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Et si les attaques contre le Golfe faisaient partie d’une stratégie False flag israélienne?

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La piste d’un false flag israélien dans le Golfe circule depuis la révélation de deux dossiers sensibles. D’un côté, des médias américains et régionaux rapportent qu’Israël aurait utilisé des installations clandestines dans le désert irakien pour soutenir sa guerre contre l’Iran. De l’autre, les Émirats arabes unis affirment que les drones ayant visé la centrale nucléaire de Barakah venaient d’Irak, tandis que l’Arabie saoudite dit avoir intercepté trois drones arrivés depuis l’espace aérien irakien. La juxtaposition de ces éléments nourrit une question lourde : Israël aurait-il pu monter, faciliter ou exploiter une opération destinée à provoquer une rupture entre l’Iran et les monarchies arabes du Golfe ?

Une telle hypothèse ne peut pas être traitée comme une certitude. À ce stade, aucun élément technique public ne démontre qu’Israël a lancé les drones contre les Émirats ou contre l’Arabie saoudite. Les accusations les plus directes viennent du camp iranien et s’inscrivent dans une guerre de récits. Elles méritent donc une lecture prudente. Mais elles ne peuvent pas être écartées d’un revers de main, car la région connaît une longue histoire d’opérations clandestines, de bases non déclarées, d’actions sous fausse identité et de responsabilités brouillées.

Le mobile politique d’un false flag israélien

Le raisonnement politique est clair. Israël aurait un intérêt stratégique à voir les pays arabes du Golfe durcir leur position contre l’Iran. Une attaque contre une centrale nucléaire civile émiratie ou contre l’espace aérien saoudien peut changer le climat régional. Elle peut pousser Abu Dhabi et Riyad à demander une réponse plus ferme, à se rapprocher davantage de Washington et à réduire leur marge de médiation avec Téhéran. Elle peut aussi conforter le récit israélien d’un Iran capable de menacer tout le Moyen-Orient par ses relais armés.

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Mais ce même raisonnement révèle un risque immense pour Israël. Si une opération sous fausse bannière était démontrée, elle provoquerait une crise politique majeure avec les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, les États-Unis et l’ensemble des partenaires occidentaux. Israël a donc, dans cette hypothèse, tout intérêt à ce que les pays du Golfe attribuent les attaques à l’Iran ou à des milices pro-iraniennes. Il aurait aussi tout intérêt à ce qu’une telle manipulation, si elle existait, ne soit jamais découverte. C’est précisément ce double intérêt qui rend l’hypothèse politiquement plausible, mais juridiquement non prouvée.

Les faits établis restent plus limités. Les Émirats ont indiqué que des drones avaient ciblé la centrale de Barakah, sans provoquer de fuite radioactive ni de victime. L’un des appareils aurait touché un générateur ou une installation électrique située hors du cœur de sûreté de la centrale. L’Agence internationale de l’énergie atomique a exprimé sa préoccupation face aux menaces contre les installations nucléaires. L’Arabie saoudite, pour sa part, a annoncé l’interception de trois drones qui avaient pénétré son espace aérien depuis l’Irak. Aucun groupe armé n’a revendiqué clairement et de manière vérifiable l’ensemble de ces attaques.

L’Irak, point de jonction des soupçons

L’Irak occupe donc une position centrale. Le territoire irakien est présenté par les Émirats et l’Arabie saoudite comme la provenance des drones. Il est aussi présenté par plusieurs médias comme un espace utilisé par Israël pour des opérations contre l’Iran. Cette double lecture place Bagdad dans une situation très délicate. Si des milices pro-iraniennes ont tiré depuis l’Irak, l’État irakien apparaît incapable de contrôler son territoire. Si des forces israéliennes y ont opéré clandestinement, la souveraineté irakienne est tout autant atteinte. Dans les deux cas, l’Irak devient le terrain d’une guerre qui le dépasse.

Les informations sur les installations israéliennes restent elles aussi à manier avec précision. L’Associated Press rapporte, sur la base de responsables irakiens et américains, qu’une force israélienne aurait établi un camp temporaire dans le désert de Nukhaib. Certains responsables décrivent une présence brève, peut-être inférieure à quarante-huit heures, utilisée comme point logistique ou de renseignement dans la guerre contre l’Iran. D’autres récits, attribués à la presse américaine, évoquent deux sites clandestins préparés dans l’ouest irakien depuis la fin de 2024. Israël ne confirme pas ces informations. Des responsables irakiens ont parfois nié l’existence de bases durables.

