où les équilibres confessionnels structurent les institutions, ce rappel est plus qu’une formule administrative. Il constitue une défense de l’armée comme espace national commun.

Une institution nationale exposée à la polarisation

La vulnérabilité de l’institution tient à son rôle. L’armée reste l’une des rares structures qui conservent une confiance transversale, malgré la crise financière et la dégradation des capacités de l’État. Les partenaires occidentaux et arabes la considèrent comme un point d’appui. Une partie de l’opinion y voit le seul instrument capable de rétablir l’autorité de l’État au Sud. Mais cette confiance peut se fissurer si l’institution est perçue comme l’outil d’un agenda extérieur ou d’un camp libanais contre un autre.

Les sanctions américaines annoncées avant la réunion accentuent cette tension. Elles ont visé des responsables liés au Hezbollah, à Amal, à l’Iran, ainsi que des responsables sécuritaires libanais. Pour Washington, elles s’inscrivent dans une stratégie destinée à réduire les obstacles au rétablissement de l’autorité de l’État et au désarmement du Hezbollah. Pour le Hezbollah, Amal et leurs soutiens, elles apparaissent comme une pression directe contre une composante libanaise et contre des institutions publiques à la veille d’un rendez-vous sensible.

Le calendrier renforce cette lecture. Les sanctions précèdent de quelques jours la réunion du Pentagone. Elles interviennent aussi alors que des responsables américains cherchent à imposer une lecture centrée sur la souveraineté exclusive de l’État. Les adversaires de cette pression y voient, eux, une tentative de remodeler le rapport de forces interne. Dans les deux cas, l’armée se trouve exposée. Elle est présentée comme le levier du retour de l’État, tout en étant soupçonnée par certains de pouvoir être poussée vers une confrontation interne.

Le refus d’une coordination directe avec Israël

Un autre sujet nourrit la prudence de Beyrouth. Selon des informations de presse, le côté israélien chercherait à établir une forme de contact direct avec une unité précise de l’armée présente au Sud. Le commandement libanais privilégie au contraire tout passage par le mécanisme existant de coordination, afin de préserver l’unité de décision et d’éviter une relation bilatérale directe qui pourrait être exploitée politiquement. Cette nuance est essentielle. Elle touche à la différence entre gestion militaire d’un cessez-le-feu et coordination sécuritaire avec Israël.

Les sources proches du dossier affirment que la délégation libanaise n’a pas à l’ordre du jour la signature d’un mémorandum sécuritaire commun ni une coordination militaire directe avec les Israéliens. Sa mission serait de travailler à un cessez-le-feu global et de présenter la disponibilité de l’armée à prendre en charge la zone au sud du Litani après un retrait israélien. Cette disponibilité reste toutefois conditionnée. Elle suppose un soutien logistique, des moyens suffisants et une baisse durable des violations sur le terrain.

Cette condition matérielle est souvent sous-estimée. Déployer l’armée dans une zone détruite ne se réduit pas à installer des postes et des patrouilles. Il faut des routes praticables, des moyens de transport, des communications, des unités capables de tenir la durée, des règles d’engagement claires, un renseignement adapté et une coordination avec les autorités civiles. Il faut aussi que les habitants puissent revenir. Sans retour des civils, le déploiement risque de devenir une présence militaire dans un territoire vidé ou instable.

Le pouvoir civil face à deux exigences

Le gouvernement doit donc répondre à deux exigences. La première est externe. Il doit convaincre ses partenaires que l’État libanais prend au sérieux la question du contrôle du Sud. La seconde est interne. Il doit éviter que le renforcement de l’armée soit vécu comme une opération dirigée contre une communauté ou comme l’exécution d’une feuille de route imposée par Washington. Ces deux exigences peuvent se contredire si elles ne sont pas accompagnées par un discours public clair.

Le rôle du pouvoir civil est alors décisif. Le président Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam et les responsables chargés du suivi diplomatique doivent préciser ce qui sera discuté au Pentagone et ce qui ne le sera pas. La rencontre entre le chef du gouvernement et l’ancien ambassadeur Simon Karam, chargé du volet de négociation, montre la volonté de maintenir un pilotage politique. Ce signal est important. L’armée ne doit pas devenir l’interlocuteur unique d’un processus qui concerne l’ensemble de l’État.

La présidence cherche aussi à encadrer la séquence par des contacts arabes. Des discussions ont été rapportées avec des représentants de l’Égypte et du Qatar. Le message est double. Beyrouth veut montrer qu’il ne s’agit pas d’un tête-à-tête avec Washington. Il veut aussi obtenir des soutiens capables de renforcer la position officielle. Le Qatar continue d’apporter une aide pratique aux institutions libanaises. L’Égypte reste, de son côté, un acteur diplomatique habitué aux dossiers touchant Israël et la sécurité régionale.