Le mot « base » a donc une importance. Une base suppose une infrastructure, une permanence relative, une chaîne logistique et une protection. Un camp temporaire suppose une présence courte, mais reste politiquement explosive. Dans les deux cas, l’enjeu est le même : si Israël a utilisé le territoire irakien sans autorisation publique, il a introduit un élément de clandestinité qui rend ensuite plus crédibles, au moins politiquement, les soupçons de manipulation. Cela ne prouve pas un false flag. Cela crée un environnement propice à l’accusation.

Une accusation grave, mais encore sans preuve technique

La thèse du false flag repose sur un schéma connu. Une puissance mène ou facilite une attaque, puis laisse croire qu’un adversaire en est responsable. Le but est d’obtenir un effet politique impossible à obtenir ouvertement : entrée en guerre d’un allié, durcissement de sanctions, mobilisation de l’opinion, rupture diplomatique ou légitimation d’une riposte. Dans le cas présent, l’effet recherché serait de pousser les monarchies du Golfe à considérer l’Iran non plus seulement comme un rival stratégique, mais comme une menace directe contre leurs infrastructures vitales.

Le problème tient au niveau de preuve. Une accusation aussi grave exige des éléments techniques : débris de drones, composants, trajectoires radars, données satellitaires, interceptions de communications, signatures électroniques, zones exactes de lancement et chaînes de commandement. Sans ces éléments, le soupçon reste un outil politique. Il peut être utile pour comprendre les intérêts en présence. Il ne suffit pas pour établir une responsabilité.

L’explication la plus directe reste celle de milices irakiennes proches de l’Iran ou d’un réseau aligné sur Téhéran. Ces groupes disposent de drones, de capacités de lancement mobiles et d’une expérience dans les attaques régionales. Ils peuvent vouloir envoyer un signal aux pays du Golfe, punir leur coopération avec Washington ou montrer que les infrastructures énergétiques et nucléaires de la région restent vulnérables. Ce scénario correspond à des précédents régionaux. Il n’exclut pas une autonomie partielle des groupes armés, ni une volonté iranienne de garder une marge de déni.

Mais le scénario pro-iranien a lui aussi ses zones d’ombre. L’absence de revendication est notable. Une attaque contre une centrale nucléaire arabe expose ses auteurs à une condamnation très large, y compris parmi des États critiques d’Israël. Le silence peut donc être tactique. Il peut aussi traduire une opération plus complexe, mal attribuée ou volontairement brouillée. Dans une guerre de drones, les acteurs cherchent souvent à produire l’effet maximal avec la responsabilité la plus faible possible.

Les précédents impliquant Israël

C’est ici que le précédent historique devient utile. L’exemple le plus documenté d’une opération sous fausse bannière impliquant Israël reste l’affaire Lavon, ou opération Susannah, en Égypte en 1954. Des agents recrutés par le renseignement militaire israélien avaient placé des bombes contre des cibles civiles liées aux intérêts américains, britanniques et égyptiens, notamment des cinémas, bibliothèques et centres culturels. L’objectif était de saboter le rapprochement entre l’Égypte de Nasser et les puissances occidentales, en créant un climat d’instabilité attribuable à d’autres acteurs. L’opération a échoué et a provoqué une crise politique durable en Israël.

L’affaire Lavon montre qu’une opération de ce type n’est pas seulement théorique. Elle montre aussi qu’un État peut juger utile de créer une crise contrôlée pour influencer le comportement d’alliés ou de partenaires. Mais elle rappelle surtout le coût d’une découverte. Lorsque l’opération devient publique, le bénéfice stratégique espéré se transforme en scandale. La crédibilité extérieure est touchée. Les institutions internes se divisent. Des responsables politiques sont contraints de se défendre pendant des années.

D’autres affaires impliquant Israël sont souvent citées, mais elles ne doivent pas être confondues avec un false flag au sens strict. L’affaire de Lillehammer, en 1973, a vu des agents du Mossad tuer par erreur Ahmed Bouchikhi, un serveur marocain installé en Norvège, qu’ils avaient pris pour un responsable de Septembre noir. Plusieurs agents ont été arrêtés et condamnés par la justice norvégienne. L’opération était clandestine et menée sous couverture. Elle n’était pas, à proprement parler, une opération destinée à faire accuser un autre État. Elle illustre cependant le risque politique d’une action secrète exposée au grand jour.

L’assassinat de Mahmoud al-Mabhouh à Dubaï, en 2010, appartient à la même catégorie des opérations sous fausse identité. Les autorités de Dubaï avaient accusé un commando lié au Mossad d’avoir utilisé des passeports frauduleux ou usurpés de plusieurs pays occidentaux. Israël n’a pas officiellement revendiqué l’opération. Plusieurs gouvernements occidentaux avaient protesté après l’utilisation de documents liés à leurs ressortissants. Là encore, il ne s’agit pas d’un false flag classique. Mais l’épisode montre qu’une opération clandestine réussie sur le plan tactique peut coûter cher si les méthodes deviennent publiques.