Le Sud, lieu du test réel

Ces appuis ne suppriment pas la fracture interne. Le Hezbollah estime que l’arrêt des frappes israéliennes constitue la condition de toute reconstruction de l’État. Ses adversaires répondent que l’existence d’armes hors du contrôle gouvernemental empêche justement l’État de reprendre pleinement son rôle. L’armée est donc appelée à remplir une fonction que le système politique n’a pas encore tranchée. Elle doit protéger sans provoquer, se déployer sans apparaître comme force de substitution à une décision politique, et coopérer avec les partenaires sans être accusée de dépendance.

Le Sud sera le lieu du test réel. Tant que les frappes israéliennes se poursuivent, même de manière ponctuelle, les partisans du maintien des armes du Hezbollah disposent d’un argument. Tant que le Hezbollah conserve sa propre capacité militaire, les partisans d’un monopole étatique de la force disposent du leur. Entre les deux, l’armée ne peut avancer qu’avec un mandat précis et des garanties vérifiables. Le retrait israélien, s’il intervient, devra être contrôlé. La présence de l’armée devra être visible. Les populations déplacées devront pouvoir rentrer dans des conditions acceptables.

La stratégie américaine comporte elle aussi une limite. Washington veut renforcer l’armée libanaise, mais sa pression peut fragiliser l’institution si elle est perçue comme une injonction qui contourne les équilibres internes. L’aide militaire, la formation et l’appui logistique peuvent être utiles. Mais ils ne remplacent pas la légitimité nationale. Une armée mieux équipée ne peut réussir que si le pouvoir politique lui donne un mandat accepté et si les partenaires étrangers évitent de l’exposer à une polarisation excessive.

Renforcer l’armée sans créer une rupture

Le danger inverse existe également. Refuser tout renforcement au nom de la crainte d’une fracture reviendrait à maintenir l’État dans l’impuissance. Le Liban ne peut pas durablement vivre avec plusieurs centres de décision sécuritaire. Il ne peut pas non plus demander aux habitants du Sud de retourner dans leurs villages sans un dispositif reconnu, visible et soutenu. La question n’est donc pas de savoir s’il faut renforcer l’armée, mais comment le faire sans transformer ce renforcement en provocation interne.

Une piste évoquée dans la presse porte sur une stratégie graduelle de monopole de la force. Des sources affirment que l’armée dispose d’un plan pluriannuel destiné à étendre l’autorité de l’État sur tout le territoire. Ce plan aurait été freiné par les attaques israéliennes et par le contexte de guerre. Là encore, le point central est le calendrier. Un plan de cinq ans ne produit pas l’effet politique d’une décision immédiate. Il peut pourtant offrir un cadre plus réaliste si les conditions de terrain et le soutien logistique suivent.

Le contexte militaire israélien accroît encore cette pression. Selon la presse arabe citant des médias israéliens, des responsables militaires en Israël s’interrogent sur l’utilité du maintien dans certaines zones du Sud, alors que les négociations de Washington sont présentées comme une issue possible. Cette attente ne garantit aucune avancée. Elle montre seulement que le calendrier diplomatique agit aussi sur les calculs militaires israéliens. Pour l’armée libanaise, ce point est crucial. Un retrait partiel, mal encadré ou suivi de nouvelles frappes, ne créerait pas une vraie stabilisation. Il déplacerait seulement la crise vers une autre forme d’incertitude.

Un test de méthode pour Washington et Beyrouth

Le rendez-vous du Pentagone ne résoudra donc pas, à lui seul, le dilemme libanais. Il peut toutefois fixer des repères. Si la réunion confirme un mandat technique, centré sur le cessez-le-feu, le retrait et les besoins opérationnels, elle peut réduire les tensions. Si elle donne l’impression d’ouvrir une coordination directe ou d’imposer une séquence de désarmement sans consensus, elle risque de renforcer les refus. La différence dépendra autant des documents discutés que de la manière dont les autorités libanaises en rendront compte.

La communication publique sera déterminante. Les Libanais devront savoir ce qui a été demandé, ce qui a été accepté et ce qui reste en discussion. Dans une séquence aussi polarisée, le silence officiel laisse la place aux récits concurrents. Les rumeurs sur la délégation en ont déjà donné un exemple. L’armée a dû intervenir pour rappeler sa doctrine nationale. Le gouvernement devra faire de même sur le contenu politique du processus.

L’armée libanaise entre ainsi dans la séquence de Washington avec un rôle central, mais une marge étroite. Elle peut être renforcée, soutenue et déployée. Elle peut préparer une stabilisation au Sud si le retrait israélien devient effectif. Elle peut aussi incarner une part de l’État que beaucoup de Libanais veulent voir revenir. Mais elle ne peut pas, seule, produire l’accord national qui manque encore. Le prochain développement attendu se jouera au Pentagone, où la frontière entre discussion technique et épreuve politique sera observée de très près.

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