Ces précédents sont importants pour une raison précise. Ils montrent que les services israéliens ont déjà mené des opérations clandestines audacieuses, parfois sous fausse identité, et que la découverte de telles actions peut créer un dommage diplomatique supérieur au gain opérationnel. Ils ne prouvent rien sur Barakah ou sur les drones interceptés par Riyad. Ils fournissent seulement une grille de lecture : dans le renseignement, le mobile, la capacité et l’intérêt politique ne suffisent jamais à établir l’auteur.

Un risque politique énorme pour Israël

La question centrale reste donc celle du risque. Israël pourrait avoir un intérêt à élargir le front régional contre l’Iran. Mais Israël aurait aussi énormément à perdre si les Émirats ou l’Arabie saoudite découvraient avoir été manipulés. Pour Abu Dhabi, une attaque simulée ou orchestrée contre Barakah serait une atteinte directe à sa sécurité nationale. Pour Riyad, une violation de son espace aérien organisée par un partenaire potentiel ou indirect serait une humiliation stratégique. Pour Washington, la découverte d’un tel scénario ouvrirait une crise de confiance majeure avec son allié israélien.

Il faut aussi mesurer la différence entre provoquer une réaction politique et risquer un accident nucléaire. Même si Barakah n’a pas subi de fuite radioactive, une attaque près d’une centrale nucléaire franchit un seuil de danger. Une opération conçue pour manipuler l’attribution d’un tel incident exposerait ses auteurs à une condamnation internationale considérable. Ce niveau de risque rend la thèse plus grave encore. Il ne l’annule pas, mais il impose un niveau de preuve plus élevé.

Pour les pays du Golfe, la priorité consiste désormais à établir une attribution technique. Les Émirats peuvent publier des éléments sur les débris et les trajectoires. L’Arabie saoudite peut fournir des données sur les drones interceptés. L’Irak peut clarifier les zones de lancement et enquêter sur les installations étrangères présumées. Les États-Unis peuvent indiquer ce qu’ils savaient de la présence israélienne dans le désert irakien. Sans ces données, la controverse restera dominée par les récits concurrents.

La prudence vaut aussi pour le vocabulaire. Une opération sous fausse bannière ne se définit pas seulement par le secret. Elle suppose une volonté d’attribution trompeuse. Une base clandestine, un vol sous fausse identité ou un assassinat non revendiqué ne suffisent pas à constituer un false flag. Il faut montrer que l’auteur réel a cherché à faire porter la responsabilité à un autre acteur. Dans le dossier actuel, cette démonstration manque encore.

Cette distinction protège aussi l’analyse contre deux excès. Le premier consiste à croire trop vite l’accusation iranienne, parce qu’elle s’insère dans un récit cohérent sur les intérêts israéliens. Le second consiste à l’écarter automatiquement, parce qu’elle vient d’un camp engagé dans le conflit. Les services de renseignement exploitent précisément ces réflexes. Ils opèrent dans des zones où la vérité technique arrive tard, parfois après que les décisions politiques ont déjà été prises.

Le Liban dans la zone de répercussion

Pour le Liban, cette affaire n’est pas lointaine. Toute escalade entre l’Iran, Israël et les monarchies du Golfe se répercute sur le front sud. Israël présente le Hezbollah comme une extension de la stratégie iranienne. Téhéran intègre souvent le Liban dans ses exigences de désescalade. Si les attaques du Golfe sont attribuées à l’axe iranien, la pression sur le Hezbollah peut augmenter. Si la thèse d’une manipulation israélienne progresse, le Hezbollah y trouvera un argument politique pour dénoncer une stratégie régionale de provocation.

Le débat doit donc rester précis. Dire qu’Israël aurait intérêt à une rupture entre l’Iran et les pays arabes du Golfe est une analyse plausible. Dire qu’Israël aurait intérêt à ne jamais être découvert si une telle opération existait est une évidence stratégique. Dire qu’Israël a effectivement mené les attaques de drones est une affirmation non démontrée à ce stade. Entre ces trois niveaux, la rigueur journalistique impose de ne pas franchir la ligne sans preuve.

L’enquête attendue ne portera pas seulement sur les drones. Elle portera aussi sur les sites clandestins présumés, sur la capacité de l’Irak à contrôler son espace désertique, sur les communications interceptées et sur les intérêts des acteurs régionaux. La zone grise restera ouverte tant que les capitales concernées ne publieront pas de données vérifiables. Dans cette attente, l’hypothèse du false flag israélien demeure une piste politique à surveiller, non une conclusion établie.

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